La Croix , France
25 août 2005
Un été dans La Croix.
Les arméniens de turquie (4/7).
Dossier: Un dimanche à Vakiflar, au pied du Musa Dagh. Vakiflar, le
seul village arménophone de Turquie, est accroché à flanc de colline
au-dessus de la Méditerranée. La reconstruction d’une église a
apporté fierté et bien-être à ses habitants. VAKIFLAR, reportage de
notre envoyé spécial.
par PLOQUIN Jean-Christophe
Arsak Silahli a environ 90 ans. Au printemps, il a planté deux
nouvelles parcelles de citronniers sur la colline toute proche. Les
paysans n’en finissent jamais de préparer le terrain aux générations
futures. Mais la décision visait aussi à marquer le territoire.
Vakiflar, à 30 kilomètres à vol d’oiseau de la Syrie, est le seul
village arménophone de Turquie.
Le vieil homme ne connaît pas bien sa date de naissance et le
registre d’état civil qui pourrait l’en informer, s’il existe encore,
se trouve à Port-Saïd, en Égypte. Il est né là-bas, parmi les
rescapés du Musa Dagh, ces villageois arméniens qui, en 1915, prirent
le maquis pour fuir les massacres et résistèrent quarante jours dans
la montagne avant de recevoir le soutien d’un navire de guerre
français. Après quatre ans en Égypte, ils revinrent dans leur région
d’origine, le sandjak d’Alexandrette, qui était sous supervision
française. Mais en 1939, Paris laissa la province à la Turquie, en
échange de sa neutralité dans la Seconde Guerre mondiale. Des sept
villages arméniens de la montagne, les populations partirent vers la
Syrie ou le Liban, sauf à Vakiflar. Depuis, ce petit village de 150
habitants s’accroche à ses oliviers, ses orangers, ses citronniers.
À son église aussi. Le btiment tout pimpant est devenu une
attraction. Des chrétiens d’autres confessions, nombreux dans la
région, y passent le dimanche en promenade. Dédiée à Marie, elle a
été réhabilitée en 1997 sous l’impulsion du patriarche arménien
d’Istamboul, Mesrob II, qui ne manque jamais de venir y célébrer le
15 août. Il n’y a pas de prêtre à demeure, mais le patriarche en
envoie un pour Noël, Pques, ou pour les enterrements. L’été, quand
la population du village double grce aux enfants et petits-enfants
revenant pour les vacances, un prêtre vient s’installer au
presbytère. L’endroit est si champêtre, la brise y est si douce,
qu’il n’y a jamais de problème pour trouver un volontaire.
L’église en elle-même est signe de renaissance. Dans les six autres
anciens villages arméniens de la montagne, aujourd’hui occupés par
des Turcs, les édifices chrétiens sont en piteux état. À Yogunoluk,
la principale bourgade, l’église de pierre sert de rez-de-chaussée à
une mosquée de béton posée dessus. Quelques frises apparaissent
encore sur ses murs. Le dallage a été arraché, les autels enlevés,
les portes et les fenêtres emportées. Dans la rue principale, une
citerne d’eau de source porte une date, 1848, et un nom, Hacik
Kouyoudjan. De nombreuses maisons de pierres portent des croix ou la
signature des btisseurs arméniens. Panos Capar, un habitant de
Vakiflar, qui s’est proposé comme guide, ne dit rien ou échange
quelques mots de courtoisie avec les nouveaux habitants. Les
Arméniens de Vakiflar s’expriment peu, mais les pierres parlent à
leur place.
Arman, l’un des petits-fils d’Arsak Silahli, est venu ce dimanche-là
en visite, depuis Iskenderun, l’ancienne Alexandrette, où habitent
ses parents. Le jeune homme suit des études à Izmir mais est revenu
le temps des vacances. Après un déjeuner de tomates, de fromages,
d’olives, de concombres, de poulet et, pour finir, d’abricots du
jardin, il rend visite à la vieille maison familiale, nichée dans un
vallon à un quart d’heure à pied. Le hameau de Yazur est désert. Ses
grands-parents ont été les derniers à le quitter, il y a sept ans.
Peu à peu, la végétation y reprend tous ses droits, des fuites
détournent le cours des petits canaux d’irrigation qui serpentaient
entre les btisses, une maison s’est affaissée en un tas de ruines.
Sur les cultures en terrasse qui s’étagent alentour, les oliviers
sont fatigués de ne plus être taillés et sont assaillis par les
herbes folles.
“On prévoit de reconstruire, affirme Arman. On ne doit pas lcher,
ici.” C’est un peu plus haut que le grand-père a planté ses
citronniers. De la parcelle, on surplombe la mer. En contrebas,
d’autres arbres fruitiers ont été plantés, par des Turcs, sur des
terrains qui appartenaient autrefois à des Arméniens.
C’est Iohannès, le père d’Arman, qui s’occupera de la maison
familiale. Il y a du travail. Ni l’électricité ni l’eau courante
n’arrivent au hameau. Mais les oranges sont sans égales. Iohannès est
comptable à Iskenderoun, un port en déclin où vivent une trentaine de
familles arméniennes. Parmi les quatre garçons d’Arsak et Araksi
Silahli, il est le seul à vivre en Turquie. Les autres sont partis
vivre en France et en Allemagne. Sur les trois filles, une est restée
au village.
À 15 heures, après la sieste, le grand-père descend d’un pas paisible
jusqu’à la place du village, près du café. À l’ombre des pins et sous
la brise, la canicule faiblit et la conversation s’anime. Les anciens
sont une dizaine et parlent arménien entre eux, en égrenant parfois
un chapelet. L’un d’eux raconte que ses enfants sont partis aux
Pays-Bas, en Suède, en Autriche. “C’est une bonne chose. Ils
n’auraient pas trouvé de travail ici, explique-t-il. Oui, je suis
triste qu’il y ait de moins en moins d’Arméniens à Vakiflar, mais
qu’y puis-je? Tout le monde doit faire sa vie. Aux Pays-Bas, mes
petits-enfants vont à l’école arménienne. Il y a une église et une
communauté de 450 personnes. Ils sont heureux, je pense.”
L’école de Vakiflar, elle, est fermée. Il n’y a plus assez d’enfants
au village. Alors ceux-ci vont à l’école publique à Samandag, à dix
minutes en voiture. Tous les cours y sont en turc.
Juste de l’autre côté du chemin, à l’ombre des pins, Anous s’applique
pourtant, avec une ostentation studieuse, à écrire au crayon de bois
les 38 lettres de l’alphabet arménien. Quand elle sera grande, la
fillette de 8 ans veut être ingénieur. Sa grande soeur, Angel, 12
ans, sera peut-être docteur ou mathématicienne. C’est leur mère qui
leur apprend l’arménien classique, différent du dialecte parlé au
village. Le père est agriculteur. La mère entretient le foyer. Mais,
à ses heures perdues, elle lit Dostoïevski.
Ces dernières années, la vie semble meilleure à Vakiflar. Les exilés
le ressentent en revenant. La nouvelle église a redonné fierté et
identité au village. Le niveau de vie s’est nettement amélioré. Le
climat général en Turquie s’est peut-être aussi apaisé.
Movses Silahli, qui vit aujourd’hui en région parisienne, se souvient
des humiliations subies au service militaire, des coups reçus du fait
de son prénom arménien. “Dans les années 1970, on avait peur de dire
qu’on était arménien”, rappelle-t-il. Mais le 5 juin dernier, il a
participé à une randonnée étonnante avec le sous-préfet et des
notables de la région au Musa Dagh. “Il y avait des juges, des
médecins, des professeurs. En tout 85 Turcs et cinq Arméniens. Et
quand on me demandait de raconter l’histoire, je n’ai pas mché mes
mots!”
Arman, le petit-fils d’Arsak, commence déjà, lui, à chercher un
travail du côté d’Istamboul. Les souvenirs de vacances affluent dans
les hautes herbes de Yazur. Le jeune homme comprend l’arménien mais
ne l’écrit pas, contrairement à son grand-père. On ne plante jamais
assez.
JEAN-CHRISTOPHE PLOQUIN
DEMAIN
À Istamboul, les écoles arméniennes ne sont pas toujours en fête.
Un Arménien sur deux vit hors d’Arménie
Les Arméniens sont entre six et sept millions dans le monde. Environ
trois millions vivent en République d’Arménie. Plus d’un million
vivent en Russie, en Ukraine, en Géorgie et en Asie centrale. Selon
le Comité de défense de la cause arménienne (CDCA), environ 900 000
sont établis en Amérique du Nord, notamment aux États-Unis, 550 000
dans les frontières de l’Union européenne (dont 450 000 en France) et
plus de 400 000 au Proche et Moyen-Orient (dont 70 000 en Turquie).
Armenians of Turkey (part 4/7B) – A Sunday at Vakiflar, Musa Dagh
La Croix , France
25 août 2005
Un été dans La Croix.
Les arméniens de turquie (4/7).
Dossier: Un dimanche à Vakiflar, au pied du Musa Dagh. Les chrétiens
syriaques s’accrochent au Tur Abdin. Dans l’extrême sud-est de la
Turquie, les catholiques arméniens sont presque tous partis, alors
que les syriaques font revivre leurs monastères. MARDIN, reportage de
notre envoyé spécial.
par PLOQUIN Jean-Christophe
Ils sont cinq ou six enfants précieux, beaux, rares. Ils rient,
chahutent, proposent du thé, des gteaux secs. Ils vont à l’école
publique turque et, le soir, à la maison, ils apprennent l’anglais
avec des cédéroms sur l’ordinateur familial. En cette fin
d’après-midi à Mardin, ville enracinée dans l’histoire et les
légendes des premiers chrétiens, en surplomb de la plaine
mésopotamienne qui disparaît au sud, une petite collation est offerte
à un groupe de touristes venu célébrer une messe à l’église
catholique arménienne Saint-Joseph. Sur le parvis protégé du soleil
par de hauts murs, les adultes font le décompte de leurs communautés
chrétiennes.
Il y a aujourd’hui 260 chrétiens de toutes confessions à Mardin,
ville d’environ 60 000 habitants. Les plus nombreux sont les
syriens-orthodoxes, une Église dont la langue liturgique est
l’araméen, la langue du Christ. Ils sont 150 tandis que les
arméniens-catholiques sont 60, les syriens-catholiques “plus de 45”
et les chaldéens “plus de 20”. Il y a quatre-vingt-dix ans, avant les
massacres, Mardin était une ville majoritairement chrétienne, avec
une très forte présence arménienne-catholique.
Réduits à quelques-uns, les chrétiens de Mardin se serrent plus ou
moins les coudes. Selon les paroissiens de Saint-Joseph, huit églises
de diverses confessions sont ouvertes dans la ville. Il y a une messe
par mois, avec parfois une rotation en fonction du rite.
C’est l’Église syriaque qui exerce aujourd’hui une influence
prédominante dans les environs, notamment en allant vers l’est, dans
la région de Tur Abdin, “la montagne des serviteurs de Dieu”. À six
kilomètres de Mardin, dans un vallon planté d’oliviers et de
pistachiers, se dresse le monastère de Deir-Al-Zafaran. Le couvent
joue un rôle éducatif important. Tanya, une jeune femme qui fait
visiter l’église de la Vierge-Marie à Diyarbakir, 150 kilomètres plus
au nord, a ainsi suivi pendant deux ans une formation à l’araméen à
Deir-Al-Zafaran. Elle logeait à Mardin mais venait chaque jour au
couvent.
Encore plus à l’est, à plus d’une heure et demie de route de Mardin,
le monastère de Mar Gabriel (Saint-Gabriel) est devenu le noyau du
réveil de l’Église syriaque. Mgr Samuel Atkas y fait souffler un vent
nouveau. Évêque de la ville voisine de Mydiat, il veille à la vie
spirituelle du couvent. Celui-ci abrite environ 70 personnes, dont
deux moines, 14 moniales, deux professeurs de syriaque et une
trentaine d’étudiants du monde entier qui viennent apprendre la
langue, les rites, la culture d’une Église dont les racines plongent
profondément dans l’Antiquité. “En Europe ou en Amérique du Nord, les
nôtres sont libres mais ils n’ont pas la tradition”, résume un prêtre
du voisinage. Le monastère a été restauré ces dernières années grce
à des financements provenant de la communauté.
La vie reste toutefois difficile pour les chrétiens du Tur Abdin.
Certains de leurs villages ont été pris entre deux feux lors du
conflit entre la guérilla kurde du PKK et l’armée turque, dans les
années 1980 et 1990. Les chrétiens ont été obligés de partir et leurs
maisons ont parfois été occupées par des Kurdes, eux-mêmes réfugiés.
“Je suis récemment retourné dans mon village, Aynvardo, avec le
consul de Suède, raconte l’un d’eux. Les musulmans sont là depuis
vingt ans et ils construisent. Ils ne veulent pas partir. Ils sont
violents. Pour eux, tuer n’est pas un problème. Il y avait 300
maisons appartenant à des syriaques. Aucun de nous n’a vendu.”
Les chrétiens syriaques s’accrochent et leur présence rassure les
quelques Arméniens encore présents dans la région. À Diyarbakir,
c’est à l’ombre de l’église syriaque de la Vierge Marie que trois
septuagénaires arméniens passent leurs vieux jours.
J.-C. P.
Bibliographie
Pour en savoir plus: Les Derniers Araméens, de Sébastien de Courtois,
photographies de Douchan Novakovic, La Table ronde, 160 p., 35 Euro.
L’ouvrage permet de plonger dans la vie des communautés et des
monastères syriaques de la région de Tur Abdin. Historien,
spécialiste de l’Orient, Sébastien de Courtois est par ailleurs
l’auteur de la principale étude sur le monde syriaque au tournant du
XXe siècle, intitulée: Le Génocide oublié.
Un ete dans La Croix. Les armeniens de Turquie (5/7)
La Croix , France
26 août 2005
Un été dans La Croix.
Les arméniens de Turquie (5/7).
Dossier. Ce n’est pas toujours la fête au lycée Esalian. Turquie. Les
Arméniens entretiennent dix-huit écoles à Istamboul, des lieux vitaux
pour transmettre la langue et la culture. Mais le nombre d’élèves est
en baisse et les jeunes sont tiraillés entre un mode de vie
communautaire et le dynamisme de la société turque. Istamboul,
reportage de notre envoyé spécial.
par PLOQUIN Jean-Christophe
Ce soir, c’est fête au lycée Esalian, un établissement niché tout
près de Taksim, la grande place centrale d’Istamboul. L’année
scolaire est finie et les élèves de la 11e classe (l’équivalent de la
terminale française) vont recevoir leurs diplômes. À partir de 19
heures, les parents ont commencé à arriver et à s’installer autour
des tables dressées dans la cour. Quelques instants plus tard, tout
le monde se lève lorsque arrive le patriarche, Mesrob II. Puis une
seconde fois au moment de l’hymne national. Debout, les
récipiendaires, une trentaine d’élèves, chantent face à une
assistance en grande partie silencieuse. Malgré le buste d’Atatürk
qui veille dans un coin, l’État turc reste presque perçu dans cette
enceinte arménienne comme un corps étranger.
À la fin de la remise des diplômes, l’hymne d’Esalian fait en
revanche un triomphe. L’établissement a été créé en 1895 et il
s’inscrit dans une longue tradition à Istamboul. Le docteur Vart
Sigaher, un cardiologue assis tout près du patriarche, a enseigné la
littérature arménienne pendant trente-deux ans dans l’école, jusqu’en
1984. Il jette sur la petite fête un regard amusé et un peu désabusé.
Le nombre d’inscrits baisse ces dernières années. L’établissement,
qui va de la maternelle à la terminale, compte environ 350 élèves
“mais les familles aisées de la communauté arménienne ont de plus en
plus tendance à mettre leurs enfants dans des lycées privés à 10 000
dollars par an”, souligne Zabel Pesen Boyaciyan, jeune professeur
d’anglais. En Turquie, l’entrée à l’université se fait sur concours
et ceux-ci sont extrêmement sélectifs. La préparation commence dès le
lycée.
En outre, les établissements arméniens ont de plus en plus de mal à
promouvoir la culture arménienne. Autrefois, une grande partie de
l’enseignement était faite dans cette langue. Aujourd’hui, à Esayan,
ce sont seulement les cours de religion, de langue et de culture
arméniennes. Les autres matières sont enseignées en turc, par manque
de diplômés arménophones. Les professeurs doivent être de nationalité
turque et le recrutement se fait donc sur une base très étroite si
l’on veut préserver le caractère arménien de l’établissement.
À Istamboul, sur les 10 000 enfants et adolescents arméniens en ge
scolaire, moins d’un tiers fréquente une école arménienne.
“L’enseignement arménien est très faible, soupire Robert Hadejjian,
rédacteur en chef depuis trente-cinq ans de Marmara, un quotidien
arménophone tirant à 1 500 exemplaires. Or, une nation ne peut
exister sans sa langue nationale. Je ne peux accepter que l’on soit
arménien sans parler sa langue. Un Arménien, c’est celui dont le fils
aussi est arménien!” Le problème ne touche pas seulement les jeunes.
“Sur les 60 000 à 80 000 Arméniens qui habitent Istamboul, seuls 20 à
25% peuvent lire l’arménien”, poursuit Robert Hadejjian. Beaucoup
sont venus entre les années 1960 et 1970 d’Anatolie où ils avaient
grandi dans un état de grande précarité culturelle, sans école où
apprendre la langue.
Au sein de la communauté arménienne d’Istamboul, fondue dans une
mégapole frénétique de plus de 12 millions d’habitants, certains
redoutent un réflexe de repli. Hrant Dink est le rédacteur en chef
d’Agos, un journal bilingue arménien-turc fondé en 1996 et qui tire
aujourd’hui à 6 000 exemplaires. Affable, souvent sollicité par les
chaînes de télévision turques, il présente Agos comme un “journal
démocrate, de gauche”. Sa mission: ouvrir la communauté arménienne
sur la société turque, et vice versa. La moitié de son lectorat est
d’ailleurs turque. “Pour soutenir la communauté arménienne, il faut
d’abord défendre la démocratie dans l’État turc, résume-t-il. La
question des minorités en Turquie passe par celle de la pluralité de
la société.”
Cette position appelle implicitement à un désengagement du
gouvernement des affaires religieuses. Or, pour l’État, la gestion
des minorités religieuses relève encore de la grande politique, comme
du temps de l’Empire ottoman, lorsque le sultan se percevait en
protecteur des “religions du Livre” mais que quasiment toutes les
confessions chrétiennes étaient parrainées par une grande puissance
étrangère. À Ankara, les autorités continuent à voir dans ces
minorités des vecteurs d’influence étrangère potentiels. Et elles
considèrent l’islam comme un élément puissant de l’identité turque.
D’où le souci de contenir les autres religions à l’intérieur de leur
microcosme, en circuit fermé. “L’État nous dit: vos problèmes ne sont
que vos problèmes”, s’indigne un membre de la communauté.
Cette politique a longtemps correspondu avec l’état d’esprit des
Arméniens d’Istamboul. “L’attitude traditionnelle, c’est de ne rien
dire. Le principe, c’est: si vous ne parlez pas, vous vivez”,
souligne Etyen Mahçupian, un universitaire catholique de rite
arménien, lui aussi de plus en plus présent sur les plateaux de
télévision.
Une jeune Arménienne menant des études de sociologie, Melissa Bilal,
se souvient de son grand-père “qui n’a jamais dit du mal des Turcs”.
“Il vivait presque comme un traumatisme de n’être pas mort, de
n’avoir pas fui à l’étranger lors de la grande catastrophe de 1915,
explique-t-elle. Il disait: “On aurait dû partir, ici c’est leur
patrie, ils ont le droit de m’empêcher de parler arménien.””
Sa grand-mère, elle, ne lui a pratiquement jamais rien dit des
massacres ou de la déportation. “Cela lui revenait parfois, à la mort
de quelqu’un. C’était des fragments de récits qui évoquaient des
lieux, des gens, que nous ne connaissions pas, et nous ne pouvions
donc pas soutenir sa mémoire.” Ce lourd passé, Melissa Bilal l’évoque
sous le terme de “Medz Yeghern”, “la grande catastrophe”, “parce que
c’est le mot que ma mère employait, qu’il m’émeut, qu’il marque le
caractère unique de ces massacres, un peu comme le mot “Shoah” pour
les juifs”.
Porteurs de cette histoire, les Arméniens d’Istamboul ont réussi “à
faire vivre leur identité tout en étant loyaux au pays”, estime
Robert Hadejjian. “Ils ont trouvé leur place dans un développement
séparé”, commente un observateur. Mais les temps changent. De
nombreux jeunes veulent goûter au dynamisme de la société turque.
Militer dans une association féministe turque est souvent plus
stimulant que participer à une chorale arménienne. L’ouverture
entraîne son lot de mariages mixtes et de crispations dans les deux
familles. Souvent, c’est la naissance d’un enfant qui dénoue la
crise. Les prêtres arméniens ont pris l’habitude, dans ce cas, de
pratiquer une bénédiction à l’église, “pour que les enfants puissent
être baptisés”, explique une mère de famille dont la fille a épousé
un Turc. “Arménien ou pas, l’important, c’est d’avoir l’esprit
large”, lche une étudiante.
JEAN-CHRISTOPHE PLOQUIN
LUNDI
Un entretien avec le patriarche Mesrob II.
Bibliographie
Trois ouvrages récemment édités ou réédités donnent une idée du sort
que les Arméniens ont connu:
Le Massacre des Arméniens, par Arnold J. Toynbee, Éd. Payot, 300 p.,
23 Euro. La réédition du rapport rédigé sur le vif, dès l’automne
1915, par un haut fonctionnaire du gouvernement britannique sur la
politique d’extermination des Arméniens.
Les chrétiens aux bêtes, par Jacques Rhétoré, Éd. du Cerf, 400 p., 29
Euro. Le document d’un dominicain assigné dans la ville de Mardin en
1915-1916 et qui a recueilli de terribles récits sur le massacre des
chrétiens de toutes confessions, arméniens, syriens catholiques et
orthodoxes, chaldéens et assyriens, ainsi que protestants.
Deir-es-Zor, par Bardig Kouyoumdjian et Christine Siméone, Éd. Actes
Sud, 125 p., 22 Euro. Le témoignage des descendants
des survivants du désert et des charniers de Deir-es-Zor, dans la
Syrie actuelle (textes et photos).
Un ete dans La Croix. Les armeniens de Turquie (5/7) – lycee Esalian
La Croix , France
26 août 2005
Un été dans La Croix.
Les arméniens de Turquie (5/7).
Dossier. Ce n’est pas toujours la fête au lycée Esalian. Turquie. Les
églises témoins d’un fécond partage. Les trente-cinq églises
arméniennes d’Istamboul témoignent d’une présence de près de six
cents ans sur les bords du Bosphore. Istamboul, reportage de notre
envoyé spécial.
par PLOQUIN Jean-Christophe
A 10 h 20 tous les jeudis, la cloche de l’église Surp Krikor
Lusavoriç (Saint-Grégoire l’Illuminateur) appelle à l’office. La
plupart du temps, il y a presque autant d’officiants, de servants et
de cantors que de fidèles. L’église se trouve dans le quartier
historique de Galata, à Istamboul, mais elle n’est plus qu’un lieu de
passage. Depuis qu’elle a été reconstruite en 1958 lors du percement
d’une grande avenue, elle a un peu perdu de son me.
C’est dans la crypte que revit le passé. Des céramiques de Küttaya,
datant du XVIIIe siècle, couvrent certains murs. Le tombeau d’un
patriarche, Iohannis Golod, fondateur d’écoles mort en 1741, est
exposé simplement. De superbes médaillons en relief du XVe siècle ont
été incrustés dans les murs de béton. On y voit une Vierge à
l’enfant, une Crucifixion, ou des croix décorées de motifs floraux.
La plus vieille inscription date de 1431. À cette époque, Istamboul
s’appelait Constantinople. Des Arméniens venus de Crimée avaient reçu
l’usage d’une église autrefois concédée par l’empereur aux Génois. En
1453, la ville tombe aux mains des Ottomans. Huit ans plus tard, le
conquérant, Mehmed II, donne un monastère byzantin à l’Église
arménienne et y crée un patriarcat. Les Arméniens sont explicitement
invités à venir pour btir la nouvelle capitale de l’empire.
Elman Hancer, guide indépendante, navigue à travers les dates avec
aisance et affabilité. Les églises d’Istamboul ont très peu de
secrets pour elle. En sirotant un jus d’orange près du débarcadère de
Karaköy, coiffée d’un chapeau de paille, elle dévoile un itinéraire
tragique et volontaire. Son père meurt alors qu’elle est adolescente.
Elle doit travailler pour subvenir aux besoins de sa mère et de son
jeune frère. Elle se marie tôt, a deux filles aujourd’hui gées de 27
et 25 ans. Un jour, elle se remet aux études. Elle décroche un
doctorat avec une thèse sur les manuscrits et les miniatures
arméniens d’Istamboul. “C’était dur, mais c’est la vie”, sourit-elle.
D’autant qu’il n’y a aucun cours d’histoire de l’art ou de
linguistique arméniennes dans les universités turques. Les sources,
Elman Hancer a dû aller les consulter à la bibliothèque publique
Mesrob Mashdots à Erevan, sur l’île San Lazarro des moines
mékhitaristes à Venise, ou à la Bibliothèque nationale à Paris.
Après la pause, cap sur le quartier de Besiktas. L’église Surp
Asdvadzadzin (Sainte-Marie) a été btie en 1838 par Garabed Balyan,
l’architecte du palais de Dolmabahce, résidence du sultan Abdul Mecid
sur les bords du Bosphore. Arménien, il s’est inspiré des églises de
l’Anatolie orientale et l’a notamment pourvue d’un dôme, ce qui était
pourtant interdit par les sultans qui réservaient cette forme
architecturale aux mosquées. Mais il l’a rendu invisible de
l’extérieur en le camouflant sous un toit de tuile.
Les piliers, les chapiteaux, le grand autel doré, les colonnades, de
style baroque, témoignent, eux, des emprunts faits à l’Europe
occidentale. Sous la coupole, quatre monogrammes signifiant “Dieu”,
“Seigneur”, “Jésus”, “Christ”, évoquent en revanche les mosquées
ottomanes où quatre monogrammes en appellent toujours à “Allah”,
“Mohammed”, et à deux autres figures pionnières de l’islam.
L’oeuvre de Garabed Balyan témoigne ainsi de l’insertion des
Arméniens de l’époque dans une culture ouverte. Un an après
l’inauguration de l’église, le sultan Abdul Mecid édictait une charte
qui proclamait l’égalité de tous les citoyens de l’empire devant la
loi, quelle que soit leur religion. S’ouvrait un ge d’or pour les
Arméniens qui allait durer une cinquantaine d’années. Aujourd’hui,
personne n’enseigne aux jeunes Turcs cette période de fécondité
partagée.
Grandmaster Anastasian clinches Master’s Crown in Abu Dhabi
Gulf News, United Arab Emirates
August 25, 2005
GRANDMASTER ANASTASIAN CLINCHES MASTER’S CROWN IN ABU DHABI
Grandmaster Ashot Anastasian of Armenia won the Master’s title at the
15th Abu Dhabi International Chess Festival that concluded late on
Tuesday.
Anastasian played a quick draw with GM Alexei Federov of Belarus to
finish with a tally of seven points out of a possible nine and
pocketed the first prize of $ 4,000 (Dh14,680).
Grandmaster Dmitry Bocharov of Russia and Uzbekistan’s International
Master Sergey Kayumov tied for the second spot scoring 6.5 points
each.
Bocharov defeated Ukrainian GM Alexander Goloshachapov. Indian
Grandmaster Surya Shekhar Ganguly scored a comprehensive victory over
Russian GM Mikhail Ulibin in the ninth round to finish 13th.
Ganguly yet again showcased his superior end-game technique to
outplay Ulibin who played the black side of a French defence game.
Playing the Winawer variation, Ganguly got an advantage in the
opening itself and nurtured it well to win a pawn. Ulibin found some
solace in an exchange sacrifice for some optical attack but Ganguly
was on his guard and timely trading of queens led to a difficult
end-game for black.
Ganguly wrapped up the issue in 55 moves after tying Black pieces to
passive defence. The final round of the women’s category saw another
spurt from Eesha Karavade who beat Grandmaster Vladimir Dobrov of
Russia.
With this victory, Karavade secured another Woman Grandmaster norm,
scoring 5.5 points in the event.
Rice notes importance of Azerbaijan-Armenia talks in Kazan
ITAR-TASS News Agency
TASS
August 25, 2005 Thursday
Rice notes importance of Azerbaijan-Armenia talks in Kazan
By Sevindzh Abdullayeva and Viktor Shulman
BAKU
U.S. Secretary of State Condoleeza Rice said she attaches great
importance to the Azerbaijan-Armenia talks on the Nagorno-Karabakh
settlement to be held in Kazan on August 27 as part of the CIS
summit.
In her telephone conversation with Azerbaijani President Ilkham
Aliyev on Thursday, Rice said she is hopeful that the talks would
facilitate the peaceful settlement of the Karabakh conflict.
Aliyev noted the importance of his talks with the Armenian president
in Kazan. He expressed hope for the successful outcome, the
presidential press service reported.
During the conversation, Aliyev and Rice expressed satisfaction with
the development of multifaceted relations between Azerbaijan and the
United States. The conversation also focused on the situation in
Azerbaijan and preparations for the parliamentary elections in the
republic scheduled for November 6, the press service said.
Boxing: Victorious Vic in Skinny’s corner
Daily Telegraph (Sydney, Australia)
August 26, 2005 Friday
Victorious Vic in Skinny’s corner
by GRANTLEE KIEZA
VIC Darchinyan will go from Raging Bull to raging fan tonight when he
takes his place in the corner of his great mate, world-rated
super-bantamweight Nedal “Skinny” Hussein.
Darchinyan, who retained his IBF and IBO world titles with a stunning
fifth-round stoppage of rugged Colombian Jair Jimenez at the
Entertainment Centre on Wednesday night, will be cheering Hussein in
his bout with Queensland’s tough Mick Shaw at the Auburn RSL.
Hussein, who dropped a 12-round decision to WBC super-bantamweight
champ Oscar Larios in Las Vegas last year, now hopes to jag a world
featherweight title fight and will have Darchinyan’s whole-hearted
support.
Hussein has 38 wins in 40 fights, his only defeats coming against the
highly decorated Larios and multiple world champion Manny Pacquiao,
who had to climb off the canvas to beat the big-punching Australian
on a controversial cut-eye decision five years ago.
Shaw, from Toowoomba, has 21 wins in 28 fights but has yet to face
anyone of Hussein’s standing on the world scene.
Yesterday Darchinyan said he was delighted with his performance
against Jimenez, who had enormous heart but no answer to the
Armenian-born Aussie’s power and aggression.
The IBF’s Australian representative Ray Wheatley said the victory
proved that Darchinyan is the best flyweight in the world and that
the southpaw strongman deserved to start favourite in proposed
unification bouts with WBC champ Pongsaklek Wongjongkam of Thailand
and Lorenzo Parra of Venezuela.
And Darchinyan’s manager Robert Joske, who guides the careers of such
sporting luminaries as Steve Waugh and Justin Langer said: “Vic is
such a wonderful young man and it is really gratifying to see him
building a great sporting career in Sydney.
“We have a tremendous world champion on our hands and slowly but
surely he will build a big following in this country.
Kostya Tszyu, the former unified world junior-welterweight champ,
said he was amazed by the determination and strength of the 2000
Olympian against a very gifted opponent.
“Vic’s confidence and his hunger are unbelievable, said Tszyu, who
was ringside on Wednesday night.
“I am certain Vic will go on to unify the flyweight titles as I did
in my weight division.”
Boxing: Vic at brutal
Gold Coast Bulletin (Australia)
August 26, 2005 Friday
Vic at brutal;
best: Fenech
JEFF Fenech yesterday rated Vic Darchinyan’s ruthless demolition of
challenger Jair Jiminez as the best performance of the world champion
flyweight’s career.
The Fenech camp is also confident Darchinyan’s mandatory defence
against Irishman Damaen Kelly will be held in Australia.
Darchinyan’s manager Robert Joske said the IBF had set an October 27
deadline for the fight with the 32-year-old Belfast-based boxer.
The 29-year-old champion improved his professional record to 24-0 by
taking just five rounds to demoralise Colombian Jiminez, the
ninth-ranked contender.
Trainer Fenech, who convinced Darchinyan to relocate to Australia
after representing Armenia at the Sydney 2000 Olympics, described
Wednesday night’s effort from his IBF and IBO champion as perfect.
“He was great, I just thought people don’t realise how good his
opponent was, and just how easy he handled him,” said Fenech.
“He made the guy do everything that he wanted. That’s a show of real
class.
“I was very worried. I thought it was going to be our toughest fight.
“I think it was his best one by far, especially because of the guy
that he fought. He didn’t rush. A lot of times he was behind the jab
and he brought him on to punches instead of doing what he always
does.”
After taking a two-week holiday in Armenia, which he has not visited
since winning the IBF title last December, Darchinyan will resume
training for his fight with Kelly, who has a 21-2 professional
record.
With the top two spots vacant, third ranked Kelly is the highest
ranked contender. Kelly was the initial choice of opponent for
Wednesday night’s fight, but couldn’t agree terms with promoter
William Takataka.
“I tried to bring him over here but he wanted too much money,” said
Takataka.
Boxing: Fenech rates Darchinyan performance as his best ever
Australian Associated Press Pty. Ltd.
AAP NEWSFEED
August 25, 2005, Thursday
Fenech rates Darchinyan performance as his best ever
By Adrian Warren
SYDNEY
Jeff Fenech today rated Vic Darchinyan’s ruthless demolition of
challenger Jair Jiminez as the best performance of the world champion
flyweight’s career.
The Fenech camp is also confident Darchinyan’s mandatory defence
against Irishman Damaen Kelly will be held in Australia.
Darchinyan’s manager Robert Joske said the IBF had set an October 27
deadline for the fight with the 32-year-old Belfast-based boxer.
The 29-year-old champion improved his professional record to 24-0 by
taking just five rounds to demoralise Colombian Jiminez, the
ninth-ranked contender.
Trainer Fenech, who convinced Darchinyan to relocate to Australia
after representing Armenia at the Sydney 2000 Olympics, described
last night’s effort from his IBF and IBO champion as perfect.
“He was great, I just thought people don’t realise how good his
opponent was, and just how easy he handled him,” Fenech said.
“He made the guy do everything that he wanted. That’s a show of real
class.
“I was very worried. I thought it was going to be our toughest fight.
“I think it was his best one by far, especially because of the guy
that he fought. He didn’t rush. A lot of times he was behind the jab
and he brought him onto punches instead of doing what he always
does.”
After taking a two-week holiday in Armenia, which he has not visited
since winning the IBF title last December, Darchinyan will resume
training for his fight with Kelly, who has a 21-2 professional
record.
With the top two spots vacant, third ranked Kelly is the highest
ranked contender.
Kelly was the initial choice of opponent for last night’s fight, but
couldn’t agree terms with promoter William Takataka.
“I tried to bring him over here, but he wanted too much money, he
wanted more than the champion, so that’s why we didn’t want to go
ahead with that fight,” Takataka said.
Fenech and Takataka both expect the fight will go to a purse bid and
each is confident the contest will take place in Australia.
“I don’t think they’ve got the money to take the fight there, I’m
confident of having it here,” Fenech said.
Fight fans in Sydney have the choice of two promotions to attend
tomorrow.
World-ranked Nedal Hussein fights Australian light welterweight
champion Mick Shaw for the vacant IBO Intercontinental super
featherweight title at Auburn RSL.
At Penrith Panthers, world rated light heavyweight Jason DeLisle
headlines the card with an IBF Pan Pacific light heavyweight title
defence against Argentinian Fernando Vera.
Azeri military spending increases
UPI United Press International
August 26, 2005 Friday 2:25 PM EST
Azeri military spending increases
BAKU, Azerbaijan
Azerbaijan’s Assa-Irada news agency reported that President Ilham
Aliyev said Azerbaijan’s military spending will continue to rise.
During remarks to a ceremony marking the 86th anniversary of
Azerbaijan’s frontier guard troops Aliyev said that in 2005
Azerbaijan’s military expenses rose 76 percent to $300 million,
adding, “I have issued instructions to ensure the growth will
continue next year.
Increasing military potential will affect the conflict settlement.
The Armenian leadership should understand that we will not yield our
land.”
The Azeri government is carefully reviewing its military expenditures
to bring them in line with the overall budget of Armenia. Aliyev
noted that Armenia is not able to compete with Azerbaijan in the
political, economic or military fields and the difference “will be
even greater in the future.” Referring to the country’s booming oil
revenues Aliyev said that Azerbaijan’s surging economic development
will allow it to achieve a peaceful settlement of the
Armenia-Azerbaijan Upper Garabagh conflict, for which strengthening
Azerbaijan’s armed forces will be crucial.
During his address Aliyev emphasized that Azerbaijan is pursuing an
“open-door” policy, as its borders are “a key condition for the
independence of the state. Those trying to enter the country with bad
intentions should know that our state borders are strongly
protected.”