French articles – 1

* Vers un « oui mais… » de Bruxelles Ă  Ankara;
* Leila Zana a demandĂ© Ă  l’Union europĂ©enne d’accueillir la Turquie
* L’obsession de Jacques Chirac; Éditorial
* Michel Barnier n’a pas employĂ© de lui-mĂȘme le mot “gĂ©nocide”, selon Paris
* Les eurodĂ©putĂ©s disent oui aux nĂ©gociations d’adhĂ©sion avec la Turquie
* Turquie: Dupont-Aignan et Myard “implorent” Chirac de dire non Ă  l’adhĂ©sion
* ArmĂ©nie/Turquie: le dĂ©bat doit porter sur le “devoir de mĂ©moire”, selon CopĂ©
* L’Union europĂ©enne prĂȘte Ă  entrebailler ses portes Ă  la Turquie (PAPIER BALAI)
* Barroso: c’est le moment de dire oui Ă  la Turquie
* Les Turcs déçus par l’attitude de la France
* Dossier. L’Ă©largissement de l’Europe. Paroles de religieux…
* L’Europe est prĂȘte Ă  ouvrir ses portes Ă  la Turquie ;
* « Vivre sous le ciel de l’Union europĂ©enne » ;
* Lettre ouverte Ă  Jacques Chirac;
* L’argumentaire antiturc passĂ© au crible;
* La Turquie maintient sa pression sur l’Union europĂ©enne
* Les Turcs attendent le verdict de Bruxelles
* Les ArmĂ©niens de Turquie en quĂȘte de reconnaissance;
* Moscovici : « L’objectif, c’est l’adhĂ©sion »;
* Turquie : l’autre division des socialistes;
* Les parlementaires français continuent d’exprimer leurs rĂ©ticences
* Pour ou contre la candidature turque : les arguments de chaque camp
* Sommet de l’UE sur la Turquie Chirac dit un oui conditionnel Ă  l’entrĂ©e d’Ankara
* Des ArmĂ©niens de France s’indignent des propos de Michel Barnier
* L’adoption d’une loi sur le “gĂ©nocide armĂ©nien” par le parlement français (ENCADRE)
* Le massacre des Arméniens: reconnu comme génocide par peu de pays européens (ENCADRE)
* Train spécial Marseille-Bruxelles affrété par des organisations arméniennes
* La communautĂ© armĂ©nienne se mobilise contre l’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’UE (PAPIER D’ANGLE)
* Michel Barnier relance la question du génocide arménien (ECLAIRAGE)
* Erevan remercie Paris d’avoir Ă©voquĂ© la reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien
* Barnier: nous poserons Ă  la Turquie la question “du gĂ©nocide armĂ©nien”
* Turquie/UE: les protestants demandent Ă  Chirac d’ĂȘtre l’avocat des minoritĂ©s religieuses
* TragĂ©die des ArmĂ©niens: “une blessure qui ne cicatrise pas” (Barnier)
* La communautĂ© turque de France souffre d’isolement et de “mĂ©connaissance” (PAPIER D’ANGLE)
* Turquie: Hollande rappelle la ligne du PS

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Vers un « oui mais… » de Bruxelles Ă  Ankara;

L’HumanitĂ©
16 décembre 2004

Union europĂ©enne. Le sommet des chefs d’État qui dĂ©bute aujourd’hui
doit dĂ©cider de l’ouverture des nĂ©gociations d’adhĂ©sion avec la
Turquie.

par Paul Falzon

Sept mois aprĂšs son Ă©largissement vers l’Est, l’Union europĂ©enne va
ouvrir aujourd’hui et demain Ă  Bruxelles une nouvelle page de son
histoire. Les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-Cinq vont
dĂ©cider d’ouvrir des nĂ©gociations d’adhĂ©sion avec la Turquie. Reste Ă 
savoir quand et sous quelles conditions. Acquise sur le principe – le
prĂ©sident en exercice de l’Union, Jan-Peter Balkenende, a confirmĂ©
hier que le Conseil europĂ©en « s’achemine vers un oui » – l’adhĂ©sion
d’Ankara devrait ĂȘtre soumise Ă  des critĂšres qui, au final, pourrait
compromettre ses chances de rĂ©ussite. Plusieurs chefs d’État, dont
Jacques Chirac (voir ci-dessous), ont parlĂ© d’Ă©taler les nĂ©gociations
sur dix ou quinze ans. Le président français a aussi souhaité
repousser au maximum le début des discussions, vers la fin 2005,
alors que la Turquie réclame une ouverture des discussions « sans
délais », comme le stipulait le sommet de Copenhague en 2002.
Surtout, les Vingt-Cinq devraient se laisser la possibilité de créer,
sous prĂ©texte d’instaurer un « processus ouvert », une « troisiĂšme
voie » entre l’adhĂ©sion et le rejet, sous la forme d’un « partenariat
privilégié » qui a les faveurs des opposants à la candidature turque.
« la Turquie n’hĂ©sitera
pas à dire non »
À Ankara, la pilule passe mal. « Nous ne dirons pas oui Ă  tout prix
», a souligné le ministre turc des Affaires étrangÚres, Abdullah Gul,
en rejetant toute idée de « dérogations » spécifiques à son pays.
Tandis que le premier ministre Recep Erdogan a déclaré à des
diplomates europĂ©ens que « la Turquie n’hĂ©sitera pas Ă  dire non » si
le Conseil europĂ©en ne lui propose pas une perspective d’adhĂ©sion
pleine et entiĂšre Ă  l’UE, et dans un dĂ©lai raisonnable.
Le ton devrait Ă©videmment ĂȘtre plus consensuel aujourd’hui Ă 
Bruxelles. Mais le débat devrait trÚs vite resurgir au sein des pays
les plus rĂ©ticents Ă  l’adhĂ©sion d’Ankara. C’est particuliĂšrement vrai
pour l’Autriche, la France et l’Allemagne. Dans ces deux derniers
pays, la droite (l’UMP et la CDU) plaide pour un « partenariat
privilĂ©giĂ© », avec d’Ă©videntes arriĂšre-pensĂ©es Ă©lectoralistes puisque
ce sont aussi deux des États oĂč l’opinion publique est la plus
frileuse vis-Ă -vis de la Turquie – le reste de l’Europe restant, il
faut le souligner, trĂšs favorable Ă  l’adhĂ©sion de ce pays. Ces enjeux
intérieurs expliquent le net recul de Jacques Chirac qui, chaud
partisan de l’adhĂ©sion turque il y a quelques semaines encore, se
montre aujourd’hui plus circonspect. Le prĂ©sident français tente
aussi d’Ă©viter la confusion entre ce dossier et la celui de la
constitution europĂ©enne, Ă  l’approche d’un rĂ©fĂ©rendum qui s’annonce
serré.
Car les sujets sensibles sont nombreux concernant la Turquie, pays
peuplé de 70 millions de musulmans face à à une Europe de plus en
plus marquĂ©e par l’islamophobie. Ces derniers jours, la polĂ©mique
s’est concentrĂ©e sur la reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien, qui a
fait plus d’un million de morts entre 1915 et 1917. Ankara refuse
toujours de reconnaĂźtre sa responsabilitĂ© dans le massacre. De mĂȘme,
la question de Chypre reste problématique. La Turquie doit encore
signer l’extension aux dix nouveaux membres de l’UE de l’accord
commercial qui la lie depuis 1995 Ă  l’Union. Parmi ces pays figure la
RĂ©publique de Chypre, en conflit avec la Turquie depuis la partition
de l’Ăźle en 1974. Ankara refuse toujours de reconnaĂźtre Nicosie.
Paul Falzon

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Leila Zana a demandĂ© Ă  l’Union europĂ©enne d’accueillir la Turquie

L’HumanitĂ©
16 décembre 2004

Avant de se rendre au Parlement européen, la militante kurde,
ex-dĂ©putĂ©e, a Ă©tĂ© faite citoyenne d’honneur de la Ville de Paris par
Bertrand Delanoë.

Leila Zana, ex-dĂ©putĂ©e kurde, a Ă©tĂ© faite citoyenne d’honneur de la
Ville de Paris par le maire de la capitale, Bertrand Delanoë, au
cours d’une brĂšve cĂ©rĂ©monie dans les salons de l’HĂŽtel de Ville en
prĂ©sence d’une quarantaine de personnalitĂ©s en majoritĂ© kurdes.
C’Ă©tait sa premiĂšre visite en France depuis sa libĂ©ration en mai
dernier. Un emploi du temps chargĂ© puisqu’elle doit se rendre au
Parlement européen de Strasbourg, rencontrer des dirigeants des
partis socialistes et des Verts avant une derniĂšre visite au siĂšge du
PCF, oĂč elle sera reçue vendredi par Marie-George Buffet. Visiblement
Ă©mue par l’accueil, elle a pris la parole en langue kurde Ă  la suite
d’une brĂšve intervention du maire de Paris, accompagnĂ©e d’un de ses
adjoints, Khédidja Boucart. Leila Zana a tenu à remercier Danielle
Mitterrand, prĂ©sente Ă  la cĂ©rĂ©monie, et tous ceux – partis
politiques, organisations sociales et personnalitĂ©s – en France qui
se sont mobilisés pour sa libération et celle de ses deux codétenus
condamnés avec elle en 1994 à de trÚs lourdes peines de prison.
L’ex-dĂ©putĂ©e kurde a lancĂ© un appel Ă  la France afin qu’elle prenne
en compte les Ă©volutions intervenues en Turquie et pour que son pays
intĂšgre rapidement l’UE.
Quant au maire de Paris, il a tenu à rendre un vibrant hommage au «
courage » de la militante kurde pour son combat en faveur des
libertĂ©s, de la dĂ©mocratie et de l’identitĂ© kurde, la qualifiant au
passage de « rĂ©sistante ». La question de l’adhĂ©sion de la Turquie Ă 
l’UE a Ă©tĂ© Ă©galement Ă©voquĂ©e par le maire de Paris. S’exprimant « Ă 
titre personnel », a-t-il précisé, Bertrand Delanoë a émis le souhait
de voir la Turquie faire partie de l’UE, parce qu’elle est «
europĂ©enne », et cela dĂšs lors qu’elle aura satisfait Ă  toutes les
conditions requises – dĂ©mocratie, pluralisme, reconnaissance des
droits culturels des minoritĂ©s kurdes et des droits de la femme… Il
a demandé à « la Turquie démocratique » de faire un geste en
reconnaissant le génocide arménien.
H. Z

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L’obsession de Jacques Chirac; Éditorial
par Claude Cabanes

L’HumanitĂ©
16 décembre 2004

* Le prĂ©sident de la RĂ©publique va-t-il sacrifier l’entrĂ©e de la
Turquie dans l’Union europĂ©enne Ă  la victoire du « oui » au
référendum sur la constitution européenne, ou défendre ses
convictions ? *

Hier soir à la télévision, le président de la République a, en
quelque sorte, ouvert avec 24 heures d’avance les travaux du sommet
européen qui se réunit à Bruxelles. Quand ces lignes sont écrites sa
prestation tĂ©lĂ©visĂ©e n’a pas encore Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e sur TF1 : mais tout
laissait Ă  penser qu’il dĂ©velopperait son point de vue sur le dossier
de l’entrĂ©e de la Turquie dans l’Union europĂ©enne.
On dit Jacques Chirac « obsédé » par le « oui » au futur référendum
sur la Constitution europĂ©enne : le mot est de l’un des ministres les
plus proches de l’ÉlysĂ©e. On dit mĂȘme qu’il fait de la victoire du «
oui » une grande affaire et qu’il en fait son affaire. Il serait
donc, aprĂšs la phase d’intense satisfaction des rĂ©sultats du
référendum interne au Parti socialiste, trÚs tracassé, sinon inquiet,
de la montĂ©e en puissance du « non » dans le pays. Il serait prĂȘt Ă 
tout pour lui barrer la route. Serait-il mĂȘme prĂȘt Ă  sacrifier ses
propres convictions favorables à la négociation avec Ankara pour
qu’elle devienne l’un des États membres de l’Union ? C’est la
question que l’on se posait hier soir…
Il faut bien dire de ce point de vue que la lumiĂšre ne viendra pas de
son propre camp. L’Ă©quipe qu’il a installĂ©e Ă  l’HĂŽtel Matignon est Ă 
bout de souffle et fait le dos rond. Le premier ministre avait
fùcheusement laissé deviner son opinion il y a quelque temps en
dĂ©clarant : « Voulons-nous que le fleuve de l’islam rejoigne le lit
de la laĂŻcitĂ© ? » Ce n’Ă©tait pas trĂšs encourageant pour la Turquie,
c’est le moins que l’on puisse dire. Depuis, M. Raffarin a baissĂ©
d’un ton et fait le discret. Quant au nouveau chef de l’UMP, M.
Sarkozy, qui accomplit paraĂźt-il un voyage triomphal en IsraĂ«l oĂč il
flatte la politique de M. Sharon, il a toujours eu du mal Ă  cacher
son opinion favorable Ă  l’intervention militaire amĂ©ricaine en Irak,
et ne cache plus son hostilitĂ© Ă  l’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’Europe.
Ainsi donc, Ă  droite, M. Chirac se sent un peu seul sur ce dossier.
Il est d’ailleurs saisissant de noter, de ce cĂŽtĂ©-lĂ , que certains
argumentaires qui tendent Ă  rejeter la Turquie ont un fort
dĂ©sagrĂ©able parfum d’empire colonial d’autrefois. Il est certes tout
à fait légitime de demander à la Turquie de solder ses comptes avec
sa propre histoire, qui a parfois portĂ© l’empreinte de la fĂ©rocitĂ©
gĂ©nocidaire Ă  l’Ă©gard du peuple armĂ©nien notamment… Pourtant les
redresseurs de tort vĂȘtus de probitĂ© candide et de lin blanc ont
quelquefois la mĂ©moire qui flanche : c’est au coeur de l’Europe
chrĂ©tienne, Ă  l’apogĂ©e de son rĂšgne si brillant, qu’a Ă©tĂ© commis le
massacre, unique dans l’histoire, connu sous le nom de « Shoah »…
Cela devrait rendre humble.
Naturellement, l’examen du dossier turc mĂ©rite une attention
sĂ©rieuse, sereine et gĂ©nĂ©reuse. Aucun des chapitres en dĂ©bat n’est Ă 
rejeter d’un revers de main : la situation gĂ©ographique du pays,
l’importance de sa population, la forte imprĂ©gnation de l’islam, la
situation des droits de l’homme en gĂ©nĂ©ral et de la femme en
particulier, le caractĂšre laĂŻque de l’État, la puissance historique
de l’armĂ©e et de ses chefs, sont Ă©videmment Ă  prendre en
considĂ©ration. Mais au fond l’essentiel tient Ă  la vision politique
profonde de l’avenir qu’auront les uns et les autres au cours de la
négociation.
En définitive, la seule question qui vaille est simple : Quelle
Europe ? La réponse de M. Tony Blair, par exemple, ne laisse aucune
ombre : il envisage avec enthousiasme l’entrĂ©e de la Turquie dans
l’Union, parce qu’elle est membre de l’OTAN, parce qu’elle est l’amie
d’IsraĂ«l, et parce qu’elle sera le cheval de Troie de l’Occident pour
« remodeler » le monde arabe… Autrement dit, le destin de l’Europe
est d’ĂȘtre amarrĂ© sous le bouclier amĂ©ricain, et la nature de son
systĂšme Ă©conomique ne se pose pas : il est capitaliste jusqu’Ă  la fin
des temps…
C’est ce qu’accepte Jacques Chirac. Nous ne l’acceptons pas.

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Michel Barnier n’a pas employĂ© de lui-mĂȘme le mot “gĂ©nocide”, selon Paris

Agence France Presse
15 décembre 2004 mercredi 12:56 PM GMT

PARIS 15 dĂ©c 2004 — Le ministre des Affaires Ă©trangĂšres, Michel
Barnier, n’a pas employĂ© de lui-mĂȘme le mot “gĂ©nocide” armĂ©nien, ne
faisant que reprendre l’expression d’un dĂ©putĂ© français, a indiquĂ©
mercredi le Quai d’Orsay.

“Monsieur Barnier n’a pas employĂ© de lui-mĂȘme ce mot. Celui-ci n’est
venu dans sa bouche que pour reprendre les termes de la question que
lui posait un dĂ©putĂ©”, a dĂ©clarĂ© la porte-parole adjointe du
ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres, CĂ©cile Pozzo di Borgo, lors d’un
point de presse.

“Nous poserons toutes les questions, notamment celle du gĂ©nocide
armĂ©nien, notamment celle de Chypre, au long de cette nĂ©gociation”
d’adhĂ©sion de la Turquie, avait dĂ©clarĂ© mardi M. Barnier Ă 
l’AssemblĂ©e nationale.

C’Ă©tait la premiĂšre fois que le ministre employait ce terme alors
qu’il avait jusque-lĂ  pris soin d’utiliser le terme “tragĂ©die”, terme
souvent employé par les autorités turques pour qualifier cette
question.

Le 18 janvier 2001, le Parlement français a adopté une loi,
promulguĂ©e le 29 janvier, qui dispose dans son article unique : “La
France reconnaĂźt publiquement le gĂ©nocide armĂ©nien de 1915”, sans
toutefois en désigner les responsables.

L’exĂ©cutif français ne s’est jamais prononcĂ©.

A l’ElysĂ©e, on indiquait que la France “n’est pas qualifiĂ©e pour
employer ce terme car il n’a pas Ă©tĂ© dĂ©fini juridiquement et
internationalement”.

Le génocide est juridiquement identifié par la Convention pour la
prévention et la répression du crime de génocide adoptée par
l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations unies le 9 dĂ©cembre 1948.

L’ElysĂ©e souligne que cette convention a Ă©tĂ© appliquĂ©e pour la Shoah,
le Rwanda et le Cambodge mais pas pour l’ArmĂ©nie et qu’elle ne peut
ĂȘtre rĂ©troactive puisqu’elle vise Ă  punir les auteurs du gĂ©nocide.

Le président Jacques Chirac avait estimé en avril que la question de
la reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien par la Turquie Ă©tait “un
problĂšme qui concerne les relations entre la Turquie et l’ArmĂ©nie”.

“J’observe avec satisfaction qu’il y a dans ce domaine une Ă©volution
positive et je m’en rĂ©jouis. On ne peut pas non plus sur le plan
bilatĂ©ral juger de tout l’avenir en fonction exclusivement du passĂ©”,
avait-il ajouté.

Les massacres et dĂ©portations d’ArmĂ©niens sous l’empire ottoman de
1915 à 1917 ont fait 1,5 million de morts selon les Arméniens, et
entre 300 et 500.000 selon les Turcs.

Ceux-ci rejettent catĂ©goriquement la thĂšse d’un gĂ©nocide, faisant
valoir qu’il s’agissait d’une rĂ©pression dans un contexte de guerre
civile, dans un empire ottoman sur le déclin.

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Les eurodĂ©putĂ©s disent oui aux nĂ©gociations d’adhĂ©sion avec la Turquie

Agence France Presse
15 décembre 2004 mercredi

STRASBOURG (Parlement Européen) 15 déc 2004

Les eurodĂ©putĂ©s se sont prononcĂ©s mercredi en faveur de l’ouverture
de nĂ©gociations d’adhĂ©sion entre la Turquie et l’Union europĂ©enne,
par 407 voix contre 262 et 29 abstentions.

L’avis du Parlement europĂ©en (PE) est un message politique avant tout
symbolique car la dĂ©cision appartient aux chefs d’Etat et de
gouvernement de l’UE qui se rĂ©uniront jeudi et vendredi Ă  Bruxelles.

Le rapport adoptĂ© par le PE recommande l’ouverture “sans dĂ©lai
inutile” des nĂ©gociations avec Ankara et n’envisage pas, dĂšs Ă 
prĂ©sent, d’alternative Ă  l’adhĂ©sion, comme le “partenariat
privilĂ©giĂ©” rĂ©clamĂ© par les droites française et allemande.

Si l’objectif “est que la Turquie devienne membre de l’UE”, ces
nĂ©gociations sont cependant “un processus ouvert qui ne conduit pas a
priori ni automatiquement Ă  l’adhĂ©sion”, soulignent les eurodĂ©putĂ©s,
qui Ă©numĂšrent une sĂ©rie de conditions Ă  remplir, dont “une tolĂ©rance
zĂ©ro” contre la torture.

Les eurodéputés ont également adopté un amendement par 332 voix
contre 325 appelant “la Commission europĂ©enne et le Conseil Ă  exiger
des autorités turques la reconnaissance formelle de la réalité
historique du gĂ©nocide des ArmĂ©niens en 1915 et l’ouverture dans un
dĂ©lai rapide de la frontiĂšre entre la Turquie et l’ArmĂ©nie”, sans en
faire cependant un préalable aux négociations.

Les eurodéputés appellent également au retrait des troupes turques du
nord de Chypre et notent que les négociations se dérouleront avec les
25 Etats membres de l’UE, ce qui, “Ă  l’Ă©vidence, implique la
reconnaissance de Chypre par la Turquie”.

A la demande de députés conservateurs qui ont réuni le nombre de
signatures suffisant (un cinquiĂšme du PE), le vote final s’est
déroulé de maniÚre secrÚte, au grand dam de nombreux députés.

Ceux-ci ont manifesté leur protestation en brandissant des bulletins
avec la mention “Evet” (oui en turc) ou Hayir (non) au moment
d’appuyer sur leur bouton Ă©lectronique.

Le non était ouvertement défendu par les droites française (UMP et
UDF) et allemande (CDU), ainsi que les courants souverainiste ou
d’extrĂȘme-droite.

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Turquie: Dupont-Aignan et Myard “implorent” Chirac de dire non Ă  l’adhĂ©sion

Agence France Presse
15 décembre 2004 mercredi

PARIS 15 déc 2004

Les dĂ©putĂ©s UMP Nicolas Dupont-Aignan et Jacques Myard ont “implorĂ©”
mercredi Jacques Chirac “d’avoir le courage de proposer” un
partenariat privilégié à la Turquie et non une adhésion, à la veille
du Conseil europĂ©en qui doit dĂ©cider de l’ouverture de nĂ©gociations
d’adhĂ©sion.

“Ce serait tellement simple d’avoir le courage de proposer” jeudi et
vendredi Ă  la Turquie “un partenariat privilĂ©giĂ©”, a estimĂ© M.
Dupont-Aignan, prĂ©sident de Debout la RĂ©publique, ajoutant: “il vaut
mieux une crise salvatrice et préventive demain à Bruxelles plutÎt
qu’un grand choc” dans quelques annĂ©es.

Selon le dĂ©putĂ©, “il vaut mieux avoir le courage de dire les choses
maintenant aux Turcs, en leur proposant de bĂątir d’abord un
partenariat”, et de “voir dans cinq ans” pour l’ouverture de
nĂ©gociations d’adhĂ©sion si la Turquie “reconnaĂźt le gĂ©nocide
armĂ©nien” et si elle s’est “retirĂ©e de Chypre”.

“L’enjeu n’est pas que Jacques Chirac fasse passer la pilule aux
Français, car cela ne serait pas responsable devant l’Histoire, mais
que le prĂ©sident fasse passer la pilule aux Turcs”, en expliquant aux
partenaires europĂ©ens que la France “ne peut pas accepter cette
adhésion parce que la majorité des Français y sont hostiles, et parce
que c’est dangereux”, a poursuivi M. Dupont-Aignan.

Pour Jacques Myard, prĂ©sident de Nation et RĂ©publique, “on est en
train de dĂ©sespĂ©rer les Français de la construction europĂ©enne” avec
“cette affaire turque”.

“Avec le traitĂ© constitutionnel, on nous propose de tous vivre dans
la mĂȘme chambre Ă  coucher, puisque on a soi-disant les mĂȘmes valeurs,
et on pourra tous circuler d’Istanbul Ă  Lisbonne”, a critiquĂ© M.
Myard, jugeant que “tout cela Ă©tait de la pure utopie”.

Le prĂ©sident Jacques Chirac doit s’exprimer mercredi dans le journal
de 20H00 de TF1.

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ArmĂ©nie/Turquie: le dĂ©bat doit porter sur le “devoir de mĂ©moire”, selon CopĂ©

Agence France Presse
15 décembre 2004 mercredi

PARIS 15 déc 2004

Le porte-parole du gouvernement Jean-François Copé a assuré mercredi
que le vĂ©ritable dĂ©bat concernant les massacres d’ArmĂ©niens perpĂ©trĂ©s
sous l’Empire ottoman en 1915 devait porter sur le “devoir de
mĂ©moire” de la Turquie.

Interrogé lors du compte-rendu du Conseil des ministres sur la
position du gouvernement sur cette question, M. Copé a répondu que
“la loi qui a Ă©tĂ© votĂ©e par le parlement Ă  l’unanimitĂ© est tout Ă 
fait claire sur ce sujet”.

“Il n’y a pas d’ambiguitĂ©”, a-t-il ajoutĂ©.

Le 18 janvier 2001, le Parlement français a adopté une loi,
promulguĂ©e le 29 janvier, qui dispose dans son article unique: “La
France reconnaĂźt publiquement le gĂ©nocide armĂ©nien de 1915” sans
toutefois en désigner les responsables.

Pour M. CopĂ©, “ce serait une erreur de dĂ©placer le dĂ©bat. Le
véritable débat renvoie au devoir de mémoire pour ce qui concerne la
Turquie, c’est cela le sujet, il n’y en a pas d’autre”, a-t-il
affirmé.

Le ministre des Affaires étrangÚres Michel Barnier avait demandé
lundi que la Turquie reconnaisse “la tragĂ©die” armĂ©nienne avant de
rejoindre l’Union europĂ©enne, un terme souvent utilisĂ© par les
responsables turcs.

Mais mardi, devant l’AssemblĂ©e nationale, pressĂ© par les dĂ©putĂ©s, il
a prononcĂ© pour la premiĂšre fois le terme de “gĂ©nocide”.

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L’Union europĂ©enne prĂȘte Ă  entrebailler ses portes Ă  la Turquie (PAPIER BALAI)
Par Bertrand PINON

Agence France Presse
15 décembre 2004 mercredi

BRUXELLES 15 déc

L’Union europĂ©enne s’apprĂȘte Ă  dire oui Ă  des nĂ©gociations d’adhĂ©sion
avec la Turquie au sommet de Bruxelles qui s’ouvre jeudi soir, mais
la route sera tortueuse d’ici Ă  une entrĂ©e d’Ankara loin d’ĂȘtre
garantie et qui n’interviendra pas avant dix ou quinze ans.

La rencontre devrait aussi fixer au printemps prochain l’ouverture de
discussions similaires avec la Croatie et la signature du traité
d’adhĂ©sion de la Roumanie et la Bulgarie, attendues toutes deux dans
l’UE dĂšs 2007.

Selon des diplomates, les pourparlers avec la Turquie ont toutes les
chances de dĂ©marrer Ă  l’automne 2005, Ă  des conditions cependant trĂšs
strictes. Ils pourront notamment ĂȘtre suspendus en cours de route cas
de violation des principes fondamentaux de l’UE.

Les chefs d’Etat et de gouvernement devraient souligner que les
discussions seront longues et reprendre Ă  leur compte la
recommandation de la Commission europĂ©enne en faveur d’un “processus
ouvert dont le rĂ©sultat ne peut ĂȘtre garanti avant terme”.

Sauf rebondissement, ils ne s’avanceront pas en revanche sur une
alternative Ă  l’intĂ©gration en cas d’Ă©chec et se contenteront
d’affirmer le “lien” que l’UE veut conserver “quoi qu’il arrive” avec
Ankara, selon les mĂȘmes sources.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a réaffirmé mardi que
son pays n’accepterait “aucune autre perspective qu’une adhĂ©sion
pleine”.

La Turquie aspire Ă  s’arrimer Ă  l’Europe depuis plus de 40 ans. Elle
dispose du statut officiel de candidat Ă  l’UE depuis 1999 et une
large majorité des dirigeants européens voit dans la perspective de
son intĂ©gration le moyen de jeter un pont entre l’Occident et le
monde musulman.

Mais les opinions en apprĂ©hendent souvent l’impact. Ainsi, 67% des
Français s’y disent opposĂ©s. En Autriche, la proportion grimpe Ă  plus
de 75%.

Les consultations entre Etats membres des derniĂšres semaines ont
déminé les

questions les plus sensibles laissées au verdict des dirigeants.

La France, qui craint que le dĂ©bat sur la Turquie n’interfĂšre avec le
référendum attendu au printemps pour la ratification de la
Constitution européenne, devrait avoir gain de cause sur sa
revendication d’ouvrir les nĂ©gociations d’adhĂ©sion “au plus tĂŽt au
2Ăšme semestre” de l’an prochain.

M. Erdogan réclamait le début 2005, mais le scénario de Paris tient
la corde. Septembre ou octobre sont les mois les plus évoqués en
coulisses. L’hypothĂšse convient au Royaume Uni, qui prĂ©sidera alors
l’UE et est l’un des principaux partisans d’Ankara avec l’Espagne,
l’Allemagne et la Belgique.

Berlin a obtenu de sécuriser les futurs pourparlers, en réintégrant
au projet de conclusions du sommet qu’une interruption Ă©ventuelle
devra ĂȘtre demandĂ©e par au moins un tiers des Etats membres pour ĂȘtre
étudiée.

Britanniques, Allemands, Espagnols et Belges restent réticents sur
les “clauses de sauvegarde” envisagĂ©es pour limiter les migrations de
travailleurs turcs dans le reste de l’Union en cas d’adhĂ©sion, mais
sans vĂ©llĂ©itĂ© d’en faire un casus belli.

La prĂ©sidence nĂ©erlandaise ambitionne un sommet court. “Le plan A,
c’est qu’on se met d’accord jeudi soir. Vendredi, on finalise les
conclusions et on se réunit à 25 plus 4 (Ndlr, Turquie, Croatie,
Roumanie, Bulgarie) avec le champagne”, rĂ©sume un diplomate europĂ©en.

“Reste Ă  savoir comment on va gĂ©rer Chypre”, tempĂšre-t-il toutefois,
en rĂ©fĂ©rence Ă  la question toujours entiĂšre de l’Ăźle divisĂ©e depuis
1974, dont seule la partie grecque est entrĂ©e dans l’UE le 1er mai.

Le chef de la diplomatie de Nicosie, George Iacovou, a réclamé lundi
que la Turquie fasse d’ici mars des pas en direction d’une
“normalisation” avec la RĂ©publique de Chypre, qu’Ankara refuse de
reconnaĂźtre.

De son cÎté, la France souhaite que pendant le processus de
négociations, la Turquie reconnaisse le génocide arménien de 1915.

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Barroso: c’est le moment de dire oui Ă  la Turquie

Agence France Presse
15 décembre 2004 mercredi

PARIS 15 dĂ©c 2004 — Le prĂ©sident de la Commission europĂ©enne JosĂ©
Manuel Durao Barroso a estimé mercredi que le moment était venu de
dire oui Ă  l’ouverture des nĂ©gociations d’adhĂ©sion Ă  la Turquie et
s’est prononcĂ© contre l’option d’un partenariat privilĂ©giĂ©.

“C’est le moment, on peut dire oui Ă  l’ouverture des nĂ©gociations
avec la Turquie qui a fait Ă©normĂ©ment d’efforts”, a dĂ©clarĂ© M.
Barroso sur France 2.

Jeudi soir s’ouvrira le sommet de l’Union europĂ©enne qui doit dĂ©cider
d’ouvrir ces nĂ©gociations d’adhĂ©sion.

M. Barroso s’est prononcĂ© contre l’inclusion, dans les conclusions de
ce sommet, de l’option d’un partenariat privilĂ©giĂ© en cas d’Ă©chec du
processus d’adhĂ©sion. “Ce ne serait pas juste Ă  l’Ă©gard des Turcs si,
dĂšs le dĂ©but, on disait qu’il y a une autre catĂ©gorie pour ĂȘtre
membre. Ce serait vraiment ressenti par la Turquie comme une
discrimination par rapport aux autres pays qui veulent nous
rejoindre”, a-t-il dit.

Evoquant les craintes des Français Ă  l’Ă©gard d’une Turquie
europĂ©enne, il a soulignĂ© que la Turquie “posait des problĂšmes
spĂ©cifiques” et devait gagner “le coeur et l’esprit des EuropĂ©ens”.
Il a appelĂ© les Turcs “Ă  faire des efforts” pour rassurer l’opinion
publique européenne.

Interrogé sur le génocide arménien dont la France demande la
reconnaissance par la Turquie avant l’adhĂ©sion, il a appelĂ© la
Turquie Ă  “donner des signaux sur ses engagements dĂ©mocratiques”. Il
a cependant mis en garde contre une “exploitation populiste” de cette
question en soulignant que ce sont “des blessures trĂšs profondes et
des problĂšmes trĂšs difficiles”.

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Les Turcs déçus par l’attitude de la France
By Hassane Zerrouky

L’HumanitĂ©
15 décembre 2004

L’opinion publique se sent trahie par les obstacles que Paris semble
vouloir Ă©riger Ă  l’adhĂ©sion.

Dans les rues d’Istanbul et d’Ankara, une large majoritĂ© de Turcs ne
comprennent pas les réticences exprimées, notamment en France et en
Allemagne, Ă  l’endroit de l’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’Union
européenne. Davantage que la question de la reconnaissance du
gĂ©nocide armĂ©nien par la Turquie, c’est le sondage du Figaro faisant
Ă©tat du refus exprimĂ© par une majoritĂ© de Français Ă  l’adhĂ©sion de la
Turquie qui a le plus surpris les Turcs. La France jouissait jusqu’Ă 
rĂ©cemment d’une certaine estime dans ce pays. « Est-ce parce que nous
sommes musulmans ? » s’Ă©ton- ne une Ă©tudiante turque. Beaucoup, Ă 
Istanbul et Ankara, se plaisent Ă  rappeler que la Turquie avait
dĂ©posĂ© sa candidature d’adhĂ©sion au MarchĂ© commun en 1963, Ă  une
Ă©poque oĂč la Grande-Bretagne, par exemple, n’Ă©tait pas membre d’une
Europe qui comprenait alors six pays. Mieux, d’aucuns rappellent que
c’est sous le rĂšgne du sultan AbdelmegĂźd (1839-1861) que furent
promulguĂ©es les « tanzimet » (rĂ©formes) d’inspiration napolĂ©onienne,
instituant un État moderne, une Constitution, le droit et l’Ă©galitĂ©
des personnes, avant que Mustapha Kemal ne fonde la Turquie moderne
largement inspirĂ©e du modĂšle d’État laĂŻc français. En bref, pour
cette Ă©lite turque de gauche et de droite, la Turquie regarde vers
l’Europe depuis la fin du XIXe siĂšcle.
« En vĂ©ritĂ©, c’est le 11 septembre 2001 qui a tout changĂ©. Avant,
personne, au sein de l’UE, n’avait avancĂ© le prĂ©texte de l’islam pour
s’opposer Ă  l’adhĂ©sion de la Turquie », faisait remarquer un
journaliste turc de passage Ă  Paris. Pour lui, comme pour de nombreux
Turcs, « cette question de l’islam est un faux problĂšme ». Dans les
colonnes de l’HumanitĂ©, Ahmet Insel, professeur d’Ă©conomie de
l’universitĂ© de Galatasaray, collaborateur de la revue turque de
gauche Radikal, faisait observer que la droite et certains milieux de
la social-dĂ©mocratie française instrumentalisent la question d’une
Turquie oĂč l’islam est la religion dominante et du danger d’une
immigratio turquen massive Ă  des fins de politique interne. Les
mĂȘmes, affirmait-il, qui s’Ă©taient tus quand le rĂ©gime militaire, au
début des années quatre-vingt, réprimait la gauche et les démocrates
turcs.
En Turquie, cÎté politique, de Deniz Baykal, leader du CHP (Parti
rĂ©publicain du peuple), seule formation d’opposition siĂ©geant au
Parlement, Ă  Devlet Bahceli, du MHP (nationaliste), en passant par
Mehmet Agar, du DYP (Parti de la juste voie), tous sont montés au
créneau pour exiger que le Conseil européen du 17 décembre fixe, sans
autres conditions que celles exigées par les critÚres de Copenhague,
une date Ă  l’ouverture des nĂ©gociations d’adhĂ©sion. Abondant dans le
mĂȘme sens, le Tusiad (patronat turc) a adressĂ© avant-hier une lettre
Ă  tous les chefs d’État et de gouvernement des 25 pays membres de
l’UE. Dans la sociĂ©tĂ© turque, les Kurdes – 12 millions de personnes –
sont acquis majoritairement Ă  l’adhĂ©sion Ă  l’UE. « L’Europe sans la
Turquie sera un projet inachevĂ© », dĂ©clarait l’ex-dĂ©putĂ©e kurde Leyla
Zana, en juin 2003, face aux juges, lors de la révision de son
procĂšs. En effet, dans la perspective de l’ouverture des nĂ©gociations
d’adhĂ©sion, parmi les rĂ©formes politiques adoptĂ©es par le Parlement
d’Ankara, l’une d’elle Ă©quivaut Ă  une reconnaissance partielle des
droits culturels et linguistiques de la minoritĂ© kurde. L’usage de la
langue kurde n’est plus formellement interdit et elle peut mĂȘme ĂȘtre
enseignée. Autre minorité qui souhaite cette adhésion, les 15
millions d’alĂ©vis, variante du chiisme, politiquement proches de la
gauche, et surtout profondĂ©ment laĂŻcs. Les alĂ©vis sont l’objet de
mesures discriminatoires non Ă©crites restreignant l’accĂšs des membres
issus de cette minorité aux plus hautes fonctions publiques. Pour ces
reprĂ©sentants d’un islam moderne, une Turquie intĂ©grĂ©e Ă  l’UE se
traduira par la fin des discriminations.
Plus gĂ©nĂ©ralement, selon un sondage rendu public par l’agence de
presse turque Anatolia, ils sont 75 % de Turcs Ă  souhaiter que leur
pays fasse partie de l’UE, et seulement 17 % contre. Parmi les pour,
on compte des islamistes réformateurs et des laïcs de gauche et de
droite. « L’inclusion de la Turquie dans l’UE va dĂ©montrer que
réduire la relation interculturelle à la seule religion est une
erreur », affirme le politologue Ilter Turan, citĂ© par l’AFP. « Le
développement le plus important en Turquie au cours des derniÚres
annĂ©es c’est la transformation de certains cercles islamistes, qui ne
voient plus de contradiction entre l’identitĂ© musulmane et une
attitude pro-européenne », rétorque de son cÎté Ihsan Dagi,
professeur de relations internationales, Ă  l’AFP. « Ceux qui se
définissent à travers leur identité religieuse ont réalisé que leurs
demandes pour plus de libertés correspondaient avec les réformes
dĂ©mocratiques requises par l’UE », ajoute-t-il. Et parmi les contre,
on retrouve des islamistes radicaux, ceux du parti Refah, une partie
de l’extrĂȘme gauche et des souverainistes, pour qui l’adhĂ©sion de la
Turquie Ă  l’UE signifie pour les uns la fin d’une issue islamiste Ă 
la crise sociopolitique, la fin des privilÚges liés au pouvoir pour
les partisans d’un rĂ©gime autoritaire militaro-civil.
Hassane Zerrouky

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Dossier. L’Ă©largissement de l’Europe. Paroles de religieux…

La Croix
15 décembre 2004

Interview. Mesrob II, patriarche armĂ©nien de Constantinople: “Des
maisons de priĂšre sont nĂ©cessaires”. Luis Erin, membre de l’Église
syrienne-catholique: “Seule l’Union europĂ©enne peut provoquer le
changement”. Ishak Haleva, grand rabbin de Turquie: “Nous sommes
privilĂ©giĂ©s d’ĂȘtre les fils de ce pays”.

PLOQUIN Jean-Christophe

Mesrob II

Patriarche arménien de Constantinople

“Notre pays est comme un musĂ©e Ă  ciel ouvert de l’histoire des
religions, du mont Ararat, Ă  l’est, jusqu’Ă  ÉphĂšse Ă  l’ouest. Des
polythéismes païens et les trois religions monothéistes y ont laissé
leurs marques dans chaque recoin. Aujourd’hui, particuliĂšrement dans
nos grandes villes, des maisons de priÚre sont nécessaires pour les
fidĂšles des trois monothĂ©ismes. LĂ  oĂč elles n’existent pas, il
faudrait soit restaurer des infrastructures historiques, soit en
Ă©riger de nouvelles.”

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L’Europe est prĂȘte Ă  ouvrir ses portes Ă  la Turquie ;

Le Monde
15 décembre 2004

Plus aucun obstacle ne s’oppose Ă  l’ouverture des nĂ©gociations
d’adhĂ©sion avec Ankara que devront dĂ©cider, lors d’un sommet Ă 
Bruxelles, jeudi et vendredi, les dirigeants des 25 pays membres de
l’Union. La France, qui a prĂ©vu un rĂ©fĂ©rendum, rĂ©clame toutefois que
l’issue ne soit pas garantie

Arnaud Leparmentier

BRUXELLES de notre bureau européen

Le SOMMET de l’Union europĂ©enne, convoquĂ© jeudi et vendredi Ă 
Bruxelles, devrait dĂ©cider l’ouverture de nĂ©gociations d’adhĂ©sion
avec la Turquie en 2005. L’intĂ©gration de la Turquie n’est pas
envisagée avant la fin de la prochaine PROGRAMMATION financiÚre
2007-2013. Les négociations se dérouleront selon un processus destiné
Ă  garantir Ă  chaque Ă©tape que les rĂšgles de l’Union soient
effectivement mises en oeuvre, ce qui n’a pas Ă©tĂ© le cas dans les
élargissements antérieurs. A la demande principalement de la FRANCE
et de l’ AUTRICHE, une formulation de compromis doit encore ĂȘtre
trouvĂ©e afin que l’issue du processus reste ouverte. Lundi, Ă 
Bruxelles, MICHEL BARNIER a également demandé à Ankara, sans en faire
un prĂ©alable Ă  l’ouverture des nĂ©gociations, de reconnaĂźtre le
génocide arménien.

Sauf coup de thĂ©Ăątre, les chefs d’Etat et de gouvernement europĂ©ens,
rĂ©unis jeudi et vendredi 17 dĂ©cembre Ă  Bruxelles, dĂ©cideront d’ouvrir
des nĂ©gociations d’adhĂ©sion avec la Turquie. A deux jours de leur
conseil, le dossier est largement décanté. La bataille ne devrait
porter que sur des détails, certes importants ou affectifs, mais
mineurs au regard de l’enjeu.

« Les Turcs nous ennuient en prĂ©tendant qu’ils n’auront pas ce qu’ils
demandent. Ils auront l’ouverture des nĂ©gociations et une date »,
rappelle un ambassadeur. En dépit des réticences de certaines
populations européennes, en particulier des Français, tous les
dirigeants veulent aller de l’avant. Le plus rĂ©ticent, le chancelier
autrichien Wolfgang SchĂŒssel, dĂ©fenseur du « partenariat privilĂ©giĂ© »
plutĂŽt que d’une adhĂ©sion pleine et entiĂšre, ne brandit aucune menace
de veto.

Suivant les recommandations de la Commission, qui a considéré fin
octobre que la Turquie respectait « suffisamment » les critÚres
démocratiques dits de Copenhague, les « 25 » vont fixer jeudi soir au
cours d’un dĂźner la date d’ouverture des nĂ©gociations. L’idĂ©e d’avoir
un nouveau rendez-vous courant 2005, pour vérifier une derniÚre fois
que la Turquie reste sur la voie des réformes, a été abandonnée. Elle
aurait contribué à éterniser le débat sur une adhésion peu populaire
et créé une crise avec Ankara.

Les Européens avaient précisé en 2002 à Copenhague que les
nĂ©gociations s’ouvriraient « sans dĂ©lai » aprĂšs le sommet du 17
décembre. Mais Jacques Chirac veut gagner du temps, pour que ce début
de négociations intervienne le plus tard possible aprÚs le référendum
français sur la Constitution, histoire d’Ă©viter que les deux dĂ©bats
ne se tĂ©lescopent. Le contretemps devrait ĂȘtre bref. AprĂšs avoir
réclamé une ouverture fin 2005-début 2006, Michel Barnier ne parlait
plus, lundi Ă  Bruxelles, oĂč avait lieu une rĂ©union prĂ©paratoire des
ministres des affaires Ă©trangĂšres, que d’une ouverture « au plus tĂŽt
au deuxiĂšme semestre 2005 ». Les pourparlers s’ouvriraient donc sous
la prĂ©sidence du Royaume-Uni, grand partisan de l’adhĂ©sion turque, ce
qui est aussi le voeu du chancelier allemand Gerhard Schröder.

Le deuxiÚme sujet litigieux porte sur le caractÚre des négociations,
dont il est prĂ©cisĂ© que leur issue est « ouverte ». Il s’agit lĂ  de
sauver la face des Turcs, qui ne veulent rien envisager d’autre que
l’adhĂ©sion, mais aussi des Français et des Autrichiens, favorables Ă 
l’Ă©vocation d’une troisiĂšme voie en cas d’Ă©chec des nĂ©gociations. Les
diplomates sont Ă  la recherche d’une formule de compromis,
volontairement vague, stipulant que la Turquie restera quoi qu’il
arrive ancrĂ©e Ă  l’Europe. Mais il n’est pas question d’expliciter un
quelconque statut spécial, partenariat privilégié ou scénario
alternatif. Ce serait humilier le gouvernement turc, qui a averti
qu’il le refuserait ; et c’est inacceptable pour le chancelier
Schröder, parce que cela ferait le jeu de son opposition
chrétienne-démocrate.

Malgré une mobilisation intense de la diaspora arménienne, la
derniÚre réticence française, le génocide arménien, ne devrait pas
non plus ĂȘtre une pierre d’achoppement. Certes, Michel Barnier a
demandĂ© sa reconnaissance par Ankara : « Je pense qu’un grand pays
comme la Turquie doit faire son devoir de mémoire », a déclaré à
Bruxelles le ministre français qui, en invoquant la réconciliation
franco-allemande, a estimé que la Turquie, qui nie le génocide
arménien, devait également faire la paix avec ses voisins. Mais
Michel Barnier n’en a nullement fait une condition prĂ©alable Ă 
l’ouverture des nĂ©gociations d’adhĂ©sion.

Reste Chypre, dont le Nord est occupé par les Turcs et dont le
gouvernement chypriote grec n’est pas reconnu par Ankara. Mais nul ne
croit Ă  un veto des Chypriotes grecs. A Bruxelles, leur ministre des
affaires étrangÚres, George Iacovou, a déclaré souhaiter que la
Turquie manifeste sa volonté de normaliser ses relations avec Nicosie
avant le sommet européen de mars 2005, ce qui équivaut, selon les
exĂ©gĂštes, Ă  renoncer Ă  en faire un prĂ©alable Ă  l’ouverture des
négociations le 17 décembre.

Les Chypriotes grecs sont isolés en Europe, depuis que, contrairement
aux Chypriotes turcs, ils ont rejeté par référendum au printemps le
plan de rĂ©unification de l’Ăźle sous l’Ă©gide des Nations unies et
qu’ils bloquent un projet visant Ă  aider Ă©conomiquement le nord de
l’Ăźle. Le soutien de la GrĂšce va faiblissant, ce pays ayant obtenu
dans le projet de conclusions finales les garanties nécessaires pour
le rĂšglement de ses conflits frontaliers avec la Turquie et ayant
fait de son rapprochement avec Ankara un axe stratégique de sa
politique.

D’autres rĂ©ticences ont, elles aussi, Ă©tĂ© levĂ©es. Les Danois, qui
craignent une arrivĂ©e massive d’immigrĂ©s turcs en vertu de la libre
circulation des personnes, ont obtenu que l’on Ă©voque de possibles
clauses de sauvegarde permanentes. Les Britanniques, qui tentaient de
s’opposer Ă  ces clauses, disant qu’elles empĂȘchaient une pleine
adhésion turque, ont eu droit aux sourires narquois de leurs
collÚgues continentaux, qui leur ont rappelé le nombre de clauses
d’exemption dont bĂ©nĂ©ficie l’Albion. Dans ce contexte, les diplomates
tablent sur un accord au Conseil européen de Bruxelles.

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« Vivre sous le ciel de l’Union europĂ©enne » ;

Le Monde
15 décembre 2004

DOSSIER TURQUIE LES FRONTIERES ;
Voyage le long de ce qui pourrait devenir les nouvelles frontiĂšres de
l’union europĂ©enne : GĂ©orgie, ArmĂ©nie, AzerbaĂŻdjan, Iran, Irak et
Syrie

Marie JĂ©go

La route qui dĂ©file au coeur d’un paysage de montagnes au nord-est de
Kars s’interrompt brutalement, barrĂ©e en son milieu par un bloc de
pierre agrĂ©mentĂ© du drapeau turc et d’une citation de Mustafa Kemal
AtatĂŒrk. BarbelĂ©s et miradors courent sur des kilomĂštres. En face, Ă 
700 mĂštres Ă  peine, c’est l’ArmĂ©nie. A flanc de montagne au loin, on
aperçoit mĂȘme Giumri, la premiĂšre ville armĂ©nienne, qui abrite
aujourd’hui une importante base militaire russe. Mais, hormis
quelques rares bergers, personne, jamais, ne passe par ici car le
passage est fermé depuis des années. La voiture qui vient de faire
irruption dans ce cul-de-sac dĂ©solĂ© Ă  2 000 mĂštres d’altitude a semĂ©
l’Ă©moi dans la petite garnison toute proche. Le soldat en faction se
précipite sur la route, un gradé vient à sa rescousse.

AprĂšs l’inĂ©luctable « Qu’ĂȘtes-vous venus faire ici ? » suit une
invitation à pénétrer dans le cantonnement. Une fois les identités
vérifiées, une recrue apporte le thé, servi dans de petits verres qui
brĂ»lent les doigts. L’endroit est douillet, bĂąti de neuf l’an
dernier, et la télévision grand écran aide sans doute à mieux
supporter les longues soirĂ©es d’hiver, quand la nuit tombe Ă  15
heures et qu’il fait – 35°C dehors. Peu habituĂ©s Ă  voir du monde, les
soldats redoutent les questions. « Si vous avez aimé notre thé, nous
serions soulagés de vous voir partir », avoue le commandant. Son
empressement est d’autant plus grand que les inconscients buveurs de
thĂ©, ignorants des usages, ne savent pas qu’ils se trouvent « en zone
numéro un, interdite aux étrangers », dont la seule évocation suffit
Ă  faire rougir l’officier.

Désertée et battue par les vents, la frontiÚre turco-arménienne,
vieille cicatrice de l’Histoire, en dit long sur les crispations
persistantes entre les deux Etats. La blessure des ArmĂ©niens, c’est
le massacre de 1,5 million des leurs entre 1915 et 1917, au moment de
la dĂ©sintĂ©gration de l’empire ottoman. La Turquie, qui rĂ©fute ce
nombre et le terme de génocide, est, pour sa part, sensible au sort
des Azerbaïdjanais turcophones chassés de leurs terres par la guerre
(1988-1994) pour la conquĂȘte du Haut-Karabakh – un territoire
majoritairement peuplĂ© d’ArmĂ©niens en AzerbaĂŻdjan -, enjeu d’une
guerre de sept ans entre ces deux Etats de Transcaucasie.

C’est d’ailleurs en pleine guerre du Karabakh, en 1992, qu’Ankara
décida de clore la frontiÚre, par solidarité avec les frÚres azéris
dĂ©faits. MalgrĂ© l’amorce, ces derniĂšres annĂ©es, d’un dialogue
turco-armĂ©nien, la rĂ©ouverture se fait attendre. Et s’il est
possible, depuis deux ans, de gagner Erevan en empruntant un vol
direct depuis Istanbul, Kars, Ă  l’extrĂȘme nord-est de la Turquie,
fait face Ă  l’ArmĂ©nie sans pouvoir l’atteindre. SituĂ©e Ă  une
soixantaine de kilomĂštres de la frontiĂšre, la ville (145 000
habitants) est privée des échanges transfrontaliers qui font le
bonheur de ses voisines.

FRONTIÈRE FERMÉE AVEC L’ARMÉNIE

En effet, Ă  200 kilomĂštres Ă  l’est, Igdir ou Dogubeyazit prospĂšrent
grĂące au commerce avec l’Iran et avec le Nakhitchevan (territoire
azerbaĂŻdjanais situĂ© entre l’ArmĂ©nie, l’Iran et la Turquie). A 100
kilomĂštres plus au nord, Ardahan connaĂźt beaucoup de passages du fait
de sa proximité avec le poste frontiÚre de Possof, vers la Géorgie.
C’est par lĂ  que doit passer l’olĂ©oduc Bakou (AzerbaĂŻdjan) – Tbilissi
(GĂ©orgie) – Ceyhan (Turquie) (BTC), appelĂ© Ă  transporter le brut de
la Caspienne vers la Méditerranée et les marchés mondiaux. En 2007,
son tracé sera doublé par un gazoduc.

Cette future manne énergétique réjouit Nevzat Turhan, le préfet de
Kars, qui y voit une solution aux problÚmes de pollution locaux : «
Comme il fait trĂšs froid et qu’il n’y a pas de gaz naturel, les gens,
pour la plupart, se chauffent au charbon. » Selon lui, « la fermeture
de la frontiĂšre pĂšse sur l’Ă©conomie de la rĂ©gion ».

Le jeune maire de Kars, Naif Alibeyoglu, a bon espoir : « La
frontiĂšre s’ouvrira », peut-ĂȘtre mĂȘme « dĂšs 2005 ». « Naif bey »,
comme on dit parfois ici, a deux prioritĂ©s : l’ouverture de la
frontiĂšre et l’approfondissement des liens avec l’Union europĂ©enne. «
C’est la seule alternative possible Ă  l’extrĂ©misme de George Bush et
à la guerre totale déclarée par Oussama Ben Laden », aime-t-il à
rĂ©pĂ©ter. Mais l’intĂ©gration de la Turquie dans l’UE ne passe-t-elle
pas par la réconciliation turco-arménienne ? « Le dialogue aidant,
tout finira par s’arranger », veut-il croire. Et puis, « l’Anatolie
n’est-elle pas pour la Transcaucasie la voie la plus courte vers
l’Europe ? ». Enfant du pays devenu homme d’affaires, et un maire
apprĂ©ciĂ© de ses administrĂ©s – il entame son second mandat -, Naif
Alibeyoglu est reprĂ©sentatif de cette nouvelle gĂ©nĂ©ration d’hommes
politiques turcs que la nĂ©buleuse de l’AKP, le parti au pouvoir, a su
attirer autour de son projet européen et réformateur.

Mais, vue d’Akyaka, un petit bourg Ă  13 kilomĂštres de la frontiĂšre
armĂ©nienne, l’ouverture au monde a une autre saveur. La gargote des
Trois Grillades affiche au menu des poissons pĂȘchĂ©s « au barrage » de
la centrale Ă©lectrique d’Arpacay, la seule chose que Turcs et
ArmĂ©niens exploitent en commun depuis vingt-trois ans. « Ça pĂȘche des
deux cÎtés », tient à préciser Mehmet Erdagi, tenancier du lieu.

Entre deux gorgĂ©es d’un thĂ© noir et brĂ»lant, il raconte que, quand
bien mĂȘme la frontiĂšre a Ă©tĂ© ouverte de 1923 Ă  1992, « le passage Ă 
pied n’a jamais Ă©tĂ© autorisĂ© ». Durant son enfance, dans les annĂ©es
1950, « on n’y laissait pas mĂȘme un oiseau voler ». Il fallut
attendre le dégel gorbatchévien de la fin des années 1980 pour que
des trains passent. « Deux fois par semaine, des touristes arméniens
allaient Ă  Kars, mais, pour nous, cela ne changeait rien puisque le
train ne s’arrĂȘtait jamais ici », dit-il en haussant les Ă©paules.

« L’EUROPE SEMBLE LOIN »

Au cafĂ© d’Ă  cĂŽtĂ©, cultivateurs et fonctionnaires de la
sous-prĂ©fecture – « les tĂȘtes pensantes d’Akyaka » – palabrent autour
d’un verre de thĂ©, comme chaque fin de journĂ©e. Le thĂšme de «
l’ouverture de la porte » fait mouche. Sont-ils pour ? « Pas tant que
l’ArmĂ©nie occupera les territoires azerbaĂŻdjanais autour du Karabakh.
A 70 %, les gens de la rĂ©gion sont originaires de l’AzerbaĂŻdjan ;
alors, forcément, ça les touche », explique un homme au col de
fourrure, chargé des finances à la sous-préfecture. Un autre ajoute
que la frontiĂšre reste, depuis l’Ă©poque de l’URSS, gardĂ©e par des
militaires russes. Eray, policier chargé de rédiger les
procĂšs-verbaux avec « l’autre cĂŽtĂ© », lors du passage inopinĂ© de
bétail par exemple, acquiesce : « La Russie contrÎle la frontiÚre,
c’est elle qui est mentionnĂ©e dans les PV. Je prĂ©fĂ©rerais avoir
affaire aux Arméniens. »

Et l’entrĂ©e de la Turquie dans l’UE ? « Difficile d’ĂȘtre contre »,
explique un consommateur. « Ça ne changera pas grand-chose ici »,
tempĂšre Eray. OccupĂ©s essentiellement Ă  l’Ă©levage et Ă  l’agriculture,
les gens d’Akyaka ont du travail quatre mois par an. L’hiver est
rude, les ressources limitées, et les petites parcelles ne suffisent
pas à faire vivre toute la famille. « Nous étions cinq frÚres, mon
pĂšre avait 20 hectares, pas assez pour nous nourrir tous, alors je
suis parti chercher du travail à Kars », explique Orhan, la
soixantaine. La rĂ©duction rĂ©cente des subventions Ă  l’Ă©levage, voulue
par Ankara au nom de la marche du pays vers l’Ă©conomie mondialisĂ©e,
n’est pas vue d’un bon oeil. « Ceux-lĂ  n’auront plus nos voix ! »,
fulmine un Ă©leveur.

« Ce n’est pas l’Union europĂ©enne qui nous donnera Ă  manger ! »
conclut un homme en complet veston et casquette, sans lever les yeux
de son journal. « L’Europe semble loin », lĂąche le garçon de cafĂ©. «
Pas pour moi ! » s’exclame le jeune Murat, fort de ses quatre annĂ©es
passĂ©es Ă  Berlin, oĂč il a travaillĂ© « dans une disco, et aussi Ă 
vendre des fleurs ». Et de raconter son séjour en prison en
Allemagne, pour défaut de papiers. « Leurs prisons sont dix fois
pires qu’ici ! », assure-t-il avec l’assentiment du public. GĂȘnĂ©,
Mehmet Erdagi, le patron du petit restaurant d’Ă  cĂŽtĂ©, glisse : «
Excusez Murat, il n’a pas toute sa tĂȘte… » DerriĂšre lui, le garçon
porte une bouteille imaginaire Ă  ses lĂšvres et chuchote, d’un air
entendu : « Il boit ! » Dans le brouhaha général, une voix se fait
entendre : « La vĂ©ritĂ©, c’est qu’on n’entrera pas ; ils ne veulent
pas de nous, ils ne veulent pas de musulmans ! » Suit un murmure
d’approbation.

A prĂšs de 300 kilomĂštres de lĂ , autour d’Igdir, l’activitĂ©
transfrontaliĂšre est visible. Les camions iraniens sont nombreux, la
ville regorge de petits hĂŽtels, et ses habitants ne sont pas les
derniers Ă  se rendre en Iran, « oĂč les produits sont moins chers ».
Le poste frontiĂšre avec le Nakhitchevan, situĂ© au fond d’un Ă©troit
corridor entre l’ArmĂ©nie et l’Iran appelĂ© Dilucu – « le bout de la
langue » – voit pas mal de passages, « surtout au moment des fĂȘtes »,
confie un douanier. C’est jour de marchĂ©, et des paysans
nakhitchevanais en guenilles attendent le feu vert pour passer. Le
contrĂŽle n’en finit plus. Les plus nantis, des chauffeurs de vieilles
Mercedes garées le long du poste, patientent eux aussi. « Des
trafiquants d’essence », chuchote un paysan.

« ONT-ILS LE CHOIX ? »

Essence, fioul et brut sont le nerf du commerce transfrontalier pour
tout l’est et le sud de la Turquie. A 550 kilomĂštres au sud d’Igdir,
Silopi, principal point de passage Ă  la frontiĂšre turco-irakienne, ne
désemplit pas. Les camions-citernes qui y font la queue sur une
dizaine de kilomĂštres vont chercher du brut qu’ils transporteront
ensuite jusqu’Ă  la raffinerie d’Iskenderun. Une fois raffinĂ©, le
pétrole retourne en Irak. « Pour les besoins des Américains »,
prĂ©cise Bedi, la cinquantaine, propriĂ©taire d’une petite entreprise
de transport. Ses affaires « marchaient bien » jusqu’Ă  l’intervention
amĂ©ricaine. Depuis, tout va Ă  vau-l’eau. Un de ses chauffeurs a Ă©tĂ©
assassiné, un autre a disparu, deux camions ont été détruits. «
Puisque le pétrole est acheté par les Américains, ils sont
responsables. Ils doivent nous indemniser ! » insiste-t-il.

Hamide Tekin et ses six enfants, sans ressources depuis la mort du
pÚre, Veysi, tué le 14 novembre dans une embuscade à Beyci, non loin
de Tikrit, la ville natale de Saddam Hussein, cherchent en vain Ă  qui
s’adresser. Originaire du village d’Ömerli, prĂšs de la frontiĂšre
syrienne, Hamide avait l’habitude de faire le trajet pour amĂ©liorer
l’ordinaire de la famille. Aujourd’hui, tout le village le pleure.
Mais, comme si sa mort ne suffisait pas, la famille s’est lourdement
endettée pour pouvoir récupérer le corps. Le beau-pÚre du défunt a
erré des jours durant en Irak à la recherche de la dépouille mortelle
: « Rien que pour accĂ©der Ă  la morgue, j’ai dĂ» payer 100 dollars. »
Le vieil homme poursuit : « Si tu savais le chaos qui rÚgne en Irak !
Les gens sont prĂȘts Ă  te vendre au premier venu pour quelques sous !
De ce cĂŽtĂ©-ci, les choses changent en mieux, lĂ -bas… »

Partis dans l’espoir de gagner quelque 200 euros, ces camionneurs,
enlevés, attaqués ou victimes de balles perdues, paient un lourd
tribut Ă  la guerre. Ils sont 66 chauffeurs de poids lourds, pour la
plupart originaires des régions kurdes jouxtant la frontiÚre, à avoir
trouvé la mort en Irak. Le ministre turc des affaires étrangÚres,
Abdullah GĂŒl, a bien parlĂ© de constituer un fonds d’assurances pour
les familles endeuillĂ©es, mais rien n’est encore venu. A Silopi,
avertissement dĂ©risoire, on a affichĂ© une carte d’Irak montrant les «
zones à risques ».

« Nos gars savent bien que leur vie est en jeu, mais ont-ils le choix
? Toute la région est occupée au transport routier. Avant, les
paysans naissaient la bĂȘche Ă  la main ; Ă  prĂ©sent, tout est dans le
volant. Sans camion, point de salut », explique Servet Cemiloglu,
maire d’Ömerli. Depuis des millĂ©naires, les populations syriaques
(chrĂ©tiens d’Orient) cultivaient la vigne et faisaient leur vin. La
plupart sont parties récemment, comme les paysans kurdes, poussés par
la destruction de prĂšs de 3 000 villages au moment de la guerre entre
l’armĂ©e et les sĂ©paratistes du PKK (Parti des travailleurs du
Kurdistan) entre 1984 et 1998.

Depuis la normalisation – l’Ă©tat d’urgence a Ă©tĂ© aboli, l’armĂ©e et
les forces spéciales sont moins visibles, les contrÎles rares, les
accrochages aussi -, l’atmosphĂšre s’est dĂ©tendue, le retour dans les
villages se fait au compte-gouttes. A Ömerli, la municipalitĂ© a
rĂ©cemment restaurĂ© une vĂ©nĂ©rable Ă©glise « grĂące Ă  l’aide des
syriaques rĂ©fugiĂ©s en SuĂšde ». « N’allez pas penser qu’on a fait ça
pour de l’argent ! » s’empresse d’ajouter le maire. Partisan de « la
tolérance entre les peuples », il dit souhaiter le retour des
syriaques et regrette la décision de la municipalité, il y a vingt
ans, de refuser l’installation d’une cave viticole, pour des motifs
religieux. Deux camionneurs, Selim et Mehmet, acquiescent. Ils ne
veulent plus repartir en Irak, c’est trop risquĂ©, et se demandent ce
qu’ils pourraient bien faire.

UN VENT DE LIBERTÉ

Depuis deux ans, des touristes étrangers, attirés par les trésors
archéologiques que recÚle la région, ont fait leur apparition. A
Mardin, superbe ville ancienne aux pierres couleur de miel Ă  flanc de
colline, chaque été désormais « le grand hÎtel affiche complet »,
s’enorgueillit son jeune directeur, Bedrettin GĂŒndes. Le vent de
liberté qui souffle sur ces régions, tout juste sorties de
l’engrenage de la guerre, doit beaucoup Ă  la perspective
d’intĂ©gration de la Turquie Ă  l’UE, chacun en a bien conscience.

« Nous voyons l’adhĂ©sion de la Turquie comme la meilleure garantie de
notre sécurité, confie Bedrettin. Pendant des années, on a dit aux
gens d’ici : «Vous n’existez pas !» Obtenir leurs droits, comme celui
d’enseigner le kurde ou de s’organiser, y compris sur le plan
politique, est devenu pour eux une question de dignité. » Réfutant le
scénario du séparatisme, il est persuadé que « Turcs et Kurdes
continueront de vivre sous le mĂȘme toit », mais, de prĂ©fĂ©rence, «
sous le ciel de l’Union europĂ©enne ».

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Lettre ouverte Ă  Jacques Chirac;
La reconnaissance du génocide arménien
par Ara TORANIAN

Le Figaro
15 décembre 2004

Monsieur le Président de la République,

Vous allez parler au nom de la France au sommet des chefs d’Etat qui
devra statuer le 17 dĂ©cembre Ă  Bruxelles sur l’ouverture des
nĂ©gociations en vue de l’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’Union europĂ©enne.
Or, le principe d’une adhĂ©sion, qui semble bĂ©nĂ©ficier de votre
soutien, crĂ©e un grand climat d’inquiĂ©tude parmi les 450 000 Français
d’origine armĂ©nienne, qui sont tous des descendants des rescapĂ©s du
génocide de 1915.

Cette apprĂ©hension n’est pas une manifestation d’intolĂ©rance. Elle
n’est pas non plus dictĂ©e par un quelconque sectarisme d’ordre
religieux ou de civilisation : les communautés arméniennes dispersées
aux quatre coins du monde vivent en effet en parfaite harmonie avec
l’ensemble de leurs congĂ©nĂšres, quelles que soient leurs races ou
confessions.

Elle ne saurait exprimer non plus on ne sait quelle fixation morbide
sur un passé tragique que les Arméniens seraient incapables de
dépasser.

Ce sentiment lĂ©gitime de crainte et d’indignation qui habitent ceux
dont je me fais aujourd’hui l’interprĂšte est d’une tout autre portĂ©e.
Il est en effet provoquĂ© et entretenu par l’attitude de la Turquie
dont la politique actuelle continue de tĂ©moigner d’une forme de
complicitĂ© face Ă  l’extermination des ArmĂ©niens dans ce pays.

AprÚs avoir refoulé cet événement pendant des décennies, les
autorités turques successives sont en effet entrées dans une phase
active de nĂ©gationnisme, avec force moyens budgĂ©taires, Ă  l’intĂ©rieur
de leur frontiĂšre et partout dans le monde. Il ne s’agit plus
seulement pour elles de se « voiler la face », de dissimuler les
faits, mais de les rĂ©viser, de les dĂ©naturer. Voire d’en empĂȘcher
partout dans le monde la relation. La France a été confrontée au
moment de la reconnaissance parlementaire du génocide arménien (lois
du 28 janvier 2001) Ă  ces manoeuvres extravagantes qui se sont
traduites par une sorte de chantage politico-Ă©conomique Ă  son Ă©gard.
Des pressions comparables ont également été exercées avec constance
et force sur toutes les institutions notamment aux Parlements suisse
et canadien en 2004 qui ont eu Ă  un moment ou un autre le courage de
dire la vĂ©ritĂ© sur le sujet, d’exprimer leur compassion envers les
victimes, d’accomplir leur devoir de mĂ©moire.

En Turquie, la communautĂ© armĂ©nienne 60 000 personnes aujourd’hui,
contre environ 2,2 millions au dĂ©but du siĂšcle dernier n’a ni le
droit de commĂ©morer cet Ă©vĂ©nement ni d’y faire rĂ©fĂ©rence, encore
moins de le qualifier. Pis, des monuments et des rues portent le nom
des instigateurs et responsables du gĂ©nocide. Jusqu’Ă  aujourd’hui,
des intellectuels turcs, qui, au pĂ©ril de leur intĂ©gritĂ©, s’opposent
Ă  cette politique, continuent Ă  ĂȘtre censurĂ©s ou rĂ©primĂ©s. Dans le
nouveau Code pĂ©nal adoptĂ© le 26 septembre dernier, l’exposĂ© des
motifs de l’article 305 prĂ©voit quinze annĂ©es de prison pour tous
ceux qui feront état dans la presse du génocide arménien.

Monsieur le Président,

Comment de tels faits pourraient-ils laisser de marbre les rescapés
du gĂ©nocide et leurs enfants, quand bien mĂȘme ceux-ci sont-ils
devenus depuis des citoyens français à part entiÚre ?

La non-reconnaissance du génocide entrave le travail de deuil. Il
interdit la cicatrisation des plaies. Nos amis juifs le savent bien :
le négationnisme, véritable pendant politique du génocide, en attise
les brûlures, perpétue les souffrances. Outrage à la mémoire des
victimes, ce déni est aussi un défi à la conscience humaine et à ce
titre il hypothĂšque l’indispensable entente entre les peuples.
PerpĂ©tuant l’ignorance et la confusion, il encourage le fanatisme
dans certaines franges de la population turque. L’agression
antiarménienne commise à Valence le 27 novembre dernier ainsi que
divers actes racistes qui nous ont été rapportés témoignent des
risques que ferait courir l’entrĂ©e d’une Turquie qui continuerait Ă 
s’enferrer dans la nĂ©gation et l’armĂ©nophobie.

A l’heure oĂč l’ouverture des nĂ©gociations avec la Turquie est
annoncée partout comme inéluctable, le Conseil de coordination des
organisations arméniennes de France se tourne vers vous, en tant que
dernier rempart contre une fatalité dont personne en France ne veut
(la quasi-unanimité des partis politiques est en effet contre
l’entrĂ©e de la Turquie, et les plus favorables Ă  Ankara, comme le PS,
conditionnent l’ouverture des nĂ©gociations Ă  la reconnaissance turque
du génocide arménien).

Monsieur le prĂ©sident, nous vous demandons d’ĂȘtre le 17 dĂ©cembre Ă 
Bruxelles la voix qui dira non Ă  l’ouverture des nĂ©gociations avec un
Etat qui, ne fĂ»t-ce qu’en raison de son attitude envers le gĂ©nocide
armĂ©nien ou de son blocus exercĂ© contre l’ArmĂ©nie, est indigne des
valeurs de l’Europe.

Nous vous demandons de protĂ©ger les Français d’origine armĂ©nienne des
menaces que fait peser la perspective d’adhĂ©sion Ă  l’Europe d’un Etat
qui, par son négationnisme actif, se fait le complice du génocide
dont leurs parents ont été les victimes directes.

Nous vous demandons de dire que cette reconnaissance par la Turquie
ne saurait entrer dans le cadre des discussions qui s’annoncent,
devenant ainsi l’objet d’une sorte de marchandage indĂ©cent, mais
qu’elle doit ĂȘtre le prĂ©alable Ă  toute discussion sur une Ă©ventuelle
adhésion. Nous vous demandons de rester le garant des principes qui
font la force de notre cohésion nationale française.

Nous vous demandons de dire la justice en mĂȘme temps que le droit, et
dans un mouvement qui répondrait également aux attentes des forces
vĂ©ritablement dĂ©mocratiques et europĂ©ennes de Turquie, d’affirmer
avec elles que, non, dĂ©finitivement non, l’Europe ne saurait vivre
avec dans sa cave le cadavre d’un peuple assassinĂ©.

* Président du Conseil de coordination des organisations arméniennes
de France (CCAF).

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L’argumentaire antiturc passĂ© au crible;
UNION EUROPÉENNE Devant la montĂ©e des rĂ©ticences Ă  l’entrĂ©e d’Ankara
par Alexandre ADLER

Le Figaro
15 décembre 2004

On ne parlera plus bientĂŽt de la candidature turque en Europe. En
bien ou en mal. Si, le 17 décembre, une date officielle est fixée
pour le début des négociations avec Ankara, commencera alors un long
et fastidieux processus qui n’aboutira, en toute hypothĂšse, Ă  une
entrĂ©e de la Turquie dans l’Europe que dans une dĂ©cennie. Si, au
contraire, des manoeuvres ultimes doivent aboutir à faire dérailler
la négociation à la derniÚre minute, la Turquie tournera
définitivement le dos à sa séculaire tentation européenne pour
chercher fortune ailleurs. Qu’il me soit permis donc de revenir sur
quelques Ă©lĂ©ments de la controverse et d’apporter un Ă©claircissement
indispensable.

Les adversaires de la candidature turque ont apporté au débat des
arguments de valeurs trÚs inégales ; on doit à la vérité de dire que
les partisans de l’adhĂ©sion turque ont eu parfois le mĂȘme problĂšme.
Déjà au début des années 30 le grand dirigeant communiste italien
Antonio Gramsci, qui Ă©crivait depuis les profondeurs de sa prison,
estimait que, dans les controverses politiques, il ne faut jamais
s’en prendre aux idĂ©es faibles, mais aux idĂ©es fortes de
l’adversaire. C’est ce que je vais entreprendre ici. J’ai retenu pour
ma part quatre objections décisives ; aucune ne me semble dirimante.

PremiĂšre objection : il faut avant toute demande d’adhĂ©sion de la
Turquie que celle-ci rÚgle au préalable ses contentieux avec la GrÚce
Chypre et avec le peuple arménien le génocide de 1915. Ceux qui
avancent aujourd’hui cette exigence bien tardive ne font que crĂ©er
les conditions pour rendre cette affaire insoluble demain. La
Turquie, en effet, a acceptĂ© cette annĂ©e mĂȘme le compromis Ă©laborĂ© Ă 
l’ONU par son secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral, Kofi Annan. Alors que les Turcs de
Chypre ont dit oui au compromis, les Grecs de l’Ăźle, encouragĂ©s en
sous-main par la droite chrétienne démocrate allemande, ont répondu
massivement non. On peut Ă  l’Ă©vidence reprendre le dossier et le
faire aboutir dans le cadre de la négociation ultérieure avec la
Turquie. Mais, Ă  l’Ă©vidence, la balle est Ă  prĂ©sent dans le camp
grĂ©co-chypriote, et c’est lorsque de nouvelles propositions auront
Ă©tĂ© posĂ©es sur la table que l’on pourra obtenir facilement la
reconnaissance de la RĂ©publique de Chypre par Ankara.

Plus délicat et aussi plus tragique, le dossier arménien. En réalité,
un gouvernement turc a déjà reconnu par le passé la honte des
massacres de 1915 qu’on n’appelait pas encore un « gĂ©nocide ».
C’Ă©tait hĂ©las le gouvernement du dernier sultan qui connaissait lĂ 
ses spasmes ultimes. Il est hors de doute que la Turquie doit aborder
de front cette question. Il faut commencer, dans un climat de
sympathie envers la Turquie, Ă  obtenir des rĂ©unions d’historiens oĂč
chacun pourra exposer son point de vue et aboutir peu Ă  peu Ă  une
version commune de l’histoire qui pourrait ĂȘtre exemplaire.

Il n’est pas Ă©tonnant que la thĂ©matique du gĂ©nocide ressorte avec
d’autant plus de force que la situation armĂ©nienne d’aujourd’hui est
imprésentable. Alors que la démocratie turque montre tous les jours
sa vigueur et son enracinement populaire, l’ArmĂ©nie vit avec un
prĂ©sident Ă©lu par les mĂȘmes mĂ©thodes qui Ă©chouent en ce moment en
Ukraine, la fraude Ă©lectorale gĂ©nĂ©ralisĂ©e. Cet État armĂ©nien en
faillite a d’autant moins de leçons Ă  donner que le premier prĂ©sident
de l’ArmĂ©nie indĂ©pendante, le sympathique et honnĂȘte Levon
Ter-Petrossian, avait, lui, accepté un plan de paix global avec
l’AzerbaĂŻdjan prĂ©sentĂ© par la Turquie, et souhaitait arriver Ă  une
rĂ©conciliation sans prĂ©alable avant d’aborder le problĂšme du
génocide.

Il faut enfin ajouter qu’un examen complet du contentieux armĂ©no-turc
ne pourra se dispenser non plus de l’ouverture des dossiers du KGB
armĂ©nien des annĂ©es 70 et du rĂŽle central qu’il a jouĂ© dans
l’entreprise de dĂ©stabilisation de la Turquie menĂ©e par l’Union
soviétique et ses alliés syrien, bulgare et, de facto, grec. Mais
sans conteste, le dossier du gĂ©nocide armĂ©nien devra ĂȘtre ouvert,
dans le cadre gĂ©nĂ©ral d’une nĂ©gociation sincĂšre et complĂšte avec la
Turquie. La Turquie serait-elle mise Ă  la porte de l’Europe ce
vendredi qu’elle devrait encore le faire.

DeuxiÚme argument, celui-là beaucoup plus sérieux, la pauvreté
turque. Les disparitĂ©s sont aujourd’hui Ă©normes entre Istanbul et la
façade Ă©gĂ©enne, d’une part, l’intĂ©rieur du pays, de l’autre. Si l’on
considÚre la dynamique, néanmoins, on observera que le moteur
stambouliote est aujourd’hui aussi puissant que l’est le moteur
shanghaĂŻen Ă  l’Ă©chelle de la Chine. Personne ne demandera jamais aux
contribuables europĂ©ens d’assurer par leurs subsides le dĂ©veloppement
de l’Anatolie. En revanche, on doit observer que l’union douaniĂšre de
la Turquie et de l’Europe fonctionne dĂ©jĂ  depuis plusieurs annĂ©es ;
qu’elle a entraĂźnĂ© un choc de productivitĂ© dans l’Ă©conomie turque qui
a mis en difficulté beaucoup de PME incapables de faire face à la
compĂ©tition de l’Europe de l’Ouest.

Mais troisiÚme argument un « partenariat privilégié » ne
répondrait-il pas à ces légitimes attentes de la Turquie sans pour
autant l’introduire au coeur des institutions europĂ©ennes ? Nous
observerons que jamais au grand jamais ce partenariat privilĂ©giĂ© n’a
été proposé à la Turquie dans aucun domaine avant que cette derniÚre
ne présente sa candidature en bonne et due forme. Nous avons plutÎt
Ă©tĂ© frappĂ©s par l’hostilitĂ© latente de plusieurs États europĂ©ens Ă  la
politique turque, au manque de solidarité devant le terrorisme kurde,
Ă  l’incomprĂ©hension de son alliance avec IsraĂ«l, au mĂ©pris pour son
prĂ©tendu atlantisme et Ă  l’avarice en matiĂšre d’aide au
développement. Un partenariat privilégié, qui est en réalité le refus
d’accorder certains privilĂšges modestes qui vont avec l’adhĂ©sion Ă 
l’Europe, ne reprĂ©senterait en toute hypothĂšse qu’une pluie de mots
apaisants et melliflus accompagnĂ©s peut-ĂȘtre de quelques pourboires
humiliants qu’il n’est pas dans l’esprit turc d’accepter en se
prosternant. Comme le gĂ©nĂ©ral Kilinc l’a dĂ©jĂ  dĂ©clarĂ©, la Turquie
peut aussi explorer d’autres politiques avec la Russie, l’Iran,
IsraĂ«l et, avant tout, avec les États-Unis, qui exigeront moins
d’elle et lui donneront en dĂ©finitive peut-ĂȘtre davantage en termes
de sĂ©curitĂ© et d’accĂšs aux marchĂ©s.

QuatriĂšme argument : la Turquie, dans l’Ă©tat actuel de transformation
extrĂȘmement dĂ©licate de l’Europe, ne va-t-elle pas dĂ©finitivement
perturber un Ă©quilibre dĂ©jĂ  instable ? Ceux-lĂ  mĂȘmes qui avancent ce
genre d’arguments ne semblent nullement inquiets de l’arrivĂ©e
imminente de la Roumanie, de la Bulgarie, de la Croatie. Ce sont
aussi les mĂȘmes qui exultent devant le basculement de l’Ukraine sans
mĂȘme considĂ©rer un seul instant les problĂšmes qu’un tel Ă©largissement
nous crĂ©e instantanĂ©ment avec la Russie si rien n’est fait en
parallĂšle avec Moscou.

C’est ici vĂ©ritablement que l’on se moque du monde. Car aussi
nĂ©cessaire que soit l’adoption de la Constitution Giscard d’Estaing
pour apporter un semblant d’ordre Ă  cette Ă©tonnante structure qu’est
l’UE, personne ne peut croire qu’elle va fonctionner sĂ©rieusement.

Ceux qui ne se payent pas de mots savent que d’autres opĂ©rations
chirurgicales seront encore nĂ©cessaires pour que l’Europe parvienne Ă 
se développer normalement. Les négociations avec la Turquie se
dérouleront donc en réalité durant ce long et difficile processus.
Beaucoup se disent qu’entre-temps la Turquie aura dĂ©rapĂ© et la
nĂ©cessitĂ© de l’intĂ©grer ne se prĂ©sentera plus. Je n’exclus pas pour
ma part le scĂ©nario inverse oĂč le sujet europĂ©en qui engage les
pourparlers avec Ankara ne sera plus tout Ă  fait le mĂȘme entre le
début et la fin de la négociation, si toutefois on permet à cette
nĂ©gociation d’avoir lieu. Ce n’est pas la Turquie qui empĂȘche
aujourd’hui la France et l’Allemagne de prendre la tĂȘte d’une
structure europĂ©enne plus ramassĂ©e, dotĂ©e d’une stratĂ©gie Ă  long
terme capable de peser sur les destinĂ©es du monde. Ce n’est pas la
Turquie qui nous oblige à conserver nos 35 heures et nos rigidités
structurelles en tout genre. Ce n’est pas la Turquie qui empĂȘchera la
Lituanie ou la Slovaquie de poser de lourds problĂšmes de
compatibilitĂ© au noyau europĂ©en. Ce n’est pas la Turquie non plus qui
pousse l’Angleterre ou la SuĂšde Ă  refuser obstinĂ©ment l’euro. En
revanche, en rompant enfin avec les complaisances et les inepties
d’une politique arabe qui n’a menĂ© Ă  rien, l’Europe apporterait la
preuve de sa capacité stratégique au lieu de se rétracter sans fin
sur sa prospérité vieillissante et craquelante.

Je n’ai pas ici Ă©voquĂ© le problĂšme de notre incompatibilitĂ© de
valeurs. Cette question, en effet, m’a toujours semblĂ© absurde. Je
n’ai pas les mĂȘmes valeurs qu’un fils de gestapiste allemand, ou
qu’un gauchiste espagnol, et pourtant nous sommes bien tous ensemble
en Europe. En revanche, je sais ce que les émigrés antinazis
d’Allemagne et d’Autriche, les enfants juifs de Bulgarie, tel le
grand pianiste Alexis Weissenberg, doivent à ces libéraux turcs qui,
malgrĂ© les pressions constantes du fascisme abattu sur l’Europe
entiĂšre, n’ont pas cĂ©dĂ© devant l’horreur. Avec ces hommes et ces
femmes, je partage en effet les mĂȘmes valeurs, et ce m’est une raison
supplémentaire, mais non décisive, je le reconnais bien volontiers,
de vouloir que la Turquie soit à nos cÎtés en Europe.

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La Turquie maintient sa pression sur l’Union europĂ©enne

Le Figaro
15 décembre 2004

A deux jours de l’ouverture du sommet de Bruxelles, qui doit dĂ©cider
de l’ouverture de nĂ©gociations avec la Turquie, le premier ministre
Recep Tayyip Erdogan a lancé hier un vibrant appel aux dirigeants
europĂ©ens, pour leur rappeler que son objectif Ă  terme Ă©tait l’«
adhĂ©sion pleine » Ă  l’Union europĂ©enne (UE), et rien d’autre. Le chef
du gouvernement turc n’a pas relĂąchĂ© la pression, ajoutant qu’Ankara
n’hĂ©siterait pas Ă  retirer sa candidature si l’Union europĂ©enne lui
posait des conditions inacceptables.

A Bruxelles, demain soir et vendredi, les chefs d’Etat et de
gouvernement de l’UE devraient donner un feu vert au lancement de ces
négociations en assortissant toutefois leur décision de conditions
strictes et en précisant que les pourparlers dureront une dizaine
d’annĂ©es. La date d’octobre 2005 circulait hier dans les coulisses
bruxelloises pour l’ouverture de ces discussions.

Ce soir, Jacques Chirac devrait réaffirmer dans une allocution
tĂ©lĂ©visĂ©e son « souhait » de voir les Turcs rejoindre l’UE, tout en
rassurant l’opinion française sur les futures nĂ©gociations qui ne
déboucheront pas automatiquement sur une adhésion.

Le ministre des Affaires étrangÚres, Michel Barnier, a déclaré hier
devant les députés que la France poserait « toutes les questions,
notamment celle du génocide arménien », lors des négociations. «
C’est une blessure qui ne cicatrise pas », a-t-il estimĂ© en dĂ©clarant
toutefois que la reconnaissance du génocide arménien par la Turquie «
n’est pas une condition » pour l’ouverture des nĂ©gociations
d’adhĂ©sion.

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Les Turcs attendent le verdict de Bruxelles

Le Figaro
15 décembre 2004

UNION EUROPÉENNE A deux jours de l’ouverture du sommet de Bruxelles,
le premier ministre turc s’est dit persuadĂ© hier que les Vingt-Cinq
accepteraient d’ouvrir avec Ankara des pourparlers d’adhĂ©sion.
Contrairement à la diaspora arménienne, notamment en France, qui
considĂšre qu’un mea-culpa d’Ankara est un prĂ©alable.

– Deux jours avant le dĂ©but du sommet de l’Union europĂ©enne qui doit
dĂ©cider de l’ouverture de nĂ©gociations avec la Turquie, le premier
ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a lancé hier un vibrant appel
aux dirigeants europĂ©ens, rappelant que l’objectif Ă  terme d’Ankara
Ă©tait l’« adhĂ©sion pleine » Ă  l’UE et rien d’autre. « J’espĂšre que
l’UE ne signera pas une erreur historique qui affaiblirait ses
propres fondations », a-t-il ajouté.

– Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE devraient donner un feu
vert au lancement de ces négociations mais assortir leur décision de
conditions strictes, tout en précisant que les pourparlers dureront
probablement plus d’une dĂ©cennie. La question de la date d’ouverture
des pourparlers sera tranchée au dernier moment, mais dans les
coulisses bruxelloises, la date d’octobre 2005 circule avec
insistance.

– Le prĂ©sident Jacques Chirac devrait rĂ©affirmer aujourd’hui dans une
allocution télévisée son « souhait » de voir les Turcs rejoindre
l’UE, tout en rassurant une opinion française majoritairement
hostile, sur le fait que l’ouverture de nĂ©gociations ne dĂ©bouchera
pas automatiquement sur une adhésion, si la Turquie dévie de la route
de la démocratisation.

– Le ministre des Affaires Ă©trangĂšres, Michel Barnier, a dĂ©clarĂ© hier
devant les députés que la France poserait « toutes les questions,
notamment celle du gĂ©nocide armĂ©nien » lors des nĂ©gociations. « C’est
une blessure qui ne cicatrise pas », a-t-il estimé, ajoutant que «
cette question est au coeur mĂȘme du projet europĂ©en qui est fondĂ© sur
la réconciliation ». Mais la reconnaissance du génocide arménien par
la Turquie « n’est pas une condition que nous posons pour l’ouverture
des négociations », a précisé le ministre.

– Le premier ministre britannique, Tony Blair, qui dĂźnait hier soir
avec le chancelier allemand, Gerhard Schröder, avant le Conseil
européen, pourrait proposer des concessions à la France et à
l’Allemagne pour apaiser leurs apprĂ©hensions. Il serait prĂȘt Ă 
retarder au deuxiĂšme semestre 2005 l’ouverture des nĂ©gociations,
aprÚs le référendum attendu en France sur la Constitution. Il
pourrait accepter aussi une clause de « sortie » des négociations,
qui laisserait la possibilitĂ© de refuser l’entrĂ©e au candidat.

– Le numĂ©ro deux du Parti socialiste, Laurent Fabius, a rĂ©affirmĂ©
hier son opposition Ă  une adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’Union
européenne, en soulignant que « la meilleure solution » était « un
partenariat privilĂ©giĂ© » entre l’UE et Ankara. « La population ne
souhaite pas l’adhĂ©sion, le Parlement ne souhaite pas l’adhĂ©sion, et
l’adhĂ©sion n’est pas de l’intĂ©rĂȘt de l’Europe et de la France, c’est
le partenariat qui est la bonne solution », a déclaré Laurent Fabius.

– Le coprĂ©sident du groupe des Verts au Parlement europĂ©en, Daniel
Cohn-Bendit, a au contraire regretté hier « une folie ambiante »
autour du débat en France et en Allemagne sur la Turquie. « Pourquoi
devrions-nous rassurer Mme Merkel (leader de la CDU allemande) et M.
Sarkozy (leader de l’UMP française) ? Ils n’ont qu’Ă  gagner les
prochaines élections et ils mÚneront les négociations », a-t-il
ajouté, rappelant que celles avec le Royaume-Uni « avaient duré dix
ans avec deux veto (français) et deux interruptions ».

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Les ArmĂ©niens de Turquie en quĂȘte de reconnaissance;

Le Figaro
15 décembre 2004

UNION EUROPÉENNE A deux jours de l’ouverture du sommet de Bruxelles,
le premier ministre turc s’est dit persuadĂ© hier que les Vingt-Cinq
accepteraient d’ouvrir avec Ankara des pourparlers d’adhĂ©sion.
Contrairement à la diaspora arménienne, notamment en France, qui
considĂšre qu’un mea-culpa d’Ankara est un prĂ©alable

Marie-MichĂšle MARTINET, Alain BARLUET

Le ministre des Affaires étrangÚres, Michel Barnier, a relancé hier
la question du gĂ©nocide armĂ©nien de 1915, prĂ©cisant que Paris n’en
faisait pas un prĂ©alable pour l’ouverture des nĂ©gociations d’adhĂ©sion
de la Turquie Ă  l’UE mais assurant qu’elle serait posĂ©e. « C’est une
blessure qui ne cicatrice pas » et « c’est une question que la France
va poser, car nous voulons une réponse », a-t-il déclaré hier à
l’AssemblĂ©e nationale française.

Dans son bureau du journal arménien Agos, dont il est le rédacteur en
chef, Hrant Dink s’Ă©nerve de cette tension qui monte, en France, Ă 
propos de l’ArmĂ©nie et du gĂ©nocide. Il y a quinze jours, il Ă©tait Ă 
Marseille oĂč il a rencontrĂ© les principaux responsables de la
diaspora arménienne de France, ainsi que de nombreux élus. Il soupire
: « J’ai passĂ© ma vie en Turquie ; j’y ai vĂ©cu mon enfance. Je ne
crois pas au rapport de force, mais plutĂŽt au dialogue. Laissons
d’abord s’ouvrir les nĂ©gociations d’adhĂ©sion : c’est le meilleur
moyen de développer la démocratie en Turquie. »

La position de Hrant Dink est diamétralement opposée à celle de la
diaspora de France qui considĂšre que la reconnaissance par Ankara du
gĂ©nocide perpĂ©trĂ©, en 1915, par l’Empire ottoman, constitue un
préalable à toute négociation. Selon Michel Guévidian, président du
Conseil de coordination des organisations arméniennes de France, les
chefs d’Etat europĂ©ens commettront une « gaffe monumentale » s’ils
acceptent demain de donner le feu vert Ă  l’ouverture des nĂ©gociations
d’adhĂ©sion.

Le quotidien Agos est publié à Istanbul en arménien et en turc. A son
retour de France, au début du mois, Hrant Dink a voulu rappeler les
Arméniens de France à la raison : « Ils sont devenus aveugles et
n’agissent qu’en fonction de leurs Ă©motions. Ils croient que la
Turquie est incapable de changer… mais tout peut changer dans le
monde ! Et ce n’est pas en fermant la porte que l’on rĂšgle les
problÚmes, bien au contraire. »

Au passage, il tente de convaincre l’opinion publique française de se
montrer moins frileuse : « Les Français ne me semblent pas prĂȘts Ă 
accepter, sur le fond, le principe de la diversité culturelle. Dans
leurs relations avec le monde musulman, on dirait que l’histoire
s’est arrĂȘtĂ©e, pour eux, avec la guerre d’AlgĂ©rie… »

Au sein de la minorité chrétienne vivant en Turquie, les Arméniens,
qui comptaient 2 millions de personnes Ă  la fin du XIXe siĂšcle, ne
sont plus que prĂšs de 70 000 aujourd’hui. Leur statut, fixĂ© en 1923
par le traité de Lausanne, fait partie des tabous de la société
turque, oĂč nombreux sont ceux qui, notamment parmi les nationalistes
radicaux, considÚrent que la notion de minorité est synonyme de
menace pour l’intĂ©gritĂ© du pays.

La prĂ©sentation, Ă  l’automne dernier, d’un rapport sur les droits des
minorités, élaboré à la demande du gouvernement, a été ainsi
l’occasion de mesurer les limites que certains voudraient imposer Ă 
l’exercice de la dĂ©mocratie : au moment oĂč le prĂ©sident de la
commission prenait la parole pour rendre compte des observations de
son groupe de réflexion, proposant notamment que des amendements
constitutionnels et législatifs en faveur des minorités, un
syndicaliste nationaliste lui a arrachĂ© son texte des mains et l’a
déchiré devant les caméras de télévision en hurlant : « Ce rapport a
Ă©tĂ© fabriquĂ© de toutes piĂšces ! » Quelques jours aprĂšs l’incident, le
ministre de la Justice, Cemil Cicek, précisait que « la Turquie et
l’Union europĂ©enne ne parlent pas la mĂȘme langue » quand il s’agit
des minoritĂ©s et qu’il n’Ă©tait pas question d’engager « un dĂ©bat qui
mettrait en cause l’unitĂ© du pays ».

Il n’empĂȘche. En dĂ©pit de multiples rĂ©sistances, la glace a commencĂ©
Ă  fondre entre l’Etat turc et les communautĂ©s minoritaires sous
l’influence de l’UE et des associations de dĂ©fense des droits de
l’homme. Le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, vient lui-mĂȘme de
lever un immense tabou : il a été le premier homme politique turc à
Ă©voquer rĂ©cemment le gĂ©nocide de 1915 sans l’englober, comme c’Ă©tait
jusqu’Ă  maintenant l’usage, dans la formule turque consacrĂ©e de «
soi-disant génocide de 1915 ».

La communauté arménienne a bien enregistré le message : « Les choses
changent, souligne Hrant Dink. Prenons un exemple : depuis deux ou
trois ans, quand il s’agit de restaurer une Ă©glise, on attend moins
longtemps pour obtenir les autorisations obligatoires avant d’engager
des travaux. Les démarches bureaucratiques sont moins lourdes. » Ce
qui n’est pas une mince affaire puisque la Turquie compte encore plus
d’une cinquantaine d’Ă©glises armĂ©niennes sur son territoire ; et Ă 
peu prĂšs autant d’Ă©coles.

Les relations diplomatiques, officiellement au point mort entre la
Turquie et l’ArmĂ©nie, avancent discrĂštement. « Il suffirait d’un
geste de bonne volonté de la Turquie pour que les Arméniens acceptent
de tourner la page. Les deux pays sont prĂȘts Ă  la rĂ©conciliation »,
observe Anne-Birgitte Albrectsen, qui reprĂ©sente l’UNFPA, la mission
des Nations unies en Azerbaïdjan, Géorgie et Arménie. Hrant Dink
reste cependant inquiet. Il veut encore une fois rappeler l’enjeu
capital du sommet de Bruxelles. Un refus pourrait, selon lui,
provoquer un recul catastrophique : « Ce serait une grande défaite
pour les démocrates de Turquie ; et pour la démocratie en général. Et
quelles seraient les consĂ©quences pour l’ArmĂ©nie d’une Turquie
repliĂ©e sur elle-mĂȘme ? » M.-M. M.

Droits de l’homme : encore des efforts Ă  faire

Pour adhĂ©rer Ă  l’Union europĂ©enne, tout pays candidat doit remplir
les « critĂšres de Copenhague », dĂ©finis lors d’un Conseil europĂ©en
qui s’est tenu au Danemark, en juin 1993. Les premiĂšres conditions
sont politiques. Le pays candidat doit ĂȘtre dotĂ© d’« institutions
stables » garantissant « la démocratie, la primauté du droit, les
droits de l’homme, le respect des minoritĂ©s et leur protection ». Le
respect de ces critĂšres de base permet d’ouvrir les nĂ©gociations
d’adhĂ©sion. Le 6 octobre, la Commission europĂ©enne a estimĂ© que la
Turquie remplissait « suffisamment » ces conditions politiques pour
entamer les pourparlers d’adhĂ©sion. Vendredi, le Conseil europĂ©en
suivra sa recommandation à la lettre, saluant les progrÚs réalisés
par Ankara dans son processus de réformes. Il soulignera les efforts
qui restent à faire pour éliminer sur le terrain toute pratique « de
torture et de mauvais traitement ». Enfin, pour clÎturer les
nĂ©gociations, et signer le traitĂ© d’adhĂ©sion, le pays candidat doit
également remplir les « critÚres économiques » de Copenhague.A. B.

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Moscovici : « L’objectif, c’est l’adhĂ©sion »;

Le Figaro
15 décembre 2004

Le dĂ©putĂ© europĂ©en estime que l’Union ne doit pas ĂȘtre « hypocrite »

Nicolas BAROTTE

Pierre Moscovici est député européen socialiste et vice-président du
Parlement européen.

LE FIGARO. Vous ĂȘtes favorable Ă  l’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’Union.
Quand les nĂ©gociations doivent-elles s’ouvrir, selon vous, et Ă 
quelle échéance doivent-elles se terminer ?

Pierre MOSCOVICI. Je suis un partisan raisonnĂ© de l’adhĂ©sion.
L’entrĂ©e de la Turquie dans l’Union europĂ©enne peut ĂȘtre une chance
pour une présence plus forte vis-à-vis du Moyen-Orient, pour garantir
la sĂ©curitĂ© dans l’Union Ă©largie, pour jouer rĂ©ellement le dialogue
des civilisations. Le Conseil europĂ©en doit dĂ©cider d’ouvrir les
nĂ©gociations sans Ă©voquer d’autre hypothĂšse que l’adhĂ©sion. Si on
souhaite qu’elles s’ouvrent en 2005 aprĂšs le rĂ©fĂ©rendum sur la
Constitution europĂ©enne, je n’y vois pas d’obstacle. Les nĂ©gociations
seront longues, elles ne pourront pas ĂȘtre conclues avant 2014, aprĂšs
le vote du budget europĂ©en pour la pĂ©riode 2013-2020. Mais l’adhĂ©sion
n’est pas automatique. Les nĂ©gociations seront longues et difficiles.
Elles peuvent déboucher sur autre chose.

Que pensez-vous de l’idĂ©e d’un partenariat privilĂ©giĂ© ?

Les conditions que la Turquie doit remplir sont importantes :
démocratie, respect des minorités, laïcité, égalité homme-femme,
reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien… Il y a du chemin Ă  parcourir.
Si ces conditions ne sont pas remplies, une troisiĂšme voie peut ĂȘtre
imaginĂ©e. Mais elle ne doit pas ĂȘtre souhaitĂ©e. L’UE a une parole.
L’objectif des nĂ©gociations d’adhĂ©sion, c’est l’adhĂ©sion. Pas
d’hypocrisie lĂ -dessus.

L’adhĂ©sion de la Turquie ne modifierait-elle pas le projet europĂ©en ?

L’entrĂ©e de la Turquie ne reprĂ©sente pas un changement de nature de
l’Europe. L’Europe aujourd’hui intĂšgre des pays libĂ©raux, d’autres
qui le sont moins, des pays atlantistes, d’autres qui le sont
moins… L’Europe est trĂšs diverse depuis l’entrĂ©e de la
Grande-Bretagne. La Turquie ajouterait à cette diversité, elle ne la
créerait pas.

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Turquie : l’autre division des socialistes;

Le Figaro
15 décembre 2004

OPPOSITION La question de l’adhĂ©sion d’Ankara Ă  l’Union embarrasse le
PS, qui a déjà mis au jour ses contradictions sur la Constitution
européenne

Nicolas BAROTTE

La question de l’entrĂ©e de la Turquie Ă  l’Union europĂ©enne trouble la
gauche. Le PS est partagĂ© entre partisans de l’adhĂ©sion ou du
partenariat privilégié. Le Parti communiste, les Verts, le MRC et
l’extrĂȘme gauche sont plutĂŽt favorables, mais certains Ă©mettent des
conditions.

DivisĂ© sur la Constitution europĂ©enne, le PS l’est aussi sur la
question de l’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’Union europĂ©enne. Mais,
cette fois, le parti de François Hollande a choisi de ne pas
trancher. « Nous prenons des précautions », concÚde le porte-parole
du PS, Julien Dray. Le bureau national du PS a adopté le 12 octobre,
Ă  l’unanimitĂ©, une position a minima : pour l’ouverture de
négociations sans préjuger de leur issue. Pourtant, en juin dernier,
le PS affirmait encore ĂȘtre « favorable au principe de l’entrĂ©e de la
Turquie dans l’Union europĂ©enne ».

Aujourd’hui, le parti a donc choisi la prudence. « Toutes les options
doivent ĂȘtre ouvertes », a dĂ©clarĂ© François Hollande, le 9 dĂ©cembre
sur France 2. « L’adhĂ©sion si les garanties sont donnĂ©es, le
partenariat privilĂ©giĂ©, mĂȘme si aujourd’hui personne ne sait
exactement ce que c’est, ou le refus de l’adhĂ©sion. » Et, pour le
premier secrĂ©taire, tout nouvel Ă©largissement de l’Union europĂ©enne
doit ĂȘtre soumis Ă  rĂ©fĂ©rendum.

Le clivage au sein du PS ne reprend pas les lignes du débat sur la
Constitution. Laurent Fabius, ses amis et Manuel Valls, qui sont
contre la Constitution, sont aussi opposĂ©s Ă  l’adhĂ©sion de la
Turquie. Mais ils sont rejoints sur cette position par certains
tenants du oui comme la présidente de la région Poitou-Charentes,
SégolÚne Royal, le député européen Bernard Poignant ou le sénateur
Robert Badinter. Pour eux, l’entrĂ©e de la Turquie changerait le
projet europĂ©en. L’adhĂ©sion est synonyme de « fuite en avant
territoriale qui mĂšne vers l’Europe diluĂ©e et impotente », estime le
dĂ©putĂ© europĂ©en Henri Weber. Comme Laurent Fabius, il dĂ©fend l’idĂ©e
d’un partenariat privilĂ©giĂ©. Hier, SĂ©golĂšne Royal, souhaitant
souligner les lacunes de la dĂ©mocratie turque, s’est ostensiblement
affichĂ©e avec l’ex-dĂ©putĂ© kurde Leyla Zana, emprisonnĂ©e pendant dix
ans pour avoir milité en faveur des droits des Kurdes en Turquie.

A l’inverse, partisans de la Constitution, Pierre Moscovici, Harlem
Désir ou Elisabeth Guigou se sont clairement prononcés pour
l’adhĂ©sion de la Turquie. Certains tenants du non aussi, notamment
Vincent Peillon, du courant minoritaire du Nouveau Parti socialiste.
Pour eux, l’Union europĂ©enne doit tenir ses promesses. « Les Turcs
ont fait Ă©voluer leur sociĂ©tĂ© dans cette perspective, l’adhĂ©sion Ă 
l’Union europĂ©enne a Ă©tĂ© le moteur de leur rĂ©forme. On ne peut pas
jouer avec les engagements envers les peuples », explique le député
européen Harlem Désir.

Le prĂ©sident du groupe socialiste Ă  l’AssemblĂ©e nationale, Jean-Marc
Ayrault, a demandé hier de la pédagogie au président de la
RĂ©publique, qui doit s’exprimer ce soir sur TF 1. Il faut expliquer
aux Français « pourquoi le problÚme de la Turquie se pose », a-t-il
souhaité. « Il faut en parler sans jouer sur les peurs. »

Au PS, la gĂȘne est perceptible. « La Turquie n’est pas n’importe quel
pays », explique le dĂ©putĂ© de l’Essonne, Julien Dray. Outre son poids
démographique, son histoire, sa situation, le porte-parole du PS
évoque le problÚme de la non-reconnaissance du génocide arménien,
l’occupation du nord de Chypre par l’armĂ©e turque, le respect des
droits de l’homme… « Ces questions existent, on ne peut pas les
balayer », estime-t-il.

Les hĂ©sitations du PS s’expliquent aussi par les rĂ©ticences de
l’opinion et de l’Ă©lectorat de gauche. Pour Julien Dray, « si on se
prononçait en l’Ă©tat, les peuples diraient non ». Si les
sympathisants socialistes sont favorables Ă  61 % Ă  l’ouverture de
nĂ©gociations, ils sont opposĂ©s Ă  l’entrĂ©e de la Turquie dans l’Union
européenne à 61 %, selon le sondage Ifop paru dans Le Figaro lundi.

Mais pour l’ancien commissaire europĂ©en socialiste Pascal Lamy, la
question, pour ou contre l’adhĂ©sion, a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© tranchĂ©e. « On a dĂ©jĂ 
dit que la Turquie avait vocation Ă  rejoindre l’Union »,
explique-t-il. Pour lui, le processus est entré dans une deuxiÚme
phase : les nĂ©gociations. « Il s’agit du temps qu’il faut Ă  un pays
comme la Turquie pour prendre les engagements qu’un nouvel Etat
membre doit respecter par rapport Ă  l’acquis communautaire »,
explique-t-il. La troisiĂšme et derniĂšre Ă©tape Ă©tant la ratification.

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Les parlementaires français continuent d’exprimer leurs rĂ©ticences

Les Echos
15 décembre 2004

Les dés sont probablement jetés. Le ministre des Affaires étrangÚres,
Michel Barnier, ne l’a pas cachĂ© hier. « La nĂ©gociation avec la
Turquie va sans doute s’ouvrir », a-t-il indiquĂ© Ă  l’AssemblĂ©e
nationale, et la France va y apporter son soutien. Il n’empĂȘche : Ă 
la veille du sommet de Bruxelles qui devrait, demain et vendredi,
engager le processus d’adhĂ©sion d’Ankara, l’exĂ©cutif français fait
face Ă  une nouvelle fronde de la part des responsables politiques
français, de gauche comme de droite, qui restent majoritairement
hostiles à une Turquie européenne. Les efforts déployés par le
gouvernement pour rassurer les Français – majoritairement « contre »
eux aussi – et leurs reprĂ©sentants, n’ont pas suffi : Michel Barnier
a promis qu’il consulterait le Parlement rĂ©guliĂšrement ; il a affirmĂ©
qu’il « poserait la question de la tragĂ©die armĂ©nienne et de Chypre
». Quant à Jacques Chirac, il intervient ce soir sur TF1 pour
rappeler qu’en tout Ă©tat de cause, ce sont les Français qui
dĂ©cideront, par rĂ©fĂ©rendum, de l’adhĂ©sion ou non de la Turquie.

Demandes de garanties

Las, de nombreux leaders politiques, y compris Ă  l’UMP, sont montĂ©s
au crĂ©neau pour regretter que l’exĂ©cutif n’ait pas rĂ©ussi Ă  obtenir
des garanties pour que les nĂ©gociations n’aboutissent pas «
automatiquement » Ă  l’adhĂ©sion. Ces derniers jours, ils misaient sur
d’autres options comme celles d’un « partenariat privilĂ©giĂ© ». « Mais
manifestement, dans les derniÚres heures, cette option a été
abandonnée », a vivement regretté hier François Bayrou, le président
de l’UDF. « Jacques Chirac doit dire oui au partenariat et non Ă 
l’adhĂ©sion », a de son cĂŽtĂ© affirmĂ© Laurent Fabius. Jean-Marc
Ayrault, le prĂ©sident du groupe PS Ă  l’AssemblĂ©e, fait, lui, de « la
reconnaissance du génocide arménien une condition préalable », et
demande Ă  Jacques Chirac de peser pour obtenir « des progrĂšs d’Ankara
en matiĂšre de droits de l’homme, de gestion de l’Ă©conomie et de
transparence ».

Quant aux dĂ©putĂ©s europĂ©ens de l’UMP, ils ont purement et simplement
votĂ© « contre » l’ouverture des nĂ©gociations, hier soir Ă  Strasbourg.

S’ils ne peuvent plus s’opposer Ă  l’ouverture des nĂ©gociations, les
anti-Turquie veulent au moins signifier qu’ils ne baissent pas les
bras et qu’ils resteront trĂšs vigilants Ă  toutes les Ă©tapes du
processus.

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Pour ou contre la candidature turque : les arguments de chaque camp
By YANN ROUSSEAU

Les Echos
15 décembre 2004

En France, la candidature d’Ankara divise les partis et bouleverse le
traditionnel clivage droite-gauche. Si les partis de droite (UMP,
UDF) se sont massivement prononcĂ©s contre l’entrĂ©e de la Turquie dans
l’Union, plusieurs personnalitĂ©s de droite militent, elles, pour cet
Ă©largissement. A l’inverse, si le PS est plutĂŽt favorable Ă  cette
entrĂ©e, plusieurs figures socialistes s’y opposent vigoureusement.
Revue des arguments.

POUR

Une Europe plus sĂ»re. « L’entrĂ©e de la Turquie est une assurance-vie
pour l’Union », martĂšle l’ancien Premier ministre Michel Rocard. «
Dire «non» à ce grand pays musulman laïcisé, stable et puissant,
c’est prendre le risque de le rejeter vers un extrĂ©misme dangereux »,
ajoute-t-il, rappelant que l’Union s’est dĂ©jĂ  prononcĂ©e sur la «
vocation » européenne de la Turquie. Un rejet risquerait de pousser
la Turquie « Ă  constituer avec l’Irak et la Syrie un ensemble
menaçant à ses frontiÚres », complÚte Dominique Strauss-Kahn. «
Peut-on prendre le risque qu’Ankara choisisse un autre modĂšle que
l’Europe ? », s’interroge aussi Michel Barnier, le ministre des
Affaires étrangÚres. « La vocation premiÚre de la construction
europĂ©enne, c’est Ă©largir sans cesse la zone de paix afin de rendre
impossible le retour de la guerre en Europe », rappelle de son cÎté
l’UMP Pierre Lellouche.

De nouveaux marchés. « La Turquie, par son influence régionale, peut
ouvrir d’immenses perspectives Ă©conomiques, notamment en matiĂšre
pétroliÚre », pointe Michel Rocard. Son intégration permettrait
notamment Ă  l’Union de peser plus fortement dans les zones
stratégiques du Proche-Orient et de la Caspienne. Les partisans de la
candidature d’Ankara rappellent enfin que la Turquie est depuis neuf
ans dĂ©jĂ  dans l’Union douaniĂšre.

Une Europe puissance. Pour peser dans un monde qui sera Ă  terme
organisĂ© en « grands blocs », l’Union europĂ©enne doit, « si elle veut
rayonner », avoir la vocation de regrouper tous les territoires qui
entourent les rives de la Méditerranée, assure Dominique Strauss-Kahn
(PS). « Si la Turquie adhĂšre Ă  l’ensemble des valeurs qui sont les
nĂŽtres, c’est une chance extraordinaire pour l’Europe de se
renforcer. A tous Ă©gards nous avons intĂ©rĂȘt Ă  ce que la Turquie nous
rejoigne… Nous sommes tous des enfants de Byzance », a rĂ©cemment
estimé Jacques Chirac.

CONTRE

Une intégration trop coûteuse. « Le poids de la Turquie au sein de
l’Union europĂ©enne serait considĂ©rable. Sa modernisation
reprĂ©senterait un coĂ»t d’environ 25 milliards par an », estime
Edouard Balladur, qui rappelle les trÚs coûteux efforts déjà induits
par l’Ă©largissement Ă  25 membres.

Le poids de la gĂ©ographie. « La frontiĂšre de l’Union europĂ©enne,
c’est la frontiĂšre nord de la Turquie », argumente le dĂ©putĂ© europĂ©en
Jean-Louis Bourlanges (UDF), qui souligne que moins de 10 % du
territoire turc sont europĂ©ens. « C’est comme si la France demandait
d’adhĂ©rer Ă  l’Union africaine ! », s’Ă©tonne l’ancien ministre Hubert
VĂ©drine.

Un projet europĂ©en malmenĂ© « Ça serait la fin de l’Europe », lance
ValĂ©ry Giscard d’Estaing. « L’adhĂ©sion de la Turquie est un pas non
vers l’unitĂ© de l’Europe, mais vers sa dispersion, Ă  tous les points
de vue », résume François Bayrou.

Des institutions européennes bouleversées. « Le poids de population
turque représenterait 20 % de droits de vote de plus que la France »
au sein des institutions de l’Union, a calculĂ© Laurent Fabius. La
Turquie aurait, à terme, « plus de députés que la France », affirme
de son cÎté Philippe de Villiers

La difficile intĂ©gration de l’islam. « Voulons-nous que le fleuve de
l’islam rejoigne le lit de la laĂŻcitĂ© ? », s’est notamment interrogĂ©
Jean-Pierre Raffarin dans une interview au « Wall Street Journal ».
Les centristes pointent, eux, « une identité historique chrétienne »
à laquelle la Turquie est « étrangÚre ».

La question des droits de l’homme. « La Turquie ne remplit pas tous
les critĂšres dĂ©mocratiques ; elle n’a pas reconnu le gĂ©nocide
arménien ; elle traite mal un certain nombre de minorités », avance
Laurent Fabius. François Bayrou évoque des massacres au Kurdistan. Le
peu d’entrain d’Ankara Ă  reconnaĂźtre Chypre est aussi montrĂ© du
doigt.

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Sommet de l’UE sur la Turquie Chirac dit un oui conditionnel Ă  l’entrĂ©e d’Ankara

Schweizerische Depeschenagentur AG (SDA)
SDA – Service de base français
15 décembre 2004

Paris (ats/afp) Le président français Jacques Chirac a confirmé avec
force mercredi qu’il Ă©tait favorable Ă  l’adhĂ©sion de la Turquie Ă 
l’Union europĂ©enne. Mais il l’a soumise Ă  la satisfaction de “toutes
les conditions” Ă  cet effet, dans “l’intĂ©rĂȘt” de la France et de
l’Europe.

“La question qu’il faut se poser, c’est ‘est-ce que l’Europe, et
notamment la France, ont ou non intĂ©rĂȘt Ă  ce que la Turquie les
rejoigne?’ Ma rĂ©ponse est oui, si…”, a dĂ©clarĂ© M. Chirac Ă  la
télévision privée TF1, à la veille du Conseil européen de Bruxelles.
La rencontre doit dĂ©cider de l’ouverture de nĂ©gociations d’adhĂ©sion
de l’UE avec Ankara.

“Oui, si la Turquie remplit naturellement la totalitĂ© des conditions
qui s’imposent Ă  tout candidat Ă  notre union”, a ajoutĂ© M. Chirac. Il
a rejetĂ© l’idĂ©e d’un “partenariat privilĂ©giĂ©” avec ce pays.

Il a expliquĂ© que “l’Union europĂ©enne, c’est d’abord un projet pour
la paix et la stabilitĂ©”, c’est “l’enracinement de la dĂ©mocratie” et
le “dĂ©veloppement Ă©conomique et social”.

“Effort de mĂ©moire”

“Au regard de ces trois critĂšres, je crois que nous avons intĂ©rĂȘt Ă 
avoir la Turquie, si elle remplit toutes les conditions”, a-t-il
affirmĂ©. Un rejet de la Turquie reprĂ©senterait “certainement un
risque d’instabilitĂ©, d’insĂ©curitĂ© Ă  nos frontiĂšres”, a-t-il dit.

M. Chirac a prĂ©cisĂ© Ă©galement que “la Turquie est un pays laĂŻc”
depuis 1923. Il a soulignĂ© que ces nĂ©gociations “vont durer 10 ans,
15 ans, 20 ans” pour permettre Ă  la Turquie de reprendre “l’acquis
communautaire”.

Interrogé sur le génocide arménien de 1915, le président français a
demandĂ© Ă  la Turquie de faire “un effort de mĂ©moire important”. Mais
il n’a pas fait de cette question un prĂ©alable pour les nĂ©gociations.

Il a rappelĂ© toutefois le vote d’une loi en France reconnaissant le
gĂ©nocide. “Nous sommes en France un pays de droit. Il y a une loi qui
a Ă©tĂ© votĂ©e, d’ailleurs presque Ă  l’unanimitĂ© aussi bien du SĂ©nat que
de l’AssemblĂ©e nationale, qui parle de gĂ©nocide. Par consĂ©quent,
c’est la loi”, a-t-il dit.

“D’Etat Ă  Etat”

M. Chirac a affirmé que la réforme constitutionnnelle, rendue
nĂ©cessaire pour l’adoption de la future Constitution europĂ©enne,
prĂ©voirait que “toute nouvelle adhĂ©sion devra ĂȘtre sanctionnĂ©e (…),
pas par la voie parlementaire, mais obligatoirement par la voie
rĂ©fĂ©rendaire”.

“Ce qui veut dire en clair qu’en toute hypothĂšse, chaque Française et
chaque Français conserve son droit Ă  s’exprimer et que les Français
auront (…) le dernier mot”, a-t-il dit.

M. Chirac a aussi rappelĂ© que la nĂ©gociation qui devrait s’engager
avec Ankara serait “une nĂ©gociation d’Etat Ă  Etat”, ce qui signifie
que “chaque nation, et notamment la France, conserve depuis le dĂ©but
des nĂ©gociations jusqu’Ă  leur fin, c’est-Ă -dire pendant les dix ans,
quinze ans, vingt ans qui seront nécessaires, le droit de tout
arrĂȘter”.

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Des ArmĂ©niens de France s’indignent des propos de Michel Barnier

Agence France Presse
14 décembre 2004 mardi 7:33 PM GMT

PARIS 14 déc 2004

Le ComitĂ© de dĂ©fense de la cause armĂ©nienne (CDCA) en France s’est
indignĂ© mardi soir des propos tenus le jour mĂȘme Ă  propos du gĂ©nocide
arménien par le chef de la diplomatie française Michel Barnier devant
les députés.

“Les circonvolutions de Michel Barnier autour du mot gĂ©nocide sont
pathétiques.

Le gĂ©nocide armĂ©nien n’est pas une tragĂ©die dont la reconnaissance
n’a Ă©tĂ© effectuĂ©e que de façon solennelle par le Parlement
(français). Il s’agit d’une loi, signĂ©e par le prĂ©sident de la
RĂ©publique Jacques Chirac”, a dĂ©clarĂ© dans un communiquĂ© Harout
Mardirossian, président du CDCA.

Michel Barnier, interrogĂ© Ă  l’AssemblĂ©e nationale sur la
reconnaissance du génocide par la Turquie lors des négociations en
vue de son adhĂ©sion Ă  l’UE, avait utilisĂ© le terme “tragĂ©die”, mot
souvent utilisé par les responsables turcs pour évoquer cette
question, avant d’employer finalement le mot “gĂ©nocide”, pressĂ© par
les députés lors de la traditionnelle séance des questions
hebdomadaires au gouvernement.

Pour sa part, Mourad Papazian du Parti socialiste arménien a rappelé
que “le prĂ©sident de la RĂ©publique avait Ă©tĂ© interpellĂ© sur cette
question” et que “la Turquie avait eu 17 ans pour se conformer aux
décisions de la résolution du Parlement Européen du 18 juin 1987 qui
exigeait (..) la reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien”.

M. Barnier a déclaré mardi que la reconnaissance du génocide arménien
par la Turquie “n’Ă©tait pas une condition” Ă  l’ouverture des
nĂ©gociations d’adhĂ©sion d’Ankara Ă  l’Union europĂ©enne mais a assurĂ©
que la question serait posée.

Les organisations arméniennes (CDCA, Parti socialiste) appellent à
une manifestation vendredi 17 décembre à Bruxelles devant le Conseil
EuropĂ©en oĂč, disent-elles, 10.000 EuropĂ©ens d’origine armĂ©nienne sont
attendus.

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L’adoption d’une loi sur le “gĂ©nocide armĂ©nien” par le parlement français (ENCADRE)

Agence France Presse
14 décembre 2004 mardi

PARIS 14 déc 2004

La France a reconnu en 2001 comme un “gĂ©nocide” les massacres
d’ArmĂ©niens perpĂ©trĂ©s sous l’Empire ottoman en 1915.

Le 18 janvier 2001, le Parlement français a adopté une loi,
promulguĂ©e le 29 janvier, qui dispose dans son article unique: “La
France reconnaĂźt publiquement le gĂ©nocide armĂ©nien de 1915” sans
toutefois en désigner les responsables.

Cette loi est l’aboutissement d’un processus parlementaire entamĂ© le
29 mai 1998 avec l’adoption par l’AssemblĂ©e nationale, Ă  l’unanimitĂ©,
d’une proposition de loi du groupe socialiste.

Ce vote, qui constitue une réponse à une revendication constante du
peuple arménien et de la communauté arménienne de France, est
accueilli par de longs applaudissements dans l’hĂ©micycle.

Des sénateurs favorables au texte tentent alors de faire inscrire la
proposition de loi Ă  l’ordre du jour du SĂ©nat, mais ils se heurtent Ă 
l’hostilitĂ© du gouvernement et de la commission des Affaires
étrangÚres de la Haute Assemblée.

Finalement, aprĂšs l’Ă©chec de plusieurs tentatives, le SĂ©nat approuve
un texte identique Ă  celui de l’AssemblĂ©e nationale le 8 novembre
2000, Ă  l’initiative notamment de Jean-Claude Gaudin (DL,
Bouches-du-RhĂŽne). Le vote est acquis par 164 voix contre 40 et 4
abstentions.

Le vote du SĂ©nat français intervient moins d’un mois aprĂšs que le
CongrÚs américain eut retiré un projet de loi reconnaissant également
le génocide arménien.

La reconnaissance par le Sénat provoque aussitÎt le mécontentement de
la Turquie qui convoque l’ambassadeur de France le 8 novembre. “Nous
rejetons et condamnons cette initiative absolument erronée et
regrettable” dĂ©clare le ministĂšre turque des Affaires Ă©trangĂšres.

Toutefois, la validation définitive par le Parlement du texte doit
encore attendre. En effet, si la proposition Gaudin est identique sur
le fond, elle n’est juridiquement pas la mĂȘme que celle adoptĂ©e en
mai 1998 par les dĂ©putĂ©s et il faut un nouvel examen par l’AssemblĂ©e.

Le gouvernement dĂ©clare alors “s’en remettre Ă  l’initiative
parlementaire” pour l’inscription Ă  l’ordre du jour de l’AssemblĂ©e.
C’est finalement le groupe UDF qui s’en charge, en utilisant son
ordre du jour réservé.

Le 18 janvier 2001, le Parlement français reconnaßt publiquement par
un ultime vote unanime de l’AssemblĂ©e nationale le gĂ©nocide armĂ©nien
malgré les réserves du gouvernement français. La loi est promulguée
le 29 janvier par le président Jacques Chirac.

Le lendemain, le Premier ministre turc Bulent Ecevit annonce que son
pays rĂ©visera ses “relations Ă©conomiques et politiques avec la
France”. Ankara rappelle ainsi son ambassadeur Ă  Paris, ce dernier ne
regagnant la capitale française que cinq mois plus tard.

Si l’adoption de cette loi a eu des rĂ©percussions nĂ©gatives pour les
entreprises françaises en Turquie (appel au boycott, annulation de
contrats etc.), elle n’empĂȘche pas la France de se placer parmi les
principaux partenaires Ă©conomiques de ce pays.

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Le massacre des Arméniens: reconnu comme génocide par peu de pays européens (ENCADRE)

Agence France Presse
14 décembre 2004 mardi

La France est devenue en janvier 2001 le premier grand pays européen
à reconnaßtre comme un génocide le massacre des Arméniens perpétré
dans les derniĂšres annĂ©es de l’Empire ottoman.

Le Parlement français a voté le 18 janvier 2001 une loi affirmant que
“la France reconnaĂźt publiquement le gĂ©nocide armĂ©nien de 1915”, sans
d’ailleurs en dĂ©signer explicitement les Turcs comme responsables.

La France a rejoint ainsi au sein de l’Union europĂ©enne la Belgique
et la GrĂšce. La GrĂšce, aux relations complexes et conflictuelles avec
la Turquie, a toujours parlĂ© de “gĂ©nocide” lorsqu’elle se rĂ©fĂ©rait au
massacre d’ArmĂ©niens. Le parlement grec a dĂ©crĂ©tĂ© en 1996, le 24
avril “jour de la mĂ©moire du gĂ©nocide des ArmĂ©niens par le rĂ©gime
turc”. Le sĂ©nat belge a explicitement reconnu en mars 1998 le
génocide arménien.

En Suisse, le Conseil national, chambre basse du parlement, a reconnu
en dĂ©cembre 2003 le gĂ©nocide des ArmĂ©niens contre l’avis du
gouvernement suisse.

Le Parlement européen avait ouvert la voie dÚs 1987. Dans une
rĂ©solution, il dĂ©clarait ĂȘtre d’avis que “les Ă©vĂ©nements tragiques
qui se sont déroulés en 1915-1917 contre les Arméniens établis sur le
territoire ottoman constituent un génocide au sens de la Convention
pour la rĂ©pression du crime de gĂ©nocide, adpotĂ©e par l’AssemblĂ©e
gĂ©nĂ©rale de l’ONU le 9 dĂ©cembre 1948”.

Dans les autres pays européens, les processus de reconnaissance,
souvent sous l’impulsion des communautĂ©s armĂ©niennes, en sont Ă  des
stades divers.

En Italie, la Chambre des députés a adopté en novembre 2000 une
résolution invitant le gouvernement italien à demander à la Turquie
de reconnaĂźtre le gĂ©nocide armĂ©nien dans la perspective d’une
intĂ©gration rapide Ă  l’Union europĂ©enne.

L’Allemagne, qui compte une trĂšs forte communautĂ© turque de plus de
deux millions de membres, n’a jamais reconnu le gĂ©nocide, pas plus
que l’Espagne. Les Britanniques sont extrĂȘmement prudents et se
refusent à utiliser le terme de génocide.

La Turquie reconnaĂźt aujourd’hui que des massacres ont Ă©tĂ© perpĂ©trĂ©s
et que de nombreux Arméniens sont morts lors de leur déportation.
Mais elle fait valoir qu’il s’agissait d’une rĂ©pression contre une
population coupable de collaboration avec l’ennemi russe pendant la
premiĂšre guerre mondiale, et que des dizaines de milliers de Turcs
ont été tués par les Arméniens.

Les massacres et les dĂ©portations d’ArmĂ©niens, de 1915 Ă  1917, ont
fait entre 1,2 et 1,3 million de morts selon les Arméniens (entre
250.000 et 300.000, selon les Turcs). Environ quatre millions et demi
d’ArmĂ©niens vivent dans le monde aujourd’hui dont 3.200.000 en
Arménie et 45.000 en Turquie.

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Train spécial Marseille-Bruxelles affrété par des organisations arméniennes

Agence France Presse
14 décembre 2004 mardi

MARSEILLE 14 déc 2004

Un train affrété par des organisations arméniennes quittera Marseille
jeudi soir pour Bruxelles, oĂč une manifestation est prĂ©vue vendredi Ă 
l’occasion du Conseil europĂ©en sur l’ouverture de nĂ©gociations en vue
de l’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’UE, a-t-on appris mardi auprĂšs des
organisateurs.

Ce train, qui prendra Ă©galement des passagers Ă  Valence et Lyon
notamment, est complet, avec 608 places réservées, selon la FRA
Dachnaktsoutiun, l’Organisation armĂ©nienne dĂ©mocrate libĂ©rale
ADL-Ramgavar et le Comité de défense de la cause arménienne (CDCA).

Ces associations réclament la reconnaissance par Ankara du génocide
armĂ©nien de 1915-1917, en prĂ©alable Ă  l’ouverture de nĂ©gociations
avec l’UE.

Avec 80.000 membres sur un total de 350.000, la communauté arménienne
de Marseille est la deuxiĂšme de France.

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La communautĂ© armĂ©nienne se mobilise contre l’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’UE (PAPIER D’ANGLE)

Agence France Presse
14 décembre 2004 mardi

PARIS 14 déc 2004

Les 350.000 Arméniens de France, la plus importante communauté de la
diaspora européenne, ne veulent pas, dans leur immense majorité,
entendre parler d’une adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’UE sans
reconnaissance préalable du génocide arménien.

“Nous sommes inquiets, dĂ©clare Ara Toranian, prĂ©sident du Conseil de
Coordination des Organisations Arméniennes de France (CCAF), et notre
inquiétude se fonde sur le fait que non seulement la Turquie ne
reconnaĂźt pas le gĂ©nocide de 1915 mais qu’en plus, elle pratique un
nĂ©gationisme actif. Ce nĂ©gationisme, ajoute-t-il, c’est la
continuation du gĂ©nocide par d’autres moyens”.

Les massacres et dĂ©portations d’ArmĂ©niens sous l’Empire ottoman de
1915 à 1917 ont fait 1,5 million de morts, selon les Arméniens. Le
Parlement français a reconnu officiellement en 2001 qu’il s’agissait
bien d’un gĂ©nocide.

La diaspora arménienne en France, citée souvent comme un modÚle
d’intĂ©gration, est la deuxiĂšme au monde aprĂšs celle des Etats-Unis
(900.000 personnes). Elle est constituĂ©e pour l’essentiel, remarque
Claire Mouradian, chercheuse au CNRS, de rescapés du génocide et de
leurs descendants.

A la veille du sommet europĂ©en de Buxelles qui doit dĂ©cider d’engager
ou non des nĂ©gociations d’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’UE, la
communauté arménienne de France se mobilise et organise une grande
manifestation le 17 décembre à Bruxelles. Le Comité de défense de la
cause arménienne (CDCA) a ainsi affrété un train à partir de la
rĂ©gion de Marseille oĂč vivent quelque 80.000 ArmĂ©niens. Au moins
quinze autobus et de nombreuses voitures partiront par ailleurs de la
rĂ©gion parisienne avec ce leitmotiv: “Non Ă  l’entrĂ©e dans l’UE d’une
Turquie nĂ©gationiste!”

L’unanimisme dans l’exigence de la reconnaissance du gĂ©nocide par la
Turquie est bien réel, confirme Jean-Claude Kebabdjian, président du
Centre de recherches sur la diaspora arménienne, qui reconnaßt
appartenir à une minorité souhaitant privilégier le dialogue avec la
Turquie. “La reconnaissance du gĂ©nocide, a-t-il dĂ©clarĂ© Ă  l’AFP, est
un prĂ©alable souhaitable mais, en mĂȘme temps, il faut travailler sur
le long terme. On n’aura pas de rĂ©sultats miraculeux si on leur met
le couteau sous la gorge”.

Mais, dit-il, le peuple turc ne peut rien construire “avec le cadavre
d’un peuple dans sa cave”.

En juin 1987, le Parlement européen avait adopté une résolution
faisant de la reconnaissance du génocide arménien une des conditions
de l’entrĂ©e de la Turquie en Europe. En revanche, cette exigence n’a
pas été retenue dans les critÚres de Copenhague qui fixent les
conditions d’ouverture de nĂ©gociations avec la Turquie.

Le ministre des Affaires étrangÚres Michel Barnier a souligné mardi
que la France “posera toutes les questions, notamment celle du
gĂ©nocide armĂ©nien (…), au long de cette nĂ©gociation”. “Je pense que
le moment venu, la Turquie devra faire ce travail de mĂ©moire”, a-t-il
ajouté.

M. Kebabdjian, qui estime que le ministre français a posĂ© lĂ  “une
clause morale de salubritĂ© publique”, affirme Ă©galement qu'”il faut
laisser aux Turcs le temps de digĂ©rer leur histoire”. “Les ArmĂ©niens
développent une pathologie de victimes, les Turcs une pathologie de
bourreaux. Il faudra bien guĂ©rir un jour ensemble”, lance-t-il.

“Illusoire”, rĂ©pond Ara Toranian, pour lequel “en 90 ans, les Turcs
ont eu tout le temps de digĂ©rer”.

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Michel Barnier relance la question du génocide arménien (ECLAIRAGE)
Par Suzette BLOCH

Agence France Presse
14 décembre 2004 mardi

PARIS 14 déc 2004

Le chef de la diplomatie française Michel Barnier a relancé mardi la
question du gĂ©nocide armĂ©nien prĂ©cisant que Paris n’en faisait pas un
prĂ©alable pour l’ouverture des nĂ©gociations d’adhĂ©sion de la Turquie
Ă  l’UE mais assurant qu’elle serait posĂ©e.

“C’est une blessure qui ne cicatrice pas” et “c’est une question que
la France va poser, car nous voulons une rĂ©ponse”, a dĂ©clarĂ© mardi M.
Barnier Ă  l’AssemblĂ©e nationale française.

Michel Barnier a nĂ©anmoins pris grand soin d’utiliser le terme
“tragĂ©die”, mot souvent utilisĂ© par les responsables turcs pour
Ă©voquer cette question, avant d’employer finalement le mot
“gĂ©nocide”, pressĂ© par les dĂ©putĂ©s, lors de la traditionnelle sĂ©ance
des questions hebdomadaires au gouvernement.

“Nous poserons toutes les questions, notamment celle du gĂ©nocide
armĂ©nien, notamment celle de Chypre, au long de cette nĂ©gociation”
d’adhĂ©sion de la Turquie, a-t-il dit.

Le Parlement français, l’un des premiers en Europe, avait votĂ© en
janvier 2001 la reconnaissance du gĂ©nocide sous forme d’une loi dotĂ©e
d’un article unique stipulant: “La France reconnaĂźt publiquement le
gĂ©nocide armĂ©nien de 1915”.

Ce vote avait suscité une vive tension entre Paris et Ankara qui
avait rappelé son ambassadeur en consultation et évoqué des mesures
de rétorsion notamment commerciales.

“Je n’oublie pas que votre assemblĂ©e Ă  l’unanimitĂ© a qualifiĂ© cette
tragĂ©die de gĂ©nocide en 2001”, a Ă©galement lancĂ© mardi M. Barnier aux
dĂ©putĂ©s en rappelant que la Turquie avait “martyrisĂ© des centaines de
milliers d’ArmĂ©niens”.

La France compte une communautĂ© d’origine armĂ©nienne importante,
forte d’environ 450 000 personnes et trĂšs active dans le monde
politique par l’intermĂ©diaire de nombreuses associations.

Ces associations ont multiplié des manifestations et des appels
dirigĂ©s vers le prĂ©sident Jacques Chirac s’indignant que l’Union
européenne puisse ouvrir des négociations sans que la Turquie
reconnaisse sa responsabilité dans le génocide.

Un ministre de Jacques Chirac, Patrick Devedjian (Industrie) et
d’origine armĂ©nienne a posĂ© la mĂȘme exigence cette semaine. Le Parti
Socialiste généralement favorable à une Turquie européenne a depuis
de longs mois posĂ© cette reconnaissance comme prĂ©alable Ă  l’adhĂ©sion
turque.

Lors d’un vote symbolique organisĂ© en novembre Ă  l’initiative de
plusieurs organisations arméniennes, plus de 250 députés de toutes
tendances politiques s’Ă©taient prononcĂ©s contre l’ouverture
immédiates des négociations tant que le génocide ne serait pas
reconnu par Ankara.

M. Barnier Ă©tait intervenu une premiĂšre fois mercredi devant la
presse à Bruxelles annonçant que la France déposerait officiellement
une demande Ă  la Turquie sur la “tragĂ©die” armĂ©nienne pendant la
pĂ©riode de nĂ©gociation d’adhĂ©sion.

De source diplomatique, on indiquait mardi que la France voulait
signifier avec diplomatie Ă  la Turquie qu’elle ne pourrait Ă©chapper Ă 
un devoir de mémoire.

“La France veut tenir un langage de vĂ©ritĂ© Ă  l’Ă©gard de ce pays”, a
insistĂ© M. Barnier. “Toutes les questions seront posĂ©es, tous les
problĂšmes seront soulevĂ©s et c’est le cas en particulier de cette
tragĂ©die”, a-t-il ajoutĂ©.

“Cette question est au coeur mĂȘme du projet europĂ©en qui est fondĂ©
sur la reconciliation”, a-t-il relevĂ©.

Les massacres et dĂ©portations d’ArmĂ©niens sous l’empire Ottoman, de
1915 à 1917 ont fait 1,5 million de morts selon les Arméniens, et
entre 300 et 500.000 selon les Turcs.

Ceux-ci rejettent catĂ©goriquement la thĂšse d’un gĂ©nocide, faisant
valoir qu’il s’agissait d’une rĂ©pression dans un contexte de guerre
civile, dans un empire ottoman sur le déclin.

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Erevan remercie Paris d’avoir Ă©voquĂ© la reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien

Agence France Presse
14 décembre 2004 mardi

EREVAN 14 déc

L’ArmĂ©nie s’est fĂ©licitĂ©e mardi de ce que Paris ait incitĂ© Ankara Ă 
reconnaĂźtre comme “gĂ©nocide” la tragĂ©die des ArmĂ©niens en Turquie en
1915, aprĂšs l’intervention du ministre des Affaires Ă©trangĂšres Michel
Barnier devant les députés.

M. Barnier a indiquĂ© avoir “posĂ© la question de la reconnaissance de
cette tragĂ©die” par Ankara, en rĂ©fĂ©rence aux nĂ©gociations d’adhĂ©sion
Ă  l’Union europĂ©enne de la Turquie.

“C’est une dĂ©claration mĂ©ritoire qui montre que la question de la
reconnaissance du gĂ©nocide a dĂ©passĂ© le cadre de l’ArmĂ©nie et de son
peuple”, a indiquĂ© le ministre armĂ©nien des Affaires Ă©trangĂšres
Vardan Oskanian.

“Il est difficile de dire quel tournant cette question prendra lors
des nĂ©gociations avec la Turquie” sur son adhĂ©sion Ă  l’UE, a-t-il
ajouté cependant.

Paris a prĂ©cisĂ© que la reconnaissance du gĂ©nocide armĂ©nien “n’Ă©tait
pas une condition” pour l’ouverture des nĂ©gociations d’adhĂ©sion
d’Ankara Ă  l’UE. “Juridiquement, ce ne serait pas possible”, selon M.
Barnier.

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Barnier: nous poserons Ă  la Turquie la question “du gĂ©nocide armĂ©nien”

Agence France Presse
14 décembre 2004 mardi

PARIS 14 déc

Le ministre des Affaires étrangÚres, Michel Barnier, a déclaré mardi
devant les dĂ©putĂ©s que la France poserait “toutes les questions,
notamment celle du gĂ©nocide armĂ©nien” lors des nĂ©gociations pour une
adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’UE, prononçant pour la premiĂšre fois le
terme de “gĂ©nocide”.

“Nous poserons toutes les questions, notamment celle du gĂ©nocide
armĂ©nien, notamment celle de Chypre, au long de cette nĂ©gociation”
d’adhĂ©sion de la Turquie, a dĂ©clarĂ© M. Barnier.

Le ministre avait jusqu’ici utilisĂ© le terme de “tragĂ©die”, Ă  propos
de cette page d’histoire.

Interrogé auparavant par un autre parlementaire, M. Barnier a
soulignĂ© que “la France veut tenir un langage de vĂ©ritĂ© Ă  l’Ă©gard de
ce pays” (la Turquie, ndlr). “Toutes les questions seront posĂ©es,
tous les problĂšmes seront soulevĂ©s et c’est le cas en particulier de
cette tragĂ©die”, a-t-il dit.

Le ministre a soulignĂ© qu’il “n’oubliait pas que votre assemblĂ©e Ă 
l’unanimitĂ© a qualifiĂ© cette tragĂ©die de gĂ©nocide en 2001”, en
rappelant que la Turquie avait “martyrisĂ© des centaines de milliers
d’ArmĂ©niens”.

“Nous avons donc posĂ© la question de la reconnaissance de cette
tragĂ©die”, a poursuivi M. Barnier. “C’est une blessure qui ne
cicatrise pas”, a-t-il estimĂ©, ajoutant: “cette question est au coeur
mĂȘme du projet europĂ©en qui est fondĂ© sur la reconciliation”.

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Turquie/UE: les protestants demandent Ă  Chirac d’ĂȘtre l’avocat des minoritĂ©s religieuses

Agence France Presse
14 décembre 2004 mardi

PARIS 14 déc 2004

La Fédération protestante de France (FPF) a demandé mardi au
prĂ©sident Jacques Chirac de se faire “l’avocat du droit des minoritĂ©s
religieuses” au Conseil europĂ©en sur la Turquie, soulignant les
“mesures vexatoires” subies par le patriarcat oecumĂ©nique orthodoxe
d’Istanbul.

Dans une lettre, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la
FPF et également de la Conférence des Eglises européennes (KEK)
regroupant 125 Eglises anglicanes, protestantes et orthodoxes, Ă©voque
“des inquiĂ©tants Ă©chos arrivĂ©s du Patriarcat oecumĂ©nique de
Constantinople (Istanbul) qui subit des mesures vexatoires”.

“La KEK fera dans la semaine un rapport circonstanciĂ©”, aprĂšs l’envoi
d’une mission en Turquie Ă  une date non encore prĂ©cisĂ©e, selon la
FPF.

M. de Clermont rappelle que si “les Eglises n’ont pas Ă  se prononcer
sur le cadre juridique et les conditions fixées par le Conseil
europĂ©en”, elles doivent “insister sur le fait qu’il leur semblerait
incompréhensible que la liberté de religion, le droit des minorités,
comme la reconnaissance du génocide arménien ne soient clairement
énoncés comme des exigences intangibles liées à la demande
d’adhĂ©sion”.

La Turquie interdit au patriarche oecumĂ©nique orthodoxe d’Istanbul,
Mgr BartholomĂ©e, qui exerce une primature d’honneur sur les
orthodoxes dans le monde, d’utiliser le titre oecumĂ©nique, lui
refusant tout rĂŽle politique et administratif. Les orthodoxes
réclament également la réouverture de leur séminaire de Halki, une
Ăźle dans le Bosphore.

En octobre, la KEK avait soulevĂ© la “question trĂšs prĂ©occupante de la
situation des minoritĂ©s chrĂ©tiennes” en Turquie tout en estimant que
l’entrĂ©e de ce pays dans l’UE pourrait avoir “des rĂ©percussions
positives sur la bonne Ă©volution des relations entre les diverses
religions et cultures en Europe et pourrait constituer la pierre
d’angle d’un pont entre les mondes chrĂ©tien et musulman”.

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TragĂ©die des ArmĂ©niens: “une blessure qui ne cicatrise pas” (Barnier)

Agence France Presse
14 décembre 2004 mardi

PARIS 14 déc 2004

La “tragĂ©die” des ArmĂ©niens en Turquie est “une blessure qui ne
cicatrise pas”, a dĂ©clarĂ© mardi devant les dĂ©putĂ©s le ministre des
Affaires Ă©trangĂšres Michel Barnier, en rappelant que l’assemblĂ©e
nationale l’avait qualifiĂ©e de “gĂ©nocide” en 2001.

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La communautĂ© turque de France souffre d’isolement et de “mĂ©connaissance” (PAPIER D’ANGLE)

Agence France Presse
14 décembre 2004 mardi

Par Martine VERON

PARIS 14 déc 2004

Les Turcs de France, Ă  l’avant-veille du sommet europĂ©en qui doit se
prononcer sur l’ouverture des nĂ©gociations sur l’entrĂ©e de la turquie
dans l’UE, ne comprennent pas les rĂ©serves de la France et se sentent
incompris, tout en reconnaissant une intégration difficile.

Président du centre culturel Anatolie, à Paris, Fitrat Onger témoigne
d’un sentiment d'”injustice”, d'”incomprĂ©hension”, dans la communautĂ©
turque.

“Les Français ne nous connaissent pas et nous confondent avec les
Arabes, et beaucoup sont sensibles au lobby armĂ©nien”, dit-il,
reconnaissant que la diversitĂ© de l’immigration turque et sa
“difficile intĂ©gration” ne facilitent pas les choses.

“C’est vrai, nous sommes trĂšs dispersĂ©s”, dit-il, Ă©voquant les sept
lieux de priÚre différents à Paris, appartenant chacun à une tendance
différente.

“Les Turcs sont intĂ©grĂ©s Ă©conomiquement, mais ils restent refermĂ©s
sur eux-mĂȘmes”, reconnaĂźt-il, un repli nationaliste plus que
religieux.

Ils sont environ 380.000 en France, sur 3 millions au sein de l’UE,
dont la moitié en Ile-de-France, selon le démographe Stéphane de
Tapia. Parmi eux, les Kurdes, dont l’immigration est plus rĂ©cente,
sont environ 150.000.

La majorité est sunnite mais une forte minorité alevi, turque ou
kurde, joue un rĂŽle important. “Ils ont intĂ©grĂ© l’idĂ©e rĂ©publicaine
et la laĂŻcitĂ© et jouent le rĂŽle d’intermĂ©diaire avec la sociĂ©tĂ©
française, comme syndicalistes, mĂ©diateurs scolaires, interprĂštes”,
dit le chercheur.

Sans oublier une minorité chrétienne assyro-chaldéenne, en
Seine-Saint-Denis, et une minorité de juifs.

La rĂ©putation de “bosseurs”, ne rechignant pas Ă  la mobilitĂ©, est
mĂ©ritĂ©e. Lorsqu’un secteur, comme la confection, leur est grignotĂ©
par les Chinois, ils se recyclent dans la retoucherie. On compte
aujourd’hui 4.200 retoucheries turques en Ile-de-France, 7.200 points
de restauration rapide, le reste se concentrant sur le bĂątiment,
selon Fitrat Onger.

Immigration essentiellement rurale, le nombre d’Ă©tudiants reste
faible (2.000 environ).

Mais l’origine rurale n’explique pas seule le repli culturel et
identitaire des Turcs de France. “La Turquie a changĂ©, les enfants de
la campagne turque sont souvent plus +avancés+ que les enfants turcs
des banlieues dĂ©favorisĂ©es”, affirme StĂ©phane de Tapia, ce qui
provoque des malentendus souvent dramatiques lors des mariages
arrangĂ©s entre familles originaires du mĂȘme village.

“De plus en plus de filles ou garçons turcs renĂąclent, mais en
France, le mariage arrangé reste pour les parents le dernier rempart
contre l’assimilation”, dit-il.

Pour Fitrat Onger, les mariages arrangĂ©s, dont l’objectif est souvent
de permettre Ă  un parent de venir en France, “deviennent une vraie
catastrophe”, “60% se terminent par un divorce dans les 18 mois”.

Un “non” de l’UE vendredi provoquerait une “blessure symbolique
grave” chez les jeunes, affirme Gaye Petek, directrice de
l’association Elele. “Ils risquent de se sentir victimes et donc
aigris vis-Ă -vis de la France, ce qu’ils n’ont jamais Ă©tĂ©, Ă  la
diffĂ©rence des jeunes Beurs”.

Ils pourraient avoir la tentation de retourner en Turquie, dit-elle,
comme certains le font depuis peu, pour Ă©chapper au contrĂŽle des
parents, tout en les rassurant.

“Cela sera plus difficile pour nous, qui essayons de leur montrer
qu’on peut ĂȘtre critique par rapport Ă  la culture des parents, sans
ĂȘtre coupable de trahison, et ĂȘtre Français”, dit-elle.

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Turquie: Hollande rappelle la ligne du PS

Agence France Presse
14 décembre 2004 mardi

PARIS 14 déc 2004

François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste (PS) a
rappelĂ©, mardi, la ligne du parti sur la Turquie et l’Europe votĂ©e Ă 
l’unanimitĂ© en bureau national : oui Ă  l’ouverture des nĂ©gociations
sans préjuger du résultat, a indiqué le porte-parole Julien Dray.

Au cours du dernier bureau national (BN) de l’annĂ©e, et alors que la
question de l’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’UE est au menu vendredi du
sommet européen de Bruxelles, le numéro 1 du PS a rappelé que le
parti “n’a pas changĂ©” depuis la position “prise Ă  l’unanimitĂ© lors
du bureau national du 12 octobre : oui Ă  l’ouverture des nĂ©gociations
sans prĂ©juger du rĂ©sultat”, a prĂ©cisĂ© M. Dray.

Ce rappel Ă  l’ordre intervient alors que plusieurs personnalitĂ©s
socialistes, y compris parmi celles siégeant au BN, ont pris position
contre l’adhĂ©sion de la Turquie Ă  l’UE, dont le numĂ©ro deux du parti
Laurent Fabius, l’ancien prĂ©sident du Conseil constitutionnel Robert
Badinter, Bernard Poignant, chef de la délégation des socialistes
français au Parlement européen ou encore le chef de file du courant
minoritaire Nouveau Monde, Henri Emmanuelli.

Dans le document du 12 octobre, le BN avait posĂ© trois “prĂ©alables” Ă 
une Ă©ventuelle adhĂ©sion turque : le renforcement de l’Europe
politique, l’augmentation du budget europĂ©en pour pouvoir financer
cet Ă©largissement, enfin “des dispositifs clairs pour favoriser
l’harmonisation fiscale et sociale”.

Parmi d’autres objections, le PS soulĂšve l’absence de reconnaissance
du gĂ©nocide armĂ©nien par Ankara et l’occupation de la partie nord de
Chypre, pays membre de l’UE, par des troupes turques depuis 1974.

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This compilation was contributed to by:
Katia Peltekian

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