Agence France Presse
14 décembre 2004 mardi
Turquie: l’UDF dénonce une démocratie qui “fonctionne mal en France”
PARIS 14 déc 2004
Le porte-parole de l’UDF François Sauvadet a estimé mardi que “la
démocratie fonctionnait mal en France”, en soulignant que “la
position de la France” sur l’adhésion de la Turquie à l’Union
européenne n’était “toujours pas connue”.
“Il est incroyable qu’à quelques jours d’une décision, le Parlement
n’ait pas pu se saisir de cette question, n’ait pas pu voter sur
cette question qui intéresse les Français et concerne l’avenir de
l’Europe”, a déclaré M. Sauvadet, lors de son point de presse
hebdomadaire à l’issue de la réunion de son groupe.
Il a annoncé que le groupe interpellerait quelques heures plus tard
le gouvernement sur ce sujet lors des questions d’actualité.
Vendredi, les Etats-membres de l’UE, réunis en Sommet à Bruxelles,
doivent se pencher que la question de l’adhésion d’Ankara.
“Nous ne connaissons toujours pas la position de la France”, a
poursuivi M. Sauvadet, en estimant que le ministre des Affaires
étrangères Michel Barnier s’était livré “à un pas de deux, en
réclamant au dernier moment la reconnaissance du génocide” arménien.
Comme on lui faisait remarquer que le président Jacques Chirac devait
présenter la position de la France mercredi lors d’une intervention
télévisée, M. Sauvadet a répondu: “Il est temps!”, avant d’ajouter:
“on aimerait bien que cette position soit extrêmement claire et prise
devant le pays et qu’elle puisse aussi être discutée”.
L’UE souligne les difficultes sur la voie de l’adhesion turque
La Tribune
14 décembre 2004
L’UE SOULIGNE LES DIFFICULTÉS SUR LA VOIE DE L’ADHÉSION TURQUE
La France envisage un coup d’envoi des négociations d’adhésion au
second semestre 2005. L’idée française d’un partenariat privilégié
comme alternative à l’adhésion ne fait pas recette.
Les ministres des Affaires étrangères, réunis hier à Bruxelles, ont
avancé à pas comptés vers l’ouverture des négociations d’adhésion
avec la Turquie. Le principe d’une telle négociation a été
réaffirmée. Mais il reviendra aux chefs d’Etat et de gouvernement de
l’Union européenne (UE) d’arrêter, vendredi, la date de lancement de
la négociation.
Hier, le ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier, a
expliqué qu’il souhaitait un coup d’envoi “au plus tôt dans le
courant du deuxième semestre 2005”. La Grande-Bretagne, qui présidera
alors l’Union, a le même calendrier en tête. Ainsi, le coup d’envoi
des négociations d’adhésion n’aurait lieu qu’après les débats sur la
ratification du projet de traité constitutionnel.
Risque de veto chypriote. Le Conseil d’hier a permis d’éloigner le
risque d’un veto chypriote. “Il y a un soutien considérable à Chypre
[dans l’opinion publique] pour une telle option, mais nous préférons
ne pas y penser à ce moment”, a déclaré le ministre chypriote des
Affaires étrangères, George Iacovou. Ce dernier a toutefois
immédiatement fait remonter la pression, en souhaitant que les
autorités turques manifestent leur volonté de normaliser leurs
relations avec Nicosie avant le sommet européen de mars prochain. “La
reconnaissance [des autorités de Nicosie] n’est pas juridiquement un
préalable obligatoire” à l’ouverture des négociations, a souligné
pour sa part Michel Barnier. “Mais politiquement et moralement, il
serait difficilement compréhensible” qu’Ankara n’engage pas cette
démarche, a-t-il estimé.
Pour compliquer encore les discussions, Michel Barnier a prévenu que
“la France [ferait] la demande, dans le courant de la négociation,
d’une reconnaissance de la tragédie du début du [XXe] siècle qui a
touché plusieurs centaines de milliers d’Arméniens”. Un “génocide”,
selon le terme utilisé par Michel Barnier, perpétré par les autorités
ottomanes.
La proximité du feu vert européen conduit ainsi les Vingt-Cinq à
insister sur les difficultés qui attendent la Turquie. “Le processus
sera long, a expliqué le chancelier Gerhard Schröder, lors d’une
rencontre avec son homologue néerlandais. Nous tablons sur dix à
quinze ans et le résultat est ouvert.” Et pour souligner que l’issue
des négociations n’était pas écrite, la France ne désespère pas de
voir les Vingt-Cinq signaler, lors du prochain sommet, qu’une
alternative existe. Un “partenariat privilégié” entre l’UE et la
Turquie pourrait ainsi pallier l’adhésion en cas d’échec des
négociations. Une “troisième voie” dont, pour l’heure, ne veut pas
entendre la Grande-Bretagne.
Jacques Chirac a abordé ce point hier lors de son entretien avec le
Premier ministre néerlandais, Jan Peter Balkenende, qui préside
actuellement l’UE. Mais la France est très isolée. “Il n’est pas
question d’un plan B ; nous ouvrons des discussions sur une
adhésion”, a expliqué hier le ministre néerlandais des Affaires
étrangères, Bernard Bot.
Le Conseil a en revanche décidé, hier, que les négociations
d’adhésion de la Croatie pourraient débuter, elles, en avril
prochain, si le pays collabore avec le Tribunal pénal international.
Grégoire Pinson, à Bruxelles
Turquie et Europe : l’etat des forces
La Nouvelle République du Centre Ouest
14 décembre 2004
Turquie et Europe : l’état des forces
Si le sommet européen donne son feu vert à une ouverture des
négociations avec Ankara, les principaux partis politiques français
souhaitent que l’option d’un partenariat privilégié entre la Turquie
et l’Union européenne soit offerte.
Selon un sondage publié hier, 67 % des Français sont opposés à
l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Cette opposition est
la plus forte (85 %) chez les sympathisants du FN/MNR
(extrême-droite) et de l’UDF. Elle est également très majoritaire
chez les sympathisants de l’UMP (71 %) et du PS (61 %).
« L’Europe ne peut s’élargir indéfiniment. Notre vision n’est pas
celle anglo-saxonne d’une vaste zone de libre-échange », avait
déclaré le nouveau président de l’UMP, Nicolas Sarkozy.
Cette position tranche avec celle de Jacques Chirac, qui souhaite
voir entrer à terme la Turquie dans l’UE (« Nous sommes tous des
enfants de Byzance »), même s’il a promis aux Français qu’ils
seraient consultés le moment venu par référendum. Le chef de l’État a
assuré que l’ouverture de négociations n’entraînera pas
automatiquement une adhésion. Sans employer la formule de «
partenariat privilégié », il évoque désormais la possibilité que ces
négociations se concluent par l’établissement d’un « lien fort qui ne
serait pas l’adhésion ».
Voici les positions des principaux partis politiques sur cette
question.
UMP : le secrétaire général, Brice Hortefeux, a confirmé hier que la
délégation UMP votera « très certainement » contre le rapport du
Parlement européen, qui recommande l’ouverture de négociations, sans
envisager d’alternative à l’adhésion
UDF : opposée à l’entrée de la Turquie dans l’UE, l’UDF souhaite que
la France « impose » qu’une ouverture de négociations avec Ankara
prévoit plusieurs issues possibles : adhésion ou partenariat
privilégié.
« Nous ne pouvons nous retrouver engagés par une décision d’adhésion
automatique que les peuples refusent », a déclaré François Bayrou.
PS : le parti est pour l’ouverture de négociations avec la Turquie,
mais « veut que ces négociations ne présagent en aucune manière de la
forme de participation de la Turquie à l’Europe », a déclaré le
porte-parole du PS, Julien Dray. Pour François Hollande, il ne faut «
pas que l’adhésion soit la formule automatique, toutes les options
doivent être ouvertes ». Officiellement favorable sous conditions
(respect des droits de l’homme, reconnaissance du génocide arménien)
à l’entrée de la Turquie dans l’UE, le parti est, en réalité, divisé.
Son numéro deux, Laurent Fabius, et le sénateur des Hauts-de-Seine,
Robert Badinter, ont notamment exprimé leur opposition à une adhésion
de la Turquie à l’UE.
VERTS : « On ne peut dénier à la Turquie, après 40 ans de coopération
renforcée avec l’Union, le droit d’être candidate officielle à
l’adhésion, » expliquent les Verts
PCF : favorable à l’adhésion dès que la Turquie « satisfera
l’ensemble des critères démocratiques ».
MPF : Philippe de Villiers a demandé à Jacques Chirac de « brandir le
veto » lors du sommet européen.
Front National : contre l’entrée de la Turquie dans l’UE.
Les Turcs decus par l’attitude de la France
L’Humanité, France
15 décembre 2004
Les Turcs déçus par l’attitude de la France
Hassane Zerrouky
L’opinion publique se sent trahie par les obstacles que Paris semble
vouloir ériger à l’adhésion.
Dans les rues d’Istanbul et d’Ankara, une large majorité de Turcs ne
comprennent pas les réticences exprimées, notamment en France et en
Allemagne, à l’endroit de l’adhésion de la Turquie à l’Union
européenne. Davantage que la question de la reconnaissance du
génocide arménien par la Turquie, c’est le sondage du Figaro faisant
état du refus exprimé par une majorité de Français à l’adhésion de la
Turquie qui a le plus surpris les Turcs. La France jouissait jusqu’à
récemment d’une certaine estime dans ce pays. « Est-ce parce que nous
sommes musulmans ? » s’éton- ne une étudiante turque. Beaucoup, à
Istanbul et Ankara, se plaisent à rappeler que la Turquie avait
déposé sa candidature d’adhésion au Marché commun en 1963, à une
époque où la Grande-Bretagne, par exemple, n’était pas membre d’une
Europe qui comprenait alors six pays. Mieux, d’aucuns rappellent que
c’est sous le règne du sultan Abdelmegîd (1839-1861) que furent
promulguées les « tanzimet » (réformes) d’inspiration napoléonienne,
instituant un État moderne, une Constitution, le droit et l’égalité
des personnes, avant que Mustapha Kemal ne fonde la Turquie moderne
largement inspirée du modèle d’État laïc français. En bref, pour
cette élite turque de gauche et de droite, la Turquie regarde vers
l’Europe depuis la fin du XIXe siècle.
« En vérité, c’est le 11 septembre 2001 qui a tout changé. Avant,
personne, au sein de l’UE, n’avait avancé le prétexte de l’islam pour
s’opposer à l’adhésion de la Turquie », faisait remarquer un
journaliste turc de passage à Paris. Pour lui, comme pour de nombreux
Turcs, « cette question de l’islam est un faux problème ». Dans les
colonnes de l’Humanité, Ahmet Insel, professeur d’économie de
l’université de Galatasaray, collaborateur de la revue turque de
gauche Radikal, faisait observer que la droite et certains milieux de
la social-démocratie française instrumentalisent la question d’une
Turquie où l’islam est la religion dominante et du danger d’une
immigratio turquen massive à des fins de politique interne. Les
mêmes, affirmait-il, qui s’étaient tus quand le régime militaire, au
début des années quatre-vingt, réprimait la gauche et les démocrates
turcs.
En Turquie, côté politique, de Deniz Baykal, leader du CHP (Parti
républicain du peuple), seule formation d’opposition siégeant au
Parlement, à Devlet Bahceli, du MHP (nationaliste), en passant par
Mehmet Agar, du DYP (Parti de la juste voie), tous sont montés au
créneau pour exiger que le Conseil européen du 17 décembre fixe, sans
autres conditions que celles exigées par les critères de Copenhague,
une date à l’ouverture des négociations d’adhésion. Abondant dans le
même sens, le Tusiad (patronat turc) a adressé avant-hier une lettre
à tous les chefs d’État et de gouvernement des 25 pays membres de
l’UE. Dans la société turque, les Kurdes – 12 millions de personnes –
sont acquis majoritairement à l’adhésion à l’UE. « L’Europe sans la
Turquie sera un projet inachevé », déclarait l’ex-députée kurde Leyla
Zana, en juin 2003, face aux juges, lors de la révision de son
procès. En effet, dans la perspective de l’ouverture des négociations
d’adhésion, parmi les réformes politiques adoptées par le Parlement
d’Ankara, l’une d’elle équivaut à une reconnaissance partielle des
droits culturels et linguistiques de la minorité kurde. L’usage de la
langue kurde n’est plus formellement interdit et elle peut même être
enseignée. Autre minorité qui souhaite cette adhésion, les 15
millions d’alévis, variante du chiisme, politiquement proches de la
gauche, et surtout profondément laïcs. Les alévis sont l’objet de
mesures discriminatoires non écrites restreignant l’accès des membres
issus de cette minorité aux plus hautes fonctions publiques. Pour ces
représentants d’un islam moderne, une Turquie intégrée à l’UE se
traduira par la fin des discriminations.
Plus généralement, selon un sondage rendu public par l’agence de
presse turque Anatolia, ils sont 75 % de Turcs à souhaiter que leur
pays fasse partie de l’UE, et seulement 17 % contre. Parmi les pour,
on compte des islamistes réformateurs et des laïcs de gauche et de
droite. « L’inclusion de la Turquie dans l’UE va démontrer que
réduire la relation interculturelle à la seule religion est une
erreur », affirme le politologue Ilter Turan, cité par l’AFP. « Le
développement le plus important en Turquie au cours des dernières
années c’est la transformation de certains cercles islamistes, qui ne
voient plus de contradiction entre l’identité musulmane et une
attitude pro-européenne », rétorque de son côté Ihsan Dagi,
professeur de relations internationales, à l’AFP. « Ceux qui se
définissent à travers leur identité religieuse ont réalisé que leurs
demandes pour plus de libertés correspondaient avec les réformes
démocratiques requises par l’UE », ajoute-t-il. Et parmi les contre,
on retrouve des islamistes radicaux, ceux du parti Refah, une partie
de l’extrême gauche et des souverainistes, pour qui l’adhésion de la
Turquie à l’UE signifie pour les uns la fin d’une issue islamiste à
la crise sociopolitique, la fin des privilèges liés au pouvoir pour
les partisans d’un régime autoritaire militaro-civil.
Hassane Zerrouky
From: Emil Lazarian | Ararat NewsPress
La Sublime Porte a la porte?
L’Humanité, France
15 décembre 2004
La Sublime Porte à la porte ?;
Élargissement. À la veille du sommet de Bruxelles, le chef de l’État
s’exprime ce soir sur TF1 pour expliquer aux Français les
conséquences de l’ouverture éventuelle des négociations avec la
Turquie en vue de son adhésion à l’UE.
par Stéphane Sahuc
C’est sur TF1 que le président de la République a décidé de
s’exprimer à la veille de l’ouverture du sommet de Bruxelles. Avec
cette intervention, Jacques Chirac espère dédramatiser l’enjeu du
sommet des 16 et 17 décembre en ce qui concerne l’ouverture probable
par l’Union européenne des négociations d’adhésion avec la Turquie.
Il devrait rappeler qu’il s’engage à consulter le peuple français par
référendum quand la question de l’adhésion se posera en expliquant
que, lors de la révision constitutionnelle sur la cons- titution
européenne, un article sera introduit prévoyant que toute nouvelle
entrée dans l’UE sera soumise à référendum. Il devrait également
affirmer son souhait que les conclusions du sommet prévoient « un
lien fort » avec Ankara au cas où les négociations échoueraient.
allemands et Français à l’unisson
À quelques mois du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel
européen, le président de la République semble craindre que cette
question ne complique la victoire du « oui » qu’il appelle de ses
voeux. Selon un sondage IFOP publié lundi dans le Figaro, 67 % des
Français seraient contre une adhésion turque. Ils partageraient ce
sentiment avec les seuls Allemands. Parmi les principales raisons de
leur opposition, 39 % des Français estiment que les droits de l’homme
n’y sont pas toujours respectés. Ils invoquent également à 34 % les
différences culturelles et religieuses. Une autre enquête de CSA pour
le Bleu de profession politique donne des résultats moins tranchés.
Un Français sur deux serait opposé à l’entrée de la Turquie dans
l’UE, 37 % favorables, 13 % ne se prononçant pas. Parmi les raisons –
invoquées pour refuser l’adhésion de la Turquie à l’UE, les Français
mettent au premier plan le manque de démocratie à 45 %, puis à 39 %
la question géographique de la non-appartenance de la Turquie à
l’Europe. 34 % avancent comme raison le fait que « le niveau de
développement économique et social de la Turquie est trop éloigné de
celui des autres pays de l’UE ». Enfin 28 % d’entre eux font valoir
que « c’est un pays dont la majorité des habitants sont musulmans ».
Négocier n’est pas adhérer
Reste que ce débat prend une ampleur assez surprenante puisque, comme
le rappelait le ministre français des Affaires étrangères, Michel
Barnier, lundi dans le Parisien, « les négociations d’adhésion (de la
Turquie à l’UE) ne sont pas l’adhésion », rappelant que « la
conclusion des négociations qui vont s’ouvrir n’est, en effet, pas
écrite. C’est un processus dont le résultat n’est pas garanti
d’avance ». D’autant que si adhésion il devait y avoir, celle-ci
n’interviendrait pas avant dix ou quinze ans et sous condition, comme
le rappelait le président de la République en janvier 2003, que « la
Turquie affirme clairement son adhésion sans réserve, dans les
principes et sur le terrain, aux critères de Copenhague, c’est-à-dire
à tout ce qui touche aux exigences des droits de l’homme et de
l’économie de marché ». Dans ce sens, Michel Barnier a d’ailleurs
annoncé qu’au cours des négociations d’adhésion la France demanderait
à Ankara de « reconnaître la tragédie arménienne du début du siècle
».
Pas question d’adhésion de la Turquie demain ou après-demain donc. Ce
qui prouve que ce que remettent en cause les opposants à l’entrée
d’Ankara dans l’UE, c’est le principe même de l’adhésion turque à
l’Europe. Du coup, la tentative de déminage pourrait ne pas suffire
tant cette question agite fortement la classe politique française,
aussi bien la majorité que le PS. À l’Assemblée nationale, la séance
d’hier des questions au gouvernement était marquée par cette
polémique. Et à l’occasion d’un débat parlementaire en octobre, la
majorité des députés, à l’exception notable du groupe communiste,
avait plaidé pour que d’autres « options » que celle de l’adhésion
soient envisagées au terme des négociations, comme celle d’un «
partenariat privilégié » avec Ankara. Particulièrement virulent,
l’UDF de François Bayrou, qui fait de cette question le centre de la
construction européenne qui « porte l’héritage du triptyque
Rome-Athènes-Jérusalem », un club chrétien et libéral, donc sans la
Turquie. Il s’agit aussi, pour François Bayrou, de tenter d’exister
dans le débat entre partisans du « oui » à la constitution, et de
mettre l’UMP en difficulté. Quant à Nicolas Sarkozy, sa position
tranche avec celle de Jacques Chirac. « L’Europe ne peut s’élargir
indéfiniment », estime le nouveau président de l’UMP, qui « souhaite
que la Turquie soit associée à l’Europe et pas intégrée ». Le
secrétaire général délégué de l’UMP, Brice Hortefeux, a annoncé
qu’aujourd’hui la délégation UMP au Parlement européen votera « très
certainement contre » le rapport du Parlement européen, qui
recommande l’ouverture des négociations avec Ankara, sans envisager
un partenariat privilégié comme alternative à une adhésion.
non à la constitution, oui à la turquie
À gauche, le Parti socialiste se positionne « pour l’ouverture de
négociations avec la Turquie » mais souhaite « que ces négociations
ne présagent en aucune manière de la forme de participation de la
Turquie à l’Europe », selon le porte-parole du PS Julien Dray.
Pourtant, dans le même temps, Laurent Fabius et le sénateur des
Hauts-de-Seine Robert Badinter se sont eux farouchement opposés à
toute idée d’adhésion, estimant que la construction d’une Europe
puissance ne pouvait se faire avec la Turquie atlantiste. Seuls les
communistes tentent de poser le débat à un autre niveau en estimant
que « pour que les conditions de l’adhésion de la Turquie soient un
jour remplies, il faut bien sûr scruter l’évolution des conditions
démocratiques et sociales de l’autre côte du Bosphore […] mais il
faut aussi, de Rome à Berlin en passant par Paris, Londres et
Varsovie, opérer une rupture avec le système libéral ». « Le “non” à
la constitution européenne, c’est la clé pour résoudre la question de
l’adhésion de la Turquie », expliquait ainsi Alain Bocquet, le
président du groupe communiste à l’Assemblée.
Stéphane Sahuc
Le FMI apporte sa caution financiere a la candidature Turque
La Tribune
15 décembre 2004
LE FMI APPORTE SA CAUTION FINANCIÈRE À LA CANDIDATURE TURQUE
Le FMI et Ankara ont conclu hier un nouvel accord stand-by de 10
milliards de dollars pour les trois prochaines années. La Turquie
devrait obtenir en fin de semaine des Vingt-Cinq l’ouverture des
négociations d’adhésion.
A deux jours du sommet européen de Bruxelles qui doit sceller son
destin communautaire, la Turquie a obtenu du Fonds monétaire
international (FMI) un sérieux coup de pouce. L’institution
financière internationale et le gouvernement d’Ankara ont en effet
annoncé hier un nouvel accord stand-by de 10 milliards de dollars sur
trois ans. Celui-ci vise à rendre durables les progrès
macroéconomiques accomplis par la Turquie lors d’un précédent
programme qui, octroyé en 2002 pour une période de trois ans, portait
sur un montant de 16 milliards de dollars. Ce nouvel accord renforce
les perspectives économiques de la Turquie dans sa longue marche pour
la convergence de son économie vers les standards des Vingt-Cinq.
Les principaux objectifs du nouveau programme seront d’atteindre une
croissance durable et de réduire l’inflation, a souligné Ali Babacan,
le ministre turc de l’Economie. Depuis la faillite financière de
2001, la Turquie a réussi à réduire d’une manière spectaculaire son
inflation chronique. Elle devrait passer sous la barre des 10 % cette
année et Ankara table sur une inflation de 4 % à l’horizon 2007. La
Turquie s’est engagée à réduire parallèlement sa dette, qui, évaluée
à 220 milliards de dollars en octobre, représente 80 % du PIB.
Réticences. L’octroi de ce nouveau programme d’aide du FMI laisse
augurer une issue positive et historique pour la Turquie en cette fin
de semaine à Bruxelles. Car, sauf surprise de dernière heure, Ankara
devrait obtenir des Vingt-Cinq l’ouverture des négociations
d’adhésion à l’Union européenne. Hier, le Premier ministre turc,
Recep Tayyip Erdogan, a une nouvelle fois lancé un vibrant appel aux
dirigeants européens. “Nous n’accepterons aucune autre perspective
qu’une adhésion pleine”, a-t-il déclaré. Les Etats les plus réticents
à l’entrée de ce grand pays musulman situé aux marges de l’Europe
semblent avoir baissé pavillon, même s’ils laissent entendre que
l’issue des négociations demeure “ouverte”.
Le chancelier autrichien Wolfgang Schlüssel, dont les concitoyens
sont les plus hostiles dans l’UE à l’adhésion turque, a ainsi réclamé
que les négociations soient un “processus ouvert”. “Il faut
encourager le cours ambitieux des réformes en Turquie. […] Les
perspectives d’adhésion auxquelles la Turquie a travaillé pendant des
décennies doivent demeurer”, a-t-il souligné. La France a certes
relancé la question du génocide arménien – “c’est une blessure qui ne
cicatrise pas”, a déclaré à l’Assemblée nationale le ministre des
Affaires étrangères, Michel Barnier – mais, contrairement à ce qui
avait été annoncé lundi, elle n’en fera pas un préalable pour
l’ouverture des négociations d’adhésion. Alors qu’un nouveau sondage
CSA indique qu’un Français sur deux est opposé à l’entrée de la
Turquie dans l’UE contre 37 % d’opinions favorables, Jacques Chirac
interviendra ce soir à la télévision pour expliquer une nouvelle fois
les raisons de son engagement en faveur de la candidature turque,
malgré les réticences fortes de sa famille politique, l’UMP.
La porte Etroite
L’Humanité, France
15 décembre 2004
La porte étroite;
Éditorial
par Patrick Apel-Muller
* Les mêmes, qui veulent faire gober aux Français une constitution
qui grave le libéralisme dans le marbre glacé d’un traité, se sentent
des prurits protectionnistes quand le mot de Turquie est évoqué. *
La Sublime Porte s’avère d’un coup bien étroite. Ou du moins dans un
sens, celui de l’entrée en Europe. Les uns après les autres, les
ténors de la droite marchent au pas de Nicolas Sarkozy et repoussent
au loin un peuple qui revendique d’être des nôtres. Ceux-là mêmes qui
voyaient sans tressaillir les démocrates d’Istanbul se faire
assassiner par les Loups gris, ceux que ne troublaient pas les
tortures ou les massacres qui ensanglantaient le Kurdistan, les
belles mes qui attendirent des décennies pour proclamer que les
Arméniens furent victimes de génocide brandissent cette histoire
comme un repoussoir.
Derrière ce bouclier vertueux, où les mêmes qui gardent le silence
quand l’avortement est mis en cause au Portugal s’inquiètent
brusquement de la condition féminine en Turquie, se dissimulent des
sentiments moins avouables. L’Europe, c’est-à-dire ses peuples, doit
effectivement être exigeante sur le respect des droits des femmes et
des hommes dans son enceinte et au-delà. C’est d’ailleurs
l’efficacité, disent les démocrates de ce pays qui tous s’engouffrent
dans la perspective d’une entrée dans l’Union pour revendiquer plus
de droits, plus de libertés, plus d’égalité.
Ici et là, ceux qui voudraient bien qu’en France la laïcité ne soit
plus qu’un souvenir et rêvent d’une balkanisation nationale entre
communautés religieuses – organisant même la promotion d’intégrismes
– agitent la peur. D’un côté, les amis du président de l’UMP flirtent
avec les organisations les plus conservatrices des musulmans en
France, de l’autre ils applaudissent ceux qui voudraient avec Giscard
d’Estaing voir proclamer « chrétienne » l’Europe. Et ils présentent
comme une incompatibilité majeure le fait qu’une majorité de Turcs se
disent musulmans. Les Français musulmans viennent donc d’être, mine
de rien, jugés indésirables sur le continent, et avec eux, ceux qui
ne se croient ni en dieu ni au diable.
Derrière l’agitation de l’islamisme comme une menace, le choc présent
ou à venir des civilisations est annoncé par ceux qui regardent les
peuples comme « des masses ». C’est une sourde xénophobie qui suinte,
avec pour prétexte les lignes imaginaires de la géographie ou une
histoire réduite aux images d’Épinal.
Les mêmes qui veulent faire gober aux Français une constitution
européenne qui grave le libéralisme dans le marbre glacé d’un traité
se sentent des prurits protectionnistes quand le mot de Turquie est
évoqué. Les beaux apôtres ! Ils justifient jour après jour les
délocalisations, menacent le droit de grève et démantèlent les acquis
sociaux à tour de bras sans jamais tressaillir et ils agitent devant
nos votes le chiffon rouge de la concurrence turque. Quand le sage
désigne la lune, l’idiot regarde le doigt, dit le proverbe.
L’état-major de l’UMP nous prend pour des idiots, désignant la
Turquie là où c’est à la constitution, au traité de Maastricht, à
l’emballement libéral de l’Europe qu’il faudrait réagir !
Le danger pour les salariés français n’est pas l’obtention par les
salariés d’Ankara ou d’Ömerli de meilleurs salaires ou de la
possibilité de se syndiquer, il réside dans le projet européen de
refonder le droit social sur les règles du début du XXe siècle, de
faire d’une concurrence féroce le ferment des divisions d’un
continent qui les a payées assez cher par le passé.
Le vote qu’on nous promet après-demain sur l’adhésion de la Turquie à
l’Union européenne n’aura de portée qu’éclairé par un succès du « non
» à la constitution dont l’Humanité vient de montrer que les
autorités européennes ont préparé l’interprétation la plus
réactionnaire qui se puisse imaginer. On nous a déjà fait le coup de
la tête de Turc… Ça ne marche plus.
Partisans de l’adhesion veulent favoriser le dialogue avec l’islam
Le Monde, France
mardi 14 décembre 2004
Les partisans de l’adhésion veulent favoriser le dialogue avec l’islam
“Ce serait une erreur profonde de croire que les Arabes se sentiront
représentés par les Turcs”, réplique Jean-Louis Bourlanges.
Bruxelles de notre bureau européen
Au moment où l’Union européenne s’apprête à donner son feu vert à
l’ouverture de négociations avec la Turquie, l’un des principaux
arguments avancés par les partisans de l’adhésion est d’ordre
géostratégique. En accueillant un pays dont la grande majorité de la
population est musulmane, font-ils valoir, l’Union démontrerait sa
volonté de refuser le “choc des civilisations” entre l’Occident et le
monde islamique, annoncé par le politologue américain Samuel
Huntington. Elle se donnerait aussi les moyens d’intervenir dans les
conflits régionaux avec plus d’efficacité et de légitimité.
Une étude d’impact commandée par la Commission, qui évalue à la fois
les “avantages” et les “défis” que représenterait pour la politique
étrangère de l’Union l’adhésion de la Turquie, confirme cette
analyse, quoique de façon nuancée. Selon ses conclusions,
“l’inclusion de la Turquie dans le processus d’intégration européenne
donnerait clairement au monde musulman la preuve que ses croyances
religieuses sont compatibles avec les valeurs de l’UE”. Elle pourrait
également “contribuer à stabiliser la zone de conflits qu’est le
Moyen-Orient”. Mais en même temps, “elle ferait entrer l’UE en
contact plus direct avec les difficiles problèmes politiques et de
sécurité de la région”.
AUX PORTES DU MOYEN-ORIENT
Les frontières de l’Union s’étendraient en effet jusqu’au Caucase du
Sud (Arménie, Géorgie, Azerbaïdjan), ainsi qu’à la Syrie, l’Iran et
l’Irak. La Commission souligne que les Etats de l’Union et la Turquie
ont “des intérêts considérables dans ces régions”. Ces intérêts,
ajoute-t-elle, “convergent à bien des égards” mais “diffèrent aussi
dans certains cas”. Ainsi la Turquie, selon le document,
hésite-t-elle à s’aligner sur la position de l’UE lorsque sont en jeu
des questions concernant son voisinage géographique, les droits de
l’homme et l’évolution de la situation dans les pays musulmans.
Sans méconnaître les incertitudes qui pèsent sur l’avenir de la
politique turque, ceux qui souhaitent l’entrée de la Turquie invitent
l’Union à se saisir de cet “atout”, selon l’expression de
l’eurodéputé socialiste français Harlem Désir. L’Europe se
distinguerait ainsi des Etats-Unis, qui ne perçoivent le monde
islamique, affirme M. Désir, que sous l’angle de la peur et des
menaces, et apporterait la démonstration que la “guerre des
civilisations” n’est pas inéluctable. Elle renforcerait aussi la
stabilité de la région. “Ce n’est pas en créant des Etats-tampons
qu’on résout les crises”, souligne-t-il.
L’ancien ministre Pierre Moscovici, vice-président socialiste du
Parlement européen, affirme que l’argument géostratégique est décisif
dans son soutien à l’adhésion, plus que les arguments historiques,
géographiques ou culturels, qu’il juge sujets à caution. L’entrée de
la Turquie est “un élément de rapprochement avec le monde musulman”.
C’est, dit-il, “une carte supplémentaire à jouer” dans le “dialogue
des civilisations”, c’est aussi une manière de contribuer à
“l’Europe-puissance” que les socialistes appellent de leurs v`ux. “Je
préfère une Turquie démocratique et laïque qui joint ses efforts aux
nôtres, conclut-il, à une Turquie qui se trouverait renvoyée à
l’alternative entre un islam radical et un pouvoir militaire.”
UN “CLUB COLONIAL”
Tout le monde n’est pas convaincu par ce raisonnement. L’entrée de la
Turquie dans l’Union européenne changera-t-elle les relations entre
l’Europe et le monde arabo-musulman ? “Voilà l’idée la plus bête que
j’aie jamais entendue”, répond, provocateur, l’eurodéputé français
Jean-Louis Bourlanges, UDF, résolument hostile à l’ouverture des
négociations.
M. Bourlanges rappelle que les relations entre les Turcs et les
Arabes n’ont jamais été bonnes. “Ce serait une erreur profonde de
croire que les Arabes se sentiront représentés par les Turcs,
ajoute-t-il. Au contraire, ils vont se sentir exclus, non plus pour
des raisons religieuses, mais pour des raisons ethniques.” Avec
l’entrée des Turcs, l’Europe prouvera certes qu’elle n’est pas un
“club chrétien”, poursuit l’eurodéputé, mais elle deviendra un “club
colonial”, puisqu’elle accueillera tous les anciens colonisateurs du
monde arabe. L’Union n’y gagnera-t-elle pas en puissance ? Sans
doute, indique M. Bourlanges, si on conçoit la puissance comme une
“accumulation de populations et de PNB”, mais cette vision est fausse
: la force de l’Europe ne peut venir que de sa cohérence, et l’entrée
de la Turquie la mettrait à mal.
Directeur adjoint de l’Institut des relations internationales et
stratégiques (IRIS), spécialiste de la Turquie, Didier Billion
reconnaît que celle-ci nourrit plusieurs contentieux avec ses
voisins, notamment avec l’Irak et la Syrie, et qu’à l’inverse elle
entretient les meilleures relations avec Israël. Il estime que les
relations entre la Turquie et les pays arabes sont marquées par une
“méconnaissance mutuelle”. Mais il note aussi un réchauffement des
relations avec la Syrie et l’apparition de tensions avec Israël. Il
souligne que le nouveau secrétaire général de l’Organisation de la
conférence islamique, Ekmeleddin Ihsanoglu, est turc. Il pense que
les Turcs se réinsèrent dans leur environnement arabo-islamique. A
ceux qui s’inquiètent de l’instabilité des futurs voisins de l’Union,
il répond lui aussi que si celle-ci veut peser sur ces pays, elle ne
peut trouver meilleur allié que la Turquie.
Thomas Ferenczi
From: Emil Lazarian | Ararat NewsPress
Charles Aznavour l’an prochain au Quebec avec MSO
Edicom, Suisse
mardi 14 décembre 2004
Charles Aznavour l’an prochain au Québec avec l’Orchestre symphonique
de Montréal
MONTREAL (AP) – Charles Aznavour se produira l’an prochain au Québec
accompagné par près de 80 musiciens de l’Orchestre symphonique de
Montréal, placé sous la direction de Simon Leclerc, selon le «Journal
de Montréal».
Bien qu’il soit venu en septembre 2002 dans le cadre d’une »tournée
d’adieu’, Charles Aznavour sera au Colisée de Québec le 5 juin et à
la place des Arts de Montréal du 8 au 11 juin.
Le chanteur d’origine arménienne n’est pas monté sur scène avec un
orchestre symphonique depuis une vingtaine d’années. Il l’avait fait
à Vancouver, Edmonton, Paris et Los Angeles.
Pendant les trente premières minutes du spectacle, l’OSM présentera
seul la musique de Charles Aznavour. Ensuite, ce dernier viendra
interpréter ses grands classiques pendant environ une heure et quart.
Charles Aznavour a raconté au «Journal de Montréal» qu’avec les
années, sa voix s’améliore et qu’»elle est devenue plus forte». Il
peut donc maintenant se permettre d’être «un peu plus lyrique».
L’invitation de l’OSM semble avoir été particulièrement alléchante
puisque le chanteur ne donne plus que quelques spectacles par année,
privilégiant les grands événements.
Erdogan optimiste quant a l’issue du sommet europeen
libération, France
mardi 14 décembre 2004
Erdogan optimiste quant à l’issue du sommet européen
par Gareth Jones
ANKARA – Le Premier ministre turc Tayyip Erdogan a déclaré mardi aux
fidèles de son parti que l’Union européenne accepterait cette semaine
d’ouvrir avec Ankara des pourparlers d’adhésion attendus de longue
date.
A l’occasion du Conseil européen qui s’ouvre vendredi à Bruxelles,
les Vingt-Cinq semblent devoir entériner le processus de négociation
avec la Turquie, mais certains dirigeants de l’UE souhaiteraient y
poser des conditions particulières.
S’adressant aux membres de son Parti de la justice et du
développement, Erdogan a réaffirmé que la Turquie n’accepterait rien
d’autre que des pourparlers aboutissant à une adhésion complète au
bloc européen.
“Après une aventure de 40 ans, nous comptons voir l’UE annoncer une
date pour des négociations (…) Nous voulons une adhésion complète
sans conditions (…) et misons sur la bonne foi de l’UE”, a-t-il
déclaré à son parti, qui a entrepris de vastes réformes dans l’espoir
de rallier l’Union.
Par la suite, recevant les ambassadeurs de l’UE à Ankara, il a
précisé que la Turquie n’hésiterait pas à retirer sa candidature à
l’UE si celle-ci lui posait des conditions inacceptables pour entamer
des négociations.
“La Turquie n’hésitera pas à dire ‘non’ si l’accord final comporte
des conditions inacceptables”, a déclaré un diplomate, citant les
propos tenus par Erdogan aux ambassadeurs. Ce diplomate a ajouté
toutefois que, de façon générale, Erdogan s’était montré optimiste.
PAS DE STATUT ALTERNATIF POUR ANKARA
La Turquie a fait connaître dès 1963 son souhait d’adhérer à l’Union
européenne et est devenue officiellement candidate en 1999, mais son
bilan en matière de respect des droits de l’homme a retardé le début
des négociations.
Les autorités turques se sont indignées de ce que certains pays
européens – et notamment l’Autriche et la France – aient tenté de
faire figurer dans le communiqué du sommet de Bruxelles une allusion
à un statut alternatif qui ne ferait pas de la Turquie un membre à
part entière de l’UE.
L’Autriche a renouvelé mardi son plaidoyer en faveur d’une telle
initiative, à l’issue d’une rencontre entre le chancelier Wolfgang
Schüssel et le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende,
dont le pays assure la présidence tournante de l’UE.
“Les négociations peuvent commencer, mais elles doivent être
ouvertes”, a déclaré Schüssel aux journalistes après sa rencontre, à
Vienne, avec Balkenende.
Signe encourageant pour Ankara, Chypre – membre de l’UE depuis mai –
semble écarter l’idée d’opposer son veto à l’ouverture de pourparlers
avec Ankara.
Chypre a indiqué mardi qu’elle souhaitait améliorer ses relations
avec la Turquie sous réserve que celle-ci n’ignore pas le
gouvernement de Nicosie. La Turquie ne reconnaît que l’enclave
sécessionniste turque du nord de l’île, qui n’est pas reconnue par la
communauté internationale.
Les dirigeants turcs devront tôt ou tard reconnaître Chypre comme
l’un de ses partenaires de négociations, notent des diplomates.
Le chef de la diplomatie turque, Abdullah Gül, a néanmoins déclaré
mardi que son pays ne reconnaîtrait Chypre d’aucune façon avant que
la réunification de l’île ait fait l’objet d’un accord définitif.
“Tant qu’il n’y aura pas d’accord durable, la Turquie ne prendra
aucune mesure qui revienne à reconnaître (Chypre) directement ou
indirectement”, a dit Gül au Parlement.
A Paris, le ministre des Affaires étrangères Michel Barnier a déclaré
mardi que, pour rejoindre l’UE, la Turquie devait reconnaître que les
massacres d’Arméniens survenus après la Première guerre mondiale
constituaient un génocide. Il a précisé qu’Ankara disposait d'”une
dizaine d’années” pour le faire, dans le cadre des négociations
d’adhésion.
Les autorités turques refusent de reconnaître le massacre, entre 1915
et 1923, de centaines de milliers d’Arméniens.