Dissonances sur la Turquie dans la classe politique Francaise

libération, France
mardi 14 décembre 2004
Dissonances sur la Turquie dans la classe politique française
PARIS – Le dossier de l’adhésion turque à l’Union européenne trouble
la classe politique française où le scepticisme prévaut, y compris
dans le camp de Jacques Chirac.
Si le président de la République a toujours défendu l’idée d’une
Turquie européenne, l’UMP et l’UDF se sont prononcées contre. Ce qui
n’empêche pas les dissonances internes.
Le nouveau président de l’UMP et ancien ministre de l’Economie
Nicolas Sarkozy s’est toujours dit opposé à l’entrée de la Turquie
dans l’Union. Tout comme le député UMP Alain Madelin, qui juge
Jacques Chirac “assez isolé” dans sa posture pro-turque, partagée par
les ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères, Dominique de
Villepin et Michel Barnier.
L’ancien Premier ministre Edouard Balladur, qui préside la commission
des Affaires étrangères à l’Assemblée, a prôné un débat “serein” sur
cette question et souhaité que le Conseil européen de Bruxelles,
jeudi et vendredi, prenne la décision d’étudier “une série de
formules”.
Quant à l’ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing,
il s’est déclaré “personnellement contre l’entrée de la Turquie dans
le système européen” mais souhaite “des relations de très bon niveau”
avec ce pays.
C’est un “non” ferme et définitif du côté du président du Front
national Jean-Marie Le Pen, pour qui la Turquie n’est tout simplement
“pas un pays européen” mais “asiatique”.
Quant aux souverainistes, résolument hostiles à une Turquie
européenne, ils ont fait de ce débat une affaire personnelle.
Pour Philippe de Villiers, “l’immense question” turque pèsera sur le
référendum sur la Constitution européenne prévu l’an prochain en
France. Le président du Mouvement pour la France en est convaincu :
ce scrutin sera “aussi un vote sur l’entrée de la Turquie”.
AU PS, FABIUS CONTRE, HOLLANDE POUR
Bien qu’hostile à l’adhésion d’Ankara, le président de l’UDF François
Bayrou a insisté au contraire pour que l’on “sépare la question de
l’adhésion de la Turquie de la question du référendum” afin d’éviter
tout “amalgame”.
A gauche, la question agite le Parti socialiste, qui a toujours
insisté sur la reconnaissance par Ankara du génocide arménien de
1915, le respect des droits de l’homme et le règlement de la question
chypriote.
“Pour le Parti socialiste, l’ouverture des négociations ne doit pas
présager de la forme de participation de la Turquie à l’Union
européenne”, déclarait lundi Julien Dray, le porte-parole du
principal parti d’opposition français.
Chef de file des opposants socialistes au projet de traité
constitutionnel, l’ancien Premier ministre Laurent Fabius s’est dit
hostile à l’adhésion de la Turquie, à laquelle le premier secrétaire
du PS François Hollande est, lui, favorable.
“Pour moi, la question n’est pas l’appartenance de l’immense majorité
des Turcs à la religion musulmane, c’est l’état de la démocratie dans
ce pays, les droits de l’homme et la laïcité”, a estimé pour sa part
le maire PS de Paris Bertrand Delanoë, pour qui l’entrée d’Ankara
dans l’UE “doit dépendre des réponses apportées à ces seules
questions”.
Chez les Verts, le “oui” à l’entrée de la Turquie semble unanime.
L’ancienne secrétaire générale du parti écologiste Dominique Voynet y
voit l’occasion de faire de l’Europe “le seul espace” à même de
“contrer l’hyperpuissance américaine”.
Sa secrétaire nationale Marie-George Buffet en tête, le Parti
communiste dit également “oui” à la Turquie.
A l’extrême gauche, la porte-parole de Lutte ouvrière Arlette
Laguiller s’est prononcée “pour la suppression des frontières, y
compris avec la Turquie”.
A l’Assemblée nationale, un débat sur le dossier turc a été organisé
à la mi-octobre. Une autre discussion aura lieu au Palais-Bourbon
après le Conseil européen de Bruxelles.

Jacques Chirac interpelle sur la question turque

Le Monde, France
mardi 14 décembre 2004
Jacques Chirac interpellé sur la question turque
Deux jours avant l’ouverture du sommet des Vingt-Cinq, la grande
majorité de la classe politique française souhaite que l’option d’un
partenariat privilégié entre la Turquie et l’Union européenne soit
offerte au côté de celle d’une adhésion pure et simple, si le sommet
européen des 16-17 décembre donne son feu vert à une ouverture des
négociations avec Ankara. Jacques Chirac doit expliquer la position
française mercredi soir sur TF1. .
Appels des partis. Le président du groupe PS à l’Assemblée nationale,
Jean-Marc Ayrault, qui soutient pourtant la candidature turque à
l’UE, a souhaité mardi 14 septembre que le président Jacques Chirac
“explique”, lors de son entretien mercredi sur TF1, “pourquoi le
problème de la Turquie se pose”.

“Il faut en parler sans jouer sur les peurs”, a déclaré M. Ayrault
lors de son point de presse hebdomadaire à l’issue de la réunion du
groupe. Evoquant ce que “la Turquie peut apporter à l’Europe”, M.
Ayrault a également jugé que ce pays avait “des progrès à faire
notamment en matière de droits de l’homme, de gestion de l’économie
et de transparence”.
De son côté, le numéro 2 du PS, Laurent Fabius, a réaffirmé son
opposition à une adhésion de la Turquie à l’Union européenne, en
soulignant que “la meilleure solution” était “un partenariat
privilégié” entre l’UE et Ankara. “La population ne souhaite pas
l’adhésion, le Parlement ne souhaite pas l’adhésion, et l’adhésion
n’est pas de l’intérêt de l’Europe et de la France, c’est le
partenariat qui est la bonne solution”, a déclaré M. Fabius dans les
couloirs de l’Assemblée à l’issue de la séance des questions
d’actualité.
Le président du Mouvement pour la France (MPF), Philippe de Villiers,
a souhaité mardi, dans un communiqué, que le président Jacques Chirac
réponde, lors de son entretien mercredi sur TF1, à plusieurs
inquiétudes suscitées, selon lui, par la candidature de la Turquie à
l’Union européenne.
Intervention du président de la République. Jacques Chirac devrait
expliquer mercredi soir sur TF1 la position de la France sur
l’adhésion de la Turquie. Le président de la République devrait
redire que l’adhésion de la Turquie est “souhaitable”, soulignant que
l’objectif des négociations est bien l’entrée dans l’UE de ce pays
qui frappe depuis 40 ans à la porte de l’Europe. Mais M. Chirac
devrait surtout insister sur l’attitude prudente de la France et
mettre en avant l’hypothèse d’un “lien fort” avec Ankara, en cas
d’échec des négociations, soit clairement inscrit dans les
conclusions du sommet.
Paris veut aussi s’assurer que les multiples garde-fous envisagés par
la Commission européenne soient bien imposés à Ankara, de manière à
pouvoir suspendre à tout moment les négociations au cas où la Turquie
sortirait des rails, notamment en matière de droits de l’homme.
La diplomatie française a fait part publiquement de ses réticences,
ces derniers jours. Le ministre des affaires étrangères, Michel
Barnier, a relancé mardi la question du génocide arménien, déjà
évoquée lundi, en précisant que Paris n’en faisait pas un préalable
pour l’ouverture des négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE
mais assurant qu’elle serait posée. “C’est une blessure qui ne
cicatrice pas” et “c’est une question que la France va poser, car
nous voulons une réponse”, a déclaré mardi M. Barnier à l’Assemblée
nationale française. “Nous poserons toutes les questions, notamment
celle du génocide arménien, notamment celle de Chypre, au long de
cette négociation” d’adhésion de la Turquie, a-t-il dit.
La Turquie pour une “adhésion pleine”. Face à ces réticences
exprimées par la France, mais aussi par l’Autriche, et face à
l’émergence de l’hypothèse d’un “partenariat privilégié”, le premier
ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a lancé mardi un vibrant appel
aux dirigeants européens. “Nous n’accepterons aucune autre
perspective qu’une adhésion pleine”, a-t-il déclaré dans un discours
devant le groupe parlementaire de son parti de la Justice et du
développement (AKP).
“J’espère que l’UE ne signera pas une erreur historique qui
affaiblirait ses propres fondations”, a ajouté M. Erdogan, qui a
affirmé que son pays avait fait tout ce qui lui incombait, notamment
en adoptant les critères démocratiques dits de Copenhague.
“Maintenant, c’est à l’UE d’assumer ses responsabilités. Nous n’avons
rien laissé d’incomplet sur la table”, a souligné M. Erdogan. Il a
également réitéré que la Turquie, pays musulman de plus de 70
millions d’habitants, n’accepterait pas de se voir imposer “de
nouvelles conditions” pour débuter les discussions. “Nous
n’accepterons pas une telle chose”, a-t-il dit lors de son discours
plusieurs fois interrompu par des ovations, récusant avec force
l’idée d’un “partenariat privilégié” comme alternative à un échec des
futurs pourparlers d’intégration.
From: Emil Lazarian | Ararat NewsPress

Les Europeens s’appretent a entrouvrir leur porte a la Turquie

Edicom, Suisse
mardi 14 décembre 2004
Les Européens s’apprêtent à entrouvrir leur porte à la Turquie

par Emmanuel Georges-Picot
BRUXELLES (AP) – Les Vingt-cinq devraient dire «oui» à l’ouverture en
2005 de négociations avec la Turquie en vue de son adhésion à l’Union
européenne lors de leur sommet de fin d’année, jeudi et vendredi à
Bruxelles.
Les chefs d’Etat et de gouvernement devraient cependant entourer ce
feu vert de garanties pour rassurer leurs opinions publiques
récalcitrantes. Ils devraient préciser pour la première fois dans
l’histoire des élargissements que le résultat des négociations, d’une
durée prévisible de 10 à 15 ans, restera «ouvert».
La décision que s’apprête à prendre le conseil européen, réuni à
partir de jeudi soir, est historique. La Turquie, pays de 71,3
millions d’habitants, musulman à 98%, serait le premier Etat-membre
de l’UE dont l’essentiel du territoire (97%) se trouve en Asie.
Le feu vert des 25, qui devraient suivre la recommandation faite le 6
octobre dernier par la Commission, marquera une étape décisive dans
les relations complexes qu’entretiennent depuis toujours l’Europe et
la Turquie. Depuis Mustapha Kemal, père de la Turquie moderne,
Ankara, dotée d’un statut d’association depuis 1963 et candidate
depuis 1987, a constamment aspiré à s’arrimer à l’Occident.
L’ouverture des négociations constituerait un succès pour le Premier
ministre turc Recep Tayyip Erdogan, qui a construit toute sa
politique sur l’adhésion à l’UE et attendra le verdict dans les
couloirs du btiment du conseil européen.
Mais ce désir d’intégration rencontre l’hostilité d’une partie de
l’opinion publique européenne. Selon un sondage Ifop publié lundi par
«Le Figaro», 67% des Français et 55% des Allemands sont opposés à
l’entrée de la Turquie, en raison de la situation des droits de
l’homme, des différences religieuses et culturelles ou du risque de
développement d’activités criminelles en Europe.
A l’inverse, 65% des Espagnols, 49% des Italiens et 41% des
Britanniques y sont favorables du fait des efforts engagés par la
Turquie pour se moderniser, de l’intérêt géopolitique de cet
élargissement et du risque d’une dérive islamiste en cas de refus.
Obligés de tenir compte de ces réticences, les Européens devraient
assortir leur feu vert de plusieurs garanties. Le projet de
conclusions rédigé par la présidence néerlandaise et soumis en début
de semaine aux ministres des Affaires étrangères stipule que »les
négociations d’adhésion sont un processus ouvert dont l’aboutissement
ne peut être garanti à l’avance».
A tout moment, un membre de l’UE pourra interrompre les discussions.
Il sera également possible de suspendre les négociations par un vote
à la majorité qualifiée du conseil européen.
A la différence des élargissements précédents, l’UE va contrôler sur
le terrain l’application des réformes votées par le Parlement turc
pour se mettre en conformité avec les 80.000 pages de l’acquis
communautaire.
Le dossier de Chypre, île divisée depuis 1974 entre le sud pro-grec
et le nord pro-turc, devra également être résolu. Les Européens
devraient exiger vendredi un engagement de M. Erdogan de signer le
protocole étendant l’union douanière aux 10 nouveaux membres de l’UE,
ce qui constituerait une reconnaissance de facto du gouvernement
chypriote grec.
La France, soutenue par l’Autriche, le Danemark et la Slovaquie,
souhaite aller plus loin. Jacques Chirac, personnellement favorable à
l’adhésion turque mais en porte-à-faux avec son opinion publique et
ses propres amis politiques, demande que soit mentionné la
possibilité d’un «lien fort» entre l’UE et la Turquie s’il apparaît
pendant les négociations qu’Ankara n’est pas en mesure de remplir les
critères d’adhésion. La grande majorité des délégations, dont
l’Allemagne, refusent que cette alternative figure dans le texte.
Paris demande en outre que les négociations ne débutent pas avant le
deuxième semestre 2005. Mais la Turquie ne veut pas en entendre
parler, et exige que les pourparlers s’ouvrent «sans délai», selon la
promesse faite par les Européens en décembre 2002 à Copenhague.
La France a également ressorti lundi la question de la
non-reconnaissance par Ankara du génocide arménien de 1915. Le
ministre des Affaires étrangères Michel Barnier a cependant précisé
mardi qu’il ne s’agissait pas d’une «condition» à l’ouverture des
négociations mais d’une «question» à résoudre au cours du processus.
From: Emil Lazarian | Ararat NewsPress

La reconnaissance du genocide armenien pas une condition

Edicom, Suisse
mardi 14 décembre 2004
La reconnaissance du génocide arménien n’est pas «une condition» à
l’adhésion turque, affirme Michel Barnier
PARIS (AP) – La reconnaissance par la Turquie du génocide arménien
de 1915 est «une question», mais pas «une condition» posée par la
France à la Turquie dans le cadre du débat sur l’adhésion d’Ankara à
l’Union européenne, a expliqué mardi le ministre des Affaires
étrangères Michel Barnier.
»Ce n’est pas une condition que nous posons pour l’ouverture de
négociations comme celle dont les chefs d’Etat vont discuter jeudi et
vendredi», a affirmé Michel Barnier sur France-2, deux jours avant le
Conseil européen qui doit se prononcer sur l’ouverture de négociation
d’adhésion entre la Turquie et l’Union européenne.
Le ministre a toutefois précisé que la France demandera à la Turquie
de reconnaître le génocide arménien de 1915. «Le moment venu, la
Turquie devra faire ce devoir de mémoire par rapport à cette tragédie
du début du siècle qui a touché des centaines de milliers
d’Arméniens», a-t-il dit, soulignant que «le projet européen est
fondé sur l’idée-même de la réconciliation».
Paris posera cette question «dans le courant d’une négociation qui va
sans doute commencer l’année prochaine», a précisé Michel Barnier.
«Nous avons une dizaine d’années pour la poser, les Turcs ont une
dizaine d’année pour réfléchir à leur réponse.»
Le ministre français a répété son soutien à l’adhésion de la Turquie
à l’UE. Il a tout de même affirmé que le processus de négociation
«n’est pas un processus écrit d’avance», même si «on ouvre des
négociations pour sincèrement réussir (…) et donc aboutir à
l’adhésion».
»Si les négociations aboutissent, ce sont les Français qui choisiront
par référendum», a confirmé le ministre. «Le dernier recours
appartiendra bien au peuple français.»

En 2001, la =?UNKNOWN?Q?col=E8re?= d’Ankara contre la France

Le Figaro, France
mardi 14 décembre 2004
En 2001, la colère d’Ankara contre la France
A. Ba.
En exigeant qu’Ankara reconnaisse le génocide arménien de 1915, Paris
prend le risque de rouvrir une vieille plaie. Le 18 janvier 2001, la
«reconnaissance publique» du génocide par les députés français –
après celle des sénateurs, l’année précédente – avait suscité de
vives tensions entre les deux capitales. Qualifiant ce vote
d’«inacceptable», la Turquie avait alors immédiatement rappelé son
ambassadeur en consultation et évoqué des mesures de rétorsion,
notamment commerciales. Malgré la vigueur du ton employé, les suites
de l’affaire avaient été relativement modérées. Davantage en tout cas
que les réactions turques à la toute première mouture du texte de
loi, adopté à l’unanimité par l’Assemblée nationale le 29 mai 1998. A
l’époque, plusieurs contrats d’armement avaient été immédiatement
gelés par Ankara, le temps que le vote final de la résolution soit
différé par le Sénat et momentanément enterré.
From: Emil Lazarian | Ararat NewsPress

Turquie : Paris ressort la question armenienne

Le Figaro, France
mardi 14 décembre 2004
UNION EUROPÉENNE Michel Barnier a annoncé hier à Bruxelles que la
France demandera officiellement à la Turquie de reconnaître le
génocide arménien
Turquie : Paris ressort la question arménienne
Alors que les ministres des Affaires étrangères des pays membres de
l’Union européenne (UE) ont poursuivi leurs tractations avant le
sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, jeudi et vendredi, sur
l’ouverture des négociations d’adhésion de la Turquie, Paris a
relancé hier le dossier arménien. A Bruxelles, Michel Barnier, le
chef de la diplomatie française, a annoncé que la France demandera à
la Turquie de «reconnaître la tragédie arménienne du début du
siècle». Cette requête officielle sera formulée au cours des
négociations d’adhésion avec Ankara.
Bruxelles : de notre correspondante Alexandrine Bouilhet
[14 décembre 2004]
Michel Barnier, hier à Bruxelles, en compagnie du haut représentant
pour la politique étrangère de l’UE, Javier Solana. «Il faut être
sincère: notre but, c’est que les négociations réussissent. Et
qu’elles aboutissent à l’adhésion», a insisté le ministre des
Affaires étrangères français.
(Photo AFP)

A trois jours du sommet européen consacré à la Turquie, la France
passe à l’offensive sur le dossier arménien. Lors d’une rencontre
avec ses homologues européens, hier à Bruxelles, Michel Barnier a
annoncé que la France demanderait à la Turquie de «reconnaître la
tragédie arménienne du début du siècle». Paris formulera sa requête
officielle au cours des négociations d’adhésion avec Ankara. «Cela
fait partie des bonnes relations que la Turquie doit établir avec ses
voisins», a expliqué le chef de la diplomatie française. «Le projet
européen est fondé depuis cinquante ans sur la réconciliation. C’est
ainsi qu’il a été conçu par la France et l’Allemagne, a-t-il ajouté.
La Turquie devra faire ce travail de mémoire et reconnaître cette
tragédie arménienne, le moment voulu.»
La France n’avait jamais formulé un lien aussi clair entre le
génocide arménien et les pourparlers d’adhésion avec la Turquie. Et
pour cause : ce sujet, brûlant pour Ankara, ne figure pas au nombre
des «critères de Copenhague» à respecter pour ouvrir les négociations
d’adhésion avec Bruxelles. Mais les parlementaires français, parmi
les premiers en Europe à reconnaître le génocide arménien, ont
toujours estimé qu’il s’agissait d’un préalable indispensable au
déclenchement des pourparlers avec la Turquie. «un préalable
incontournable», «on ne construit pas la paix et la réconciliation
sur le sacrifice de la mémoire d’un peuple vieux de plus de trois
mille ans».
Avant de donner son feu vert, vendredi, à l’ouverture des
négociations avec Ankara, Jacques Chirac cherche à donner des gages
aux élus de droite comme de gauche, hostiles dans leur majorité à
l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne.«La grande majorité de
l’UMP, la moitié des socialistes et la totalité du groupe centriste
sont contre l’adhésion : cela fait beaucoup, a rappelé Michel
Barnier. Cela pose évidemment un problème car le président de la
République, lui, a sa vision : il estime important que la Turquie
fasse partie de l’Union européenne.» Dans un souci d’apaisement avec
le Parlement, contrarié de ne pas être consulté avant le sommet
européen, Jacques Chirac a décidé de jouer la carte arménienne. Une
carte politique sans risque à Bruxelles. «Dans la mesure où l’affaire
arménienne ne figure pas dans les conclusions du sommet, nous n’avons
rien à dire. C’est une promesse verbale à destination de l’opinion
française qui ne regarde pas l’Union européenne pour l’instant»,
commentait hier un diplomate britannique.
Pour le reste, Ankara peut se rassurer. La France restera fidèle à
ses engagements. A Bruxelles, elle a encore plaidé hier pour
l’adhésion de la Turquie, refusant d’évoquer un «partenariat
privilégié», ou toute autre voie de garage, si les négociations
devaient échouer. «Il faut être sincère : notre but, c’est que les
négociations réussissent. Et qu’elles aboutissent à l’adhésion,
insiste Michel Barnier. Mais ce résultat que nous souhaitons n’est
pas inéluctable. Il faut donc prévoir l’hypothèse et garantir, en cas
d’échec, un lien très fort de la Turquie avec la structure
européenne.» C’est aussi en ces termes que Jacques Chirac s’est
adressé hier au premier ministre néerlandais, Jan Peter Balkenende,
qu’il recevait à l’Elysée, martelant le souhait de la France de nouer
un «lien fort» avec Ankara au cas où les négociations échoueraient.
Le chef de la diplomatie française s’est cependant bien gardé hier de
qualifier cette «autre option» qui ne serait pas l’adhésion claire et
nette. Toute autre solution, il le sait, serait immédiatement rejetée
par les Britanniques et les Allemands. Les Vingt-Cinq se sont déjà
mis d’accord pour mentionner un «processus ouvert dont
l’aboutissement n’est pas garanti à l’avance», sans aller plus loin
pour ne pas fcher la Turquie.
«Notre but, c’est l’adhésion pleine et entière, a affirmé Joschka
Fischer, le ministre allemand des Affaires étrangères. A mon sens,
toute édulcoration de cet objectif entraînerait l’interruption du
processus de réformes en Turquie.» Jack Straw, le chef du Foreign
Office, ne dit pas autre chose : «Ce que nous visons, c’est
l’adhésion et rien d’autre.» A ce jour, seule l’Autriche fait encore
de la résistance. Vienne préférerait un partenariat privilégié à
l’adhésion, mais, sans le soutien de Paris, elle se retrouve
totalement isolée. Ni l’Autriche ni Chypre n’ont l’intention d’user
de leur droit de veto au sommet européen.
Hier, le ministre chypriote a répété qu’il souhaitait que la Turquie
annonce une date pour la signature des accords d’Ankara. Adaptés à
l’Europe élargie, ces accords aboutiront à la reconnaissance de facto
de la République de Chypre par les Turcs. La Turquie a promis un
«signal» d’ici à jeudi soir, avant le dîner des chefs d’Etat et de
gouvernement. Dès lors, rien ne s’opposera plus au feu vert unanime
des Vingt-Cinq au démarrage des négociations avec la Turquie à partir
du second semestre 2005.
From: Emil Lazarian | Ararat NewsPress

Genocide armenien : la question sera posee a la Turquie

Le Figaro, France
mardi 14 décembre 2004
Génocide arménien : la question sera posée à la Turquie
Le ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, a déclaré
aujourd’hui devant les députés que la France poserait «toutes les
questions, notamment celle du génocide arménien» lors des
négociations d’adhésion avec la Turquie. Ce matin, le chef de la
diplomatie a cependant précisé que la reconnaissance du génocide
arménien par la Turquie «n’est pas une condition que nous posons pour
l’ouverture des négociations» d’adhésion d’Ankara à l’Union
européenne.
La «tragédie» des Arméniens en Turquie est «une blessure qui ne
cicatrise pas», a déclaré aujourd’hui Michel Barnier, en rappelant
que l’assemblée nationale l’avait qualifiée de «génocide» en 2001.
(Photo AFP.)

«Nous poserons toutes les questions, notamment celle du génocide
arménien, notamment celle de Chypre, au long de cette négociation»
d’adhésion de la Turquie, a déclaré le ministre des Affaires
étrangères, Michel Barnier aujourd’hui devant les députés, prononçant
pour la première fois le terme de «génocide».
Le ministre avait jusqu’ici utilisé le terme de «tragédie», à propos
de cette page d’histoire.
Interrogé auparavant par un autre parlementaire, M. Barnier a
souligné que «la France veut tenir un langage de vérité à l’égard de
ce pays» (la Turquie, ndlr). «Toutes les questions seront posées,
tous les problèmes seront soulevés et c’est le cas en particulier de
cette tragédie», a-t-il dit.
Le ministre a souligné qu’il «n’oubliait pas que votre assemblée à
l’unanimité a qualifié cette tragédie de génocide en 2001», en
rappelant que la Turquie avait «martyrisé des centaines de milliers
d’Arméniens».
«Nous avons donc posé la question de la reconnaissance de cette
tragédie», a poursuivi M. Barnier. «C’est une blessure qui ne
cicatrise pas», a-t-il estimé, ajoutant: «cette question est au coeur
même du projet européen qui est fondé sur la reconciliation».

Communaute turque de France souffre d’isolement et de meconnaissance

Tageblatt, Luxemburg
Mercredi 14 Dec. 2004
La communauté turque de France souffre d’isolement et de »méconnaissance»
Les Turcs de France, à l’avant-veille du sommet européen qui doit se
prononcer sur l’ouverture des négociations sur l’entrée de la turquie
dans l’UE, ne comprennent pas les réserves de la France et se sentent
incompris, tout en reconnaissant une intégration difficile.
Président du centre culturel Anatolie, à Paris, Fitrat Onger témoigne
d’un sentiment d’»injustice», d’»incompréhension», dans la communauté
turque.
»Les Français ne nous connaissent pas et nous confondent avec les
Arabes, et beaucoup sont sensibles au lobby arménien», dit-il,
reconnaissant que la diversité de l’immigration turque et sa
»difficile intégration» ne facilitent pas les choses.
»C’est vrai, nous sommes très dispersés», dit-il, évoquant les sept
lieux de prière différents à Paris, appartenant chacun à une tendance
différente.
»Les Turcs sont intégrés économiquement, mais ils restent refermés
sur eux-mêmes», reconnaît-il, un repli nationaliste plus que
religieux.
Ils sont environ 380.000 en France, sur 3 millions au sein de l’UE,
dont la moitié en Ile-de-France, selon le démographe Stéphane de
Tapia. Parmi eux, les Kurdes, dont l’immigration est plus récente,
sont environ 150.000.
La majorité est sunnite mais une forte minorité alevi, turque ou
kurde, joue un rôle important. »Ils ont intégré l’idée républicaine
et la laïcité et jouent le rôle d’intermédiaire avec la société
française, comme syndicalistes, médiateurs scolaires, interprètes»,
dit le chercheur.
Sans oublier une minorité chrétienne assyro-chaldéenne, en
Seine-Saint-Denis, et une minorité de juifs.
La réputation de »bosseurs», ne rechignant pas à la mobilité, est
méritée. Lorsqu’un secteur, comme la confection, leur est grignoté
par les Chinois, ils se recyclent dans la retoucherie. On compte
aujourd’hui 4.200 retoucheries turques en Ile-de-France, 7.200 points
de restauration rapide, le reste se concentrant sur le btiment,
selon Fitrat Onger.
Immigration essentiellement rurale, le nombre d’étudiants reste
faible (2.000 environ).
Mais l’origine rurale n’explique pas seule le repli culturel et
identitaire des Turcs de France. »La Turquie a changé, les enfants de
la campagne turque sont souvent plus +avancés+ que les enfants turcs
des banlieues défavorisées», affirme Stéphane de Tapia, ce qui
provoque des malentendus souvent dramatiques lors des mariages
arrangés entre familles originaires du même village.
»De plus en plus de filles ou garçons turcs renclent, mais en
France, le mariage arrangé reste pour les parents le dernier rempart
contre l’assimilation», dit-il.
Pour Fitrat Onger, les mariages arrangés, dont l’objectif est souvent
de permettre à un parent de venir en France, »deviennent une vraie
catastrophe», »60% se terminent par un divorce dans les 18 mois».
Un »non» de l’UE vendredi provoquerait une »blessure symbolique
grave» chez les jeunes, affirme Gaye Petek, directrice de
l’association Elele. »Ils risquent de se sentir victimes et donc
aigris vis-à-vis de la France, ce qu’ils n’ont jamais été, à la
différence des jeunes Beurs».
Ils pourraient avoir la tentation de retourner en Turquie, dit-elle,
comme certains le font depuis peu, pour échapper au contrôle des
parents, tout en les rassurant.
»Cela sera plus difficile pour nous, qui essayons de leur montrer
qu’on peut être critique par rapport à la culture des parents, sans
être coupable de trahison, et être Français», dit-elle.

La Turquie en marche vers l’Union europeenne

libération, France
mardi 14 décembre 2004
La Turquie en marche vers l’Union européenne
Par Jean QUATREMER
(à Bruxelles)

trois jours du Conseil européen qui doit décider de l’ouverture de
négociations d’adhésion avec la Turquie, les derniers risques de
crise s’éloignent. Hier, à Bruxelles, le ministre des Affaires
étrangères de Chypre a écarté l’idée que son pays utilise son droit
de veto s’il n’est pas reconnu rapidement par Ankara. Georges Iacovou
espère simplement que la Turquie manifestera sa volonté de
«normaliser» ses relations avec la République de Chypre avant mars
2005. De son côté, Michel Barnier a annoncé que la France demanderait
que, «dans le courant de la négociation», Ankara s’engage à
reconnaître le génocide arménien. Enfin, à Strasbourg, le débat au
Parlement européen a montré qu’une large majorité de députés était
favorable à l’ouverture de négociations avec Ankara.

Les eurodeputes s’acheminent vers le “oui” a la Turquie

Le Monde, France
mardi 14 décembre 2004
Les eurodéputés s’acheminent vers le “oui” à la Turquie
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d’actualité. Abonnez-vous au Monde.fr
Un débat organisé lundi soir a néanmoins séparé le camp des
partisans, espagnols et britanniques, pour qui l’adhésion est “une
question de conscience”, des députés français ou grecs qui craignent,
en cas d’adhésion de la Turquie, une métamorphose de l’Europe en
“organisation mondiale du commerce euro-asiatique”.
Les eurodéputés devraient voter à une nette majorité, mercredi 15
décembre, en faveur de l’ouverture de négociations d’adhésion avec la
Turquie. Mais un débat, organisé lundi soir 13 décembre, a confirmé
des clivages nationaux que l’on retrouve dans la population
européenne.

Le Parlement se prononcera, mercredi, sur le rapport du député
conservateur néerlandais, Camiel Eurlings, et ses quelque 80
amendements, un avis cependant consultatif car la décision finale
appartient aux chefs d’Etat et de gouvernement qui se réuniront jeudi
et vendredi à Bruxelles.
Suivant une ligne semblable à celle arrêtée par la Commission
européenne, le rapport préconise l’ouverture “sans délai inutile” des
négociations avec Ankara, tout en énumérant les conditions restant à
remplir, notamment la reconnaissance de Chypre et “une tolérance
zéro” contre la torture.
Soulignant que les négociations sont “un processus ouvert et qui ne
conduit pas automatiquement à l’adhésion”, le texte n’envisage pas,
dès à présent, d’alternative à l’adhésion, comme le “partenariat
privilégié” réclamé par les droites française et allemande. “Nous
devons envoyer un signal fort à la Turquie : saisissez cette chance.
Mais aussi un autre signal fort : nous suivrons les réformes”, a
commenté M. Eurlings, “très impressionné par les réformes en Turquie
où, davantage d’événements ont eu lieu ces dernières années que dans
les quarante précédentes”.
Si M. Eurlings est suivi au sein du Parti populaire européen par les
députés espagnols, italiens ou britanniques, il est en revanche
critiqué par les Allemands de la CDU ou les Français de l’UMP, une
diversité d’avis à l’image des sensibilités différentes des opinions
publiques dans l’Union européenne.
“CRIME” OU “CONTRIBUTION À LA PAIX”
“L’adhésion de la Turquie est une question de conscience ou
quasiment, donc nous acceptons que tout le monde vote en toute
conscience”, a souligné le leader du Parti populaire européen (PPE),
l’Allemand Hans-Gert Poettering. “Nous allons négocier avec un pays
qui viole massivement les droits humains”, a-t-il cependant dénoncé,
relevant que “s’il n’y a plus de torture systématique en Turquie, il
y a encore de nombreux cas de tortures”.
“Faire entrer la Turquie dans l’UE, c’est accepter le risque que
l’Europe se transforme en une organisation mondiale du commerce
euro-asiatique, sans pouvoir et sans puissance”, a renchéri le
Français Jacques Toubon.
Pour Bernard Lehideux (UDF), qui siège au sein du groupe libéral et
démocrate, “il faudra bien que l’UE se fixe un jour des frontières,
sinon elle va s’étendre comme une tache d’huile, sans objectif
politique”.
De son côté, le ministre des affaires étrangères français, Michel
Barnier, a souhaité que, pendant le processus de négociations, la
Turquie reconnaisse le génocide arménien, mais que cette
reconnaissance ne soit “pas une condition” d’adhésion d’Ankara.
Les courants souverainistes et d’extrême droite se sont, eux,
indignés sur le thème d’un “pays islamiste” et “qui n’est pas dans
l’Europe”. Pour le nationaliste grec Georgios Karatzaferis, ce serait
ainsi “un crime que d’accepter la Turquie dans l’Europe”.
L’addition de ces “non” est cependant nettement minoritaire au sein
de l’assemblée européenne, face au “oui” des socialistes, des Verts
et d’une bonne moitié des conservateurs et des libéraux. “Tous ceux
qui défendent les droits humains en Turquie nous disent que les
perspectives d’adhésion ont modifié ce pays et en font une démocratie
parlementaire”, a défendu le chef du groupe socialiste, l’Allemand
Martin Schulz.
“En s’ouvrant à un pays laïque à majorité musulmane, l’Union
européenne donnerait un signe majeur de contribution à la paix et la
compréhension entre les peuples”, a ajouté le Français Michel Rocard,
jugeant même le rapport du Parlement européen “trop agressif” à
l’égard des conditions posées à Ankara.