French articles – 2

* Manifestation arménienne vendredi à Bruxelles contre une adhésion turque
* GĂ©nocide/ArmĂ©nie: l’UDF demande Ă  Jacques Chirac une clarification
* Chirac: la reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien, “c’est la loi”
* Villiers: “nous sommes tous des ArmĂ©niens de France”
* Chirac sur TF1: satisfaction des défenseurs de la cause arménienne
* ArmĂ©niens et Grecs d’Uruguay manifestent contre nĂ©gociations Turquie/UE
* “Merci, Monsieur”: la presse turque salue les propos de Chirac
* Pas de consensus sur l’adhĂ©sion turque au sommet europĂ©en virtuel d’Istanbul (MAGAZINE)
* Robert Badinter (PS) accuse Jacques Chirac de “capitulation”
* Barroso contre une solution “Ă  mi-chemin” de l’adhĂ©sion pour la Turquie
* Chirac says ‘oui, si’ to Turkey’s EU entry
* Barroso: Turkey needs to make EU ‘gesture’
* Génocide arménien : Chirac met en garde Ankara si pas de travail de mémoire
* Une association armĂ©nienne dĂ©nonce la “capitulation” de l’UE face Ă  la Turquie
* Devedjian “trĂšs heureux” des dĂ©clarations de Chirac sur le gĂ©nocide armĂ©nien
* 200 manifestants Ă  Erevan contre l’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’UE
* Des milliers d’ArmĂ©niens Ă  Bruxelles contre une adhĂ©sion turque Ă  l’UE
* Organisations armĂ©niennes : “preuve que les conditions ne sont pas rĂ©unies”
* L’intervention du PrĂ©sident; EvĂšnement 2. Union EuropĂ©enne
* A droite, la base turcophobe fait feu de tout bois.;
* Chirac fait passer la pilule turque; EvÚnement 2. Union Européenne
* Des Turcs euro-enthousiastes mais amers; EvÚnement 2. Union Européenne
* Candidature d’Ankara : Jacques Chirac promet aux Français qu’ils « auront le dernier mot »
* La Turquie en tout cas
* Jean-Arnold de Clermont : « La loi de 1905 n’est pas taboue »; PROTESTANTS
* Nicolas Sarkozy : « Il va falloir que j’apaise les choses »;
* Incompréhension chez les Turcs de France;
* Comment le chef de l’Etat a dĂ» consentir des inflĂ©chissements;
* Turquie : le « oui, si » de Jacques Chirac;
* Le message de fermeté du Parlement européen;
* Entretien – Europe; Levent Yilmaz: Un Turc Ă©clairĂ©
* La bataille de Turquie
* Questions Ă  Pierre Alduy;
* La Turquie vient d’officialiser sa politique nĂ©gationniste sur le gĂ©nocide armĂ©nien;
* Les eurodĂ©putĂ©s donnent un signal clair en acceptant l’ouverture de nĂ©gociations avec la Turquie;
* « Circonlocutions autour du mot génocide »
* Union europĂ©enne. L’Europe est prĂȘte Ă  entrouvrir sa porte Ă  la Turquie.
* La Nouvelle RĂ©publique du Centre Ouest
* UE-ARMENIOS: PROTESTA CONTRA ADHESION DE TURQUIA
* Aunque las negociaciones concluyeran con exito …
* Los lideres europeos debaten la fecha para abrir negociaciones con Turquia
* (PROG)UE-TURQUIA: COMENZO CUMBRE QUE TRATARA ADHESION ANKARA
* UE: TURCHIA, CENTINAIA ARMENI MANIFESTANO A BRUXELLES ; CHIEDONO RICONOSCIMENTO GENOCIDIO CONDIZIONE PER AVVIO NEGOZIATI
* Borghezio: «Dico tre volte no ad Ankara»
* Gli armeni: «Riconoscano l’olocausto del nostro popolo»
* Chirac preme per il si’ ad Ankara
* VERTICE A BRUXELLES: Oltre che di Ankara si discuterà anche dell’ingresso di Croazia, Romania e Bulgaria
* Il politologo Alexandre Del Valle mette in guardia Bruxelles: ad Ankara comandano gli islamici radicali
* JosĂš Barroso, sul patto di stabilitĂ  ascolteremo Berlusconi con attenzione;

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Manifestation arménienne vendredi à Bruxelles contre une adhésion turque

Agence France Presse
15 décembre 2004 mercredi

BRUXELLES 14 dĂ©c — Des milliers de reprĂ©sentants de la communautĂ©
armĂ©nienne de l’Union EuropĂ©enne sont attendus Ă  Bruxelles vendredi
pour manifester contre une entrĂ©e de la Turquie dans l’Union
européenne, ont annoncé mercredi les organisateurs du rassemblement.

Cette manifestation se déroulera en marge du sommet au cours duquel
les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE doivent dĂ©cider d’ouvrir
les nĂ©gociations en vue de l’intĂ©gration d’Ankara.

“Toutes les organisations armĂ©niennes sont unanimes : la Turquie, au
stade actuel de son Ă©volution, ne peut pas ĂȘtre membre de l’Union
europĂ©enne”, a dĂ©clarĂ© Hilda Tchoboian, prĂ©sidente de la FĂ©dĂ©ration
euro-arménienne pour la justice et la démocratie qui regroupe prÚs de
200 organisations en Europe.

La communautĂ© armĂ©nienne n’est pas contre le principe de l’adhĂ©sion,
mais “pas dans les conditions actuelles, pas avec une Turquie qui est
capable d’imposer ses vues Ă  l’Union europĂ©enne”, a-t-elle ajoutĂ©.

Elle a estimĂ©, pour le dĂ©plorer, que c’Ă©tait “la Turquie qui a imposĂ©
ses vues” aux EuropĂ©ens et non l’inverse dans les discussions qui ont
eu lieu jusqu’Ă  maintenant, depuis l’accord d’association signĂ© en
1963 Ă  Ankara.

L’UE n’a pas imposĂ© Ă  la Turquie “la reconnaissance du gĂ©nocide
armĂ©nien ni la reconnaissance de la RĂ©publique de Chypre”, a-t-elle
souligné.

Les massacres et dĂ©portations d’ArmĂ©niens sous l’Empire ottoman de
1915 Ă  1917 ont fait 1,5 million de morts, selon l’ArmĂ©nie, et entre
250.000 et 500.000, selon la Turquie.

Selon Mme Tchoboian, il y a aujourd’hui environ 1 million de
personnes d’origine armĂ©nienne dans l’UE Ă  27 (avec la Roumanie et la
Bulgarie), dont plus de 400.000 en France.

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GĂ©nocide/ArmĂ©nie: l’UDF demande Ă  Jacques Chirac une clarification

Agence France Presse
15 décembre 2004 mercredi

PARIS 15 dĂ©c 2004 — L’UDF a demandĂ© mercredi au prĂ©sident Jacques
Chirac “de clarifier la position de la France Ă  propos du gĂ©nocide
armĂ©nien”, estimant que le mot “gĂ©nocide” devait ĂȘtre “prononcĂ©”.

Par la voix du dĂ©putĂ© de la Loire François Rochebloine, l’UDF a fait
part de sa “stupĂ©faction” aprĂšs que le ministre des Affaires
Ă©trangĂšres, Michel Barnier, a affirmĂ© ne pas avoir employĂ© lui-mĂȘme,
mardi Ă  l’AssemblĂ©e, le mot “gĂ©nocide” armĂ©nien, et n’avoir fait que
reprendre l’expression du prĂ©sident UDF François Bayrou qui
l’interrogeait.

Dans un communiquĂ©, M. Rochebloine a observĂ© que “le 18 janvier 2001,
dans le cadre d’une niche parlementaire UDF, l’AssemblĂ©e nationale
avait adoptĂ© Ă  l’unanimitĂ© la reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien”.
“Cette loi, a-t-il poursuivi, a Ă©tĂ© promulguĂ©e le 20 janvier 2001 par
le prĂ©sident de la RĂ©publique”.

Pour l’UDF, “la loi promulguĂ©e doit ĂȘtre appliquĂ©e, y compris par le
ministre des Affaires Ă©trangĂšres et le mot gĂ©nocide doit ĂȘtre
prononcĂ©”.

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Chirac: la reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien, “c’est la loi”

Agence France Presse
15 décembre 2004 mercredi

PARIS 15 déc 2004

Le président Jacques Chirac a affirmé mercredi sur TF1 que la
reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien, “c’est la loi” en France et a
demandĂ© Ă  la Turquie de faire “un effort de mĂ©moire”.

“Nous sommes en France un pays de droit.

Il y a une loi qui a Ă©tĂ© votĂ©e, d’ailleurs presqu’Ă  l’unanimitĂ© aussi
bien du SĂ©nat que de l’AssemblĂ©e nationale, qui parle de gĂ©nocide.
Par consĂ©quent, c’est la loi”, a affirmĂ© le chef de l’Etat dans une
interview télévisée.

Sans en faire explicitement une condition d’adhĂ©sion de la Turquie Ă 
l’UE, Jacques Chirac a insistĂ© sur “les efforts de rĂ©conciliation et
de paix” qui ont “jalonnĂ©” l’histoire europĂ©enne et se sont traduits
partout “par un effort de mĂ©moire important”. “Cet effort doit ĂȘtre
fait, bien entendu, par la Turquie et je suis sĂ»r qu’elle le fera”,
a-t-il dit.

Le prĂ©sident de la RĂ©publique a soulignĂ© l’importance de la
communautĂ© armĂ©nienne en France qui est “totalement intĂ©grĂ©e” et dont
“le drame” qu’elle a vĂ©cu “doit ĂȘtre respectĂ©”.

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Villiers: “nous sommes tous des ArmĂ©niens de France”

Agence France Presse
15 décembre 2004 mercredi

PARIS 15 dĂ©c 2004 — Le prĂ©sident du Mouvement pour la France (MPF)
Philippe de Villiers a dĂ©clarĂ© mercredi que “nous sommes tous des
ArmĂ©niens de France” lors d’un meeting organisĂ© Ă  Paris contre l’entrĂ©e
de la Turquie en Europe.

“Nous sommes tous des ArmĂ©niens, il y a en France une loi prĂ©cise qui
punit le négationisme, une loi juste, mais en Turquie il y a une loi
qui protĂšge le nĂ©gationisme”, a-t-il dĂ©clarĂ© en rĂ©fĂ©rence au refus de
la Turquie de reconnaßtre le génocide des Arméniens au début du XXÚme
siĂšcle.

Ironisant sur les explications du ministre des Affaires EtrangĂšres
Michel Barnier qui a dĂ©clarĂ© qu’il n’avait pas vĂ©ritablement prononcĂ©
le terme de “gĂ©nocide” mais celui de “tragĂ©die”, M. de Villiers a
dĂ©clarĂ©: “on s’est couchĂ© devant la Turquie, honte Ă  la France de
faire des choses pareilles, moi je demande la démission de ce M.
Barnier”.

Philippe de Villiers, qui s’exprimait devant prĂšs de 700 personnes –
un millier selon les organisateurs-, avec une partie de l’assistance
debout faute de place, a également attaqué Jacques Chirac, qui
s’exprimait sur TF1 au mĂȘme moment, sur la question turque.

“D’ou vient ce tropisme oriental ? Il a troquĂ© la tĂȘte de veau contre
la tĂȘte de turc”, a-t-il dĂ©clarĂ©. “S’il ne brandit pas le veto, c’est
nous qui allons le brandir au premier rĂ©fĂ©rendum qui passe”, a-t-il
ajoutĂ©. “Le joker c’est le rĂ©fĂ©rendum”, a-t-il prĂ©cisĂ©.

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Chirac sur TF1: satisfaction des défenseurs de la cause arménienne

Agence France Presse
15 décembre 2004 mercredi

PARIS 15 dĂ©c 2004 — Le ComitĂ© de dĂ©fense de la cause armĂ©nienne
(CDCA) a fait Ă©tat de sa “satisfaction” aprĂšs les dĂ©clarations faites
mercredi sur TF1 par le président Jacques Chirac.

“Nous notons avec satisfaction l’Ă©volution du prĂ©sident” qui,
interrogĂ© il y a quelques mois sur le gĂ©nocide armĂ©nien “avait
dĂ©clarĂ© qu’il s’agissait d’un problĂšme bilatĂ©ral entre l’ArmĂ©nie et
la Turquie”, a indiquĂ© dans un communiquĂ© Harout Mardirossian,
président du CDCA.

Selon lui, “il y a aujourd’hui un vĂ©ritable engagement Ă  faire en
sorte que la Turquie respecte toutes les conditions de son adhésion,
particuliĂšrement s’agissant du gĂ©nocide armĂ©nien”.

Pour Mourad Papazian, président de la FRA Dachaktsoutioun (parti
socialiste armĂ©nien) “ce point (ndlr: le gĂ©nocide) doit ĂȘtre pris en
compte dans la déclaration finale du conseil européen du 17
dĂ©cembre”, Ă  Bruxelles.

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ArmĂ©niens et Grecs d’Uruguay manifestent contre nĂ©gociations Turquie/UE

Agence France Presse
15 décembre 2004 mercredi 10:28 PM GMT

MONTEVIDEO 15 dĂ©c — Plusieurs centaines d’ArmĂ©niens et de Grecs ont
manifestĂ© mercredi devant le siĂšge de la reprĂ©sentation de l’Union
europĂ©enne Ă  Montevideo pour exprimer leur opposition Ă  l’entrĂ©e de la
Turquie dans l’UE, a annoncĂ© Ă  l’AFP un porte-parole des organisateurs.

Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE doivent se prononcer lors
d’un sommet qui dĂ©bute jeudi Ă  Bruxelles sur l’ouverture de
nĂ©gociations en vue de l’adhĂ©sion de la Turquie.

Les communautĂ©s armĂ©nienne et grecque d’Uruguay demandent que
l’ouverture des nĂ©gociations soit conditionnĂ©e au respect par la
Turquie des droits des minorités ethniques et religieuses et à la
libération de tous les prisonniers politiques.

Federico Waneskahian, Gariné Dermousessian et Patricia Koharian, au
nom des jeunes de la communauté arménienne en Uruguay, ont estimé que
la Turquie devait reconnaßtre le génocide commis contre les Arméniens
de 1915 Ă  1923 et demander pardon au monde.

Des membres de la communauté grecque en Uruguay se sont associés à la
manifestation pour rĂ©clamer l’Ă©vacuation de Chypre par les troupes
turques et la reconnaissance de “la lĂ©gitimitĂ© du gouvernement
chypriote Ă©lu par la majoritĂ© de son peuple”, selon un communiquĂ© Ă 
l’AFP.

“L’Union europĂ©enne s’est construite sur des valeurs communes comme
la dĂ©fense des droits de l’homme alors que la Turquie a violĂ© et
viole encore ces droits”, selon le communiquĂ©.

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“Merci, Monsieur”: la presse turque salue les propos de Chirac

Agence France Presse
16 décembre 2004 jeudi

ANKARA 16 dĂ©c — La presse saluait unanimenent jeudi les propos tenus
la veille par le président français Jacques Chirac, qui a confirmé
avec force qu’il Ă©tait favorable Ă  l’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’Union
européenne.

“Merci monsieur”, lançaient les journaux Ă  gros tirage Hurriyet et
Vatan, relevant que les dĂ©clarations de M. Chirac en faveur d’une
adhĂ©sion d’Ankara Ă  l’Union, si elle remplit “toutes les conditions”
à cet effet, est de nature à avoir une répercussion positive sur les
dirigeants européens.

Ces derniers se réunissent jeudi et vendredi à Bruxelles pour décider
de donner un feu vert conditionnel Ă  l’ouverture des nĂ©gociations
d’adhĂ©sion Ă  la Turquie.

L’ensemble des grands journaux rĂ©servaient une place Ă  la Une pour
les propos du prĂ©sident français. “Grand appui de Chirac”, titrait
notamment Milliyet (libĂ©ral), qui se fĂ©licite de ses “dĂ©clarations
historiques”.

“Chirac a Ă©tĂ© trĂšs net” vis-Ă -vis de la Turquie, indiquait pour sa
part le journal pro-européen Radikal (gauche modérée).

Les quotidiens cependant semblaient volontairement ignorer ou traiter
dans les pages intérieures les propos de M. Chirac sur le génocide
arménien de 1915.

Interrogé sur cette question extrémement sensible en Turquie, le
prĂ©sident français a demandĂ© Ă  Ankara de faire “un effort de mĂ©moire
important”, mais sans faire de cette question un prĂ©alable pour les
négociations.

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Pas de consensus sur l’adhĂ©sion turque au sommet europĂ©en virtuel d’Istanbul (MAGAZINE)
Par Nicolas CHEVIRON

Agence France Presse
16 décembre 2004 jeudi

ISTANBUL (Turquie) 16 déc

S’il faut en croire les rĂ©sultats du faux sommet europĂ©en organisĂ©
mercredi soir Ă  Istanbul par des Ă©tudiants de l’universitĂ© de
Galatasaray, le vrai sommet de Bruxelles, qui doit décider jeudi et
vendredi de l’ouverture ou non de nĂ©gociations d’adhĂ©sion avec la
Turquie est vouĂ© Ă  l’Ă©chec.

Trois heures durant, les pseudo-dirigeants des 25 ont fait valoir les
arguments de leur pays respectifs avec une verve, une passion et
parfois une mauvaise foi dignes de leurs modĂšles, sans parvenir Ă  un
consensus final sur la position Ă  adopter vis-Ă -vis d’Ankara.

“Le respect insuffisant des droits de l’Homme, le risque d’une forte
émigration et des différences culturelles insurmontables sont autant
de raisons de refuser l’adhĂ©sion turque”, a plaidĂ© l’apprentie
juriste Ozder Sari, dans le rĂŽle difficile de l’Autriche, perçue
comme hostile aux demandes d’Ankara.

L’argumentaire a Ă©tĂ© rĂ©futĂ© point par point par la reprĂ©sentante
germanique Katharina Cihar Ozsen, qui, inspirée du ministre allemand
des Affaires Ă©trangĂšres Joschka Fischer, n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  Ă©voquer “un
tournant dans l’histoire de l’humanitĂ©” permettant d’arrimer la
Turquie et le reste du monde musulman aux valeurs démocratiques.

Plus vrais que nature, les faux-dirigeants grec et chypriote ont
exprimĂ© leur “profond dĂ©sir” de voir la Turquie dĂ©buter les
nĂ©gociations d’adhĂ©sion avec le club europĂ©en, tout en exigeant une
reconnaissance préalable par Ankara de la République de Chypre.

La Turquie refusant de reconnaßtre cet Etat administré par les
Chypriotes grecs tant que le conflit ayant entraßné la partition de
l’Ăźle en 1974 ne sera pas rĂ©solu, cette nouvelle condition a comme il
se doit fait sortir de ses gonds le sosie approximatif du Premier
ministre turc Recep Tayyip Erdogan.

“On ne peut pas changer les rĂšgles du jeu au milieu du match. Nous
avons accompli notre devoir, c’est Ă  votre tour de faire le vĂŽtre”,
s’est exclamĂ© Ă  l’instar de l’original le “chef du gouvernement”, un
peu débraillé, Berkay Noyan.

Dans un style trÚs chiraquien, le faux président français Mehmet
Pozam a pour sa part multipliĂ© les allusions Ă  l’axe fondateur
Paris-Berlin et au rĂŽle prĂ©pondĂ©rant de la France dans l’UE avant
d’affirmer qu’une adhĂ©sion turque ne serait pas envisageable avant 10
ou 15 ans.

Le Chirac-bis a en outre Ă©voquĂ© la nĂ©cessitĂ© d’une reconnaissance par
Ankara du caractĂšre gĂ©nocidaire des massacres d’ArmĂ©niens perpĂ©trĂ©s
en 1915 par l’empire ottoman, concluant son discours par une vraie
leçon de diplomatie : “nous avons vendu plein d’Airbus Ă  la Turquie,
il faut bien leur donner quelque chose en retour”.

InterrogĂ©s lors de la pause cigarette prĂ©cĂ©dant le vote d’un projet
de conclusions, les chefs d’Etat en herbe ont quittĂ© leur rĂŽle pour
exprimer, unanimement cette fois, leur désir de voir la Turquie
s’intĂ©grer au club europĂ©en.

Les membres du club Euroforum 2005, consacrĂ© Ă  l’organisation de
simulations portant sur le fonctionnement des institutions
europĂ©ennes, se sont dits prĂȘts Ă  accomplir, le moment venu, leur
devoir dans les couloirs de Bruxelles et de Strasbourg.

“Une partie d’entre nous se destine Ă  travailler dans
l’administration, notamment dans la diplomatie. Nous serons lĂ  au
moment de faire entrer la Turquie dans l’UE”, a expliquĂ© le
soit-disant Hongrois Mustafa Oguz.

“Ce mĂ©lange d’arguments sincĂšres et de manoeuvres, d’enjeux
collectifs et de considĂ©rations nationales nous passionne”, a
complété Berkay Noyan.

Les espoirs des Ă©tudiants pourraient cependant tourner court au vu de
leur propre scrutin final : l’Autriche et une Belgique quelque peu
Ă©garĂ©e ayant votĂ© contre, le sommet s’est conclu sur un Ă©chec et
l’examen de la candidature turque a Ă©tĂ© remis aux calendes grecques.

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Robert Badinter (PS) accuse Jacques Chirac de “capitulation”

Agence France Presse
16 décembre 2004 jeudi

PARIS 16 déc 2004

Robert Badinter, sénateur socialiste des Hauts-de-Seine et ancien
prĂ©sident du Conseil constitutionnel, a dĂ©noncĂ© jeudi “la
capitulation” de Jacques Chirac devant le chef du gouvernement turc
Recep Tayyip Erdogan.

“Tout ce qui dĂ©plaĂźt Ă  M. Erdogan au dĂ©part de la nĂ©gociation a Ă©tĂ©
retiré.

Cela s’appelle une capitulation avant mĂȘme d’entreprendre une
nĂ©gociation”, a affirmĂ© Robert Badinter sur Europe 1.

Selon lui, “tous les prĂ©alables” Ă  l’ouverture des nĂ©gociations ont
Ă©tĂ© “retirĂ©s” : “la reconnaissance de Chypre, la reconnaissance de la
tragique rĂ©alitĂ© du gĂ©nocide armĂ©nien”.

Le sĂ©nateur socialiste a ajoutĂ© aussi qu’on avait Ă©voquĂ© “deux
possibilitĂ©s, l’adhĂ©sion pure et simple ou bien un pacte
prĂ©fĂ©rentiel”. “C’est complĂštement effacĂ©”, a-t-il dit en jugeant
“consternants” les propos de Jacques Chirac, mercredi soir sur TF1.

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Barroso contre une solution “Ă  mi-chemin” de l’adhĂ©sion pour la Turquie

Agence France Presse
16 décembre 2004 jeudi 12:11 PM GMT

BRUXELLES 16 déc

Le président de la Commission européenne José Manuel Durao Barroso a
appelé jeudi le sommet européen de Bruxelles à offrir à la Turquie
une perspective claire d’adhĂ©sion Ă  l’UE et pas une solution “Ă 
mi-chemin”.

“Notre vision pour la Turquie est claire: nous ne cherchons pas une
solution à mi-chemin. Si nous devions débuter les négociations avec
la Turquie, cela devrait ĂȘtre avec en tĂȘte la perspective d’une
adhĂ©sion complĂšte”, a dĂ©clarĂ© M. Barroso lors d’une confĂ©rence de
presse quelques heures avant la rencontre.

Il a lancé en retour un appel implicite à la Turquie pour que
celle-ci s’engage Ă  reconnaĂźtre juridiquement la RĂ©publique de
Chypre, la partie grecque de l’Ăźle divisĂ©e seule Ă  ĂȘtre entrĂ©e dans
l’Union europĂ©enne le 1er mai dernier.

“Chypre sera assis Ă  la table quand les discussions sur les
nĂ©gociations d’adhĂ©sion avec la Turquie vont commencer. La question
pour la Turquie, c’est quel sorte de message elle envoie si elle ne
reconnaĂźt pas tous les membres autour de la table”, a soulignĂ© le
président de la Commission.

S’agissant de la revendication de la communautĂ© armĂ©nienne en Europe
que la Turquie reconnaisse un “gĂ©nocide” des ArmĂ©niens au dĂ©but du
vingtiĂšme siĂšcle, M. Barroso a estimĂ© que cette question “devait
faire l’objet d’un dialogue franc, sincĂšre, complexe” entre “nos
sociĂ©tĂ©s” et “la Turquie”.

Mais la reconnaissance par Ankara ne peut pas ĂȘtre incluse au dernier
moment comme un prĂ©alable Ă  l’ouverture aux nĂ©gociations, a-t-il
ajouté.

M. Barroso a beaucoup insisté sur la nécessité pour Ankara de gagner
la “bataille de l’opinion publique”.

“La Turquie a devant elle un grand dĂ©fi et ce n’est pas seulement un
défi diplomatique. La Turquie a devant elle le défi de conquérir
l’esprit, le coeur des EuropĂ©ens, parce que la vĂ©ritĂ© est que dans
certains de nos pays, l’opinion publique est trĂšs rĂ©ticente”, a
déclaré M. Barroso.

“Nous devons faire notre part” pour gagner l’opinion publique sur
cette question “mais la Turquie aussi doit faire sa part et prendre
des initiatives pour gagner le bon vouloir” des opinions europĂ©ennes,
a-t-il souligné.

M. Barroso a défendu le principe de clauses dérogatoires ou de
sauvegarde dans le futur traitĂ© d’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’Union
europĂ©enne, en expliquant qu’elles Ă©taient nĂ©cessaires pour rĂ©pondre
aux craintes de certains Etats membres.

Mais la recommandation de la Commission est “de ne pas trop Ă©largir
le champ” de ces clauses dĂ©rogatoires, a-t-il soulignĂ©.

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Chirac says ‘oui, si’ to Turkey’s EU entry

EUpolitix, Belgium
Dec 16 2004

Jacques Chirac has appealed directly to France’s citizens, in a TV
plea to give Turkey the chance to begin EU entry talks.

The French president took to his country’s television screens on
Wednesday in a bid to win over strong domestic opposition to Turkish
EU membership.

Chirac insisted that – in the long term – Turkey’s place in the EU
club would benefit both France and Europe.

“Does Europe, and in particular France, have an interest in Turkey
joining? My answer is yes, if. Yes, if Turkey fills totality of the
conditions which are binding to any candidate for our union,” he
said.

And with polling showing two thirds of French voters opposed to
Turkey, Chirac warned that a ‘non’ to Ankara may have dire
consequences.

“It is obvious that, in the field of safety, stability, of peace, to
have with us [Turkey], within our doors today, is completely
positive,” he said.

“To have rejected would certainly represent a risk of instability, of
insecurity at our borders which it is necessary, without any doubt to
avoid.”

But using words unlikely to please Turkey, Chirac reminded the French
that a national referendum on Ankara’s EU membership, in ten to 20
years, could “block the totality of the negotiations”.

Chirac did not mention explicitly the issue of Armenian genocide, but
called on Turkey to make “a significant effort with its memory”.

The French opposition Socialists mirror splits in Chirac’s ruling
centre-right government with deep divisions between those backing
Turkish EU membership and others favouring a looser ‘privileged
partnership’ for Ankara.

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Barroso: Turkey needs to make EU ‘gesture’

EUpolitix, Belgium
Dec 16 2004

No new conditions should be imposed on Turkey but Ankara should
consider a “gesture” before EU entry talks begin, JosĂ© Manuel Barroso
has said.

The European Commission president is opposing moves by some EU
capitals to tie Turkey’s EU membership bid with new strings.

But, ahead of a summit of Europe’s leaders, Barroso did indicate that
Ankara’s early recognition of Cyprus would be a useful “gesture”.

“Cyprus will be sitting at the negotiating table when EU membership
talks begin. So the question for Turkey is: what kind of message does
it send when you do not recognise all members sitting at the table of
the club you want to join?,” he said.

Cyprus has been divided into a Greek controlled south and a Turkish
controlled north since Turkey invaded the island in 1974.

Ankara refuses to recognise the Greek Cypriot government in the south
– a government that is an EU member.

Barroso suggests that an early move or signal from Turkey on the
Cyprus question could help overcome stiff opposition to EU membership
in some European countries.

“Turkey must win over the hearts and minds of everyone in Europe,
there are obvious problems with public opinion in some member
states,” he said.

“I think a good way of winning the battle is not to complicate
negotiations but to take the initiative to tackle reservations.”

“[Turkey] should make a gesture sooner rather than later. It must go
the extra mile.”

The Brussels chief rejects calls for Turkish recognition of the 1915
Armenian ‘genocide’ as a precondition for EU entry talks – but says
the issue should be up for debate.

“All of this is going to have to be up for discussion
 but we can not
introduce new political conditions,” he said.

“Neither today or tomorrow are we going to come up with new
conditions.”

EU diplomats, and Barroso, are concerned that if Europe’s heads of
state and government demand too many conditions Turkey may walk away.

Calls from some national governments to impose permanent ‘safeguard
clauses’ restricting Ankara’s access to EU funding or the free
movement of Turkish workers are, Barroso acknowledged, “very
sensitive”.

Turkey fears that such departures from full membership could see
Ankara given a second class EU status.

But the commission president stresses that restrictions on Turkish
workers are not necessarily to be used or to be in force on a
permanent basis.

“We understand the sensitivity of the word permanent for our Turkish
friends,” he said.

“When we speak about permanent safeguard clauses it does not mean
that the safeguard clauses are permanent as such. It means that there
is the permanent availability of using safeguard clauses.”

Turkish leader Racep Tayyip Erdogan is asking EU leaders to make good
on previous pledges to treat Turkey equally.

“We have based our diplomatic understanding on honest and sincere
rules until today. We have pursued our activities within this
understanding,” he told journalists.

“We want an unconditional full membership and a negotiation process
to start without a need for second decision. We do not want a
criterion to be presented which does not exist among [previous]
political criteria.”

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Génocide arménien : Chirac met en garde Ankara si pas de travail de mémoire

Agence France Presse
17 décembre 2004 vendredi 6:15 PM GMT

BRUXELLES 17 dĂ©c 2004 — Le prĂ©sident français Jacques Chirac a
averti vendredi que les Français pourraient dire non Ă  l’entrĂ©e de la
Turquie dans l’Union europĂ©enne si Ankara ne faisait pas “un travail
de mĂ©moire” vis-Ă -vis du gĂ©nocide armĂ©nien de 1915.

“Toute l’histoire de la construction europĂ©enne, c’est l’histoire du
dialogue, du respect de l’autre et de la reconnaissance des erreurs
que nous avons pu faire dans le passĂ©”, a-t-il dit lors d’une
confĂ©rence de presse Ă  l’issue du Conseil europĂ©en qui a fixĂ© au 3
octobre 2005 l’ouverture des nĂ©gociations d’adhĂ©sion de la Turquie Ă 
l’UE.

“Le travail de mĂ©moire, qui est tout-Ă -fait naturel aujourd’hui dans
l’esprit des EuropĂ©ens, doit ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un nĂ©cessitĂ©
incontournable, je dis bien incontournable”, a ajoutĂ© M. Chirac.

“Je ne doute pas un instant que si ce travail de mĂ©moire n’avait pas
Ă©tĂ© fait (d’ici Ă  la fin des nĂ©gociations), les Français en
tiendraient le plus grand compte dans le jugement qu’ils porteraient
sur l’Ă©ventuel traitĂ© d’adhĂ©sion” qu’ils devront ratifier par
référendum, a affirmé le président français.

La France abrite une importante communautĂ© d’origine armĂ©nienne –
Ă©valuĂ©e Ă  400.000 par les associations armĂ©niennes – qui demande que
la reconnaissance du gĂ©nocide perpĂ©trĂ© par l’empire ottoman en 1915
soit une condition Ă  l’entrĂ©e de la Turquie dans l’UE.

Le parlement français a reconnu ce génocide qui a fait 1,5 million de
morts en 2001.

Des milliers de reprĂ©sentants de la communautĂ© armĂ©nienne de l’Union
européenne ont manifesté vendredi sous la pluie à Bruxelles contre
une entrĂ©e de la Turquie dans l’UE.

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Une association armĂ©nienne dĂ©nonce la “capitulation” de l’UE face Ă  la Turquie

Agence France Presse
17 décembre 2004 vendredi

BRUXELLES 17 dĂ©c — La FĂ©dĂ©ration euro-armĂ©nienne pour la justice et
la démocratie, qui regroupe prÚs de 200 organisations arméniennes en
Europe, a dĂ©noncĂ© vendredi la “capitulation” de l’Union europĂ©enne
face Ă  la Turquie lors du sommet qui s’est tenu Ă  Bruxelles jeudi
et vendredi.

“Ce n’est pas une nĂ©gociation, c’est une capitulation. L’Europe
politique est trĂšs sĂ©rieusement compromise”, a dĂ©clarĂ© dans un
communiqué Laurent Leylekian, directeur de la Fédération
euro-arménienne.

“Ce rĂ©sultat consternant est certes dĂ» Ă  l’inflexibilitĂ© d’Ankara qui
n’a rien cĂ©dĂ© du tout, mais aussi Ă  la faiblesse patente des
structures politiques intĂ©grĂ©es de l’Union qui a encouragĂ© la
dĂ©mission des chefs d’Etat et de gouvernement”, selon lui.

La Fédération a organisé vendredi une manifestation ayant rassemblé à
Bruxelles 8.000 personnes d’origine armĂ©nienne selon un organisateur
et 2.300 selon la police. Elle regrette que “les questions de droits
de l’Homme –la torture persistante, l’Ă©mancipation des femmes, la
question kurde ou la reconnaissance du gĂ©nocide des ArmĂ©niens–
n’aient pas mĂȘme Ă©tĂ© Ă©voquĂ©es” lors du sommet.

“Quant Ă  Chypre, les instances europĂ©ennes se satisfont des vagues
promesses Ă©mises par M. Erdogan”, estime la FĂ©dĂ©ration.

Les 25 dirigeants de l’UE ont entĂ©rinĂ© vendredi aprĂšs-midi un accord
global sur les futures nĂ©gociations d’adhĂ©sion avec la Turquie,
confirmant l’offre faite jeudi soir par l’UE d’engager les
négociations le 3 octobre 2005.

Dans le cadre de cet accord, Ankara accepte d’Ă©tendre Ă  l’ensemble
des dix pays entrĂ©s dans l’Union le 1er mai dernier, dont Chypre, un
accord d’association signĂ© en 1963 Ă  Ankara par les Turcs et les
Européens.

Cet accord ne constitue pas une reconnaissance légale de Chypre par
Ankara mais est une “Ă©tape importante”, selon la prĂ©sidence
nĂ©erlandaise de l’Union europĂ©enne.

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Devedjian “trĂšs heureux” des dĂ©clarations de Chirac sur le gĂ©nocide armĂ©nien

Agence France Presse
17 décembre 2004 vendredi

QUIMPER 17 dĂ©c 2004 — Le ministre de l’Industrie Patrick Devedjian
s’est dit vendredi “trĂšs heureux” des dĂ©clarations du prĂ©sident
Jacques Chirac mercredi sur le génocide arménien.

“Je suis trĂšs heureux d’une chose, et surtout Ă  titre personnel,
c’est que le prĂ©sident de la RĂ©publique ait pris position pour
demander la reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien par la Turquie”,
a-t-il dĂ©clarĂ© Ă  l’occasion d’un dĂ©placement Ă  Quimper.

“C’est la premiĂšre fois qu’un chef d’Etat d’un grand pays, la France,
exprime une telle demande”, a ajoutĂ© M. Devedjian. “Ensuite, la
longue nĂ©gociation qu’il va y avoir permettra de faire le point” sur
l’Ă©ventuelle entrĂ©e de la Turquie dans l’UE, a-t-il ajoutĂ©.

Le président Jacques Chirac a demandé mercredi sur TF1 à la Turquie
de faire un “effort de mĂ©moire”, rappelant que la reconnaissance du
gĂ©nocide armĂ©nien Ă©tait “la loi” en France, sans en faire
explicitement une condition Ă  l’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’Union
européenne.

InterrogĂ© pour savoir s’il aurait souhaitĂ© que M. Chirac fasse de
cette reconnaissance un prĂ©alable, M. Devedjian a rĂ©pondu: “Je l’ai
compris comme une condition, ce n’Ă©tait pas une condition Ă  la
nĂ©gociation mais c’est une condition Ă  l’adhĂ©sion, Ă  l’aboutissement
de la nĂ©gociation”, a-t-il dit.

Les dirigeants de l’Union europĂ©enne sont tombĂ©s d’accord jeudi soir
au sommet de Bruxelles pour ouvrir des nĂ©gociations d’adhĂ©sion avec
la Turquie le 3 octobre 2005.

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200 manifestants Ă  Erevan contre l’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’UE

Agence France Presse
17 décembre 2004 vendredi

EREVAN 17 dĂ©c — Plus de 200 jeunes ArmĂ©niens ont manifestĂ© vendredi
devant la représentation de la Commission européenne à Erevan contre
l’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’UE, exigeant notamment d’Ankara qu’elle
reconnaisse le génocide arménien de 1915, selon une journaliste de
l’AFP sur place.

“Non Ă  la Turquie”, pouvait-on lire sur les pancartes des jeunes
manifestants rĂ©unis Ă  l’appel de l’organisation de jeunesse du parti
socialiste arménien, le Dachnaktsoutioun.

Ils rĂ©clamaient Ă©galement qu’Ankara rouvre sa frontiĂšre avec
l’ArmĂ©nie.

“Les pays europĂ©ens ne doivent pas se laissent flĂ©chir par de fausses
réformes réalisées en Turquie et ne doivent pas intégrer dans leurs
rangs un pays ayant commis le plus grand crime contre l’humanitĂ©, le
gĂ©nocide”, Ă©crivent les organisateurs dans une lettre transmise aux
représentants européens.

“En acceptant de commencer les nĂ©gociations, les pays europĂ©ens
prennent sur eux la responsabilitĂ© de ce crime”, accusent-ils.

Des milliers de reprĂ©sentants de la communautĂ© armĂ©nienne de l’Union
europĂ©enne ont manifestĂ© le mĂȘme jour Ă  Bruxelles contre une entrĂ©e
de la Turquie dans l’UE, prĂšs du bĂątiment oĂč les chefs d’Etat et de
gouvernement européens sont réunis depuis jeudi pour un sommet
consacrĂ© Ă  l’ouverture de nĂ©gociations d’adhĂ©sion avec la Turquie.

Les massacres et dĂ©portations d’ArmĂ©niens sous l’Empire ottoman de
1915 Ă  1917 ont fait 1,5 million de morts, selon l’ArmĂ©nie, et entre
250.000 et 500.000, selon la Turquie, qui rejette le terme de
génocide.

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Des milliers d’ArmĂ©niens Ă  Bruxelles contre une adhĂ©sion turque Ă  l’UE

Agence France Presse
17 décembre 2004 vendredi

BRUXELLES 17 dĂ©c — Des milliers de reprĂ©sentants de la communautĂ©
armĂ©nienne de l’Union europĂ©enne ont manifestĂ© vendredi sous la pluie
Ă  Bruxelles contre une entrĂ©e de la Turquie dans l’UE, a constatĂ© un
journaliste de l’AFP.

Les manifestants, venus notamment de France, Allemagne, Pays-Bas,
Russie et SuÚde, étaient rassemblés dans le parc du Cinquantenaire, à
environ 500 mĂštres du bĂątiments oĂč les chefs d’Etat et de
gouvernement européens sont réunis depuis jeudi pour un sommet
consacrĂ© Ă  l’ouverture de nĂ©gociations d’adhĂ©sion avec la Turquie
mais oĂč la question armĂ©nienne ne devait pas ĂȘtre officiellement
abordée.

Vingt cars ont été affrétés de Paris, un avion de GrÚce et un autre
de SuĂšde, ainsi qu’un train de Marseille (sud-est de la France), a
expliqué sur place Laurent Leylekian, de la Fédération arménienne
européenne, en estimant le nombre de manifestants à 8.000. Selon la
police de Bruxelles, ils Ă©taient 2.300.

Sur un podium, les orateurs lançaient: “Voulez-vous de cette Turquie
lĂ  dans l’Union europĂ©enne?”. “Non!”, rĂ©pondaient les manifestants,
qui portaient de drapeaux rouge, bleu et orange, les couleurs de
l’ArmĂ©nie.

Des élus, notamment français, comme le maire des 13e et 14e
arrondissements de Marseille, Garo Housepian, ont pris la parole pour
s’opposer Ă  l’ouverture des nĂ©gociations avec la Turquie au stade
actuel.

“Nous voulons signifier aux 25 pays europĂ©ens rĂ©unis en ce moment que
les citoyens d’origine armĂ©nienne exigent que la reconnaissance du
génocide arménien par la Turquie soit une condition préalable à
l’ouverture des nĂ©gociations d’adhĂ©sion”, a expliquĂ© Ă  l’AFP Vartan
Arzoumaniam, l’un des organisateurs de la manifestation.

Une délégation portant ces revendications a été reçue vendredi par la
prĂ©sidence nĂ©erlandaise de l’Union europĂ©enne, a-t-il indiquĂ©.

Les massacres et dĂ©portations d’ArmĂ©niens sous l’Empire ottoman de
1915 Ă  1917 ont fait 1,5 million de morts, selon l’ArmĂ©nie, et entre
250.000 et 500.000, selon la Turquie.

Selon les associations armĂ©niennes, il y a aujourd’hui environ un
million de personnes d’origine armĂ©nienne dans l’UE Ă  27 (avec la
Roumanie et la Bulgarie), dont plus de 400.000 en France.

Le ministre français des Affaires étrangÚres, Michel Barnier, avait
demandĂ© lundi Ă  la Turquie de reconnaĂźtre la “tragĂ©die” armĂ©nienne,
avant de rejoindre l’Union europĂ©enne.

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Organisations armĂ©niennes : “preuve que les conditions ne sont pas rĂ©unies”

Agence France Presse
17 décembre 2004 vendredi

PARIS 17 dĂ©c 2004 — Le ComitĂ© de DĂ©fense de la Cause ArmĂ©nienne
(CDCA) et la FRA Dachnaktsoutioun (Parti Socialiste Arménien) ont
affirmĂ© vendredi que le fait de repousser l’ouverture des nĂ©gociations
d’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’UE au 3 octobre 2005 Ă©tait “la preuve
que les conditions ne sont pas rĂ©unies pour dĂ©buter ce processus”.

“Repousser l’ouverture des nĂ©gociations au 3 octobre 2005 est la
preuve que les conditions ne sont pas aujourd’hui rĂ©unies pour
dĂ©buter ce processus”, ont estimĂ© les deux organisations dans un
communiquĂ©, tout en “prenant acte de la proposition du Conseil
europĂ©en d’ouvrir les nĂ©gociations d’adhĂ©sion”.

“Si la Turquie avait accompli les efforts nĂ©cessaires au cours des
trois derniÚres années pour se conformer aux conditions fixées par
l’Union europĂ©enne, cette question ne se poserait pas et les
nĂ©gociations s’engageraient dĂšs janvier 2005”, a dĂ©clarĂ© Harout
Mardirossian, président du Comité de Défense de la Cause Arménienne.

De son cÎté, Mourad Papazian, président de la FRA Dachnaktsoutioun
(Parti Socialiste ArmĂ©nien) souligne que “le fait de ne pas garantir
que le processus débouche sur une intégration est la preuve que
l’Europe a encore des doutes sur la capacitĂ© de la Turquie Ă  faire
les efforts nĂ©cessaires”.

Selon lui, “cette Turquie nĂ©gationniste, cette Turquie qui bafoue les
droits de l’Homme, cette Turquie qui occupe illĂ©galement un pays
europĂ©en et qui refuse de le reconnaĂźtre ne doit pas faire l’objet de
la moindre indulgence de la part du Conseil europĂ©en.”

Les deux organisations appellent Ă  une manifestation vendredi Ă 
Bruxelles, devant le Conseil européen.

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L’intervention du PrĂ©sident; EvĂšnement 2. Union EuropĂ©enne

Libération
16 décembre 2004

Oui, si : “Est-ce que l’Europe, et notamment la France, ont ou non
intĂ©rĂȘt Ă  ce que la Turquie les rejoigne ? Ma rĂ©ponse est oui, si.”

Encore des efforts : “NĂ©gociation ne veut pas dire adhĂ©sion. La
Turquie devra faire encore des efforts considĂ©rables (…) pour
reprendre toutes les rĂšgles, les valeurs, les modes de vie qui sont
les nĂŽtres, tant sur le plan des droits de l’homme que de l’Ă©conomie
de marchĂ©.” Partenariat privilĂ©giĂ© : “Ils n’accepteront jamais. C’est
un peuple fier qui a conscience de faire des efforts gigantesques
dans notre direction.” GĂ©nocide armĂ©nien : “Suppose un effort de
mĂ©moire de la part de la Turquie.”

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A droite, la base turcophobe fait feu de tout bois.;
par LEBEGUE Thomas

Libération
16 décembre 2004

Maires et députés UMP ou UDF multiplient les initiatives pour
exprimer leur opposition.

Sur la page d’accueil de son site Internet, le dĂ©putĂ© UMP des
Bouches-du-RhÎne, Richard Mallié, a mis la photo en noir et blanc
d’un cadavre d’enfant armĂ©nien, victime du gĂ©nocide perpĂ©trĂ© par les
Turcs en 1915. “Comment la Turquie ose-t-elle encore nier l’horrible
rĂ©alitĂ© !”, clame le titre. Le reste est du mĂȘme acabit. “EntrĂ©e de
la Turquie : combien ça coĂ»te ? Vraiment trĂšs, trĂšs cher”, rĂ©pond le
dĂ©putĂ©, qui parle d’un chiffre de 3 Ă  5 milliards d’euros par an pour
les contribuables français. Pour faire bonne mesure, Richard Mallié
rappelle que cela reprĂ©sente la moitiĂ© du trou de la SĂ©cu… “Face Ă 
la position mondialiste de Jacques Chirac, je défends la voix du
peuple !”, dit le dĂ©putĂ© de Gardanne. Demain, avec d’autres collĂšgues
de l’UMP, il ira manifester Ă  Bruxelles contre l’adhĂ©sion de la
Turquie Ă  l’Union europĂ©enne. Une premiĂšre pour des dĂ©putĂ©s français.

“HĂ©ritage judĂ©o-chrĂ©tien”. Depuis que le chef de l’Etat a refusĂ©
d’organiser un vote sur la question au Parlement, la rĂ©sistance
s’organise dans les rangs de la droite. Le dĂ©putĂ© souverainiste
Philippe Pémezec (UMP, Hauts-de-Seine) a déjà réuni 90 collÚgues qui
disent ĂȘtre prĂȘts Ă  dire non Ă  la Turquie. Soit un quart des dĂ©putĂ©s
de la majoritĂ©. “Nous ne voulons pas voir ce genre de pays dans
l’Europe, car il ne partage pas notre hĂ©ritage judĂ©o-chrĂ©tien. Ou
alors, on va faire entrer tout le pourtour méditerranéen. Et pourquoi
pas la Russie, qui est, sur un plan culturel, beaucoup plus proche de
nous ?”, lance PĂ©mezec, qui pointe “une divergence absolue entre la
base et Jacques Chirac”. Impuissants Ă  l’AssemblĂ©e nationale, les
turcophobes de la majorité font feu de tout bois pour se faire
entendre. Mardi, Pémezec et ses amis ont créé une Association
nationale des Ă©lus locaux contre l’entrĂ©e de la Turquie. Ils ont
écrit à 10 000 maires, envisagent de lancer une pétition nationale et
prévoient de tenir des réunions publiques sur tout le territoire.

D’autres Ă©lus, comme Nicolas Perruchot, maire (UDF) de Blois, ont
directement consulté leur population. Le résultat est sans surprise.
Sur les 4 500 personnes qui ont rĂ©pondu, 97 % s’opposent Ă 
l’intĂ©gration de la Turquie dans l’Europe ! D’autres sondages, tout
aussi orientés, fleurissent un peu partout, notamment sur les sites
Internet des dĂ©putĂ©s concernĂ©s (77 % de “non” sur celui de Richard
Mallié).

Chantage. Au final, l’entrĂ©e de la Turquie rĂ©unit contre elle une
curieuse alliance de souverainistes acharnés, comme Nicolas
Dupont-Aignan, et de centristes bon teint qui suivent François Bayrou
dans sa croisade contre l’Empire ottoman. Certains membres de l’UDF
vont jusqu’Ă  remettre en cause leur vote en faveur de la future
Constitution europĂ©enne. C’est le cas de Jean-Bernard Thonus, adjoint
au maire de Saint-Maur, qui ne votera pas la Constitution “tant que
le problĂšme de la Turquie ne sera pas rĂ©solu. C’est quand mĂȘme un
pays oĂč la lapidation des femmes adultĂšres a failli entrer dans le
code pĂ©nal !”. L’information est fausse. Mais l’argument en dit long
sur ceux qui, Ă  droite, veulent se faire les porte-parole de
“l’Europe de la rue”.

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Chirac fait passer la pilule turque; EvÚnement 2. Union Européenne
par QUATREMER Jean

Libération
16 décembre 2004

Alors qu’Ankara doit obtenir ce soir le feu vert pour les
nĂ©gociations d’adhĂ©sion, le PrĂ©sident a tentĂ© de rassurer une opinion
hostile.

Bruxelles (UE), de notre correspondant.

La Turquie va obtenir, ce soir, du Conseil europĂ©en des chefs d’Etat
et de gouvernement rĂ©uni Ă  Bruxelles, le feu vert qu’elle attend
depuis quarante ans pour entamer des nĂ©gociations d’adhĂ©sion Ă 
l’Union. Mais quelques pays, dont la France, bataillent ferme pour
que les Vingt-Cinq ne lui donnent qu’un feu orange clignotant, afin
de montrer à leurs opinions publiques réticentes que le processus
n’est pas irrĂ©versible. Au grand dam d’Ankara, qui feint de pouvoir
tourner le dos Ă  l’Europe (lire page 4). Les Vingt-Cinq vont donc
devoir peser leurs mots au trébuchet.

Hier, le Parlement européen a montré que la candidature turque est
massivement soutenue au sein de l’Union. RĂ©unis en session plĂ©niĂšre Ă 
Strasbourg, les eurodĂ©putĂ©s ont approuvĂ© l’ouverture “sans dĂ©lai
inutile” des nĂ©gociations, par 407 voix contre 262 et 29 abstentions
(sur 732 dĂ©putĂ©s). Parmi les probables tenants du non – le vote Ă©tait
à bulletins secrets -, la droite française (UMP et UDF), la CDU-CSU
allemande, les conservateurs autrichiens, hongrois, polonais et
britanniques ainsi que quelques socialistes français, les
souverainistes et l’extrĂȘme droite. Cet Ă©trange attelage n’a pas
réussi à faire passer ses amendements proposant un plan B, en
l’occurrence un “partenariat privilĂ©giĂ©”. Pour le Parlement,
l’objectif final est une adhĂ©sion en bonne et due forme.

PĂ©dagogie. Jacques Chirac, pourtant partisan convaincu de la cause
turque, entend batailler afin de souligner que le processus de
nĂ©gociation est “ouvert” et que l’adhĂ©sion n’est pas garantie, Ă  la
diffĂ©rence de ce qui s’est toujours passĂ©. Alors qu’une majoritĂ© de
Français, ainsi que son propre parti, l’UMP, s’y opposent, le chef de
l’Etat a fait un exercice de pĂ©dagogie en faveur de l’adhĂ©sion, hier
soir sur TF1. Il a notamment trouvé une formule pour résumer sa
position, le “oui, si” : “Oui, si la Turquie remplit la totalitĂ© des
conditions qui s’imposent Ă  tout candidat Ă  l’Union.” Pour rassurer
l’opinion française, il a rappelĂ© qu’elle s’exprimerait par
rĂ©fĂ©rendum Ă  la fin des nĂ©gociations – qui prendront, selon lui, de
dix à quinze ans. Son entourage se prévaut du soutien affiché de
l’Autriche et du Danemark et de l’appui, plus discret, des Pays-Bas
et de “quelques nouveaux Etats membres d’Europe centrale”, inquiets
de voir la Turquie s’arroger demain tous les fonds communautaires.
Reste Ă  savoir si ses explications suffiront Ă  calmer les opposants Ă 
l’adhĂ©sion. D’IsraĂ«l, hier, son rival, le prĂ©sident de l’UMP Nicolas
Sarkozy, a estimĂ© que la position du chef de l’Etat soulĂšve “une
difficultĂ© incontestable avec les Français”.

Les discussions d’aujourd’hui s’annoncent dĂ©licates pour la France :
non seulement il ne faut pas froisser la Turquie, qui exige de ne pas
ĂȘtre traitĂ©e diffĂ©remment des autres pays, mais il faut convaincre la
trÚs grande majorité des Vingt-Cinq, qui ne comprend pas les
atermoiements français. Le chancelier Schröder refuse par exemple
qu’une alternative Ă  l’adhĂ©sion soit mentionnĂ©e dans le texte.
D’autant que la Commission a dĂ©jĂ  prĂ©vu une sĂ©rie de garde-fous : en
cas de violations “sĂ©rieuses et rĂ©pĂ©tĂ©es” de la dĂ©mocratie et des
droits de l’homme, le Conseil des ministres pourra suspendre les
nĂ©gociations Ă  la majoritĂ© qualifiĂ©e. De mĂȘme, l’application
effective par la Turquie de “l’acquis communautaire” – les 80 000
pages de lois europĂ©ennes – fera l’objet d’un rapport annuel. MĂȘme si
la Croatie, que le sommet devrait autoriser Ă  commencer des
nĂ©gociations d’adhĂ©sion en avril 2005, aura Ă  se plier aux mĂȘmes
contrĂŽles, on peut comprendre l’agacement turc : aucun candidat ne
s’Ă©tait jusqu’Ă  prĂ©sent vu imposer un tel traitement. Or, les dix
nouveaux membres – comme la Bulgarie et la Roumanie qui vont signer
leur traitĂ© d’adhĂ©sion dĂ©but mai -, sont loin de respecter l’ensemble
des normes européennes.

GĂ©nocide armĂ©nien. En revanche, Ă  la satisfaction d’Ankara, aucune
condition prĂ©alable ne sera posĂ©e Ă  l’ouverture des nĂ©gociations.
Paris a obtenu d’en repousser la date au second semestre 2005, pour
ne pas “polluer” le rĂ©fĂ©rendum français sur la Constitution
européenne. La Turquie ne sera donc pas obligée de reconnaßtre
formellement la RĂ©publique de Chypre. En revanche, elle n’Ă©chappera
pas Ă  sa reconnaissance de facto puisqu’elle va devoir accepter que
l’Union douaniĂšre de 1995, qui la lie Ă  l’Union, soit Ă©tendue aux dix
nouveaux membres, dont Chypre… De mĂȘme, si la France, qui compte
une forte communauté arménienne, évoquera le génocide de 1915, sa
reconnaissance ne sera pas un prĂ©alable : “Cette question est hors du
champ de la nĂ©gociation”, reconnaĂźt-on Ă  Paris. Par une courte
majorité de 332 voix contre 325, le Parlement européen a lui aussi
demandĂ© que “la Commission europĂ©enne et le Conseil (…) exigent des
autorités turques la reconnaissance formelle de la réalité historique
du gĂ©nocide des ArmĂ©niens en 1915”. Chacun estime Ă  Bruxelles que ce
devra ĂȘtre chose faite d’ici Ă  2014, date probable de la fin des
négociations.

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Des Turcs euro-enthousiastes mais amers; EvÚnement 2. Union Européenne
par DURAN Ragip

Libération
16 décembre 2004

L’hostilitĂ© europĂ©enne douche l’entrain de la population, qui se
passionne pour ce débat.

Istanbul de notre correspondant

Des rives du Bosphore au fin fond des montagnes kurdes, les Turcs ne
parlent plus que de l’Union europĂ©enne. “On ne veut pas de
strapontin, mais un vrai fauteuil de velours !”, lance un commerçant
du bazar d’Istanbul. La Bourse, le Parlement, l’universitĂ©, les
milieux d’affaires, les mĂ©dias… tous sont suspendus Ă  la dĂ©cision
du 17 décembre. A la veille du sommet européen, les dirigeants du
pays ont haussĂ© le ton, affirmant qu’une intĂ©gration Ă  l’Europe ne se
ferait pas Ă  n’importe quel prix. “La Turquie n’hĂ©sitera pas Ă  dire
non Ă  l’Union europĂ©enne si des conditions inacceptables lui Ă©taient
imposĂ©es”, a martelĂ© le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, leader
de l’AKP, parti issu du mouvement islamiste. Le ministre des Affaires
Ă©trangĂšres, Abdullah GĂŒl, est revenu Ă  la charge en disant que “la
Turquie avait accompli les efforts attendus” pour intĂ©grer l’Europe.

“Ode Ă  la joie”. Le dĂ©bat n’a pas lieu que dans les mĂ©dias, mais
aussi Ă  l’Ă©cole, Ă  l’usine, au bureau, voire dans la rue. Les
caricaturistes s’en donnent Ă  coeur joie. Un dessin montre un jeune
homme abordant une fille : “Tu ne veux pas coucher avec moi ? Avec
cette mentalitĂ© on ne rentrera jamais dans l’UE !” La musique la plus
diffusĂ©e sur les ondes est dĂ©sormais l’Ode Ă  la joie de Beethoven,
hymne de l’Union europĂ©enne. La trĂšs grande majoritĂ© des Turcs et en
particulier les Kurdes sont “euro-enthousiastes”. Mais beaucoup ne
cachent pas une certaine amertume. “Ils nous ont mal traitĂ©s. Et
surtout la France !”, dit des EuropĂ©ens Cengiz Aktar, un
universitaire spécialiste des questions européennes.

Les médias, traditionnellement progouvernementaux et prudents,
insistent sur des points comme le retrait des troupes turques du nord
de Chypre, la question kurde ou le génocide arménien, mis en avant
par les Européens. Sujets sur lesquels le tabou est en train de se
lever et dont nul n’osait discuter aussi ouvertement il y a cinq ans
Ă  peine. Mais on s’interroge aussi sur le quotidien, la possibilitĂ©
future d’aller – mais quand ? – sans visa en Europe, et sur les
limitations qui risquent d’ĂȘtre imposĂ©es Ă  la libre circulation des
Turcs.

Repli. L’attitude quasi-turcophobe de certains dirigeants europĂ©ens
rend le débat totalement irrationnel. Si la décision du 17 décembre
n’est pas positive, la dĂ©ception risque de pousser les Turcs Ă  un
repli identitaire, voire nationaliste. Le front antieuropéen et
souverainiste essaie d’exploiter les ressentiments. “L’Union
europĂ©enne veut diviser notre pays”, estime le trĂšs kĂ©maliste
quotidien Cumhuriyet. “L’UE est impĂ©rialiste !”, accuse le petit
Parti communiste de Turquie. Les islamistes purs et durs ne sont pas
en reste et un de leurs chroniqueurs se demande : “Vont-ils nous
interdire les priĂšres de vendredi et rouvrir les Ă©glises ?”

Personne cependant n’ose se prononcer catĂ©goriquement contre
l’adhĂ©sion Ă  l’Union europĂ©enne. MĂȘme ceux qui en appellent Ă 
“l’honneur national”, Ă  “nos us et coutumes” ou Ă  “la tradition” pour
freiner la marche européenne de la Turquie.

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Candidature d’Ankara : Jacques Chirac promet aux Français qu’ils « auront le dernier mot »
YANN ROUSSEAU

Les Echos
16 décembre 2004

Jacques Chirac s’est livrĂ© hier soir Ă  un exercice complexe
d’Ă©quilibriste. Intervenant sur TF1 avant son dĂ©part pour le Conseil
europĂ©en de Bruxelles, le chef de l’Etat, personnellement favorable Ă 
l’entrĂ©e de la Turquie dans l’Union europĂ©enne, s’est employĂ© Ă 
convaincre l’opinion publique, trĂšs rĂ©ticente, et ses propres alliĂ©s
politiques, trĂšs hostiles, de l’intĂ©rĂȘt d’ouvrir des nĂ©gociations
avec Ankara. L’enjeu est d’importance pour le prĂ©sident de la
RĂ©publique, qui n’intervient que rarement Ă  la tĂ©lĂ©vision : Jacques
Chirac redoute que l’Ă©pineuse question turque ne vienne parasiter la
campagne du référendum sur le Traité constitutionnel européen, dans
laquelle il veut pleinement s’investir l’annĂ©e prochaine. Hier soir,
il s’est donc employĂ© Ă  dissocier les deux dĂ©bats et Ă  rassurer les
Français sur la candidature turque que les souverainistes de droite,
mais Ă©galement les opposants de gauche Ă  la Constitution, utilisent
dans leur campagne pour le « non ».

Le concept de « lien fort »

« Est-ce que l’Europe, et notamment la France, ont ou non intĂ©rĂȘt Ă 
ce que la Turquie la rejoigne ? Ma rĂ©ponse est oui, si », a d’emblĂ©e
dĂ©clarĂ© le chef de l’Etat. AprĂšs avoir rappelĂ© les multiples
avantages que la France et l’Union europĂ©enne tireraient d’une
intĂ©gration de la Turquie – consolidation de la paix en Europe, «
enracinement de la dĂ©mocratie et des droits de l’homme », accĂšs Ă  un
« Ă©norme marchĂ© Ă©conomique », renforcement du poids de l’Europe -, le
chef de l’Etat s’est empressĂ© de rappeler que les nĂ©gociations qui
seront lancées à Bruxelles ne déboucheront pas automatiquement sur
une adhésion.

La Turquie devra d’abord « remplir la totalitĂ© des conditions qui
s’imposent Ă  tout candidat Ă  notre union », a-t-il insistĂ©. Elle
devra fournir « des efforts considérables » pendant les « dix ans,
quinze ans, vingt ans » de négociations pour reprendre les « 88.000
pages » de la législation européenne. A chaque phase de cette
discussion, « chaque nation conservera le droit de tout arrĂȘter », a
encore rappelĂ© Jacques Chirac avant d’indiquer que, « en tout Ă©tat de
cause, les Français auront le dernier mot ». Comme il l’avait dĂ©jĂ 
annoncĂ© en octobre, le chef de l’Etat a indiquĂ© que ces derniers
seraient consultés au terme des pourparlers par référendum sur
l’adhĂ©sion de la Turquie. Une clause a Ă©tĂ© spĂ©cialement introduite Ă 
cet effet dans le projet de loi constitutionnelle qui sera soumis
début janvier au Conseil des ministres (lire page 16).

S’il s’est efforcĂ© de rassurer l’opinion, le chef de l’Etat a, en
revanche, rejeté le concept de « partenariat privilégié » avec
Ankara, que sa majorité et une partie de la gauche voulaient
substituer au projet d’adhĂ©sion. « Demander Ă  un grand pays comme la
Turquie de faire des efforts aussi considérables pour arriver à un
rĂ©sultat alĂ©atoire ou partiel, ce n’est Ă©videmment pas raisonnable »,
a tranchĂ© le prĂ©sident français. En revanche, l’ElysĂ©e serait prĂȘt Ă 
défendre le concept de « lien fort » entre la Turquie et les
Vingt-Cinq, en cas d’Ă©chec des nĂ©gociations. L’expression faisait
toujours l’objet, hier soir, d’Ăąpres nĂ©gociations entre les
différentes capitales. Pour apaiser les élus de droite et de gauche
qui s’opposent Ă©galement Ă  l’entrĂ©e d’Ankara au nom de la
non-reconnaissance du « génocide arménien » de 1915, le chef de
l’Etat a demandĂ© Ă  la Turquie de faire « un effort de mĂ©moire ». Il
n’a toutefois pas fait de cette reconnaissance une condition de
l’adhĂ©sion d’Ankara.

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La Turquie en tout cas
FRANÇOISE FRESSOZ

Les Echos
16 décembre 2004

Ala veille de la dĂ©cision de l’Union europĂ©enne sur l’adhĂ©sion de la
Turquie, la vigueur des arguments échangés tend à dramatiser le
débat. La somme impressionnante des raisons affichées « pour » et «
contre » fournit enfin de l’information. Elle rĂ©vĂšle en mĂȘme temps
aux opinions publiques qu’une fois de plus des orientations ont Ă©tĂ©
décidées et des engagements souscrits sans elles. Cette habitude
prise par les responsables de gĂ©rer les affaires communes Ă  l’abri
des tribunes a permis, il faut le reconnaĂźtre, de faire avancer
l’Union. Mais c’est sans doute pour la derniĂšre fois, car la maturitĂ©
politique acquise par l’Union l’interdit dĂ©sormais. La Turquie, en
tout cas, est associĂ©e Ă  l’Europe depuis 1963, liĂ©e Ă  elle depuis
1995 par une union douaniĂšre, et reconnue officiellement comme pays
candidat depuis décembre 1999. La logique complexe enchaßnée depuis
des dizaines d’annĂ©es dans la discrĂ©tion des cabinets se trouve ainsi
soudainement mise au jour. D’oĂč cet effet de relief.

Sur le fond du dossier, et pour faire simple, les arguments
économiques sont plutÎt « pour » : accélération de nos débouchés, des
investissements directs en Turquie et de son développement, ancrage
dans l’Europe de ce nouveau marchĂ©. Et du cĂŽtĂ© du « contre », des
arguments principalement politiques, culturels et diplomatiques.
Politiques : la pondération démographique de ce grand pays dans les
instances de décision de Bruxelles, le poids de son agriculture dans
le budget communautaire, la dilution aggravée de la cohérence de
l’Union. Culturels : la compatibilitĂ© de l’islam – quoi qu’on dise –
avec le principe commun de la supériorité de la loi civile sur les
prĂ©ceptes religieux et avec l’Ă©galitĂ© des sexes (d’autant que
l’Ă©pouse et les filles du leader turc portent le voile) ; le mĂ©lange
inextricable entre les Turcs modernes, effectivement quasieuropéens,
et la masse traditionaliste encore trÚs éloignée des valeurs
modernes. Des considérations électorales bien compréhensibles
conduisent le chef du gouvernement turc, Recep Tayyip Erdogan, Ă 
faire, non sans talent, de l’Ă©quilibrisme entre les deux. C’est aussi
pour donner un gage au nationalisme qu’il prend le risque
diplomatique de refuser à la fois la reconnaissance du génocide
armĂ©nien et l’indĂ©pendance de Chypre. En cas de refus europĂ©en, cette
posture lui permettra de se poser en gardien de l’essentiel. En cas
d’acceptation, il pourra afficher une Ă©clatante victoire. Avec, en
prime, les avantages d’un dĂ©veloppement Ă©conomique dont il pourra
d’ailleurs faire partager Ă  Bruxelles l’impopularitĂ© des disciplines
qu’il implique.

Ne dramatisons pas. Le Premier ministre turc a politiquement bien
préparé ses arriÚres. Et puisque la coopération économique reste le
terrain le plus prometteur, il ne tient qu’Ă  l’Europe d’en proposer
plus encore, Ă  partir d’une association en tout cas engagĂ©e.

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Jean-Arnold de Clermont : « La loi de 1905 n’est pas taboue »; PROTESTANTS

Le Figaro
16 décembre 2004

Elie MARECHAL

Le conseil de la Fédération protestante de France, présidé par
Jean-Arnold de Clermont, a exprimé sa « perplexité devant le débat
public qui s’est ouvert au sein de la majoritĂ© concernant
l’Ă©ventuelle modification de la loi de 1905 ». Explications.

TEXTE-ARTICLE:

LE FIGARO.

Vous paraissez agacé par les diverses prises de position de la
majorité gouvernementale au sujet de la loi de 1905. Pourquoi ?

Pasteur Jean-Arnold de CLERMONT. Ces prises de position ne sont que
querelles d’hommes. Elles ne font nullement avancer le dĂ©bat que nous
souhaitons sur la mise en pratique actuelle de la loi de 1905, sur la
place du religieux dans la société française, sur les droits des
associations cultuelles.

Au lieu d’un dĂ©bat fĂ©cond, ce ne sont que soupçons frileux ou
affirmations de principe stériles. Or, en un siÚcle, la laïcité
française n’a cessĂ© d’Ă©voluer. J’attends donc que 2005 ne soit pas la
commĂ©moration aveugle d’une loi taboue, mais l’occasion d’une
réflexion posée sur les religions présentes actuellement en France et
sur l’Ă©volution ou les blocages des relations entre les Églises et
l’État.

Quels sont vos griefs précis ?

Le 9 décembre dernier, devant préfets et sous-préfets, Jean-Pierre
Raffarin m’a paru s’en prendre particuliĂšrement Ă  la FĂ©dĂ©ration
protestante de France et aux associations cultuelles protestantes qui
y sont affiliées : elles sont plusieurs milliers, bien plus
nombreuses que les cultuelles d’autres religions. Le premier ministre
visait « l’organisation d’activitĂ©s cultuelles et le respect des
rĂšgles d’urbanisme (qui) s’impose Ă  tous, mĂȘme aux associations Ă 
vocation cultuelle ».

Or, depuis plusieurs mois, des associations cultuelles, notamment
évangéliques, subissent des tracasseries au sujet de leurs lieux de
culte, Ă  Bagnolet, Ă  Saint-Denis, Ă  Dijon… Que l’État se prĂ©occupe
de solutions pour implanter des mosquĂ©es, soit ! et j’y suis
favorable. Mais entre les musulmans et les protestants, il semble
qu’il y ait deux poids, deux mesures.

Est-ce le complexe de la minorité qui vous fait regimber ?

Aucun complexe ! Parmi les religions présentes en France, les
protestants sont ceux qui utilisent le plus largement la loi de 1905
par leurs associations cultuelles. Nous ne menons donc pas le combat
d’une minoritĂ©. Notre attitude est nourrie de l’expĂ©rience
quotidienne et des difficultés réelles que nous rencontrons, alors
que nous sommes si attachés à la laïcité. Que justice nous soit faite
! Nous ne sommes ni des adorateurs d’une loi centenaire, ni des
complexĂ©s Ă  la conquĂȘte de privilĂšges.

Vous ĂȘtes aussi prĂ©sident de la ConfĂ©rence des Églises europĂ©ennes et
vous avez écrit à Jacques Chirac pour lui exprimer votre inquiétude
sur l’Ă©ventuelle adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’Union europĂ©enne. Quel
est votre souci ?

L’acceptation ou le refus de l’adhĂ©sion de la Turquie n’est pas de
notre ressort. Mais nous voulons souligner que cette question est
indissociable du respect des droits de l’homme et de la libertĂ©
religieuse, de la reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien et d’une vraie
réconciliation entre la Turquie et ses voisins.

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Nicolas Sarkozy : « Il va falloir que j’apaise les choses »;

Le Figaro
16 décembre 2004

Pour le prĂ©sident de l’UMP, la position de Chirac crĂ©e une «
difficulté incontestable »

Guillaume TABARD, Judith WAINTRAUB

En marge de sa visite en Israël, Nicolas Sarkozy a estimé, hier,
avant l’intervention de Jacques Chirac, que la position du chef de
l’État sur la question turque crĂ©ait une « difficultĂ© incontestable »
vis-Ă -vis de l’opinion française, majoritairement hostile Ă 
l’adhĂ©sion d’Ankara Ă  l’Union europĂ©enne. Le prĂ©sident de l’UMP, qui
considĂšre que la Turquie n’a pas sa place dans le « projet politique
europĂ©en », redoute que l’ouverture des nĂ©gociations fasse monter le
non au référendum sur le traité constitutionnel de Bruxelles.

Ses craintes sont partagées par Jean-Pierre Raffarin et par certains
des dirigeants de la majorité puisque, au cours de leur petit
déjeuner hebdomadaire à Matignon mardi dernier, Philippe Douste-Blazy
et les prĂ©sidents des groupes parlementaires de l’UMP, Bernard
Accoyer et Josselin de Rohan, ont Ă©voquĂ© le sujet dans les mĂȘmes
termes. A cette occasion, Nicolas Sarkozy a suggéré que Jacques
Chirac fasse de la reconnaissance du génocide arménien une condition
Ă  l’ouverture des nĂ©gociations avec Ankara. Le prĂ©sident de l’UMP a
cru comprendre que Jean-Pierre Raffarin jugeait l’idĂ©e habile, mais
le chef de l’État, lui, n’a pas voulu la reprendre.

Hier soir, avant l’intervention prĂ©sidentielle, Nicolas Sarkozy
n’avait donc plus aucune illusion sur l’Ă©ventualitĂ© d’une volte-face
de Jacques Chirac et se prĂ©parait dĂ©jĂ  Ă  affronter l’incomprĂ©hension
de l’Ă©crasante majoritĂ© de l’UMP, hostile Ă  l’adhĂ©sion turque. Le
dernier sondage sur la question, publié lundi par Le Figaro, et
rĂ©alisĂ© par Ifop, n’indiquait-il pas que 71 % des sympathisants UMP
restaient opposĂ©s Ă  l’entrĂ©e de la Turquie dans l’Union europĂ©enne. «
Il va falloir que j’apaise les choses », confie-t-il.

Jusqu’au bout, certains parlementaires UMP auront tentĂ© d’inflĂ©chir
la position de Jacques Chirac. Mardi, quatre-vingt-dix députés,
conduits par Philippe Pémezec, lançaient un appel à une «
mobilisation d’ampleur nationale » contre l’entrĂ©e de la Turquie dans
l’Union. Hier, les souverainistes Nicolas Dupont-Aignan et Jacques
Myard « imploraient » une derniÚre fois Jacques Chirac de proposer à
Ankara un simple « partenariat privilégié ». Député européen et
nouveau secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral dĂ©lĂ©guĂ© de l’UMP, Brice Hortefeux espĂ©rait
que serait mieux prise en compte la position du groupe PPE qui s’est
rallié à la surprise générale à la position défendue par le parti
majoritaire français.

L’UMP s’est certes habituĂ©e Ă  cette divergence avec le prĂ©sident de
la RĂ©publique qui ne pourra pas ĂȘtre mise sur le compte de la
rivalitĂ© Chirac-Sarkozy, puisque c’est le plus brevetĂ© des
chiraquiens, Alain Juppé, qui avait pris le premier cette position.
DĂšs le 7 avril 2004, il avait annoncĂ© : « L’UMP souhaite qu’on
n’engage pas de discussion avec la Turquie Ă  la fin de l’annĂ©e »,
suggĂ©rant alors l’idĂ©e du « partenariat privilĂ©giĂ© ». Cette ligne
avait été ensuite officiellement ratifiée lors du conseil national de
l’UMP, le 9 mai, en pleine campagne pour les Ă©lections europĂ©ennes.

S’appuyant sur cette continuitĂ© avec son prĂ©dĂ©cesseur, Nicolas
Sarkozy a confié, en marge de sa visite en Israël : « En tout cas,
aucun Ă©lĂ©ment nouveau ne me conduit Ă  demander Ă  l’UMP de changer la
position qu’elle a prise lors de son conseil national. » « Seul un
nouveau vote du conseil national pourrait modifier ce qui a été
adopté », a-t-il ajouté, en précisant que « la question turque et,
au-delĂ , celle des limites de l’Europe » seront abordĂ©es « d’une
façon ou d’une autre lors du prochain conseil national, Ă  la fin
février ».

RĂ©actions contrastĂ©es Ă  l’UMP

Le prĂ©sident du groupe UMP de l’AssemblĂ©e nationale Bernard Accoyer a
estimé hier soir dans un communiqué que Jacques Chirac avait «
dĂ©fendu une vision ambitieuse pour la France et l’Union europĂ©enne
dans un monde désormais multipolaire », lors de son interview sur TF
1. Jugeant que le chef de l’Etat avait « expliquĂ© avec beaucoup de
clarté et de pédagogie les enjeux majeurs du sommet européen de
Bruxelles », M. Accoyer a « salué la volonté de Jacques Chirac de
donner à chaque Français par la voie référendaire la responsabilité
de dĂ©cider eux-mĂȘmes de l’avenir de l’UE ».

En revanche, le président de Debout la République, Nicolas
Dupont-Aignan, a appelé mercredi à « voter non à la Constitution
européenne », estimant que Jacques Chirac « a voulu endormir les
Français », lors de son interview sur TF 1, « en se faisant l’avocat
de l’entrĂ©e de la Turquie dans l’UE ». « Sa promesse de rĂ©fĂ©rendum ne
trompera personne, a ajoutĂ© le dĂ©putĂ© UMP de l’Essonne dans un
communiqué. Pour éviter une telle faute historique pour la France et
pour l’Europe, il n’y a dĂ©sormais qu’une seule solution : voter non Ă 
la Constitution européenne. »

TrÚs prudent, le secrétaire national aux questions européennes, Alain
Lamassoure, a souligné que « le président de la République a rappelé
sa position constamment affirmĂ©e en l’assortissant de plusieurs
conditions ». « Le Conseil européen ne doit pas seulement prendre en
compte les demandes turques, mais aussi les réserves croissantes qui
s’expriment au sein des opinions publiques de beaucoup d’Etats »
europĂ©ens. « Le cycle de nĂ©gociation qui va s’ouvrir ne doit pas se
clore sur une solution qui ne serait pas acceptée et voulue par le
peuple français. C’est la garantie qu’apportera un rĂ©fĂ©rendum sur
l’Ă©largissement de l’Union que le prĂ©sident de la RĂ©publique a, Ă 
juste titre, annoncé et proposé. »

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Incompréhension chez les Turcs de France;

Le Figaro
16 décembre 2004

Leur communauté représente quelque 350 000 personnes

CĂ©cilia GABIZON

Les enfants d’immigrĂ©s turcs en France se disent atteints par les
oppositions Ă  l’adhĂ©sion d’Ankara Ă  l’Union. « Je suis choquĂ©e », dit
Ozlem Yildirim, prĂ©sidente de l’association Ă©tudiante franco-turque.
En maßtrise de communication, « totalement française et absolument
turque », cette jeune femme enrage contre un traitement médiatique
qu’elle juge « malhonnĂȘte » et qui, selon elle, conditionnerait
l’opinion publique. « Les reportages ne montrent que des villages
arriĂ©rĂ©s d’Anatolie, alors qu’Istanbul est une ville moderne et que
le pays est à 70 % urbain. »

En Alsace, oĂč vit une grande partie des quelque 350 000 Turcs de
France, comme en Ile-de-France ou dans la région RhÎne-Alpes, le
dĂ©bat sur l’adhĂ©sion de la Turquie met leur fibre patriotique Ă 
l’Ă©preuve. Pour les jeunes, qui reprĂ©sentent prĂšs de la moitiĂ© de
cette communautĂ© constituĂ©e par vagues successives d’immigration
depuis la fin des années 70, la Turquie reste une référence trÚs
prĂ©sente. Bien qu’ils n’aient pas chantĂ© l’hymne national le matin en
classe comme leurs parents, ils ont reçu en héritage une langue et
une culture. Sans que « cela ne pose de conflit d’identitĂ© », dit
Nour, 19 ans. La plupart trouvent donc naturel que la Turquie, qu’ils
pensent incarner, trouve sa place dans l’Europe.

Une posture souvent plus Ă©motionnelle que rationnelle. Certains font
d’ailleurs remarquer, comme Muhammat-Ali Soylu, architecte, que la
Turquie va beaucoup perdre en rejoignant l’Union. « Mais le pays a un
vrai dĂ©sir d’Europe. » La phrase revient dans toutes les bouches, et
chacun de conter comment le pays s’est bĂąti en rĂ©fĂ©rence Ă  la France,
en regardant vers l’Ouest. « Nous nous sentons europĂ©ens. Nous avons
bùti nos lois sur le modÚle des LumiÚres », dit Murat Erdeniz,
documentaliste turc installé en France.

Toutes les conditions fixées par Bruxelles, dont la reconnaissance du
génocide arménien, leur paraissent fondées mais circonstancielles. «
Ce n’est pas Ă  l’Europe de nous imposer ça. C’est un travail interne
que les historiens des deux bords doivent mener », affirme Ozgur. «
En rĂ©alitĂ©, observe Gaye Petek, prĂ©sidente de l’association
culturelle Elélé, la Turquie sert de révélateur, montrant les
rĂ©ticences des Français Ă  l’extension de l’Europe et leurs
interrogations sur la place de l’islam. »

La gĂ©nĂ©ration des parents paraĂźt d’ailleurs convaincue que les
affaires de foulards impliquant des Turcs en France ont « donné une
mauvaise image du pays ». Depuis vingt-trois ans dans la confection à
Paris, Habip Dazuhan, 58 ans, regrette le comportement de certains
compatriotes qui « obligent leurs femmes et leurs filles à se couvrir
la tĂȘte ici ». Kurde de Turquie, Selena Koc croit d’ailleurs deviner
chez les Français « la peur d’une dĂ©ferlante d’immigrĂ©s ». Une
crainte partagée discrÚtement par certains Turcs qui craignent de
perdre leur emploi.

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Comment le chef de l’Etat a dĂ» consentir des inflĂ©chissements;

Le Figaro
16 décembre 2004

Comment le chef de l’Etat a dĂ» consentir des inflĂ©chissements;
Il a renoncĂ© Ă  l’idĂ©e du « partenariat privilĂ©giĂ© » lancĂ©e par Alain
Juppé

Pierre ROUSSELIN

Favorable depuis toujours Ă  la candidature turque, Jacques Chirac a
Ă©tĂ© contraint d’inflĂ©chir sa position sur la scĂšne europĂ©enne sous la
pression des réticences dans son propre camp.

Sur le fond, il n’a pas changĂ© d’avis, mais c’est, dans l’histoire de
la Ve RĂ©publique, l’un des rares cas oĂč un chef de l’Etat a dĂ», sous
la pression conjuguĂ©e de sa majoritĂ© et de l’opinion publique,
modifier son attitude sur une question de politique Ă©trangĂšre
relevant de « son domaine réservé ».

Le président de la République est toujours aussi persuadé que la
Turquie a « toute sa place en Europe », formule qu’il avait adoptĂ©e
dĂšs le dĂ©part pour signifier que rien ne devait a priori s’opposer Ă 
une candidature d’Ankara. L’argument qui l’emporte reste d’ordre
gĂ©opolitique : pour Ă©viter un « choc des civilisations », l’Europe a
intĂ©rĂȘt Ă  avoir la Turquie avec elle. Cela est jugĂ© nĂ©cessaire pour
stabiliser les marches orientales de notre continent et apaiser nos
relations avec le monde musulman.

Dans l’opinion, le message a eu le plus grand mal Ă  passer. La prise
de position de ValĂ©ry Giscard d’Estaing, Ă  la fin 2002, affirmant
qu’un Ă©largissement Ă  la Turquie serait « la fin de l’Union
europĂ©enne », a creusĂ© un scepticisme dĂ©jĂ  existant. Aujourd’hui,
l’UDF et l’UMP ont rejoint les souverainistes dans leur opposition Ă 
la Turquie. Et c’est, paradoxalement, la gauche avec le PC et les
Verts ouvertement en faveur de la Turquie, et le PS divisé qui est la
plus en phase avec la position du chef de l’Etat.

La proximité du référendum sur la Constitution européenne explique,
en partie, l’inquiĂ©tude de la classe politique. Pour Ă©viter que le
dĂ©bat sur la Turquie n’apporte de l’eau au moulin des partisans du «
non » Ă  la Constitution, Jacques Chirac a promis qu’une autre
consultation populaire aurait lieu Ă  la fin du processus de
négociation, dans dix à quinze ans. Ainsi, les Français pourront-ils,
s’ils le veulent, voter « oui » Ă  la Constitution europĂ©enne et « non
» Ă  l’adhĂ©sion turque.

Un autre geste a été fait avec la prise en compte du vote de
l’AssemblĂ©e nationale, en 2001, exigeant d’Ankara une «
reconnaissance publique » du génocide arménien de 1915. Initialement,
l’ElysĂ©e s’Ă©tait distanciĂ© de ce texte qui avait ouvert une crise
avec Ankara. Aujourd’hui, Paris insiste pour que la Turquie effectue
son « devoir de mĂ©moire ». Ce ne peut ĂȘtre un prĂ©alable, mais cette
question, plus sensible en France qu’ailleurs, compte tenu de
l’importance de la diaspora armĂ©nienne, pĂšsera lourd lors du
référendum qui sera organisé dans notre pays.

Enfin, toujours pour rĂ©pondre aux rĂ©ticences de l’opinion, Jacques
Chirac a repris l’idĂ©e d’une « troisiĂšme voie », celle d’une
alternative possible au cas oĂč les nĂ©gociations n’aboutiraient pas.
Il n’a pas t retenu l’idĂ©e d’un « partenariat privilĂ©giĂ© », option
rejetée par le chancelier allemand Gerhardt Schröder qui ne veut pas
céder à son opposition de droite mais la France a adopté la formule
trĂšs vague d’un « lien fort » Ă  maintenir quoi qu’il arrive avec la
Turquie. TrÚs isolé sur cette question, il est douteux que le
prĂ©sident de la RĂ©publique obtienne Ă  Bruxelles que l’hypothĂšse d’un
échec des négociations soit explicitement mentionnée.

A l’ElysĂ©e, on relĂšve que le sondage publiĂ© lundi par Le Figaro
montre que, si les Français sont Ă  67 % opposĂ©s Ă  l’adhĂ©sion de la
Turquie, ils sont majoritairement favorables Ă  l’ouverture des
négociations. Jacques Chirac a rappelé que les Français auront le «
dernier mot » par voie de rĂ©fĂ©rendum. D’ici-lĂ , les pourparlers
pourront, Ă  tout moment, ĂȘtre interrompus, comme ils l’avaient Ă©tĂ©
avec la Grande-Bretagne par le général de Gaulle, dans les années 60.

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Turquie : le « oui, si » de Jacques Chirac;

Le Figaro
16 décembre 2004

CONSEIL EUROPÉEN Le prĂ©sident a rĂ©affirmĂ© sa position favorable Ă 
l’adhĂ©sion, tout en insistant sur le fait que les Français auront «
le dernier mot »

Anne FULDA

Il fallait à tout prix parler. User de pédagogie pour expliquer
pourquoi la France, malgré une opinion publique majoritairement
hostile, va se prononcer aujourd’hui, lors du Conseil europĂ©en de
Bruxelles, en faveur de l’ouverture de nĂ©gociations d’adhĂ©sion avec
la Turquie. Hier, sur TF 1, dans une interview de 19 minutes
enregistrĂ©e en fin de matinĂ©e Ă  l’ElysĂ©e, le chef de l’Etat s’est
donc efforcé de rassurer les Français, sans pour autant changer de
cap sur le fond. InterviewĂ© par Patrick Poivre d’Arvor, Jacques
Chirac a exposĂ© les raisons pour lesquelles la France et l’Europe
doivent oeuvrer pour l’intĂ©gration de ce pays qui a toujours Ă©tĂ© « Ă 
la recherche d’un choix entre l’Asie et l’Europe » et qui devrait
pour notre intĂ©rĂȘt « pencher vers l’Europe ».

AprĂšs le fameux « oui mais » de ValĂ©ry Giscard d’Estaing et, plus
récemment, le « non sauf si » exprimé par Laurent Fabius, Jacques
Chirac a plaidĂ©, lui, pour un « oui si ». « Est-ce que l’Europe et
notamment la France ont ou non intĂ©rĂȘt Ă  ce que la Turquie les
rejoigne ? Ma réponse est « oui si ». Oui, si la Turquie remplit la
totalitĂ© des conditions qui s’imposent Ă  tout candidat Ă  notre Union
», a-t-il indiqué en citant notamment les progrÚs à « consolider » en
matiĂšre de dĂ©mocratie, de droits de l’homme, de libertĂ© religieuse ou
d’Ă©galitĂ© hommes-femmes.

Estimant que la France et l’Europe avaient « intĂ©rĂȘt » Ă  voir la
Turquie intĂ©grĂ©e Ă  l’Europe, le prĂ©sident a poursuivi : « Il est
évident que, sur le plan de la sécurité, de la stabilité, de la paix,
avoir avec nous ce grand ensemble, Ă  nos portes aujourd’hui, est tout
Ă  fait positif. L’avoir rejetĂ© reprĂ©senterait certainement un risque
d’instabilitĂ©, d’insĂ©curitĂ© Ă  nos frontiĂšres (…) ».

Afin de rassurer des Français inquiets face à cette perspective
d’entrĂ©e d’Ankara, le chef de l’Etat a dĂ©clarĂ© que « nĂ©gociation,
cela ne veut pas dire adhésion. Cela veut dire que la Turquie devra
encore faire des efforts considérables, qui vont durer dix, quinze,
vingt ans ». Il a également beaucoup insisté sur le fait que les
nĂ©gociations se dĂ©roulent « d’Etat Ă  Etat » et a indiquĂ© que chaque
pays, y compris la France, a le droit de « tout arrĂȘter », de «
décider que ça ne marche pas et bloquer la totalité des négociations
».

Le président de la République a surtout rappelé à deux reprises «
que, en toute hypothĂšse (…), les Français gardent le dernier mot
dans cette affaire », puisqu’ils seront consultĂ©s par rĂ©fĂ©rendum au
terme des nĂ©gociations, Ă  l’horizon d’une quinzaine d’annĂ©es. Il a
Ă©galement affirmĂ© que la reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien « c’est
la loi » en France (depuis le vote d’un texte en janvier 2001) et,
sans en faire explicitement une condition d’adhĂ©sion, il a demandĂ© Ă 
la Turquie de faire « un travail de mémoire ».

Le chef de l’Etat a par ailleurs refusĂ© fermement l’hypothĂšse d’un «
partenariat privilégié », pourtant souhaitée par Alain Juppé, puis
Nicolas Sarkozy, au nom de l’UMP. « Demander Ă  un pays comme la
Turquie, un grand pays riche d’une longue histoire, de faire des
efforts aussi considérables pour arriver à un résultat aléatoire ou
partiel, ce n’est Ă©videmment pas raisonnable. » Il a Ă©galement rĂ©futĂ©
l’argument religieux utilisĂ© par certains pour refuser l’entrĂ©e de la
Turquie : « Nous avons tout à y perdre, à commencer par la dignité. »

Enfin, soucieux de ne pas lier la question turque Ă  la ratification
de la Constitution europĂ©enne, le prĂ©sident de la RĂ©publique n’a
donné aucune indication sur la date à laquelle aurait lieu le
référendum sur le traité de Bruxelles. Souhaitant que les Français
répondent oui au référendum sur le traité constitutionnel, Jacques
Chirac a cependant émis le désir que cette « réponse importante à une
question importante » ne soit pas « assumée dans un contexte
politique avec des prĂ©occupations qui n’ont rien Ă  voir ».

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Le message de fermeté du Parlement européen;

Le Figaro
16 décembre 2004

Le vote favorable aux nĂ©gociations s’accompagne de conditions

Pierre AVRIL

Le plĂ©biscite parlementaire en faveur du « oui » Ă  Ankara ne s’est
pas réalisé. Hier, à Strasbourg, les députés européens se sont
contentĂ©s d’adopter, Ă  une confortable majoritĂ©, une rĂ©solution
favorable Ă  une ouverture des nĂ©gociations d’adhĂ©sion avec la
Turquie, sans « report inutile ». 59 % d’entre eux ont adoptĂ© le
rapport d’un conservateur nĂ©erlandais prĂ©conisant une telle
alternative, tout en l’assortissant de conditions restrictives.

« Il s’agit d’un rĂ©sultat trĂšs clair », s’est fĂ©licitĂ© le prĂ©sident
socialiste du Parlement, Josep Borrel. « Ce n’est pas extraordinaire
», a rĂ©pliquĂ© le centriste Jean-Louis Bourlanges, opposĂ© Ă  l’adhĂ©sion
d’Ankara, « surtout lorsqu’on connaĂźt l’obsession multiculturaliste
de ce Parlement ». Ce résultat positif sera transmis demain pour
information au Conseil europĂ©en, sans qu’il ait une quelconque valeur
juridique. Il s’agit d’un simple « appui » politique apportĂ© aux
chefs d’Etat, a prĂ©cisĂ© Josep Borrel.

Du cĂŽtĂ© des socialistes Ă  l’exception des Français qui avaient dĂ©jĂ 
rejeté la Constitution , cette issue ne faisait guÚre de doute. Avec
le soutien des libĂ©raux de l’ADLE, des Verts et de l’extrĂȘme gauche,
le PSE a rejetĂ©, Ă  62 % l’hypothĂšse d’un « partenariat privilĂ©giĂ© »
avec la Turquie, soutenue par plusieurs conservateurs (PPE) et les
centristes français de l’ADLE. « Le plan B Ă©tĂ© rejetĂ© », s’est rĂ©joui
Josep Borrel. L’adoption ou non de cette voie alternative Ă 
l’adhĂ©sion reprĂ©sentait en effet le vĂ©ritable enjeu de ce scrutin.

Afin d’empĂȘcher l’expression de votes purement lĂ©gitimistes et
nationaux, 172 députés du PPE (français, allemands, autrichiens,
hongrois, polonais), emmenĂ©s par l’UMP Jacques Toubon, ont demandĂ©
l’organisation d’un vote secret. Cette initiative a aussitĂŽt provoquĂ©
la colĂšre des libĂ©raux, des Verts et des socialistes. « Dans l’esprit
des conservateurs, une dĂ©cision aussi fondamentale ne doit pas ĂȘtre
prise de maniÚre ouverte et transparente », a ironisé le président du
groupe PSE, Martin Schultz. Finalement la « manoeuvre » aura échoué.

Les 262 dĂ©putĂ©s hostiles Ă  l’ouverture de nĂ©gociations d’adhĂ©sion
(sur un total de 732), ont dĂ» se contenter d’amendements visant Ă 
exercer davantage de pression sur Ankara. L’un stipule que le feu
vert parlementaire « implique la reconnaissance de Chypre par la
Turquie », une condition rejetée par le premier ministre Erdogan. Un
autre invite le gouvernement « à prendre davantage de mesures actives
en vue d’Ă©difier une rĂ©conciliation avec les organisations kurdes qui
choisiraient d’abandonner le recours aux armes ». Le plus
significatif, dĂ©posĂ© par l’UMP Jacques Toubon, « exige des autoritĂ©s
turques la reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien ». Un geste qu’Ankara
n’est pas davantage disposĂ© Ă  accomplir.

Lors de l’examen du texte en commission parlementaire, cet
amendement, que mĂȘme Paris ne serait pas prĂȘt Ă  soutenir, avait Ă©tĂ©
rejetĂ©. Le fait qu’il ait Ă©tĂ© soutenu hier Ă  une trĂšs courte majoritĂ©
montre que les eurodĂ©putĂ©s ont choisi, au dernier moment, d’adresser
un message de fermeté à Ankara.

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Entretien – Europe; Levent Yilmaz: Un Turc Ă©clairĂ©
par Claude Arnaud

Le Point
16 décembre 2004

Ce jeune intellectuel turc vient de publier «Le temps moderne»
(Gallimard). Un essai revigorant qui fĂȘte la victoire des LumiĂšres
sur l’obscurantisme. L’occasion de revisiter avec lui quelques
siĂšcles d’Histoire et de rĂ©ajuster notre vision – parfois sommaire –
de la Turquie Ă  l’heure oĂč le dĂ©bat fait rage au sujet de son
Ă©ventuelle entrĂ©e dans l’Union europĂ©enne.

C’est peut-ĂȘtre un des handicaps secrets de la Turquie, au moment oĂč
se joue son droit d’entrĂ©e dans l’Europe: elle est pour nous sans
visage, sinon celui de son Premier ministre Erdogan, issu de la
mouvance islamiste. Le Turc, dans l’inconscient collectif, reste une
tĂȘte inquiĂ©tante rayĂ©e par une moustache massive, une figure rustique
Ă  l’agressivitĂ© sĂ©culaire – aux antipodes du peuple en plein essor
qui frappe pacifiquement Ă  la porte de l’Europe, assure Levent
Yilmaz. Lui reflĂšte assez bien le dynamisme de la nouvelle Turquie:
simple, chaleureux, accessible, il tĂ©moigne, Ă  35 ans, d’un activisme
intercontinental et d’une ouverture d’esprit enviables. La
publication d’un recueil de poĂšmes Ă  22 ans, puis la traduction en
turc de poĂštes aussi exigeants qu’Yves Bonnefoy, Philippe Jaccottet
ou Louis-RenĂ© des ForĂȘts ne l’ont pas empĂȘchĂ© de proposer aux
Ă©ditions Yapi Kredi les aventures de Harry Potter, qui partirent Ă 
750 000 exemplaires. Il peut publier Ă  Ankara les trois volumes de
«Capitalisme, économie et société», de Fernand Braudel, mais aussi
préfacer la traduction du «Gilles et Jeanne» de Michel Tournier, ou
superviser la traduction anglaise d’un choix de ses poĂšmes, «Saturn»
(Ă  paraĂźtre chez The Sheep Meadow Press, New York). Aujourd’hui,
c’est un ouvrage exhaustif qu’il signe sur la victoire de la
modernité en Europe, à partir de cette querelle des Anciens et des
Modernes qui a tant contribué à notre destin, en nous faisant
valoriser l’avenir, et plus seulement le passĂ©.

Il Ă©tait tentant de demander Ă  cet intellectuel vivant entre la
France, l’Italie et la Turquie d’appliquer Ă  son pays le traitement –
fouillĂ©, intelligent et panoptique – qu’il vient de rĂ©server au
nĂŽtre.

Le Point: La Turquie est-elle prĂȘte Ă  entrer dans l’Europe ?

Levent Yilmaz: Oui. La croissance due aux premiers accords douaniers
avec l’Union, le dĂ©mantĂšlement juridique de l’hĂ©ritage du
totalitarisme kémaliste, les réformes en faveur des femmes des Codes
civil et pĂ©nal, l’abolition de la peine de mort, enfin
l’aggiornamento de Recep Tayyip Erdogan qui n’a laissĂ©, en quittant
le parti de son parrain islamiste, Erbakan, que 3 % des voix Ă  ce
dernier, ont engendré en Turquie une étonnante dynamique
dĂ©mocratique: et, Ă  rebours de ce qui s’est passĂ© au Portugal, en
GrĂšce ou rĂ©cemment en Pologne, l’Ă©crasante majoritĂ© de la population
y souhaite l’Europe. Consciente de pouvoir apporter sa force de
travail, sa jeunesse et son armĂ©e aux Vingt-Cinq, elle attend d’eux
en retour développement, libéralisation et prospérité. Le vieux
projet de paix perpétuelle issu des LumiÚres, paradoxalement,
pourrait bien trouver lĂ -bas ses rĂȘveurs les plus actifs.

Votre essai le montre: l’idĂ©e de modernitĂ© s’est imposĂ©e ici quand
Ă©crivains et savants cessĂšrent, sous Louis XIV, de tenir la
littérature antique, la Bible révélée et le systÚme astronomique de
Ptolémée pour des oeuvres indépassables. Quand a-t-elle émergé en
Turquie ?

DĂšs 1830. Devant la montĂ©e en puissance de l’Europe, l’Empire ottoman
cherche alors à importer les recettes de la révolution industrielle,
qui aboutiront Ă  la construction du chemin de fer Berlin-Bagdad.
Avide de technologies susceptibles de l’aider Ă  «tenir» un Empire
comportant encore une bonne part de l’Europe orientale, l’armĂ©e est
dĂ©jĂ  au centre de ce processus d’adaptation, certes plus contraint
que spontané, mais qui va marquer les élites. DÚs 1850, en effet, le
mouvement s’Ă©tend Ă  l’intelligentsia, qui traduit Voltaire et
Montesquieu, puis diffuse les LumiÚres et les idées de la Révolution.
Jusque-là influencée par la poésie persane, la littérature se donne
pour modĂšle le grand roman europĂ©en ; le monde arabe n’avait jamais
Ă©tĂ©, pour les Ottomans, qu’une rĂ©gion parmi d’autres, plutĂŽt facile Ă 
contrÎler: en prenant aprÚs 1918 son indépendance, il sortit des
préoccupations de la jeune république.

AtatĂŒrk accentua ce tournant, j’imagine ?

Bien sûr. En imposant le dimanche comme jour férié, puis en donnant
en 1934 aux femmes le droit de voter et d’ĂȘtre Ă©ligibles, il
contribua Ă  la modernisation. Mais il abolit aussi l’alphabet arabe
pour le remplacer par le latin, tout en «épurant» le turc de ses mots
persans, arabes et grecs, en sorte qu’un roman imprimĂ© Ă  la fin du
XIXe siĂšcle devint Ă  double titre illisible aux nouvelles
gĂ©nĂ©rations. La vieille culture d’origine persane qui rattachait Ă 
l’ensemble moyen-oriental les peuples de la Sublime Porte laissa
entiĂšrement la place, en moins d’un demi-siĂšcle, Ă  une culture
d’inspiration europĂ©enne. La littĂ©rature passĂ©e continua d’ĂȘtre lue –
quand elle avait été «traduite» dans la langue nouvelle -, mais sans
provoquer de nostalgie. La Turquie cessa dĂšs lors de se situer
culturellement en Orient.

La laĂŻcitĂ© radicale imposĂ©e par AtatĂŒrk ne rencontra pas que des
opposants, j’imagine ?

Non. La prĂ©sence d’orthodoxes et de juifs sur le territoire turc,
comme l’extraordinaire diversitĂ© ethnique de la population, avait
dĂ©jĂ  suscitĂ© cette sorte de relativisme qui s’exprime ouvertement
aujourd’hui: le mouvement nationaliste des Jeunes-Turcs comportait
d’ailleurs de nombreux juifs. Chaque Turc trouvant un chrĂ©tien, un
Bulgare ou un ArmĂ©nien dans son arbre gĂ©nĂ©alogique, c’est aujourd’hui
un pays laĂŻque, quoique originairement musulman, qui veut rejoindre
l’Europe – comme la France est un pays laĂŻque, quoique
incontestablement chrĂ©tien d’extraction ; les islamistes radicaux,
les kémalistes intégristes et les militaires soucieux de préserver
leur pouvoir sont moins nombreux, proportionnellement, que l’addition
des nostalgiques et des radicaux qui rejettent ici l’Europe. Istanbul
connaĂźt certes des femmes voilĂ©es Ă  l’iranienne, et l’Anatolie ses
Ă©pouses battues, mais l’ex-Constantinople a aussi son festival du
film gay et lesbien. Tout comme Ă  Paris, on trouve de tout dans
l’ancienne capitale des empereurs romains d’Orient: l’idole de la
chanson turque, Zeki Muren, Ă©tait un homme vivant et chantant en
femme, au su de tous.

La Turquie se serait encore plus nettement défaite de son passé que
nous ?

Sans doute. Beaucoup de Français gardent des nostalgies
souverainistes ; aucun Turc, Ă  l’inverse, n’est tentĂ© de regretter
l’Etat totalitaire ou les groupes armĂ©s qui le combattirent: les
nouvelles gĂ©nĂ©rations – 70 % de la population a moins de 35 ans –
sont si profondĂ©ment impliquĂ©es dans le prĂ©sent qu’elles ont dĂ©jĂ 
oubliĂ© ce qu’elles vivaient voilĂ  encore cinq ans. Et beaucoup
ignorent tout des crimes impunis du passé.

Précisément: un article du Code prévoit toujours de lourdes sanctions
contre quiconque évoque le génocide arménien de 1915-1916.

Non, ce n’est pas vrai ; le Code ne cite pas spĂ©cifiquement cet
Ă©vĂ©nement, ni aucun autre d’ailleurs ; il parle de blasphĂšme contre
l’intĂ©gritĂ© et l’unitĂ© de la RĂ©publique – et un juge peut interprĂ©ter
de moult maniĂšres cet article.

Il y a tout de mĂȘme eu un nĂ©gationnisme Ă  ce propos ?

Il n’y a mĂȘme eu que cela pendant longtemps ; mais, pour vous dire
franchement, des historiens ont utilisé le terme génocide, dans des
articles de presse – c’est mon cas – ou dans des travaux
scientifiques – je pense notamment Ă  Taner Akçam -, et ils n’ont pas
été condamnés. On vient de publier ainsi un livre du grand
spĂ©cialiste armĂ©nien Vahakn Dadrian, qui n’a Ă©tĂ© ni interdit ni mĂȘme
censuré. Mais on peut dire effectivement que le génocide arménien
constitue le dernier grand tabou national, et il doit ĂȘtre
publiquement débattu en Turquie, ce qui commence à se faire. Recep
Tayyip Erdogan et bien d’autres ont fait savoir que c’Ă©tait un sujet
à résoudre par les historiens. Or le problÚme vient essentiellement
du fait que le terme juridique a été inventé en 1948 pour le génocide
des juifs. Le grand débat est là: peut-on comparer ces événements, ou
non ?

On a certes vĂ©nĂ©rĂ© en Anatolie Jupiter, puis Diane, pendant plus d’un
millénaire, le Christ pendant onze siÚcles, mais Allah est bien
depuis six cents ans la référence unique ?

Oui, mais il y a plusieurs façons de lui rendre grĂące. Les alevis –
prĂšs de 30 % de la population – pratiquent un islam doux, oĂč le Coran
n’a pas le mĂȘme statut que chez les sunnites et oĂč les femmes sont
des égales. Grùce aux hussards de la République kémaliste, en outre,
la grande majorité du pays est alphabétisée et peut lire une presse
inspirĂ©e, depuis peu, de l’Angleterre – les tirages des romanciers
turcs feraient d’ailleurs pĂąlir les Ă©crivains français. Enfin je
rappelle que la Turquie n’est pas un pays arabe (et il n’y aurait
aucun mal si elle l’Ă©tait), et que Byzance a Ă©tĂ© pendant dix siĂšcles
le coeur de l’Europe: on y a parlĂ© grec jusqu’Ă  sa conquĂȘte par
Mehmet II en 1453, français dans toutes les bonnes maisons, et on se
fait Ă  peu prĂšs partout comprendre avec l’anglais aujourd’hui en
Turquie. 70 % des Turcs vivaient de l’agriculture il y a encore
trente ans, ils ne sont plus qu’un tiers. Le rĂ©veil dĂ©mocratique est
si profond que je prends le pari qu’il se poursuivrait quand bien
mĂȘme l’Europe nous fermerait ses portes.

Les résistances sont nombreuses ici, moins économiques que
culturelles, pour une fois: chacun s’accorde Ă  voir dans le marchĂ©
turc un eldorado. Que pensez-vous de l’opinion de Peter Sloterdijk,
le philosophe allemand, pour qui la Turquie n’a pas reniĂ© ses rĂȘves
impérialistes ?

Certes, le turc est parlé des confins bulgares aux républiques
musulmanes chinoises, en passant par le Turkestan ou le Kirghizistan,
mais le rĂȘve d’une pan-Turquie, caressĂ© par certains lors de
l’Ă©croulement de l’URSS, a fait long feu. Et le conflit irakien,
depuis, n’a fait qu’encourager un peu plus les Turcs Ă  tourner le dos
Ă  l’Orient pour regarder vers Berlin et Paris, comme ils le faisaient
Ă  la fin du XIXe siĂšcle, quand Guillaume II et Abdulhamid
s’alliĂšrent. Donc, Ă  M. Sloterdijk de chercher d’autres arguments?

Pourquoi, en fin de compte, la modernité a-t-elle éclos ici et non
lĂ -bas ?

Ah, j’ai rĂ©digĂ© tout un livre pour rĂ©pondre Ă  cette question! Il n’y
a pas de rĂ©ponse simple: la modernitĂ© n’Ă©tait nullement prĂ©visible en
Occident. Pour faire vite, on pourrait dire que la fusion de
l’hĂ©ritage grĂ©co-latin et de l’apport judĂ©o-chrĂ©tien a permis, quand
le premier fut redécouvert au XIII-XIVe siÚcle, de relativiser les
systĂšmes de rĂ©fĂ©rence rigides. Le rĂȘve de la Renaissance Ă©tait de
retrouver dans le futur une nouvelle gloire, celle d’une Rome habitĂ©e
par les chrétiens, unis au Ciel par la grùce intérieure. On entrevoit
là, bien que de façon assez floue, une possibilité pour une future
libertĂ© moderne opposĂ©e Ă  celle des Anciens. NĂ©e d’une greffe
musulmane sur un fond byzantin, la Turquie héritait, elle, de
traditions plus absolutistes: le Christ Pantokrator qui rĂšgne sur le
monde orthodoxe est Ă  peine moins omniscient qu’Allah, dont le
ProphÚte ne sut pas tempérer les pouvoirs en demandant de rendre à
CĂ©sar ce qui est Ă  CĂ©sar, comme le font les chrĂ©tiens d’Occident. En
Occident, dĂšs le XIVe siĂšcle, il se passe quelque chose comme un
revirement temporel. PĂ©trarque, qui ouvre les temps modernes dans son
«Secretum», ose consciemment prononcer ces mots: «Je ne cherche pas à
devenir Dieu pour jouir de l’Ă©ternitĂ© et embrasser le ciel et la
terre. La gloire humaine me suffit tout Ă  fait. C’est elle que je
cherche. Etant mortel, je ne désire que des choses mortelles

Levent Yilmaz, «Le temps moderne. Variations sur les Anciens et les
contemporains», Gallimard, 277 pages, 19,50 e.

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La bataille de Turquie
par Alain Franco, Olivier Weber, Marc Nexon

Le Point
16 décembre 2004

L’ouverture de nĂ©gociations pour l’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’Union
européenne donne lieu à une empoignade historique. Questions sur un
enjeu crucia

Le trouble est réel. Le sommet européen du vendredi 17 décembre à
Bruxelles devrait, sauf Ă©norme surprise, approuver l’ouverture de
nĂ©gociations sur l’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’Union europĂ©enne. Une
décision soutenue par Jacques Chirac et prise de concert avec ses
vingt-quatre homologues. Mais ce choix, Jacques Chirac l’assume, en
France, seul contre tous. Contre sa majorité, largement hostile à
l’initiative. Contre une partie de la gauche. Et contre les Français,
opposĂ©s Ă  67 % Ă  l’entrĂ©e de la Turquie dans l’Europe, selon le tout
dernier sondage Ifop/Le Figaro.

«C’est une conviction personnelle. Il y a toujours Ă©tĂ© favorable»,
justifie-t-on dans l’entourage du chef de l’Etat. Une conviction
fondée sur la nécessité de préserver un pays de 70 millions
d’habitants de l’islam radical. Pourquoi pas? Mais les parlementaires
français, eux, s’Ă©tranglent. Et redoutent qu’un tel feu vert ne
dĂ©bouche sur une adhĂ©sion automatique Ă  l’horizon 2015. «Faux»,
rĂ©pond-on Ă  l’ElysĂ©e. Le peuple aura le dernier mot Ă  la faveur d’un
rĂ©fĂ©rendum. A l’image de celui organisĂ© en 1972 par Georges Pompidou
au sujet de l’entrĂ©e de la Grande-Bretagne. Sauf qu’un non Ă  la
Turquie aprÚs dix ans de négociations ouvrirait une crise majeure
avec ce pays.

L’Union europĂ©enne, aussi, cache mal son embarras. Face aux opinions
réticentes, elle donne des gages. Elle promet de veiller à la stricte
application des réformes votées par la Turquie. Elle entend également
contraindre Ankara Ă  reconnaĂźtre l’existence de Chypre, fraĂźchement
arrivĂ©e dans l’Union. «Il serait inconcevable qu’un postulant ne
reconnaisse pas l’un des vingt-cinq Etats membres !» s’emporte un
diplomate français. Chypre, dont un tiers du territoire est occupé
depuis 1974 par les troupes turques, réclame une «normalisation» de
ses relations avec son voisin au plus vite. Sous la pression, la
Turquie s’apprĂȘterait Ă  faire un geste. De leur cĂŽtĂ©, les Grecs ne
semblent pas vouloir faire de Chypre un casus belli.

La Turquie a-t-elle vocation Ă  intĂ©grer l’Union europĂ©enne ?

C’est la question qui divise. Car la gĂ©ographie n’apporte aucune
rĂ©ponse tranchĂ©e. Autant l’Europe discerne assez bien ses frontiĂšres
au sud (d’oĂč le rejet de la candidature du Maroc en 1987), autant
celles-ci lui apparaissent brouillĂ©es Ă  l’est. Les opposants Ă 
l’adhĂ©sion font du dĂ©troit du Bosphore la frontiĂšre naturelle du
continent europĂ©en. A leurs yeux, l’immense majoritĂ© du territoire
turc appartient Ă  l’Asie. IntĂ©grer la Turquie obligerait, en outre, Ă 
accueillir un jour, disent-ils, la GĂ©orgie, l’Ukraine ou la
Biélorussie. Mais aussi à se découvrir des voisins turbulents comme
l’Irak, l’Iran ou la Syrie.

Les partisans de l’adhĂ©sion refusent la dĂ©marcation du Bosphore. Et
pointent une contradiction. Chypre, nouvel Etat membre de l’Union, se
situe bien plus Ă  l’est qu’Istanbul.En revanche, les liens
historiques plaident davantage pour l’intĂ©gration. Car les premiers
pas de danse entre la Turquie et l’Europe sont anciens. Ils remontent
Ă  la signature d’un accord d’association en 1963, date Ă  laquelle de
Gaulle avait évoqué «la vocation européenne de la Turquie». Depuis,
les gestes de rapprochement n’ont jamais cessĂ©. 1987: acte de
candidature turque Ă  l’Europe. 1995: accord d’union douaniĂšre. 1999:
le pas dĂ©cisif. Le conseil europĂ©en d’Helsinki voit dans la Turquie
un «Etat candidat qui a vocation Ă  rejoindre l’Union».

L’islam est-il un frein Ă  la candidature de la Turquie ?

Jusqu’Ă  prĂ©sent, tous les pays de l’Union europĂ©enne sont de culture
chrĂ©tienne. L’adhĂ©sion de la Turquie changerait cette rĂ©alitĂ©. Les
dirigeants turcs mettent en avant le principe de laïcité imposé au
pays par Kemal AtatĂŒrk Ă  la fin de la PremiĂšre Guerre mondiale. Une
réalité inscrite dans la Constitution. Et farouchement défendue par
l’armĂ©e, auteur de trois coups d’Etat militaires depuis 1960. Une
laĂŻcitĂ© poussĂ©e trĂšs loin (interdiction du foulard Ă  l’universitĂ©,
absence d’Ă©ducation religieuse obligatoire). Avec, Ă  la clĂ©, des
acquis historiques: droit au divorce depuis 1923, droit de vote des
femmes depuis 1934 et droit Ă  l’avortement depuis 1987. «Le parti au
pouvoir a beau ĂȘtre religieux, nos institutions sont inchangĂ©es»,
assure Mustafa Ozyurt, député du CHP (Parti républicain du peuple,
opposition).

InchangĂ©es? Pas sĂ»r. L’arrivĂ©e des islamistes au pouvoir consacre le
lent retour du fait religieux. TĂ©moin, le projet du gouvernement
d’autoriser dĂ©sormais le port du voile Ă  la facultĂ©. L’apparition de
la femme du Premier ministre turc, elle-mĂȘme voilĂ©e, lors d’un voyage
officiel à AthÚnes, en mai, a frappé les esprits.De fait, la
sĂ©paration de la religion et de l’Etat n’existe pas en Turquie. Les
pouvoirs publics s’impliquent fortement dans l’organisation du culte
musulman (gestion de 75 000 mosquĂ©es, rĂ©daction des prĂȘches?). Au
point de nier les droits des autres communautés religieuses. A
l’automne 2003, la Commission relevait un fait dĂ©plorable:
«L’importation de manuels religieux non approuvĂ©s est interdite et il
y a eu des cas de livres confisquĂ©s en douane.»Surtout, si l’Etat
turc est officiellement laïque, la société, elle, demeure fortement
islamisée et traversée de courants fondamentalistes.

La non-reconnaissance du génocide arménien par la Turquie est-elle un
obstacle à son adhésion ?

C’est un vieux contentieux. Et la France prend le risque de le
raviver. En demandant aux Turcs de reconnaßtre le génocide arménien,
le gouvernement français veut accentuer la pression sur Ankara. Il y
a quatre ans, le vote par l’AssemblĂ©e nationale de la reconnaissance
des massacres de 1915 (250 000 Ă  500 000 morts selon les Turcs ; 1,5
million selon les Arméniens) avait déclenché les foudres du
gouvernement turc. «Inacceptable», avait-il rétorqué.

Le scĂ©nario a cependant peu de chances de se reproduire. D’abord
parce que Michel Barnier, le ministre des Affaires Ă©trangĂšres, a
prĂ©cisĂ© qu’il ne s’agissait pas d’une condition Ă  l’ouverture des
nĂ©gociations. Ensuite parce que l’Union europĂ©enne ne l’a jamais
évoqué dans ses critÚres de Copenhague. Paris adresse surtout un
message à sa classe politique, remontée contre la perspective de
l’adhĂ©sion. Et promet de revenir sur le sujet au cours des dix
prochaines années. La Turquie a le temps de voir venir?

La Turquie a-t-elle réalisé les réformes nécessaires ?

En partie. «La Turquie a accompli des progrÚs substantiels», admet la
Commission europĂ©enne, favorable Ă  l’ouverture de nĂ©gociations sur
l’adhĂ©sion. Depuis trois ans, il est vrai, Ankara lĂ©gifĂšre Ă  tour de
bras. Et pas sur des sujets mineurs. Suppression des cours de sûreté
de l’Etat, abolition de la peine de mort, affirmation de la libertĂ©
d’expression, primautĂ© du droit international sur les lois nationales
en matiĂšre de droits de l’homme, reconnaissance des droits culturels
des Kurdes, et notamment de l’usage de leur langue? Autant de signaux
positifs auxquels s’ajoutent d’autres projets de loi, en particulier
sur la décentralisation. Preuve, selon Bruxelles, que la Turquie
satisfait aux critĂšres politiques de l’adhĂ©sion dĂ©finis en juin 1993
Ă  Copenhague.

Que lui reste-t-il Ă  faire ?

Beaucoup de choses. Trop! plaident les adversaires de l’intĂ©gration
turque. Les manquements? Une application insuffisante de la
lĂ©gislation sur le terrain. MĂȘme Bruxelles pointe les failles. Les
lois sur les associations, sur l’exĂ©cution des peines et la police
judiciaire tardent ainsi Ă  entrer en vigueur. Tout comme le nouveau
Code pénal.

Mais il y a plus délicat. En dépit des garde-fous législatifs,
l’usage de la torture persiste. Dans le rapport de la dĂ©lĂ©gation pour
l’Union europĂ©enne publiĂ© Ă  l’issue de la visite en Turquie, il y a
deux mois, d’un groupe de parlementaires français, les organisations
non gouvernementales s’alarment. «L’application de la lĂ©gislation est
une véritable catastrophe» et la torture dans les commissariats
possÚde un «caractÚre systématique et répandu», y lit-on. Les
plaintes des victimes en témoignent. Et ne refluent pas,
contrairement aux affirmations du gouvernement. Au nombre de 925 en
2003, elles s’Ă©lĂšvent Ă  597 au cours des huit premiers mois de cette
année. Quant aux condamnations des policiers tortionnaires, elles
relĂšvent de l’exception. Sur 41 procĂšs suivis, un seul a donnĂ© lieu Ă 
une peine d’emprisonnement.Autre question sensible: la condition des
femmes. «Un problÚme majeur», souligne la Commission. «Plus de la
moitié de la population féminine subit des formes de violence
physique et psychologique», explique-t-elle dans un rapport publié
l’an passĂ©. Certes, des amĂ©liorations existent. Comme l’illustre la
rĂ©duction du nombre de «crimes d’honneur». Mais le gouvernement turc
peine à rompre avec ses vieux démons. En septembre, son projet de
punir l’adultĂšre d’une peine de prison a dĂ©clenchĂ© un tollĂ©. Car la
mesure, outre son caractĂšre archaĂŻque, pĂ©nalisait d’abord les femmes,
lesquelles n’auraient jamais Ă©tĂ© autorisĂ©es par le clan familial Ă 
dénoncer la faute de leur mari. Bruxelles a dû exercer une pression
Ă©norme pour contraindre Ankara Ă  abandonner son projet.

L’Ă©conomie turque est-elle soluble dans l’Union ?

Oui et non. Oui parce qu’elle engrange des rĂ©sultats spectaculaires.
L’inflation, mal endĂ©mique depuis un quart de siĂšcle, plonge de façon
vertigineuse (9% prévus en 2004, contre 90 % en 1995 !). La
croissance (10 %) surclasse celle des meilleurs de la classe
europĂ©enne. La Turquie s’offre mĂȘme le luxe d’un excĂ©dent budgĂ©taire.
Sa main-d’oeuvre jeune et bien formĂ©e (50 % de la population a moins
de 25 ans) affiche, certes, un coût supérieur à celle de la Bulgarie
ou de la Roumanie. Mais les 44,74 heures de travail hebdomadaires et
les 12 jours de congé annuels en vigueur dans le pays le placent à un
niveau trÚs compétitif.

Reste la face honteuse: la moitié du PIB du pays repose sur
l’Ă©conomie parallĂšle. Mafieuse ou non. Un niveau exceptionnellement
Ă©levĂ©. Et jamais atteint au sein de l’Union. Y compris parmi les dix
nouveaux pays de l’Est, dont le marchĂ© «informel» avoisine 20 %.
Difficile de transférer des fonds communautaires dans ces conditions
!DeuxiĂšme faiblesse: le secteur agricole. Il occupe un tiers de la
population active. Et souffre d’une productivitĂ© dĂ©risoire (4 Ă  5
hectares de superficie moyenne). L’ouverture des frontiĂšres promet
donc de bouleverser les campagnes et de déclencher un gigantesque
exode rural. D’abord vers les grandes mĂ©tropoles du pays, puis vers
l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas et la France, destinations
privilĂ©giĂ©es de l’Ă©migration turque.Les plus optimistes objecteront
que la Pologne, plombée par une agriculture aussi arriérée, a
nĂ©anmoins satisfait au test de l’intĂ©gration. C’est vrai. A une
nuance prÚs: la Pologne est deux fois moins peuplée.DerniÚre menace:
les disparités régionales. Elles sont considérables. Et sans doute
irrĂ©mĂ©diables entre Istanbul – une ville de 14 millions d’habitants,
véritable puissance économique, parvenue à égaler la richesse moyenne
de l’Union – et les villages reculĂ©s de l’Anatolie, parfois dotĂ©s
d’un niveau de vie quarante fois infĂ©rieur !Pour ne rien arranger,
les entreprises Ă©trangĂšres boudent le pays. Elles renĂąclent Ă 
investir dans les deux activités phares du pays, le textile et
l’automobile. «La situation se retournera si l’Union se dĂ©clare
ouverte à des négociations», promet Omer Sabanci, le patron de
l’association industrielle turque.

Quelles seraient les consĂ©quences d’une adhĂ©sion de la Turquie sur le
fonctionnement des institutions européennes ?

La Turquie disposerait d’un poids considĂ©rable en raison de sa
population. Forte de 71 millions d’habitants, elle figure dĂ©jĂ  au 2e
rang des pays les plus peuplĂ©s derriĂšre l’Allemagne (82 millions).
Mieux: elle dĂ©passerait l’Allemagne d’ici dix Ă  quinze ans (voir
tableau), date de son éventuelle adhésion. Or les traités européens
privilégient le critÚre démographique dans la répartition des
pouvoirs. Autrement dit, dans une Europe Ă  vingt-huit ou vingt-neuf
membres (avec la Roumanie, la Bulgarie et la Croatie en phase
d’intĂ©gration), la Turquie aurait la capacitĂ© d’assurer une minoritĂ©
de blocage et de s’opposer ainsi aux dĂ©cisions du Conseil. Pas toute
seule, nĂ©anmoins. Il lui faudrait s’allier Ă  deux autres grands pays
ou quatre autres petits pour atteindre le seuil requis. Il n’empĂȘche.
Son influence politique apparaĂźtrait dĂ©mesurĂ©e. C’est notamment la
thĂšse dĂ©fendue par ValĂ©ry Giscard d’Estaing, le principal artisan de
la Constitution européenne.

Autre impact: le Parlement europĂ©en. Une fois dans l’Union, la
Turquie pourrait dĂ©pĂȘcher Ă  Strasbourg une centaine de dĂ©putĂ©s (78
pour la France). Soit l’une des plus imposantes formations
nationales. Un solide atout compte tenu du rĂŽle croissant de
l’AssemblĂ©e europĂ©enne.

Quelles seraient les consĂ©quences financiĂšres pour l’Union ?

La somme fait peur. Selon la Commission europĂ©enne, l’adhĂ©sion de la
Turquie devrait coĂ»ter 28 milliards d’euros par an en 2025, soit le
tiers du budget actuel de l’Union. «Il est clair que cette incidence
budgétaire serait substantielle sur la base des politiques
actuelles», juge Bruxelles dans sa recommandation publiée en octobre.
Une façon de placer les grands pays devant leurs contradictions. Et
de leur dire que le moment est mal choisi de vouloir réduire les
prĂ©lĂšvements communautaires! S’il faut Ă  la fois financer
l’Ă©largissement aux dix Etats membres et assurer le redressement de
l’Ă©conomie turque (de 6 Ă  9 milliards d’euros consacrĂ©s aux aides
agricoles en 2015), Jacques Chirac et Gerhard Schröder auront du mal
à justifier le plafonnement du budget européen à 1 % du PNB de
l’Union.

Une consolation: la Turquie consentirait, elle aussi, un gros effort.
Sa contribution au budget europĂ©en s’Ă©lĂšverait ainsi Ă  8 milliards
d’euros Ă  l’horizon 2025. A condition toutefois de voir son Ă©conomie
décoller? Ce dont les experts ne doutent pas. «Au cours des dix
prochaines années, son PIB par habitant va doubler grùce à une
croissance soutenue», prĂ©dit William Thomson, de l’institut Global
Insight.

Bruxelles estime finalement que le choc financier est absorbable. Il
suffira de conclure quelques «arrangements spéciaux» avec la Turquie.
On aimerait savoir lesquels?

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Questions Ă  Pierre Alduy;

Le Point
16 décembre 2004

Harkis: «Comment demander à la Turquie de reconnaßtre le génocide
armĂ©nien si nous ne sommes pas capables nous-mĂȘmes de reconnaĂźtre nos
fautes ?»

par Jean-Michel DĂ©cugis

Le sénateur des Pyrénées-Orientales et maire de Perpignan, Pierre
Alduy, devait dĂ©poser, le 16 dĂ©cembre, Ă  l’occasion du projet de loi
sur les harkis et les rapatriés, un amendement qui vise à reconnaßtre
la responsabilitĂ© de l’Etat français dans le massacre, l’enlĂšvement
et la disparition des harkis et rapatriés.

Pourquoi cet amendement ?

J’ai participĂ© au dernier voyage du prĂ©sident Jacques Chirac en
AlgĂ©rie. Et j’ai compris que pour qu’il y ait une vraie
réconciliation entre Algériens et Français il faut que les deux Etats
reconnaissent chacun leur part de responsabilité.

Il a fallu quarante ans pour que l’on admette que le 19 mars n’Ă©tait
pas la fin de la guerre d’AlgĂ©rie et que l’on choisisse le 5 dĂ©cembre
comme date de commémoration. Il ne doit demeurer aucune ambiguïté sur
cette période noire de notre histoire. Comment demander à la Turquie
de reconnaĂźtre le gĂ©nocide armĂ©nien sans ĂȘtre capables nous-mĂȘmes de
reconnaĂźtre nos fautes? Le couple franco-algĂ©rien doit ĂȘtre le moteur
de l’EuromĂ©diterranĂ©e. Cette EuromĂ©diterranĂ©e reprĂ©sente une chance
de construction de paix durable entre le monde judéo-chrétien et le
monde arabo-musulman mis Ă  mal par les situations en Irak, Palestine
et Israël?

N’est-ce pas un dĂ©saveu pour le gĂ©nĂ©ral de Gaulle ?

La responsabilitĂ© est collective. Le sujet n’est pas le gĂ©nĂ©ral de
Gaulle, mais comment construit-on une nation? La France peut-elle
avoir encore une parole forte dans le monde si elle fuit ses
responsabilités ?

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La Turquie vient d’officialiser sa politique nĂ©gationniste sur le gĂ©nocide armĂ©nien;

Le Temps
16 décembre 2004

Alexis Krikorian, directeur du secteur «libertĂ© de publier» Ă  l’Union
internationale des éditeurs, basée à GenÚve, demande que, sans
retarder le dĂ©but des nĂ©gociations d’adhĂ©sion, l’Union europĂ©enne
fixe Ă  la Turquie de nouvelles conditions, dont principalement la
reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien de 1915. Il s’exprime ici Ă  titre
pesonnel.

La reconnaissance du génocide arménien est enfin au coeur des
arguments des partisans et des opposants Ă  l’adhĂ©sion de la Turquie Ă 
l’Union europĂ©enne. Les eurodĂ©putĂ©s ont adoptĂ© hier un amendement par
332 voix contre 325 appelant «la Commission européenne et le Conseil
à exiger des autorités turques la reconnaissance formelle de la
réalité historique du génocide des Arméniens en 1915», sans en faire
cependant un préalable aux négociations.

La reconnaissance du génocide arménien pÚse en réalité trÚs peu
auprĂšs de la majoritĂ© des partisans de l’adhĂ©sion de la Turquie Ă 
l’Europe, qu’ils soient eurosceptiques ou guidĂ©s par les seuls motifs
économiques ou géopolitiques. Inversement, certains opposants à
l’adhĂ©sion de la Turquie instrumentalisent la reconnaissance du
génocide arménien. Les anti-musulmans se rangent sans doute dans
cette catégorie.

Il n’empĂȘche, dans les deux camps, certains, je les espĂšre nombreux,
abordent la reconnaissance du génocide arménien sans arriÚre-pensée.

Je suis plutĂŽt favorable Ă  l’entrĂ©e de la Turquie dans l’Europe, mais
ceux qui pensent que la perspective de l’adhĂ©sion incitera les Turcs
à assumer leur histoire, notamment le génocide des Arméniens de 1915,
se trompent. En effet, c’est au moment mĂȘme oĂč les nĂ©gociations
d’adhĂ©sion vont dĂ©buter que la Turquie officialise – dans l’article
306 du nouveau Code pénal adopté le 27 septembre dernier et dont
l’entrĂ©e en vigueur est prĂ©vue pour avril prochain – sa politique
nĂ©gationniste Ă  l’Ă©gard du gĂ©nocide armĂ©nien. Cet article punit de 3
Ă  10 ans de prison, ainsi qu’Ă  de lourdes amendes, celles et ceux qui
mettraient Ă  mal l’intĂ©rĂȘt national turc. Or seuls deux exemples de
mise Ă  mal dudit intĂ©rĂȘt national sont citĂ©s dans l’article 306 du
nouveau Code pĂ©nal: appeler de ses voeux l’Ă©vacuation de Chypre nord
par les troupes turques, ou dire que les ArmĂ©niens de l’Empire
ottoman ont connu un génocide pendant la PremiÚre Guerre mondiale.

La publication du présent article dans un quotidien turc ne serait
donc pas possible, sauf pour l’auteur et l’Ă©diteur Ă  courir le risque
d’une lourde amende et de l’emprisonnement.

L’article 306 du nouveau Code pĂ©nal est le dernier avatar du
nĂ©gationnisme d’Etat en Turquie, en germe dĂšs 1915 lorsque les
tĂ©lĂ©grammes d’Istanbul commandant l’extermination des ArmĂ©niens des
Vilayets orientaux furent immédiatement suivis par des télégrammes
ordonnant la destruction des premiers télégrammes.

Avec ce nouvel article, on assiste Ă  la sacralisation – dĂ©finitive? –
d’un des grands tabous de la Turquie kĂ©maliste qui empĂȘche une
expression pleine, libre et entiĂšre en Turquie. Il y en a bien
d’autres. L’intellectuel stambouliote Ragip Duran en liste 4: la
question kurde, le rĂŽle des militaires, la position des femmes et le
kĂ©malisme (par exemple, la loi n° 5816 interdit d’insulter la mĂ©moire
d’AtatĂŒrk). Parfois, il en ajoute un autre: la charia.

L’article 306 du nouveau Code pĂ©nal vise notamment Ă  tuer dans l’oeuf
le débat naissant en Turquie sur le génocide arménien. Ce débat a été
lancé en Turquie par des éditeurs courageux, en particulier les
Editions Belge, il y a maintenant quelques années. Belge est la
maison d’Ă©dition des Ă©poux Zarakolu. Elle a Ă©tĂ© fondĂ©e Ă  Istanbul en
1977. Les époux Zarakolu ont lutté tant et plus contre au moins trois
de ces tabous, le génocide arménien, la question kurde et le rÎle des
militaires. A titre d’exemple, Ragip Zarakolu a failli aller en
prison en décembre dernier pour avoir publié Le régime du 12
septembre en procÚs. Ce livre décortique les atteintes aux droits de
l’homme sous le rĂ©gime militaire issu du coup d’Etat de 1980.

L’accusation estimait que son livre Ă©tait une «incitation Ă  la haine»
(ancien article 312, nouvel article 216 du Code pénal turc). Fort
heureusement, et grĂące Ă  une mobilisation interne et externe sans
précédent, il a été acquitté dans cette malheureuse affaire. Les
Ă©diteurs courageux comme lui font l’objet d’un vĂ©ritable harcĂšlement
de la part des autorités judiciaires turques. Ragip Zarakolu, pour ne
citer que lui, est constamment en procĂšs. Sa maison d’Ă©dition est au
bord de la faillite. Il a véritablement du mal à faire son métier
d’Ă©diteur.

Dans ces conditions, il n’est pas impossible de penser que l’article
306 du nouveau Code pénal vise en particulier les Editions Belge et
Ragip Zarakolu. Dans la Turquie actuelle, le débat sur le génocide
armĂ©nien ne peut et n’a pu venir en premier lieu que de la traduction
de livres étrangers sur la question du génocide, comme Ermeni Tabusu
d’Yves Ternon publiĂ© par les Editions Belge il y a quelques annĂ©es
déjà. Cette publication a conduit Ragip Zarakolu et son épouse, Ayse
Nur, devant les tribunaux Ă  plusieurs reprises. Leurs locaux ont mĂȘme
été plastiqués en décembre 1993. Les époux Zarakolu ont fini par
l’emporter, jusqu’Ă  ce que cet article 306 soit votĂ© par les
parlementaires d’Ankara en septembre dernier.

Bien sûr, il est sans doute possible de se dire, dans un élan
enthousiaste, qu’il s’agit lĂ  d’un geste de trop, dĂ©sespĂ©rĂ©, de la
part des autoritĂ©s turques. Je ne le crois pas. C’est justement parce
que les Européens sont faibles sur cette question que les autorités
turques se sentent autorisées à officialiser leur politique de
négation du génocide arménien.

L’ultimatum de l’Europe sur l’adultĂšre («c’est soit la loi sur
l’adultĂšre, soit l’adhĂ©sion Ă  l’UE») a finalement portĂ© ses fruits,
Ankara abandonnant au bout du compte cette lĂ©gislation d’un autre
Ăąge. Les rapports de force sont maĂźtres dans les rapports UE-Turquie.
Le prĂ©sident de l’Institut kurde de Paris, Kendal Nezan, parle Ă 
juste titre d’un «mariage de raison» entre la Turquie et l’UE. Il ne
serait donc pas sot, dans ces conditions, d’imposer de nouvelles
conditions Ă  la Turquie dĂšs le sommet des chefs d’Etat et de
gouvernement qui se tient aujourd’hui et demain Ă  Bruxelles, sans
pour autant retarder le dĂ©but des nĂ©gociations d’adhĂ©sion. Au nom des
valeurs Ă©thiques de l’Europe, au nom des valeurs de justice, de
vérité et de réconciliation qui sont au coeur du pacte européen (qui
l’Ă©taient?), la reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien par les autoritĂ©s
turques doit logiquement figurer au rang des nouvelles conditions.

La Turquie doit impérativement reconnaßtre le génocide des Arméniens
avant de rejoindre la grande famille européenne. Au nom de ses
obligations morales envers la communauté internationale dans son
ensemble. La reconnaissance du génocide arménien ne relÚve pas des
rapports bilatĂ©raux entre la Turquie et l’ArmĂ©nie comme le dĂ©clarait
rĂ©cemment le prĂ©sident Chirac. Les EuropĂ©ens – Ă  Bruxelles, comme
dans les capitales nationales – ne peuvent se faire les complices
d’une politique nĂ©gationniste d’Etat. Il en va des valeurs de
l’Europe. Il en va du sens mĂȘme de mon passeport français et
européen.

Pour l’heure, comme l’Ă©crivait rĂ©cemment Daniel Vernet dans Le Monde,
«le refus persistant de reconnaßtre ce fait historique disqualifie la
Turquie comme membre de l’Union».

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Les eurodĂ©putĂ©s donnent un signal clair en acceptant l’ouverture de nĂ©gociations avec la Turquie;

Le Temps
16 décembre 2004

UNION EUROPEENNE. Les chefs d’Etat et de gouvernement se rĂ©unissent
ce soir et demain à Bruxelles pour un sommet dominé par le dossier
d’adhĂ©sion d’Ankara. Les Vingt-Cinq devraient accepter d’entamer les
nĂ©gociations. Les Turcs ont affirmĂ© qu’ils gĂšleraient leur
candidature en cas de conditions inacceptables.

Les parlementaires européens ont indiqué mercredi la voie que
devraient suivre, sauf surprise, les chefs d’Etat et de gouvernement
européens réunis en Sommet ce jeudi soir et vendredi à Bruxelles.
Lors d’un vote consultatif Ă  bulletin secret Ă  Strasbourg, ils ont
jugĂ© par 407 voix contre 262 et 29 abstentions qu’Ankara pouvait
commencer ses nĂ©gociations d’adhĂ©sion avec l’Union europĂ©enne.

Si la France se déchire depuis des semaines en des débats qui ont
fini par faire vaciller la position de Jacques Chirac lui-mĂȘme – il
s’est ralliĂ© Ă  l’idĂ©e que des nĂ©gociations pourraient dĂ©boucher sur
un partenariat qui ne serait pas une adhĂ©sion – une majoritĂ© de pays
européens soutient beaucoup plus franchement la candidature turque.
Certes, tous sont d’accord pour y poser des conditions et considĂ©rer
les dix Ă  quinze ans de pourparlers qui s’annoncent comme un
«processus ouvert». Vienne partage les réticences françaises, mais
les Britanniques, les Allemands, les Espagnols, les Italiens, les
Belges, les Scandinaves – les Danois mis Ă  part – et la plupart des
nouveaux pays adhĂ©rents – Ă  l’exception Ă©vidente de Chypre – veulent
que l’Europe envoie un signal positif Ă  la Turquie. Les NĂ©erlandais,
qui prĂ©sideront cette rĂ©union des Vingt-Cinq, n’envisagent guĂšre
l’Ă©chec, mĂȘme s’ils reconnaissent qu’un «dĂ©raillement», pour
reprendre l’expression du premier ministre Jan Peter Balkenende,
n’est pas Ă  exclure lors des derniĂšres tractations avec Ankara et
entre les Vingt-Cinq.

Le rĂŽle de Chypre

C’est, pour de nombreux diplomates, la grande inconnue: jusqu’oĂč les
Chypriotes sont-ils prĂȘts Ă  s’obstiner et les Turcs Ă  coopĂ©rer?
Nouvelle en Europe, la rĂ©publique grecque a caressĂ© l’idĂ©e d’un veto
si la Turquie ne reconnaissait pas son existence. Bruxelles espĂšre
qu’Ankara acceptera lors du sommet de s’engager Ă  signer un accord
qui Ă©tend l’Union douaniĂšre avec l’Europe aux dix pays de
l’Ă©largissement. Ce serait un premier pas vers une reconnaissance
effective, que les Chypriotes devraient se résigner à attendre encore
un peu.

Le génocide arménien

Le Parlement européen et Paris souhaitent que la Turquie, dans son
processus de rapprochement avec l’Union, fasse un «travail de
mémoire» et reconnaisse son rÎle dans le massacre de 1,5 million
d’ArmĂ©niens entre 1915 et 1917. Mais ces voeux ne constituent, ni
pour l’assemblĂ©e strasbourgeoise ni pour le gouvernement français,
une condition Ă  l’ouverture des nĂ©gociations. Les associations
arméniennes manifesteront vendredi aux abords du quartier européen.

Les clauses de sauvegarde

Ankara bataille fermement et a mĂȘme menacĂ© hier de geler sa
candidature si son futur statut d’Etat membre est assorti de
restrictions trop contraignantes. L’Europe songe en effet Ă  imposer
aux Turcs une sorte de statut spĂ©cial aprĂšs l’adhĂ©sion qui
empĂȘcherait, par exemple, les travailleurs turcs de s’Ă©tablir aussi
librement que les autres EuropĂ©ens dans le pays de l’Union de leur
choix.

Le début des négociations

La France aurait voulu qu’on ne commence pas avant fin de 2005 voire
début 2006, mais de nombreux pays ne voient pas la nécessité
d’attendre autant. Bien des observateurs estiment que l’on devrait
dĂ©cider de lancer les pourparlers dans le courant de l’automne
prochain. L’Europe veut aussi garder le contrĂŽle du dĂ©roulement des
discussions et envisage de se prononcer Ă  l’unanimitĂ© Ă  chaque Ă©tape
des nĂ©gociations, qui pourront ĂȘtre interrompues si la Turquie devait
renoncer aux rĂ©formes fondamentales qu’elle a lancĂ©es.

Roumanie, Bulgarie, Croatie

Les conditions posées à Ankara rejailliront-elles sur les autres
candidats Ă  l’adhĂ©sion? Les nĂ©gociations Ă©tant achevĂ©es avec la
Roumanie et la Bulgarie, l’UE devrait signer les traitĂ©s d’adhĂ©sion
au printemps. Leur arrivĂ©e est prĂ©vue pour 2007 mais pourrait ĂȘtre
retardĂ©e Ă  2008 si ces pays ne sont pas prĂȘts Ă©conomiquement. La
Croatie, elle, devrait se voir encouragée à mieux collaborer avec le
Tribunal pénal international de La Haye avant de commencer au
printemps ses nĂ©gociations d’adhĂ©sion.

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« Circonlocutions autour du mot génocide »

Le Monde
16 décembre 2004

UNION EUROPÉENNE – Jacques Chirac dĂ©fend sur TF1 sa position sur
l’adhĂ©sion de la Turquie

Les propos de Michel Barnier, ministre français des affaires
étrangÚres, sur le génocide arménien ont été mal reçus par le Comité
de défense de la cause arménienne (CDCA) en France qui qualifie de «
pathĂ©tiques » ce qu’il appelle des « circonlocutions autour du mot
gĂ©nocide ». « Le gĂ©nocide armĂ©nien n’est pas une tragĂ©die dont la
reconnaissance n’a pas Ă©tĂ© effectuĂ©e que de façon solennelle par le
Parlement français.

Il s’agit d’une loi, signĂ©e par le prĂ©sident de la RĂ©publique,
Jacques Chirac » déclare dans un communiqué Harout Mardirossian,
président du CDCA.

Vardan Oskanian, le ministre arménien des affaires étrangÚres, qui
note que M. Barnier a promis que la France poserait la « question »
de la reconnaissance du génocide arménien, parle de « déclaration
méritoire » montrant « que la question de la reconnaissance du
gĂ©nocide a dĂ©passĂ© le cadre de l’ArmĂ©nie et de son peuple ». « Il est
difficile de dire quel tournant cette question prendra lors des
négociations avec la Turquie » a ajouté le ministre. M. Barnier avait
insistĂ© sur le fait que cette reconnaissance « n’Ă©tait pas une
condition » Ă  l’ouverture des nĂ©gociations d’adhĂ©sion d’Ankara Ă 
l’UE.

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Union europĂ©enne. L’Europe est prĂȘte Ă  entrouvrir sa porte Ă  la Turquie.

La Croix
16 décembre 2004

ÉLARGISSEMENT. RĂ©unis en sommet Ă  Bruxelles, les dirigeants
des 25 États membres devraient dĂ©cider d’ouvrir des nĂ©gociations avec
la Turquie, malgré quelques questions qui fùchent encore.

MASSON Marie-Françoise

Sauf coup de thĂ©Ăątre, les chefs d’État et de gouvernement de l’Union
européenne, réunis en sommet à Bruxelles, ce soir et demain matin,
devraient accepter l’ouverture de nĂ©gociations d’adhĂ©sion avec la
Turquie. Il reste toutefois quelques compromis Ă  affiner. On peut
diviser les questions qui fùchent en deux catégories, celles qui
conditionnent l’ouverture des nĂ©gociations et celles qui pĂšseront
dans le futur.

Les questions qui conditionnent l’ouverture des nĂ©gociations

La date d’ouverture. En dĂ©cembre 2002, il avait Ă©tĂ© prĂ©vu que les
nĂ©gociations seraient entreprises “aussitĂŽt l’accord obtenu”. Il
semble pourtant que l’on attendra le deuxiĂšme semestre 2005. Raison
officielle invoquée, la Commission européenne a besoin de quelques
mois pour préparer le mandat de négociation. Mais la raison
officieuse plus importante est la nécessité pour la France de bien
séparer dans le temps la question turque du référendum sur la
Constitution européenne qui se tiendrait au premier semestre.

La reconnaissance de Chypre par la Turquie. La RĂ©publique de Chypre,
membre Ă  part entiĂšre de l’Union depuis mai, explique qu’elle ne peut
pas donner son accord Ă  l’ouverture des nĂ©gociations avec un pays qui
ne la reconnaĂźt pas. L’Ăźle est toujours divisĂ©e entre la partie
grecque entrĂ©e dans l’Union europĂ©enne, et la partie turque, reconnue
exclusivement par la Turquie. Un artifice devrait ĂȘtre trouvĂ©. La
Turquie, qui doit prochainement Ă©tendre aux dix États ayant adhĂ©rĂ© en
mai son traitĂ© d’union douaniĂšre avec l’UE, reconnaĂźtrait ainsi de
facto la RĂ©publique chypriote.

L’Ă©vocation d’un autre lien que l’adhĂ©sion. Les États membres se
divisent en deux groupes. Le premier, le plus nombreux, mené par le
Royaume-Uni et l’Allemagne, considĂšre que les manquements notamment
aux droits de l’homme se rĂ©gleront en cours de nĂ©gociations. Le
second composĂ© de l’Autriche, du Danemark et surtout de la France,
demande que soit inscrite dans le document adressant un feu vert Ă 
l’ouverture de nĂ©gociations, une alternative Ă  l’adhĂ©sion, au cas
d’Ă©chec de ces nĂ©gociations. Le premier groupe de pays est rĂ©ticent,
car il craint que cela n’envoie un signal nĂ©gatif Ă  la Turquie, qui
s’oppose d’ailleurs farouchement Ă  cette idĂ©e. Mais la France,
l’Autriche, le Danemark et – en sourdine – les Pays-Bas, exigent que
soit mentionnée cette réserve.

La présidence néerlandaise va donc essayer de proposer une formule de
consensus d’autant plus nĂ©cessaire qu’hier, lors du vote par le
Parlement europĂ©en d’une rĂ©solution avalisant l’ouverture des
nĂ©gociations d’adhĂ©sion avec la Turquie, les eurodĂ©putĂ©s opposĂ©s Ă 
l’ouverture de nĂ©gociations d’adhĂ©sion ont donnĂ© de la voix.

Les questions qui pĂšseront dans le futur

Les autres sujets de polĂ©mique, s’ils ne conditionnent pas le sommet
de Bruxelles, demeureront vifs, en toile de fond.

La question kurde. Alors que 15 Ă  20 millions de Kurdes vivent sur le
sol turc, deux cents personnalités représentant toutes les tendances
et sensibilités politiques et culturelles kurdes en Turquie ont signé
la semaine derniĂšre un appel pour un rĂšglement Ă©quitable de la
question dans le cadre des nĂ©gociations d’adhĂ©sion. Ces personnes
rĂ©clament principalement qu’une Constitution reconnaissant
l’existence du peuple kurde, lui garantissant tous ses droits.
“L’Europe doit rĂ©aliser que sa frontiĂšre passera un jour au milieu du
Kurdistan, explique Kendal Nezan, prĂ©sident de l’Institut kurde de
Paris, et si une solution n’est pas trouvĂ©e, elle pourrait bien
connaĂźtre alors des tensions.”

Le génocide arménien. La reconnaissance des actes commis dans le
passĂ© ne fait pas partie des conditions prĂ©alables d’admission dans
l’UE. Mais c’est dans une logique de rĂ©conciliation que l’Europe
s’est construite et beaucoup estiment en Europe que cette logique
devra prévaloir un jour entre la Turquie et les Arméniens.
Actuellement, la Turquie ne reconnaßt pas le caractÚre de génocide
des massacres d’ArmĂ©niens sous l’Empire ottoman de 1915 Ă  1917. La
France, oĂč vivent 350 000 ArmĂ©niens, est Ă  la pointe du dĂ©bat. Lundi
et mardi, le ministre des affaires Ă©trangĂšres, Michel Barnier, a
explicitement utilisĂ© le terme de “gĂ©nocide” en dĂ©clarant que la
France poserait “toutes les questions, notamment celle du gĂ©nocide
armĂ©nien”, lors des nĂ©gociations.

La limitation permanente de liberté de circulation des travailleurs
turcs. Cette clause, exigĂ©e par le Danemark et de l’Autriche, a Ă©tĂ©
avalisĂ©e par la Commission europĂ©enne dans son rapport d’octobre. On
sait que la Turquie se battra contre une disposition qui fait de ses
citoyens des personnes de seconde zone, tandis que certains États
feront valoir qu’existent dĂ©jĂ  des situations diffĂ©rentes dans l’UE.
La libertĂ© de circulation risque donc d’ĂȘtre l’une des questions les
plus discutĂ©es dans l’avenir.

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La Nouvelle RĂ©publique du Centre Ouest
16 décembre 2004

Les déclarations du Président

« Oui, si » Ă  l’adhĂ©sion. – « La question qu’il faut se poser, c’est
” est-ce que l’Europe, et notamment la France, ont ou non intĂ©rĂȘt Ă 
ce que la Turquie les rejoigne ? ” Ma rĂ©ponse est ” oui, si “.

« Oui, si la Turquie remplit naturellement la totalité des conditions
qui s’imposent Ă  tout candidat Ă  notre Union.

« L’Union europĂ©enne, c’est d’abord un projet pour la paix et la
stabilitĂ©, c’est l’enracinement de la dĂ©mocratie et le dĂ©veloppement
économique et social ».

« Au regard de ces trois critĂšres, je crois que nous avons intĂ©rĂȘt Ă 
avoir la Turquie avec nous, si elle remplit toutes les conditions.

« Au cours de l’histoire, la Turquie a penchĂ© tantĂŽt vers l’Asie,
tantĂŽt vers l’Europe. La question qui se pose aujourd’hui, ce n’est
pas de savoir si elle est d’Asie ou d’Europe. La question qui se
pose, c’est de savoir quel est l’intĂ©rĂȘt de l’Europe.

« Notre intĂ©rĂȘt, c’est qu’elle penche vers l’Europe, nos valeurs,
notre conception des droits de l’homme, de la paix, de la dĂ©mocratie,
et non pas vers l’Asie, oĂč elle risquerait d’emprunter une autre
voie, qui probablement générerait ou pourrait générer de
l’instabilitĂ© ou de l’insĂ©curitĂ© pour l’Europe. »

« La reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien, c’est la loi ». – « Nous
sommes en France un pays de droit. Il y a une loi qui a été votée
d’ailleurs presqu’Ă  l’unanimitĂ© aussi bien du SĂ©nat que de
l’AssemblĂ©e nationale, qui parle de gĂ©nocide. Par consĂ©quent, c’est
la loi.

« Des efforts de rĂ©conciliation et de paix ont jalonnĂ© l’histoire
européenne et se sont traduits partout par un effort de mémoire
important. Cet effort doit ĂȘtre fait, bien entendu, par la Turquie,
et je suis sĂ»r qu’elle le fera. »

La Turquie est « loin du terme de son effort ». – « La Turquie a fait
un effort considĂ©rable pour se rapprocher de l’Union europĂ©enne, mais
elle est loin du terme de cet effort.

« Négociations, cela ne veut pas dire adhésion. Ces négociations vont
durer 10 ans, 15 ans, 20 ans pour permettre Ă  la Turquie de rejoindre
l’acquis communautaire, c’est-Ă -dire toutes les rĂšgles, les valeurs,
les modes de vie qui sont les nĂŽtres, tant sur le plan des droits de
l’homme que sur le plan de l’Ă©conomie de marchĂ©. Et pour cela, elle
doit faire des efforts considérables. »

« Les Français auront le dernier mot ». – « Toute nouvelle adhĂ©sion
devra ĂȘtre sanctionnĂ©e […], pas par la voie parlementaire, mais
obligatoirement par la voie référendaire. Ce qui veut dire en clair
qu’en toute hypothĂšse, chaque Française et chaque Français conserve
son droit Ă  s’exprimer, et que les Français auront le dernier mot. »

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UE-ARMENIOS: PROTESTA CONTRA ADHESION DE TURQUIA

ANSA Noticiero en español
December 17, 2004

BRUSELAS

BRUSELAS, 17 (ANSA) – Centenares de armenios realizaron una
manifestaciĂłn en Bruselas, en una zona ubicada a poca distancia del
palacio Justus Lipsius, mientras el Consejo Europeo debatĂ­a la
adhesiĂłn de TurquĂ­a a la UE.

Los manifestantes, con carteles que llevaban la frase “Contra TurquĂ­a
en Europa”, advirtieron que la UniĂłn Europea debe reconocer el
“genocidio armenio” perpetrado por Ankara.

Armenios de distintos países de Europa, entre ellos España, Grecia,
Holanda e Italia, llegaron a Bruselas para participar de la protesta.

Los manifestantes reclamaron que la UniĂłn Europea imponga como
condiciĂłn para la adhesiĂłn de TurquĂ­a el reconocimiento por parte de
Ankara de la matanza de 1,5 millones de armenios entre 1915 y
1923.(ANSA).

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Aunque las negociaciones concluyeran con exito …

El Mundo, España
16 Dic 2004

LA NUEVA EUROPA / Aunque las negociaciones concluyeran con exito, la
adhesion no podria llevarse a cabo hasta dentro de 10 anos / El pais
aspirante ha de resolver sus conflictos exteriores con Armenia y
Chipre.

El Europarlamento, a favor de abrir la puerta ya a Turquia.
Todos los eurodiputados espanoles, salvo uno del PNV que se abstuvo,
se pronunciaron a favor de que se inicien conversaciones con Ankara.

JUAN CARLOS GONZALEZ. Corresponsal

UE. Incorporacion de Turquia. El Parlamento europeo se favor de abrir
la puerta ya a Turquia con un resultado de 407 votos a favor, 262 en
contra y 29 abstenciones. Portada

BRUSELAS.- Con un resultado de 407 votos a favor, 262 en contra y 29
abstenciones, los eurodiputados se pronunciaron ayer, en votacion
secreta, a favor de la apertura de las negociaciones de adhesion con
Turquia. Los eurodiputados espanoles apoyaron casi unanimemente esta
mocion, salvo un representante del Partido Nacionalista Vasco (PNV)
que se abstuvo.

La decision, que no tiene caracter vinculante, es una senal politica
enviada a los lideres europeos que se reunen a partir de esta tarde,
y hasta manana, en la capital belga para tomar una decision sobre la
fecha del inicio de las negociaciones con Turquia.

A pesar del apoyo de la Eurocamara, los eurodiputados advierten de
que las negociaciones no tienen “por que conducir a priori y de forma
automatica a una adhesion”.

El voto fue secreto para intentar que quienes estan en contra del
ingreso lo puedan manifestar sin verse sometidos a la presion
publica. Junto con el informe del Parlamento, los eurodiputados
tambien se pronunciaron sobre dos enmiendas contrarias al ingreso de
Turquia. La primera proponia como alternativa “una colaboracion
privilegiada” con el socio turco. Fue rechazada, tambien en votacion
secreta, por 415 votos en contra y 250 a favor. La segunda afirmaba
que el Parlamento Europeo “rechaza que Turquia sea miembro de pleno
derecho de la Union Europea”. El texto solo logro el apoyo de 235
representantes.

Los partidarios del “no” se repartieron entre los populares galos y
alemanes, asi como los soberanistas y la extrema derecha, de acuerdo
con las opiniones expresadas por los eurodiputados de estos grupos
politicos en el debate previo a la votacion. Los defensores de la
apertura de las negociaciones forman parte del resto de la mayoria de
los populares europeos, los liberales, los socialistas y los verdes.

Condiciones

A pesar de que una mayoria de eurodiputados se pronuncio a favor de
la apertura de las negociaciones, la Eurocamara fija toda una serie
de condiciones y, sobre todo, no garantiza que este proceso
desemboque de manera automatica en un ingreso.

“El objetivo de las negociaciones es la adhesion de Turquia a la
Union Europea, pero la realizacion de esta ambicion dependera de los
esfuerzos de ambas partes”, senala el texto adoptado ayer.Al igual
que preconizaba la Comision en su informe del 6 de octubre sobre los
progresos realizados por Turquia, los eurodiputados incluyen en su
informe la posibilidad de “suspender” las negociaciones en caso de
“serias y persistentes” violaciones de los derechos humanos y de las
libertades fundamentales.

En todo caso, el camino para el ingreso de Turquia en la Union
tambien se preve largo. Para el Parlamento Europeo si las
negociaciones finalizan con exito, la adhesion no podra llevarse a
cabo antes de que se firmen las perspectivas financieras (conjunto de
ingresos y gastos de las arcas comunitarias) para el periodo
2014-2020.

En estos momentos los Veinticinco estan negociando las perspectivas
financieras para el periodo 2007-2013. Y las negociaciones para el
periodo siguiente no se concluiran antes de 2013, dentro de casi 10
anos.

Otra de las condiciones impuesta por la Eurocamara previa al ingreso
es que Turquia resuelva sus conflictos exteriores, tanto con Armenia
como con Chipre. “La retirada de las fuerzas turcas” del norte de la
isla de Chipre, es considerada como “un paso necesario”, afirman los
eurodiputados.

Chipre es miembro de la Union desde el pasado 1 de mayo, y al igual
que el resto de los paises miembros dispone de un poder de veto para
aceptar o rechazar la ampliacion de la Union Europea.

Conscientes de que la comunidad grecochipriota rechazo la
reunificacion de la isla, en referendum, los miembros de la
Eurocamara piden “a las autoridades turcas que mantengan su actitud
constructiva para encontrar una solucion equitativa que utilice como
base de las negociaciones el plan de Annan”, afirma el texto.

En el caso de Armenia, el Parlamento europeo exige a las autoridades
turcas “el reconocimiento formal de la realidad historica del
genocidio de los armenios en 1915”. Tambien se pronuncian a favor de
la apertura de la frontera entre Turquia y Armenia en un “breve
plazo”.

GRAPHIC: Caption: Miembros del Parlamento Europeo muestran carteles
en apoyo del ingreso de Turquia, ayer en Estrasburgo. / REUTERS

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Los lideres europeos debaten la fecha para abrir negociaciones con Turquia

El Pais, España
16 Dic 2004

Bruselas

La decision de la cumbre de Bruselas condicionara el futuro de la UE,
sus fronteras y su seguridad. CARLOS YARNOZ,. Los jefes de Estado y
Gobierno de la UE se reunen hoy y manana en Bruselas para tomar una
decision clave para el futuro de la Union, sus fronteras, su
seguridad y su capacidad de convivencia entre pueblos, civilizaciones
y religiones. La cumbre debe decidir si abre negociaciones de
adhesion con Turquia, pais de 70 millones de musulmanes, fronterizo
con Iran, Irak o Siria, llamado a ser el mas poblado de la UE. Salvo
sorpresas imprevistas, Los 25 acordaran que las negociaciones
comiencen a finales de 2005, pero lo haran mirando de reojo a una
mayoria de sus electores disgustada con esa decision.

La suerte parece echada para los turcos, que estan llamando a la
puerta de la Union desde 1963. Hasta 1999, no logro el estatuto de
pais candidato y, el pasado 6 de octubre, la Comision Europea
certifico que Ankara habia hecho “unas reformas impresionantes” y
cumplia ya los llamados criterios de Copenhague (democracia, derechos
humanos, respeto a las minorias y economia de mercado competitiva),
pero aconsejo tambien unas leoninas condiciones negociadoras que los
lideres no solo se aprestan a imponer a Turquia, sino tambien a todos
los potenciales candidatos en el futuro.

A Turquia se le podra aplicar una clausula permanente de salvaguardia
para que los turcos no disfruten del sagrado principio comunitario de
la libertad de movimiento y establecimiento de trabajadores. La UE
intenta paliar asi el pavor de los europeos a una avalancha de
emigrantes turcos hacia Alemania, Austria, Belgica, Holanda y
Francia, paises que ya suman mas de cuatro millones de turcos.

Tambien se le aplicaran a Ankara clausulas de salvaguardia temporales
para limitar sus accesos a las ayudas regionales y agricolas europeas
o a las ventajas del mercado interior. El primer ministro turco,
Recep Tayyip Erdogan, ha declarado a este periodico: “Podemos aceptar
limitaciones temporales, pero no permanentes”. Reino Unido, Espana y
Belgica tampoco ven con entusiasmo las clausulas permanentes.

Seguimiento del compromiso

Ademas, durante los al menos 10 anos que durara la negociacion, la UE
realizara un permanente y pormenorizado seguimiento del compromiso
turco para erradicar la tortura y los malos tratos o para respetar
los derechos de las mujeres y de los kurdos. En caso de grave
incumplimiento de algunos de estos principios democraticos, las
conversaciones quedaran suspendidas de inmediato.

No solo eso. La decision de los 25 lideres europeos debe ser adoptada
por unanimidad y, por tanto, debe contar con el apoyo de Chipre, un
pais no reconocido por Turquia, que ocupa militarmente el norte de la
isla desde 1974. El borrador de conclusiones de la cumbre de hoy y
manana incluye el compromiso de Ankara de actualizar su acuerdo
aduanero con la Union, lo que implicaria la firma en un acuerdo
internacional de Turquia y Chipre y, de paso, el reconocimiento de
facto.

Ankara rechaza tal compromiso y, pese a todo, Chipre no vetara la
decision y Los 25 se conformaran con un gesto de Ankara antes de que
el proximo ano empiecen las negociaciones. Tampoco acepta Ankara las
presiones de Francia para que, en el futuro, reconozca la existencia
del genocidio armenio y su participacion en los terribles sucesos que
costaron la vida a centenares de miles de personas entre finales del
siglo XIX y comienzos del XX.

En ningun documento figurara por escrito por el momento, pero el
canciller aleman, Gerhard Schroeder; el primer ministro britanico,
Tony Blair, y el presidente frances, Jacques Chirac, ya han hablado
esta semana de la posibilidad de que si Turquia entra en la Union
seran cambiadas las reglas de reparto de poder en la UE pactadas en
la Constitucion europea. De no ser asi, Turquia sera el pais con mas
peso en el Consejo de la Union y en la Eurocamara, porque, a partir
de 2015, tendra mas habitantes que Alemania.

Por todas esas razones, prevenciones y miedos, la UE dejara escrito
que el inicio de negociaciones no supone automaticamente que el
escenario final sea la entrada de Turquia en el club. Ankara, en
cambio, ha evitado que Austria, Francia y Dinamarca incluyeran
tambien en las conclusiones una referencia a un plan B para el caso
de que las negociaciones fracasen. Se trata de la “asociacion
privilegiada”, sin pertenencia al club, que el Partido Popular
Europeo defiende como alternativa al ingreso.

Rechazo popular

Por el contrario, y como pactaron hace dos semanas Alemania y
Francia, en las conclusiones quedara claro que el objetivo de las
negociaciones es “la adhesion”, aunque no pueda prejuzgarse ese
final. “Nunca seremos un socio privilegiado, porque esa figura no
existe”, aseguro Erdogan.

Los sondeos mas recientes han puesto otra vez de manifiesto uno de
los principales motivos por el que los lideres europeos toman tantas
precauciones. Una encuesta difundida el lunes por el diario frances
Le Figaro senala que el 67% de los franceses rechaza la entrada de
Turquia, como un 55% de los alemanes y hasta el 75% de los
austriacos. Por eso, Francia ha tomado mas cautelas que nadie: entre
enero y marzo se incluira en su Constitucion la obligacion de
convocar un referendum antes de cada nueva incorporacion. “La ultima
palabra la tendra el ciudadano”, ha insistido el ministro frances de
Exteriores, Michel Barnier.

Reino Unido, Italia, Espana y Holanda han sido en este proceso los
valedores de Turquia. Fuera de Europa, ha sido EE UU su gran abogado
en su acercamiento a la UE. Para Erdogan, el balance entre ventajas y
desventajas de la adhesion se resume en estos comentarios: “Si Europa
es solo un club cristiano, puede pasar sin nosotros; pero si es un
conjunto de valores comunes, necesita a Turquia, porque somos una
pieza esencial para la reconciliacion de civilizaciones. Lo que
proponemos es un acuerdo entre civilizaciones”. Para eso, como
recordo el presidente de la Comision Europea, “habra que conquistar
los corazones y las mentes de los ciudadanos”.

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(PROG)UE-TURQUIA: COMENZO CUMBRE QUE TRATARA ADHESION ANKARA

ANSA Noticiero en español
16 Dic 2004

BRUSELAS

BRUSELAS, 16 (ANSA)- Los gobernantes de los 25 paĂ­ses de la UniĂłn
Europea iniciaron hoy la cumbre de dos dĂ­as en la que decidirĂĄn si
comienzan las negociaciones con TurquĂ­a para su adhesiĂłn al bloque.

“No debemos insertar nuevas condiciones polĂ­ticas”, reiterĂł hoy
varias veces el presidente de la Comisión Europea, José Manuel
Barroso, en una conferencia de prensa en Bruselas.

En la agenda de la reuniĂłn iniciada por la tarde, los gobernantes
europeos deberån decidir también sobre el ingreso de Rumania y
Bulgaria a la UE y la apertura de las negociaciones con Croacia.

“Nuestra visiĂłn sobre TurquĂ­a es clara: no buscamos una soluciĂłn a
medias. Si vamos a abrir las negociaciones con TurquĂ­a, esto deberĂĄ
hacerse teniendo en cuenta la perspectiva de una adhesiĂłn completa”,
declarĂł Barroso.

El presidente del ejecutivo europeo rechazĂł asĂ­ una hipĂłtesis
alternativa, come la de la asociaciĂłn especial, impulsada por los
franceses y austrĂ­acos.

“Es justo el momento de iniciar las negociaciones”, agregĂł Barroso.

Por su parte, el presidente pro témpore de la Unión Europea, el
premier holandĂ©s Jan Peter Balkenende, sostuvo: “estamos en una buena
direcciĂłn, pero sobre algunas temĂĄticas permanecen las dificultades”.

Balkenende aclarĂł que las discusiones sobre Ă©stas dificultades se
resolverĂĄn en la cena de los 25 del jueves al viernes.

El miércoles el Europarlamento aprobó una resolución que pide a los
gobernantes de la UE que inicien negociaciones con TurquĂ­a sobre una
adhesiĂłn plena al bloque.

Pero ademĂĄs requiere que TurquĂ­a reconozca el genocidio armenio de
1915, cuando exterminĂł a un millĂłn de personas, y a la RepĂșblica de
Chipre, miembro de la UE y cuyo norte ocupa.

El tema de Chipre se convirtiĂł en uno de los que puede trabar las
esperanzas de Ankara de unirse al bloque.

Chipre es una de las diez naciones que se incorporaron en mayo a la
UE, pero TurquĂ­a sĂłlo reconoce el norte de la isla que ocupa desde
1974.

El premier turco, Tayyip Erdogan, dijo hoy que el tema de Chipre “se
resolverĂĄ mañana” y precisĂł que su paĂ­s “podrĂ­a tener una actitud
positiva” al respecto.

AdemĂĄs, Erdogan desmintiĂł haber dicho que Ankara no reconocerĂĄ nunca
a la repĂșblica chipriota.

Otro de los temas en discusiĂłn es la clĂĄusula permanente de
salvaguardia hacia los trabajadores inmigrantes turcos, que evite
flujos masivos a los paĂ­ses de la UE, una condiciĂłn sobre la cual
TurquĂ­a puso objeciones.

“Recomendamos a los jefes de estado y de gobierno de la UE que no
amplĂ­en demasiado la portada de los perĂ­odos de transiciĂłn”, indicĂł
Barroso.

Las preocupaciones sobre el mercado laboral radican en que TurquĂ­a
tiene una poblaciĂłn de 71 millones de habitantes, de mayorĂ­a
musulmana, que crecerĂĄ a 80 millones en 2015. Eso implica que
superarĂĄ al paĂ­s mĂĄs poblado europeo, Alemania.

Los paĂ­ses que mĂĄs respaldan el ingreso de Ankara al bloque, cuyas
negociaciones pueden durar diez años, son Alemania, Gran Bretaña,
Italia y España, que ven en Turquía el puente a la comunidad
musulmana.

La adhesiĂłn es resistida por Austria, Dinamarca y Chipre, que creen
que el paĂ­s no alcanza los estĂĄndares.

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UE: TURCHIA, CENTINAIA ARMENI MANIFESTANO A BRUXELLES ; CHIEDONO RICONOSCIMENTO GENOCIDIO CONDIZIONE PER AVVIO NEGOZIATI

ANSA Notiziario Generale in Italiano
17 dicembre 2004

BRUXELLES

(ANSA) – BRUXELLES, 17 DIC – Diverse centinaia di armeni
hanno manifestato a Bruxelles in una piazza del quartiere
comunitario a poca distanza dal palazzo Justus Lipsius dove si
svolge il Consiglio europeo sull’avvio dei negoziati di adesione
con la Turchia. Chiedono all’Unione europea di esigere il
riconoscimento del genocidio armeno da parte di Ankara.

La manifestazione e’ stata organizzata dalla Federazione
degli armeni di Europa, una vasta comunita’ che conta circa un
milione di persone.

Per protestare “contro questa Turchia in Europa” – come
hanno scritto su molti cartelli – gli armeni sono giunti da
diversi paesi europei. Il gruppo piu’ numeroso quello arrivato
dalla Francia, dove risiedono circa 400mila armeni. Altri gruppi
sono giunti dalla Spagna, dalla Grecia, dall’Olanda, dalla
Svezia e anche dall’Italia (circa un centinaio di persone),
principalmente da Milano e da Roma dove si trovano le comunita
armene italiane piu’ numerose.

I manifestanti chiedono che l’Unione imponga alla Turchia
come pre-condizione per l’avvio dei negoziati di adesione il
riconoscimento del genocidio armeno perpetrato dai turchi tra il
1915 e il 1923 causando circa 1,5 milioni di vittime.

Gli armeni non sono stati i soli a manifestare contro la
Turchia in Europa. Nel quartiere comunitario anche un sit-in di
protesta con qualche decina di militanti di organizzazioni degli
immigrati turchi in Europa contrari alle politiche del governo
turco, compresa quella per l’ingresso nell’Unione. (ANSA).

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Borghezio: «Dico tre volte no ad Ankara»

La Padania, Italia
giovedĂŹ 16 dicembre 2004

Mario Borghezio, capo delegazione della Lega Nord al Parlamento
Europeo, intervenendo nell’aula di Strasburgo dopo il voto favorevole
all’apertura dei negoziati per l’entrata della Turchia in Europa, ha
ribadito con forza la posizione della Lega Nord.
«Diciamo no alla Turchia – ha dichiarato il parlamentare leghista –
perché essa ha una società civile e politica fondamentalmente
islamica. Diciamo no perché sarebbe irrimediabilmente compromesso il
carattere cristiano della nostra civiltà. Diciamo no perché la
Turchia, dal punto di vista storico, geografico e politico, non
appartiene all’Europa e non vogliamo un’Europa che confini con Iran,
Iraq e Siria». «Urliamo infine il nostro no – ha concluso Borghezio –
perché non vogliamo che sventoli una bandiera, quella della Turchia,
ancora insaguinata dal sangue del popolo armeno».
Borghezio ha ribadito che sull’ingresso della Turchia nella Ue
«devono decidere i cittadini italiani ed europei attraverso lo
svolgimento di referendum». Il deputato ha aggiunto che avvierà la
campagna di raccolta delle firme per la consultazione popolare.

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Gli armeni: «Riconoscano l’olocausto del nostro popolo»

La Padania, Italia
giovedĂŹ 16 dicembre 2004

BRUXELLES – “Contro questa Turchia in Europa”. Con questo slogan gli
armeni europei, come hanno annunciato ieri nel corso di una
conferenza stampa, manifesteranno domani mattina a Bruxelles in
occasione della giornata conclusiva del Consiglio europeo che dovrĂ 
decidere sull’avvio dei negoziati per l’adesione della Turchia
all’Ue.
«Non siamo contrari a priori all’ingresso di Ankara nell’Ue, ma
vogliamo che il riconoscimento del genocidio armeno sia posto come
condizione per l’inizio dei negoziati», ha dichiarato il presidente
della Federazione degli armeni che vivono in Europa Hilda Tchoboian
nel corso della conferenza stampa. «Noi vogliamo che si parli di
genocidio invece che di tragedia», ha sottolineato Tchoboian.
Secondo i rappresentanti della Federazione armena, «durante le
trattative degli ultimi anni l’Unione europea ha lasciato cadere o ha
annacquato molte delle richieste fatte precedentemente dalla stessa
Ue alla Turchia».
«Il paradosso Ăš che spesso non Ăš stata l’Unione ad imporre le sue
condizioni, bensĂŹ Ăš stata Ankara a far valere le sue ragioni
utilizzando l’arma del ricatto politico ed economico», ha aggiunto il
direttore della Federazione Laurent Leylekian.
Gli armeni reclamano il riconoscimento del genocidio condotto ai loro
danni dai turchi tra il 1915 e il 1923: un olocausto di inaudite
proporzioni che ha provocato piĂč di un milione e mezzo di vittime
accertate. Gli armeni che oggi vivono in Europa sono circa un
milione, escludendo la Russia. La comunitĂ  piĂč numerosa Ăš in Francia
con circa 400.000 cittadini e l’opinione pubblica francese Ăš la piĂč
decisa nel “no” all’innaturale e antistorico assemblaggio della
Turchia all’Europa.
Intanto anche in Austria la “questione turca” ù fonte di polemiche e
divisioni. Il governo austriaco non Ăš riuscito a trovare una
posizione comune al parlamento di Vienna sull’adesione della Turchia
all’Unione europea. Nella seduta di ieri, ogni partito ha presentato
una propria mozione, di cui nessuno Ăš riuscito a trovare una
maggioranza.
Non ci sono raccomandazioni al cancelliere, Wolfgang Schuessel, al
quale passano quindi tutte le competenze per portare avanti le
trattative al vertice di Bruxelles. Il partito nazional-liberale di
destra Fpoe, alleato di Schuessel al governo, nella sua mozione si Ăš
detto contraria all’apertura di trattative per l’adesione con la
Turchia e chiede negoziati per un partneriato strategico. Simile
anche la posizione dei socialdemocratici, maggiore partito di
opposizione, mentre i Verdi hanno chiesto l’avvio di negoziati con la
Turchia con l’obiettivo di una piena adesione del paese “estraneo”
all’Ue.

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Chirac preme per il si’ ad Ankara
Vittorio Da Rold

Il Sole 24 Ore, Italia
16 dicembre 2004

Referendum: l’Eliseo teme che un <no> ai turchi colpisca anche la
Carta

PARIGI *c Il presidente francese Jacques Chirac e’ sceso in campo
direttamente con tutto il suo carisma di politico di razza sul
terreno molto delicato della questione turca, un argomento dirompente
che vede il 67% dei francesi contrari all’ingresso di Ankara in
Europa e che rischia di rompere i gia’ precari equilibri interni
della politica francese.

Il Capo dello Stato ieri sera, nel corso di una rara intervista sulla
principale rete televisiva privata Tf1, ha detto <si’> all’ingresso
della Turchia nell’Unione europea. <Se la Turchia riuscira’ ad
adempiere a tutte le condizioni che vengono richieste ai candidati –
ha detto – sara’ nell’interesse dell’Europa che entri nell’Unione>.

Il presidente ha respinto la scappatoia di un “partenariato
privilegiato” della Ue con la Turchia, affermando che i turchi non
accetterebbero <mai> una soluzione simile.

Con questo appello diretto e <pedagogico> Chirac – secondo il
quotidiano “Le Monde” – <spera di convincere l’opinione pubblica,
dopo che non ha convinto il suo proprio campo>. L’ex presidente e
padre della Carta europea Valery Giscard d’Estaing, alla vigilia
dell’elezione a membro dell’Academie Frantaise, e’ fermamente
contrario all’ingresso turco per un problema di identita’ culturale.

L’Ump, il partito di maggioranza, teme un’immigrazione selvaggia
senza contare la questione del riconoscimento del genocidio degli
armeni che ha infiammato l’Assemblea Nazionale.

In questo quadro Chirac rischia l’isolamento nella sua famiglia
politica e teme di vedere crescere, a causa della questione turca, il
campo del <no> alla Costituzione europea, che deve essere anch’essa
adottata per referendum.

C’e’ l’ipotesi di un effetto domino: un eventuale <no> al referendum
sull’ingresso della Turchia potrebbe influenzare negativamente anche
l’approvazione sulla Costituzione Ue (anch’essa sottoposta al <si’>
popolare) e questo significherebbe un doppio smacco per Chirac. Un
brutto colpo alla politica estera equivarebbe a veder naufragare le
sue speranze per un terzo mandato all’Eliseo. Ipotesi che l’attuale
presidente, trionfatore il 5 maggio 2002 con un risultato
plebiscitario su Le Pen, non ha mai escluso dall’orizzonte politico
del 2007.

VITTORIO DA ROLD

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VERTICE A BRUXELLES: Oltre che di Ankara si discuterà anche dell’ingresso di Croazia, Romania e Bulgaria

Avvenire, Italia
Venerdi 17 dicembre 2004

Berlusconi: in autunno i negoziati con la Turchia

Il premier e Fini: dal 3 ottobre si tratterĂ  i turchi per l’adesione
all’Ue Barroso: le porte si sono aperte

Dal Nostro Inviato A Bruxelles Giorgio Ferrari

Turgut Ozatek e Serap Khassadiy appoggiano con preoccupazione i loro
telefonini sul nastro del metal detector che scrutina implacabile i
visitatori del Justus Lipsius, guardandoli scomparire al di lĂ  di una
tendina gommosa con i loro giubbotti colorati. Turgut e Serap sono
marito e moglie e lavorano per una tv di Ankara.
È la prima volta che vengono a Bruxelles, ma forse Ú la prima volta
in assoluto che mettono piede fuori dalla Turchia. C’Ăš da scommettere
che molti di quei 687 giornalisti turchi ufficialmente accreditati al
vertice che si Ăš aperto ieri nella capitale belga sono in trasferta
per la prima volta. Ma Ăš impossibile non notare questa pacifica
invasione di colleghi turchi che da soli hanno occupato metĂ  degli
spazi di lavoro disponibili e rappresentano l’involontaria metafora
della grande paura che serpeggia in Europa e che ha trovato la sua
catarsi proprio qui, nel cuore del palazzo del potere temporale dei
capi di Stato e di governo dell’Unione europea, gli stessi che ieri
notte hanno deciso di dare avvio ai negoziati di adesione della
Turchia nella Ue (insieme alla Croazia e all’ingresso di Romania e
Bulgaria). Il ministro degli esteri Gianfranco Fini ha annunciato per
primo che «Ú stata definita la data dei negoziati che partiranno con
il secondo semestre del 2005». Poco dopo lo stesso premier indicava
una data: 3 ottobre. Quindi il presidente della commissione JosĂš
Manuel Durao Barroso: «Stasera abbiamo aperto le porte alla Turchia».
«È interesse dell’Europa e dell’Occidente in generale che la Turchia
entri a far parte dell’Unione europea», aveva annunciato poco prima
Silvio Berlusconi al termine di un incontro all’Hotel Conrad con il
premier turco Tayyp Erdogan. «Erdogan confida che io possa
intervenire per fare aprire i negoziati – ha detto -. Mi batterĂČ per
avere una data immediata, senza precondizioni. Sono convinto che sia
interesse del popolo europeo e dell’Occidente di avere la Turchia
nell’Unione europea per avviare il dialogo tra due culture». La
stessa scelta di fissare il negoziato tra nove mesi deriva dalla
volontĂ  di dare tempo al parlamento turco per approvare il
riconoscimento di Cipro. Dal canto suo, Erdogan ha assicurato che i
turchi faranno «tutto il possibile» e si Ú detto disposto a parlare
con il presidente cipriota Tassos Papadopolus. Italia e Gran Bretagna
sono i grandi sponsor di Ankara (ieri si Ăš raggiunto un compromesso
in sede Ppe), che gioca la carta cipriota del riconoscimento per
alzare la posta. Se ne continuerĂ  a parlare oggi, ha confermato il
presidente di turno dell’Ue, il premier olandese Jan Peter
Balkenende.
E veniamo alla grande paura, che mette contro i francesi e il loro
presidente (perfino l’Ump contesta Chirac mentre l’opposizione gli dĂ 
del monarca assoluto), danesi e olandesi contro la Commissione (a
Copenaghen qualcuno ha messo il burqa alla «sirenetta»), tedeschi
dell’Spd contro tedeschi popolari (questi ultimi, Angela Merkel in
testa, preoccupatissimi per un’Europa scristianizzata e in procinto
di diventare paramusulmana), euroscettici ed euroentusiasti con
schieramenti trasversali indecifrabili e ottimismi di facciata
altrettanto ridicoli. In realtĂ  sono i numeri a far paura: 70 milioni
di turchi, il Paese piĂč vasto d’Europa, una proporzione di muslmani
che salirebbe dal 3% di oggi al 20% di domani. E sullo sfondo, una
Costituzione pensata a stento per gli equilibri attuali e decisamente
squilibrata e incompleta nel caso la Turchia diventasse membro a
tutti gli effetti.
E allora ci sono due modalitĂ  di reazione alla grande paura: quella
del rifiuto esplicito (come fa la Lega in Italia, le destre xenofobe
europee e sottotraccia molti cuori moderati) e quella della corsa in
avanti, come fanno gli eurottimisti. «La nostra visione per la
Turchia – dice Barroso – Ăš chiara: non cerchiamo una soluzione a
metĂ . Se dobbiamo aprire i negoziati, questo dovrĂ  essere fatto
avendo in testa la prospettiva di un’adesione completa». Rottura,
adesione, partenariato pr ivilegiato. Sono le tre tavolette su cui si
gioca la difficile partita turca, che come posta ha l’ammissione di
responsabilitĂ  del genocidio armeno, il riconoscimento di Cipro,
passi concreti sulla strada dei diritti umani e l’accettazione di un
lungo percorso dilatorio, revocabile nel caso l’anomalia turca
diventasse un ostacolo all’integrazione europea. Una posta troppo
alta perfino per Erdogan e per chiunque insegua quel sogno nato
quarant’anni fa: il sogno di portare la testa dell’Anatolia nel cuore
dell’Europa, mutandone la carta geografica e gli equilibri in nome di
un laicismo musulmano moderato.

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Il politologo Alexandre Del Valle mette in guardia Bruxelles: ad Ankara comandano gli islamici radicali

La Padania, Italia
giovedĂŹ 16 dicembre 2004

«Turchia nell’Ue, il suicidio dell’Occidente»

Lo studioso francese denuncia la “deriva imperialista” di un’Europa
“infantile”

roberto pich

La Turchia in Europa? Un errore madornale, uno dei tanti che
l’Occidente – e l’Europa in particolare – da un po’ di tempo ama
buttarsi sulle spalle per giustificarsi davanti alla propria storia e
zittire la propria cattiva coscienza. Ne Ăš convinto Alexandre Del
Valle, studioso francese di geopolitica e attento osservatore del
fenomeno Islam soprattutto negli ultimi anni.
Professor Del Valle, queste ultime settimane, un po’ in tutti i Paesi
europei, si ù acceso il dibattito sull’ingresso della Turchia nella
“famiglia” europea. Lei come giudica un’eventuale futura adesione a
pieno titolo di Ankara all’Ue?
«Sarebbe un fatto gravissimo per piĂč di un motivo: innanzitutto la
Turchia non Ăš assolutamente uno Stato europeo, anche se parte dei
suoi abitanti lo sono per lontana origine, benché islamizzati e
turcizzati, e una parte ancor piĂč piccola del suo territorio lo Ăš dal
punto di vista geografico. Ma la Turchia non puĂČ assolutamente dirsi
uno Stato europeo, nĂ© per la storia nĂ© per la cultura. Di piĂč, la
Turchia Ăš e rimane uno Stato fortemente negazionista, che ancora oggi
non accetta le responsabilità dell’Impero Ottomano nel genocidio del
popolo armeno. E per finire, rimane un Paese militarista e direi
anche fascista, dove i diritti umani sono rispettati solo sulla
carta: per non parlare della presenza turca a Cipro, alla quale
Ankara non vuole assolutamente rinunciare».
Un riconoscimento del genocidio armeno per mano turca e una soluzione
alla questione cipriota non basterebbero dunque a suo avviso nel
rendere accettabile l’ingresso turco in Europa?
«No, non foss’altro che la Turchia – lo ripeto – non Ăš un Paese
europeo. Ha una grande storia, sicuramente una grande civiltĂ : ma non
ù europea. In questo non c’ù niente di male, semplicemente esiste una
diversitĂ  che va riconosciuta. CosĂŹ come va riconosciuta anche la
profonda intolleranza della societĂ  turca: chi non Ăš maomettano viene
tacciato di “infedele”, come gli ebrei turchi che vi abitano da
secoli, o gli assiro-caldei che abitavano la Turchia prima che
nascesse Maometto, ma oggi sono solo gavur, infedeli».
I sostenitori dell’ingresso della Turchia nella Ue ripetono perĂČ che
si tratta di un Paese null’affatto radicale, con una forte laicità
delle sue istituzioni. È cosÏ?
«Se Ăš pur vero che i militari, i “custodi” in un certo senso della
Turchia kemalista e quindi laica, detengono ancora un certo potere, Ăš
altrettanto vero che proprio Bruxelles sta spingendo Ankara ad una
loro esautorazione dalle leve del comando, con grande soddisfazione
dell’attuale governo Erdogan. In sostanza, si dice alla Turchia di
mettere da parte i militari, come una delle condizioni per il suo
ingresso in Europa, dimenticando allo stesso tempo – o facendo finta
di dimenticarsi – che una volta spezzato il potere dell’esercito,
addio laicità della Costituzione».
L’attuale premier Recepp Erdogan e il suo governo non sarebbero
quindi quegli islamici moderati che vogliono apparire?
«Assolutamente no. Anzi. Lo stesso Erdogan ha una paura folle
dell’esercito che contribuì in passato alla sua carcerazione per
istigazione all’odio religioso. Si figuri che il premier ha mandato
le sue figlie a studiare negli Stati Uniti…».
Sembrerebbe invece un bell’esempio di laicitĂ  e di “modernismo”…
«Tutt’altro. Le ha mandate negli Usa perchĂ© in Turchia la
Costituzione kemalista vieta l’uso del velo e dei simboli religiosi
nelle UniversitĂ , mentre in America hanno la possibilitĂ  di
indossarlo liberamente».
Le polemiche dei mesi scorsi sulla proposta di considerare
l’adulterio come reato non erano dunque uno scivolone di poche teste
calde.
«Tutt’altro. La loro intenzione, quella di chi Ăš oggi al governo in
Turchia, ù quella di distruggere pezzo a pezzo l’impalcatura
kemalista dello Stato per sostituirvi infine la sharia, la legge
coranica».
E Bruxelles si presta a questo gioco?
«Come tante volte nella nostra storia, l’Occidente gioca contro se
stesso: e il finto europeista Erdogan ringrazia per l’aiuto. Se va
vanti così, tra vent’anni lo Stato kemalista sarà distrutto, gli
islamici radicali avranno il potere in mano. E l’Occidente dovrà
ringraziare se stesso ancora una volta».
Occidente suicida in quale altre occasioni?
«Quando aiutĂČ Komehini, quando addestrĂČ i guerriglieri musulmani alla
guerra santa contro l’Unione Sovietica: Bin Laden e i talebani sono
nati per mano dell’Occidente».
Eppure, nonostante tutto questo, non sembra esservi una grande
ostilità all’idea di una Turchia nella Ue, almeno a livello politico.
Come mai?
«In realtà esiste un fronte anti-turco, a cominciare dalla Lega e
dall’Udc in Italia, a buona parte dei partiti austriaci,
all’opposizione danese. Ed ù anche vero che a Strasburgo, seppur 400
deputati hanno votato a favore dell’apertura dei negoziati con
Ankara, 250 hanno invece votato contro».
Tornando alla questione cipriota: tempo fa la Grecia rifiutĂČ il
cosiddetto “piano Annan” per la soluzione della controversia con la
Turchia. Oggi Ankara e i suoi supporter si fanno scudo di quella
decisione.
«Il piano Annan era improponibile per i greci che bene hanno fatto a
non accettarlo. Si figuri che ai ciprioti greci era vietato perfino
ricomprarsi le case dalle quali erano stati cacciati dai soldati
turchi. E sa chi l’aveva steso quel piano? Un inglese. PerchĂ© non
dimentichiamo che dietro la Turchia c’ù soprattutto la Gran Bretagna
con i suoi interessi strategici e militari nella zona».
Perché tanti politici europei farebbero carte false pur di vedere la
Turchia in Europa?
«Per servilismo verso gli Stai Uniti, da un lato. E per cattiva
coscienza».
CioĂš?
«A mio parere in questa vicenda, gioca molto la cattiva coscienza
europea, i suoi sensi di colpa per il periodo coloniale. E cosĂŹ,
invece di risarcire o di scusarsi con i Paesi effettivamente
colonizzati, ci si mette la coscienza a posto caldeggiando l’ingresso
di un Paese islamico come la Turchia».
E, Dio non voglia, se la Turchia entrerĂ  veramente nella Ue a tutti
gli effetti?
«Avrebbe la maggioranza relativa di deputati a Strasburgo, e allora
ci sarebbe da ridere…».
Ha parlato di servilismo verso gli Usa, e in effetti Washington Ăš uno
dei massimi sponsor di Ankara nell’Ue. In un suo libro di qualche
anno fa (Guerre contro l’Europa: Bosnia, Kosovo, Cecenia…),
all’epoca dell’intervento americano in Kosovo, lei sosteneva
l’intenzione degli Stati Uniti di favorire una “dorsale verde”
turco-islamica” in funzione anti-russa e anti-europea, dall’Albania
all’Afghanistan. È ancora di questa idea?
«È tutt’oggi una mia convinzione che a lunga scadenza l’intento degli
Usa sia quello di impedire la rinascita dell’ex nemico russo
utilizzando questa “dorsale verde”, favorendo l’indipendenza dei
paesi musulmani dell’ex Urss per far perdere a Mosca il controllo
delle riserve di petrolio e di gas. In piĂč la creazione di Stati
islamici nei Balcani servirà a buttare fuori la Russia dall’Europa e
creare instabilità nel nostro continente».
Come giudicherebbe invece un ingresso della Russia nell’Ue?
«Sono assolutamente favorevole: la Russia Ú un paese europeo sotto
ogni aspetto, nonostante la visione anglosassone – ma anche cattolica
– del mondo cristiano ortodosso, considerato “esotico” e
“orientaleggiante”. Ma la storia della Russia, la sua civiltà e
cultura sono lĂŹ a dimostrare esattamente il contrario: che la Russia
Ăš Europa a tutti gli effetti, a differenza della Turchia. E con la
Russia, con il suo esercito e le sue riserve energetiche, l’Europa
sarebbe certamente piĂč forte. Certo, si tratterebbe di un
avvicinamento a lunga scadenza, almeno fintantoché la Russia vede
l’Europa come un club filo-Atlantico».
Cosa ne pensa dell’appoggio Usa e Ue al separatismo ucraino?
«Non trovo per nulla giusto da parte degli Usa appoggiare una destra
cattolica antisemita come quella ucraina, solo per creare difficoltĂ 
alla Russia. Purtroppo l’Europa suicida segue a ruota, con
l’eccezione di qualcuno come Berlusconi che mi sembra piĂč
equilibrato».
Qualcuno l’accuserà di anti-americanismo.
«Sono tutt’altro che anti-Usa. Anzi, nell’Ump, il partito al quale
aderisco, sono promotore di una corrente filo-americana e
filo-atlantica. Ma essere amici degli Stati Uniti non significa dire
sempre “sì” a Washington».
Ma questa Ue, cos’ù? E cosa vuole diventare?
«L’Europa Ăš un’entitĂ  che soffre di servilismo verso gli Usa, e che
sta andando verso una deriva imperialista».
Addirittura?
«Chi non Ăš in grado di darsi dei confini, come l’Ue, soffre di
imperialismo. Se l’Ue ù disposta ad accettare la Turchia in nome
dell’idea unica del “rispetto dei diritti umani” e della
sottoscrizione di qualche trattato, allora ha deciso per un
allargamento di tipo imperialista. La Ue con la Turchia non sarebbe
piĂč Europa ma Eurasia. E dopo la Turchia, perchĂ© non il Marocco,
l’Iran o la Tunisia?».
C’ù un eccesso di economicismo dietro a questa deriva?
«Non direi. Si possono fare ottimi affari, come fa la Svizzera,
restandone al di fuori. Ma l’Ue ù prostrata dal servilismo verso gli
Usa e dal “politicamente corretto”».
Ma servilismo verso gli Usa e aspirazioni imperialiste non sono in
contraddizione?
«È in effetti un “Impero infantile” (come lo definisce un libro in
uscita in Francia) che si fonda sull’idea unica dei “diritti
dell’uomo”, base astratta di una falsa identità: un pretesto in
definitiva per giustificare un allargamento senza fine. La Ue Ăš una
sorta di “aspirante impero” frustrato dalla potenza militare
dell’omologo impero americano. L’Ue si sta costruendo come vogliono
gli Usa e le rare contrapposizioni diplomatiche sono dovute
essenzialmente a motivazioni “nazionalistiche” di singoli politici,
come il filo-arabismo francese di Chirac».
Infine, ritiene un errore non aver inserito il richiamo alle radici
cristiane nella Costituzione Ue?
«Senz’altro un errore molto grave, nonostante che piĂč voci di siano
levate di contro: come l’Ump in Francia, l’Udc e la Lega in Italia, o
lo stesso Berlusconi. Non sarebbe stato un ritorno alla teocrazia,
come sostenuto da alcuni in maniera pretestuosa, ma piuttosto il
riconoscimento del fatto che tanti valori laici hanno la loro origine
proprio nelle radici giudeo-cristiane dell’Europa».
Sarebbe stato un segnale forte anche verso Ankara?
«Verso Ankara e verso tutti gli altri paesi islamici che vorrebbero
entrare nella Ue. Sarebbe servito a far capire che l’Europa definisce
se stessa anche religiosamente, nel senso culturale del termine.
Invece oggi Erdogan puĂČ dire che l’Europa non Ăš un club cristiano e
che anche la Turchia ha il diritto di farne parte».

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JosĂš Barroso, sul patto di stabilitĂ  ascolteremo Berlusconi con attenzione;

ItaliaOggi
17 dicembre 2004

Aperti ieri in serata i lavori del consiglio europeo. Il premier: non
prevedo resistenze alla mia idea.

by da Bruxelles Federica Zoja

‘Non Ăš previsto nell’agenda di questo vertice che si discuta del
Patto di stabilitĂ , il Consiglio non prenderĂ  nessuna decisione in
merito ‘.

È quanto ha dichiarato il presidente della Commissione europea, JosÚ
Manuel Durao Barroso, nel corso dell’incontro con la stampa
internazionale di ieri mattina a Bruxelles.

Nel rispondere alle domande dei giornalisti riguardo all’intenzione
del premier italiano, Silvio Berlusconi, di intervenire in serata al
Consiglio europeo per proporre una revisione del Trattato, Barroso,
inoltre, ha sottolineato: ‘La credibilitĂ  del Patto Ăš piĂč che mai
valida; la sospensione delle procedure per deficit eccessivo contro
Francia e Germania Ăš motivata, nessun paese gode di privilegi. Una
cosa Ăš chiara, che quando ci sarĂ  la discussione, sotto presidenza
lussemburghese, sarĂ  basata su due pilastri, la credibilitĂ  del patto
e la sua applicazione a tutti i paesi membri, indipendentemente dalla
loro dimensione. So che Berlusconi vorrĂ  parlare dell’argomento. Noi
ascolteremo le preoccupazioni del presidente italiano con la piĂč
grande attenzione e vi posso garantire’ ha poi proseguito piĂč in lĂ 
riferendosi al negoziato sotto presidenza lussemburghese ‘che
discuteremo in modo approfondito, e la Commissione giocherĂ  un ruolo
determinante’.

Ma proprio Silvio Berlusconi ieri poco prima di raggiungere il
palazzo Justus Lipsius per i lavori del Consiglio europeo, si Ăš detto
fiducioso che la sua proposta di ripartire su piĂč esercizi le spese
per gli investimenti, ai fini del calcolo del deficit per i parametri
di Maastricht, sarĂ  accolta da tutti i partner europei. ‘Credo che su
questo tema non ci dovrebbero essere resistenze da parte di alcun
paese’, ha spiegato il presidente del consiglio. Il premier ha
spiegato di non averne parlato con gli altri leader del Ppe cui aveva
giĂ  avuto modo di illustrare la sua idea di applicare la cosiddetta
golden rule. ‘Nessuno puĂČ dire no a una proposta di assoluta
ragionevolezza’, ha sottolineato.

Al vertice europeo apertosi ieri sera sotto la presidenza di turno
dell’Olanda, la Commissione si presenterĂ  con un dossier di temi
caldi, riguardo ai quali solleciterĂ  gli stati membri a lavorare
costruttivamente.

Il presidente ha ribadito: ‘Il tempo delle negoziazioni con la
Turchia Ăš arrivato. L’adesione di questo paese all’Unione europea non
Ăš paragonabile a quella degli altri Stati, sarebbe inutile
nasconderlo, ma ci sono importanti segnali da parte del governo turco
di un avanzamento della democrazia. Come il mio predecessore, esprimo
il mio supporto personale e quello della Commissione all’apertura
delle negoziazioni’.

La questione turca, perĂČ, rischia di sovrapporsi a quella
dell’adozione della Costituzione in quei paesi in cui Ăš previsto, giĂ 
nei primi mesi del 2005, il referendum (in Spagna il 20 febbraio
prossimo ): ‘È importante che l’informazione in proposito sia chiara:
accettare la carta costituzionale non equivale ad accettare
l’ingresso della Turchia nĂ© di altri stati nell’Unione’.

Qualora il Consiglio, come Ăš probabile, dovesse dare il proprio
assenso, dopo quello del parlamento mercoledĂŹ scorso, alle
negoziazioni, ‘si aprirĂ  la vera sfida’ ha commentato JosĂš Barroso
‘non tanto diplomatica quanto sociale. Che cosa sapranno fare i 25
per favorire un dialogo fra le rispettive societĂ  e quella turca?’.

A coloro che fino all’ultimo hanno chiesto di aggiungere alle
condizioni di Copenhagen il riconoscimento da parte della Turchia del
genocidio armeno, il governo francese in primis, il presidente ha
voluto rispondere: ‘Non Ăš corretto sollevare nuovi criteri all’ultimo
momento: negli anni a venire si potrĂ  allargare la prospettiva’.

Allo stesso modo, una revisione del sistema di voto a doppia
maggioranza introdotto dalla Costituzione Ăš un’ipotesi ‘attualmente
fuori discussione’: in virtĂč del fattore demografico, la Turchia, con
una popolazione di 71 milioni di abitanti, avrebbe lo stesso potere
politico della Germania. È in discussione, dunque, l’intero
equilibrio del progetto europeo’.

Ma di fronte al consiglio, Barroso esprimerĂ  anche il proprio
supporto all’allargamento dell’Unione a Romania e Croazia, e una
raccomandazione a rafforzare il ruolo dei 25 in politica estera e le
misure anti-terrorismo.

Nel frattempo, nella mattinata di ieri il parlamento europeo ha
approvato il budget 2005, il primo relativo ai 25, cosĂŹ come
elaborato dalla Commissione Prodi. Il documento finanziario contiene,
per la prima volta, un riferimento alle prioritĂ  politiche: fra
questi, il sostegno alla strategia di Lisbona, la promozione dei
diritti fondamentali, il rilancio dell’economia, l’integrazione
effettiva dei nuovi 10 stati membri.

‘La Commissione ha obiettivi chiari, non si puĂČ dire lo stesso di
tutti i 25’, ha dichiarato lapidario Barroso. (riproduzione
riservata)

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This compilation was contributed to by:
Katia Peltekian

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