Pressions onusiennes sur le mémorial arménien

La Tribune de Geneve, Suisse
02 juillet 2013 mardi

Pressions onusiennes sur le mémorial arménien

GENEVE; Page 15

La Ville voudrait implanter une oeuvre commémorant le génocide, près
de l’ONU. Cette dernière n’en veut pas à côté d’elle

Le sujet est brûlant. A tel point que l’ONU a rencontré le 4 juin
dernier l’un des magistrats municipaux qui porte le dossier, le
conseiller administratif Sami Kanaan. Non pas pour échanger quelques
mots sur la bienveillance de la Ville envers la Genève internationale
mais pour lui faire part de ses préoccupations face au projet
d’implanter un monument en mémoire du génocide des Arméniens à
quelques pas du Palais des Nations. Intitulée les «Réverbères de la
mémoire», l’oeuvre de l’artiste français Mélik Ohanian a été retenue
par la Ville sous l’ère de l’ancien magistrat Patrice Mugny en 2008
(lire l’encadré ci-contre).

Un lieu qui dérange

D’après le conseiller administratif Sami Kanaan, «le directeur général
des bureaux onusiens à Genève, le kazakh Kassym- Jomart Tokayev ne
prend pas position sur le monument mais exprime une forte
préoccupation quant à son implantation dans le parc du Musée de
l’Ariana, étant donné la proximité immédiate du Palais des Nations».

La position des autorités turques est, pour sa part, très claire.
Elles déclarent «ce genre d’initiative ne servir qu’à refléter la
haine qui est bien connue par tous les intéressés», selon les propos
du porte-parole du consulat révélés dans Le Matin. Et de rappeler
encore que «les protocoles de Zurich entre la Turquie et l’Arménie ( )
prévoient la constitution d’un sous-comité d’historiens concernant le
sujet, pour clarifier les faits historiques en tant que tels».

Pour autant, les autorités d’Ankara ont-elles interpellé directement
le conseiller fédéral chargé des Affaires étrangères, Didier
Burkhalter, comme semblent le penser certains membres de la communauté
arménienne de Genève? Impossible de l’affirmer ni de l’exclure.
Pourtant présents à côté du conseiller fédéral jeudi, la maire de
Genève Sandrine Salerno et le président du Conseil d’Etat Charles Beer
n’ont pas souhaité commenter l’affaire.

Pressions de part et d’autre

Pour Dominique de Buman, co-président du groupe parlementaire Suisse-
Arménie, il n’y a pas de doutes, la Turquie fait pression sur l’ONU et
sur la Suisse. «Il est d’ailleurs régulier que la Turquie s’immisce
dans les affaires helvétiques. » Pour celui qui est également
conseiller national, l’attitude de l’ONU est étonnante, «surtout que
l’une de ses sous-commissions avait approuvé un rapport d’experts
reconnaissant les massacres subis par les Arméniens». Formellement, il
n’y a pourtant pas de reconnaissance officielle de l’ONU ni même de la
Confédération, contrairement au Conseil national (2003) et au
gouvernement genevois (2001).

Du côté des organisations arméniennes, on fait également pression sur
les autorités. «Le Conseil administratif ne pouvait faire un choix
plus judicieux que le parc de l’Ariana», fait savoir Sarkis Shahinian,
président d’honneur de l’Association Suisse- Arménie dans un courrier
datant du 18 juin.

En mains de la Ville

L’avenir du mémorial est-il menacé? «Certainement pas. Nous étudions à
nouveau cette après-midi tous les emplacements potentiels avec mon
collègue Rémy Pagani, explique Sami Kanaan, qui se défend de céder à
la pression des autorités turques. Nous accordons juste de
l’importance aux bonnes relations avec l’ONU. » Pour le magistrat, il
s’agit aujourd’hui de trouver un lieu «digne» qui satisfait les
Arméniens et qui se réalise dans des délais raisonnables. «Même si
l’Ariana reste notre option principale. »

Un autre lieu est-il envisageable? «Cela ne me pose pas de problème,
tant que le choix est uniquement celui de la Ville, commente Dominique
de Buman. Mais y renoncer serait inadmissible!»

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