Turquie : Fethullah Gulen, Ergenekon Et Les Medias

TURQUIE : FETHULLAH GULEN, ERGENEKON ET LES MéDIAS

Source/Lien : Hurriyet Daily News
Publié le : 09-03-2011

Info Collectif VAN – – Ankara continue la
chasse aux opposants : de nombreux journalistes, dont Nedim Å~^ener
et Ahmet Å~^ık, ont été arrêtés jeudi 3 mars. Nedim Å~^ener
et Ahmet Å~^ık, soupconnés de comploter contre le gouvernement
islamo-conservateur, ont été inculpés par un tribunal d’Istanbul
et écroués tôt dimanche dans une prison de la ville, malgré les
critiques internationales.

Å~^ener et Å~^ık font partie des journalistes qui ont dévoilé le
scandale du gang Ergenekon (autre nom pour l’Etat profond en Turquie)
mais ils sont accusés d’en faire partie… “Tous ceux qui ne sont
pas proches du gouvernement [AKP] ne peuvent survivre dans les
médias. Les membres des médias vivent dans la peur” a dit Ahmet
Abakay, président de l’Association contemporaine des journalistes,
ou CGD. “Cette manÅ”uvre est une menace et de l’intimidation contre
les critiques du gouvernement.” Nedim Å~^ener et Ahmet Å~^ık ont
travaillé sur des livres concernant une organisation présumée au
sein de la police, liée a la communauté religieuse Fethullah Gulen
: c’est sans doute la raison pour laquelle le gouvernement islamiste
turc essaye de relier les journalistes a Ergenekon. Le Collectif VAN
vous invite a lire la traduction d’un article en anglais du journal
turc Hurriyet Daily News publié le 3 mars 2011.

Photo: le traducteur et écrivain Dogan Yurdakul a été arrêté
jeudi.

Opposition, avocats et collègues expriment leur indignation devant
les nouveaux raids d’Ergenekon

Des collègues des médias, des avocats et des politiciens de
l’opposition ont fortement fustigé les raids de police dans 16
domiciles a Ankara et a Istanbul, dont ceux de journalistes et
d’un ex-officier du renseignement, les prenant comme une tentative
“illégale” de réduire au silence les voix critiques.

“Les perquisitions sont contre la loi. Le mandat de perquisition ne
mentionne pas le chef d’accusation des individus incriminés”, a dit
Metin Feyzioglu, responsable de l’Association du Barreau d’Ankara,
qui a donné une conférence de presse devant l’un des domiciles
pendant la perquisition. Il a dit que l’absence de cette information
rend les documents illégaux et que cela implique que tout le monde
risque une perquisition sans raison.

“Si les domiciles et les bureaux des journalistes sont perquisitionnés
tôt le matin sans raison concrète, cela montre que [l’état de]
la démocratie en Turquie doit être remis(e) en cause”, a dit Kemal
Kılıcdaroglu, le leader du principal parti de l’opposition, le
Parti républicain du peuple, ou CHP.

La situation actuelle est “ridicule et tragique” a dit le journaliste
Ertugrul Mavioglu, notant qu’Ahmet Å~^ık, l’un des journalistes dont
le domicile a été perquisitionné, a été a l’origine de l’ouverture
du dossier Ergenekon. Les journaux, cités dans l’article de Sik
“Coup Diaries” pour l’hebdomadaire Nokta en 2007, article qui a mené
a la fermeture du magazine, faisaient partie des preuves principales
qui ont conduit a l’enquête, a dit Mavioglu.

C’est réellement une “accusation immorale que de placer Ahmet Å~^ık
au même niveau que ‘l’Etat profond’ et Ergenekon”, a dit Mavioglu,
journaliste du quotidien Radikal et co-auteur avec Å~^ık d’un ouvrage
en deux volumes sur l’affaire Ergenekon. S’adressant au Daily News
devant le domicile de Å~^ık, en train d’être perquisitionné, il
a déclaré qu’il ne pouvait comparer la situation a rien d’autre,
sinon au maccarthysme.

“L’Etat profond” est une organisation clandestine présumée au sein de
l’Ã~Itat, composée de responsables de l’Ã~Itat et de militaires. Bien
que de nombreuses personnes, y compris des présidents, ont affirmé
son existence, elle n’a jamais été définie avec certitude. Certains
prétendent que le soi-disant gang Ergenekon est un autre nom pour
l’Etat profond.

Le journaliste du Daily Hurriyet, İsmet Berkan a déclaré jeudi
au Daily News qu’il ne disposait pas d’informations suffisantes
pour parler des récents raids de la police, mais il a ajouté :
“Cependant, Nedim Å~^ener et Ahmet Å~^ık sont des gens dont je suis
très proches. Å~^ık fait partie des personnes qui ont dévoilé
Ergenekon. J’aimerais croire que c’est une blague.”

Bien que les deux journalistes aient critiqué la police et les
procureurs qui mènent l’enquête sur Ergenekon, ces critiques
n’étaient pas dirigées contre l’idée de l’enquête elle-même,
mais sur le fait que les efforts n’avaient pas été suffisants,
a dit Berkan.

L’enquête est “une conspiration” contre Å~^ık, a déclaré le
Secrétaire général de la Confederation of Progressive Trade Unions,
ou DİSK, dont le journaliste est membre, dans une déclaration écrite
accusant le Parti pour la justice et le développement au pouvoir,
ou AKP, de “supprimer l’opposition avec des théories du complot.”

“Ahmet Å~^ık fait du journalisme exemplaire et honnête, partageant
ses recherches avec le public sans rien omettre et sans avoir peur
de l’oppression et des menaces de l’Administration au pouvoir”,
a dit Tayfun Görgun, le secrétaire général de DİSK, dans
sa déclaration. Il a ajouté que Å~^ık travaillait sur un livre
concernant une organisation présumée au sein de la police liée a la
communauté religieuse Fethullah Gulen et il a émis la théorie que
c’était la raison pour laquelle on essayait de relier le journaliste
a Ergenekon.

“Tous ceux qui ne sont pas proches du gouvernement ne peuvent
survivre dans les médias. Les membres des médias vivent dans la
peur” a dit Ahmet Abakay, président de l’Association contemporaine
des journalistes, ou CGD. “Cette manÅ”uvre est une menace et de
l’intimidation contre les critiques du gouvernement.”

Le ministre des Affaires intérieures, BeÅ~_ir Atalay a dit aux
journalistes jeudi après-midi, que les perquisitions relevaient
“d’une décision prise par le judiciaire. La police se conformait aux
demandes du judiciaire. Il serait erroné d’en dire plus. La Turquie
est un Ã~Itat de droit.”

Le président Abdullah Gul a fait écho aux déclarations d’Atalay en
disant : “La décision a été prise par la Cour et les procureurs”
et il a refusé de faire d’autres commentaires.

Le député et leader du CHP, Sezgin Tanrıkulu a contesté l’idée que
la Turquie est un Ã~Itat de droit, déclarant que cette affirmation
ne pouvait être faite pour un pays dans lequel les gens risquent de
voir leurs domiciles ravagés et chaque détail de leur vie privée
fouillé.

“Toute personne en dehors du cercle de l’AKP risque d’être étiquetée
membre d’une organisation terroriste”, a-t-il dit.

Le procès Ergenekon s’est écarté de son sujet et s’est transformé
en une méthode, pour le gouvernement, pour faire taire les gens qui
s’opposent a lui, a déclaré le responsable du groupe parlementaire
du CHP, Akif Hamzacebi, lors d’une conférence de presse qu’il a tenu
spécialement pour parler des descentes de police.

“Ils veulent museler les médias. La Turquie est déja au 138e rang
des pays en matière de liberté de la presse. Ce genre d’incident
ne pourra que faire reculer davantage la liberté de la presse”
a dit Hamzacebi.

“Les journalistes possèdent des documents et des informations et
parlent au téléphone. C’est leur travail. Mais vous en faites un
élément de crime”, a dit Ercan Ipekci, le président du Syndicat des
journalistes turcs, ou TGS. “Dans les années 1970, des journalistes
étaient arrêtés pour propagande pro-communisme. Ils sont maintenant
arrêtés au motif de propagande pour des organisations terroristes.”

L’AKP crée son propre Etat policier, a dit mercredi le chef du CHP,
Kemal Kilicdaroglu, avant que les perquisitions n’aient eu lieu. “Nous
nous dirigeons vers un avenir où les gens ont peur et sont incertains
quant a ce qu’il arrivera a ceux qui s’opposent”, a-t-il dit. “De
nombreux journalistes sont en prison. Les corporations des médias
qui tentent de rester indépendantes recoivent des amendes fiscales
injustifiées s’élevant a des milliards de dollars.”

Les journalistes emprisonnés

Nedim Å~^ener

Nedim Å~^ener, auteur et journaliste d’investigation pour le journal
Milliyet, a recu le titre de World Press Freedom Hero de l’Institut
international de la presse suite a la publication de son livre The
Hrant Dink Murder and Intelligence Lies. (Le meurtre de Hrant Dink
et les mensonges du Renseignement)

“Il a vraiment été un héros d’effectuer une telle enquête et
d’écrire ouvertement sur le meurtre de Dink non seulement dans
le livre, mais également dans ses articles, dans le journal”, a
dit le Comité national turc IPI. “Il a gardé ce sujet a l’ordre
du jour, ce qui n’était pas une chose facile a faire a cause de
tous les problèmes avec tous les fonctionnaires qui ont été
impliqués. C’était une chose très courageuse a faire.”

En raison de ce qu’il a écrit dans le livre, Sener a été poursuivi
en justice pour : “avoir visé des fonctionnaires”, “rendre public
des documents secrets” et “obtenir des documents secrets.” Il a été
acquitté de toutes les accusations en juin 2010.

L’auteur a plus tard publié un autre livre sur le meurtre, Red
Friday – Who Broke Dink’s Pen? (Vendredi rouge – Qui a tué Dink
?) et il a aussi écrit Fethullah Gulen and the Gulen Community in
Ergenekon Documents (Fethullah Gulen et la communauté Gulen dans
les documents Ergenekon).

Les documents découverts lors d’une perquisition récente de la police
dans les bureaux du site Internet dissident Oda TV ont impliqué
Sener qui aurait apporté son aide pour des projets de livre contre
le mouvement Gulen.

Dans son article du 25 février pour le quotidien Posta, Sener a
écrit qu’il avait recu des menaces après qu’il a été révélé
que la police, accusée de négligence dans le meurtre de Dink,
était aussi impliquée dans l’enquête Ergenekon.

Sener a aussi attiré l’attention sur lui récemment lorsqu’il a
interviewé l’ancien chef de la police d’EskiÅ~_ehir, Hanefi Avci,
qui a publié un livre sur la structure du mouvement Gulen au sein
de la police turque. Après sa publication, Avci a été arrêté et
accusé d’assistance a une organisation terroriste.

Ahmet Å~^ık

Ahmet Å~^ık est un journaliste renommé qui a été le premier a
révéler les “Ozden Ornek Coup Diaries,” qui ont été des preuves
essentielles pour la première inculpation dans le procès Ergenekon
en 2007.

Il a travaillé comme journaliste pour des journaux importants
incluant Milliyet, Cumhuriyet, Evrensel et Radikal et a gagné de
nombreux prix d’organisations médiatiques nationales diverses.

L’an dernier, Sik a écrit un livre avec un autre journaliste, Ertugrul
Mavioglu, sur l’affaire Ergenekon, appelé “Kirk Katir Kirk Satir”
(Entre le marteau et l’enclume). Le livre a été immédiatement
soumis a une enquête juridique le jour de sa sortie. Il comprend
deux volumes : “Kontragerilla ve Ergenekon’u Anlama Kilavuzu” (Guide
pour comprendre la contre-guérilla et Ergenekon) et “Ergenekon’da
Kim Kimdir ?” (Qui est qui dans Ergenekon ?).

Sik a récemment commencé a travailler a un nouveau livre, enquêtant
sur la présence de membres du mouvement islamiste Gulen a l’intérieur
du ministère de l’Intérieur. Un brouillon de son livre a été
trouvé pendant le raid de la police dans les bureaux de Oda TV,
un site internet dissident appartenant au journaliste Soner Yalcin
qui a été arrêté après le raid il y a deux semaines.

Sik était également en train de travailler sur la rubrique
informations du site internet de l’Université Bilgi.

Autres détenus

РLe traducteur et auteur Dogan Yurdakul, qui ̩crit de temps a
autre pour Oda TV, a publié deux livres avec le propriétaire du
site, Soner Yalcin : ” Bay Pipo” sur l’Organisation du renseignement
national, ou MIT et “Reis”, une biographie d’Abdullah Catli, qui a
été affilié au cas Susurluk, exposant un lien entre la police,
la mafia et des politiciens corrompus. Son livre “Au carrefour de
Secrets” est un roman historique.

– L’auteur Yalcin Kucuk était l’un des accusés au procès Ergenekon.

Bien qu’il n’ait jamais été arrêté, ses domiciles ont été
fouillés par la police en 2009 dans le cadre de l’enquête en
cours. Auteur laïc pur et dur et gauchiste, il fait souvent des
déclarations enflammées contre le gouvernement.

– Mumtaz Idil est le représentant d’Oda TV a Ankara. Il a
précédemment travaillé pour le ministère de la Culture et il est
l’auteur de 17 ouvrages publiés.

– Ä°klim Ayfer Kaleli (Bayraktar) est journaliste pour Oda TV a Ankara.

– Sait Cakır écrit pour Oda TV.

– Aydın Bıyıklı est journaliste a Oda TV.

– CoÅ~_kun Musluk est journaliste a Oda TV.

– Muyesser Yıldız est un journaliste qui écrit pour Oda TV. Il
a également travaillé pour les quotidiens Tercuman, Gunaydın et
AkÅ~_am, et pour le magazine Nokta.

– KaÅ~_if Kozinoglu est un ancien membre du MÄ°T et le premier membre
de haut rang de l’organisation a être poursuivi en justice dans
l’affaire de l’ancien juge de la Haute Cour Eraslan Ozkaya.

©Traduction de l’anglais C.Gardon pour le Collectif VAN – 9 mars
2011 – 07:10 –

Lire aussi :

Turquie : Des journalistes victimes de perquisitions et interpellations

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From: A. Papazian

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