Ariane Delacampagne, Un Regard Sur l’Histoire

ARIANE DELACAMPAGNE, UN REGARD SUR L’HISTOIRE
Stephane

armenews
22 avril 2010

Photographies " Les Armeniens de Bourj Hammoud, etat des lieux "
est une serie de photos en noir et blanc accrochees a la galerie
d’exposition du CCF jusqu’au 29 avril, qui temoignent du regard juste
et authentique de la photographe Ariane Delacampagne.

Cela fait cinq ans qu’elle quadrille les rues de Bourj Hammoud. Cinq
ans qu’elle va a la rencontre de gens inconnus, qu’elle cogne a leur
porte, qu’elle penètre leur intimite (sans effraction), qu’elle met
a nu leurs blessures, leurs angoisses et leurs questionnements. Avec
pudeur et en toute reverence (" je n’ai jamais pris des photos a la
derobee ", avoue-t-elle), Ariane Delacampagne, photographe d’origine
armenienne, nee au Liban, mais travaillant a New York depuis vingt-cinq
ans, s’est fait humblement le temoin d’un microcosme humain. Alors
qu’elle publie deux ouvrages de photographies, Animaux etranges et
fantastiques en 2003 et Visages et voix du flamenco en 2007, l’artiste
participe a plusieurs expositions collectives et individuelles,
notamment a New York et a Seville.

À l’origine de ce travail de longue haleine que la photographe a
entrepris il y a quelques annees, une rencontre qui a enclenche tout
un processus. " J’avais rencontre a New York une très vieille dame
survivante du genocide. J’ai ete interessee par sa figure et son
caractère, et je l’ai photographiee, dit Delacampagne. J’ai donc
decide de retourner au Liban a la recherche de ces survivants et
de faire un travail de memoire. " Ariane Delacampagne a appris a
decouvrir le quartier de Bourj Hammoud. Elle s’est mise a explorer
les moindres recoins de cet espace mythique a dimension historique –
puisque c’est la que les survivants du genocide sont venus s’abriter
et construire leurs baraques ou maisons -, " ce qui a donne a ce
quartier une unite profonde et un sentiment d’appartenance très grand
", ajoute la photographe. Mais au-dela de l’aspect historique, il y
avait le côte humain qui intriguait la photographe.

Comment ces personnes vivaient la solitude, le depart de leurs
enfants, la dislocation des familles et, d’autre part, la disparition
des petits metiers et la destruction de leurs maisons dans le but de
construire des immeubles modernes. Voila les questions soulevees par ce
" reportage " urbain, qui traite egalement du volet de la vieillesse.

Arpenter les rues

Au fil des reperages successifs, Ariane Delacampagne effectue des
rencontres qu’elle fixera a jamais grâce a son objectif. " Je leur
parle longuement avant de les photographier, toujours dans leur cadre
familier, leur maison ou leur lieu de travail. " " Je ne suis jamais
passee par le biais d’organisations, ajoute-t-elle, mais c’est grâce a
elles que j’ai appris l’existence du camp de Sanjak, ce lieu historique
destine bientôt a la destruction.

Si le choix du noir et blanc ainsi que le regard fixe des sujets
est delibere, la photographe precise que ce ne sont pas des cliches
nostalgiques, ni meme un pèlerinage. " C’est mon regard personnel,
avec mon bagage et ma culture, que je porte sur ces lieux et ces
cadres que je n’ai pas cherche a changer. "

Tant dans les espaces qui evoquent une grande solitude (hospice
pour personnes âgees) que dans les boutiques et echoppes d’artistes
(peintres ou sculpteurs), d’artisans (confectionneuse de tenues
religieuses, marchand de chaussures, technicien et autres), on
retrouve cette dentelle propre aux Armeniens, ces icônes et images
religieuses. Un joyeux fatras qui illustre en toute honnetete ces
caractères.

Et derrière ces rides, ces mains parcheminees, ces sourires esquisses
ou ces regards fixes, c’est un pan de l’histoire qui est raconte.

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