PPA Sec: No Opp Decision on Candidatures in Majoritarian Elections

OPPOSITION HAS NOT MADE FINAL DECISION YET TO PUT FORWARD THEIR
CANDIDATURES AT ALL MAJORITARIAN ELECTORAL DISTRICTS, PPA BOARD
SECRETARY SAYS

YEREVAN, OCTOBER 27, NOYAN TAPAN. ARFD greets the principle, according
to which political figures should be represented at the Armenian
parliament.

Gegham Manukian, NA ARFD faction Secretary, said this at the October
27 press conference touching upon the opposition’s idea of nominating
their candidatures at 42 majoritarian electoral districts. He said
that Dashnaktsutiun in principle is for 100% proportional electoral
system, but only if a wide political agreement is reached around its
formation. Galust Sahakian, RPA faction Head, welcoming opposition’s
intention, said that it "will have a positive impact on the whole
electoral process." In his words, the opposition should have done this
earlier, during the local self-government elections. In the opinion of
Mekhak Mkhitarian, Secretary of the Business deputy group, it is still
early to pass to 100% proportional electoral system in Armenia.

Reminding that 5 out of 10 members of the Business group were elected
by the majoritarian system, M.Mkhitarian gave assurance that the
Armenian people more trusts individuals than political forces. The MP
greeted the initiative of heads of opposition political forces to
nominate their candidatures at majoritarian electoral districts.

M.Mkhitarian also said that opposition political forces can check
their own rating among the people in this way. As Stepan Zakarian,
Ardarutiun (Justice) faction member, PPA Board Secretary, said, the
opposition has not made a final decision yet to nominate their
candidatures at all majoritarian electoral districts. The MP said that
this is merely a proposal that needs to be discussed. In his words,
under current conditions of Armenia it is possible that people give
preference not to a political figure, but to a person who solves their
daily problems.

Kocharian: Long&Short-Term Election Observer Missions to be Invited

ROBERT KOCHARIAN: BOTH LONG-TERM AND SHORT-TERM OBSERVER MISSIONS WILL
BE INVITED TO ARMENIA FOR 2007 STATE ELECTIONS

YEREVAN, OCTOBER 27, NOYAN TAPAN. RA President greeted the end of the
consultations around the Actions Plan within the framework of the
European New Neighborhood policy at the October 27 regular meeting
with heads of diplomatic representations of EU member countries
accredited in Armenia. He expressed the hope that it will be finally
adopted in November, thanks to which Armenia-EU relations will become
more systematized. "The large package of Armenian side’s proposals is
evidence that we are disposed to work seriously and expect joint
efficient activity," R.Kocharian said. At the diplomats’ request RA
President commented upon the current developments in the Nagorno
Karabakh settlement, Russian-Georgian strained relations and its
impact on the Armenian economy, as well as other regional issues.

According to RA President’s Press Office, at the meeting, they also
touched upon the forthcoming state elections and especially stressed
the necessity to hold them fairly. R.Kocharian said that both
long-term and short-term international observer missions will be
invited for the purpose of electoral processes monitoring.

Diasporans Confident in Political and Economic Future of Armenia

DIASPORAN ARMENIANS ARE CONFIDENT IN POLITICAL AND ECONOMIC FUTURE OF
ARMENIA, WB YEREVAN OFFICE DIRECTOR SAYS

YEREVAN, OCTOBER 27, NOYAN TAPAN. Armenia has shown a two-digit
economic growth in recent years, and there is no reason for a decline
in this growth in the future. Roger Robinson, the World Bank Yerevan
Office Director, expressed this opinion during a press conference on
October 27. This was the last press conference of Roger Robinson, who
has completed his mission in Armenia and received a new appointment in
Kyrghyzstan. The new director of the WB Yerevan Office will be
appointed within a month. R. Robinson said that some sectors of
Armenia still need to be reformed, particularly customs, tax, public
services and civil service sectors. According to him, during 4.5 years
of his term of office in Armenia, the WB has financed programs of a
total of 300 million USD, during the implementation of which the
Armenian government has shown a skilful approach. He noted that
Armenians living abroad, especially those in Russia, invest their
money in Armenia, which means that they are confident in the political
and economic future of Armenia.

After Financial and Technical Audit Russian VTB Cap Yields on Buy

AFTER FINANCIAL AND TECHNICAL AUDIT RUSSIAN COMPANY VTB CAPITAL GIVES UP
INTENTION TO PURCHASE PROMETEY-KHIMPROM

YEREVAN, OCTOBER 27, NOYAN TAPAN. VTB Capital company – a subsidiary
of VTB Bank (Russia) gave up its intention to purchase and relaunch
the Vanadzor chemical enterprise – Prometey-Khimprom company. Chairman
of VTB Bank Armenia Alexander Vardanov stated this at the October 27
press conference. In his words, VTB Capital took this decision after
receiving the results of the financial and technical audits done by
several Russian audit companies. It was noted that the operation of
Prometey-Khimprom was not discontinued due to the negotiations on the
deal which have been conducted since May 2006.

Une illustration des problemes poses par la proposition de loi

Le Monde, France
27 octobre 2006 vendredi

Une illustration des problèmes posés par la proposition de loi
pénalisant le déni du génocide arménien;
Pierre Loti hors la loi ?

L’Assemblée nationale a adopté en première lecture, le 12 octobre, la
proposition de loi socialiste sanctionnant la négation du génocide
arménien des mêmes peines que celles prévues en 1990 par la loi
Gayssot pour la négation du génocide juif pendant la seconde guerre
mondiale : un an de prison et 45 000 euros d’amende. Si cette loi est
définitivement adoptée par le Parlement, pourrions-nous, comme nous
venons de le faire, rééditer, du moins dans son intégralité, Suprêmes
visions d’Orient, le dernier livre de Pierre Loti, publié en
septembre 1921, deux ans avant sa mort ? Composé pour l’essentiel
d’extraits du journal qu’il a tenu lors de ses ultimes voyages à
Constantinople et jusqu’à Andrinople, en 1910 et 1913, le livre
comporte aussi des articles polémiques que Loti a publiés avant et
après la première guerre mondiale dans la presse française. Dans deux
d’entre eux, il exprime pour le moins des doutes sur la réalité du
génocide arménien.

Ainsi, dans une " Lettre ouverte à M. le ministre des affaires
étrangères ", datée de décembre 1920 et publiée dans L’ uvre du 23
janvier 1921, Loti écrit : " Sur les "massacres d’Arménie" – les
guillemets figurent bien dans le texte originel – je crois avoir dit,
avec force témoignages et preuves à l’appui, à peu près tout ce qu’il
y avait à dire : la réciprocité dans la tuerie, la folle exagération
dans les plaintes de ces Arméniens qui, depuis des siècles, grugent
si vilainement leurs voisins les Turcs, et qui, inlassables
calomniateurs, ne cessent de jouer de leur titre de chrétiens pour
ameuter contre la Turquie le fanatisme occidental. " Et, dans un
article intitulé " La Sophie " (il s’agit de la reine Sophie, soeur
de Guillaume II, épouse du roi de Grèce, Constantin Ier) daté lui
aussi de décembre 1920 et publié dans L’ uvre du 19 décembre 1920,
Loti s’en prend principalement aux Grecs, mais parle aussi des "
mille mensonges des Arméniens ".

Certes, le biographe de Loti, Alain Quella-Villéger, prend soin, dans
la présentation qu’il fait du livre, de préciser que " republier ses
diatribes (…) ne revient évidemment pas à les cautionner. Mais
l’étude historique et l’esprit critique n’autorisent ni le silence ni
la censure posthumes : il n’eût naturellement pas été concevable
d’amputer le présent volume de ces textes peu amènes. Au lecteur de
juger Loti dans ses amitiés comme dans ses inimitiés : à l’égard des
Grecs et des Bulgares mais aussi des Arméniens, son hostilité est
apparue tard dans sa vie ". Certes, pour notre part, nous indiquons,
dans le texte de la quatrième page de couverture, que la turcophilie
de Loti le conduit ici " à s’égarer quand il s’en prend aux
Arméniens, aux Bulgares, à "la grécaille" ".

Il n’empêche que nous aurions risqué d’encourir les foudres de cette
loi si elle avait été définitivement adoptée avant la réédition de
l’ouvrage et si l’amendement, repoussé par l’Assemblée nationale le
12 octobre dernier et visant à introduire une dérogation en faveur
des enseignants et des chercheurs afin de les protéger contre le
risque de poursuites pénales, avait été de nouveau écarté. Voilà qui
nous aurait fait hésiter à republier ce texte. Lequel, soit dit en
passant, l’a déjà été, avec les autres récits de voyage de Loti, dans
le volume Voyages que lui a consacré la collection " Bouquins ", en
1991. Toujours disponible, cet ouvrage et le nôtre devront-ils être
retirés de la vente si, demain, la loi entre en vigueur et leur est
opposée ?

Cette loi entraverait les recherches et les débats sur le génocide
arménien de 1915, cela a été dit, y compris par certains socialistes
français, notamment Jack Lang, ainsi que par des intellectuels turcs
qui, ces dernières années, ont ouvert, en s’exposant à de sévères
poursuites judiciaires, un nécessaire travail de mémoire et
d’histoire. Elle entraverait aussi la publication de textes pouvant,
par leur analyse et leur confrontation, contribuer à approfondir la
question du génocide arménien. Laquelle ne porte pas sur la réalité
des massacres massifs d’Arméniens, dont le caractère génocidaire est
reconnu par la majorité des historiens, mais sur le contexte de ce
génocide, qui n’a pas surgi de nulle part.

Ainsi sommes-nous fiers de publier prochainement en français l’un des
textes clés de l’oeuvre de Raffi, Le Fou, où cet auteur majeur de la
littérature arménienne de la fin du XIXe siècle décrit sans
ménagement ni nuances – euphémisme – les atrocités commises par les
Turcs et les Kurdes à l’encontre des Arméniens dans le cadre de la
guerre russo-turque de 1877-1878.

De même que nous sommes fiers d’avoir procédé à la réédition de
Suprêmes visions d’Orient, de Pierre Loti. Cet ouvrage, qui comporte
des pages poignantes sur l’Empire ottoman finissant, éclaire en
négatif, oui, mais aussi en positif les débats actuels sur l’arrimage
de la Turquie à l’Europe, sur les relations franco-turques et sur
notre rapport au monde musulman. Car Pierre Loti s’égare-t-il quand,
" devant la menace d’un soulèvement général de l’Islam ", il
préconise de " renoncer à une folle gloutonnerie de conquêtes " et de
" tendre la main à l’Islam, qui nous a fourni tant de milliers de
braves combattants " ? Il écrit aussi ces lignes, que cite Alain
Quella-Villéger dans sa présentation : " Partout nous broyons à coups
de mitraille les civilisations différentes de la nôtre, que nous
dédaignons a priori sans rien y comprendre, parce qu’elles sont moins
pratiques, moins utilitaires et moins armées. Et, à notre suite,
quand nous avons fini de tuer, toujours nous apportons l’exploitation
sans frein… "

Patrice Rötig

Patrice Rötig est le responsabledes éditions Bleu autour

Des pointures de la communaute armenienne defilent a Angouleme

Charente Libre
26 octobre 2006

Des pointures de la communauté arménienne défilent à Angoulême

par Stéphane URBAJTEL

Le réseau arménien semble fonctionner du feu de Dieu à Angoulême.
Alors que le Président de la République vient de lancer l’année de la
France en Arménie, le 29 septembre à Erivan, capitale de cette petite
république caucasienne, plusieurs pointures de la communauté sont
annoncées en Charente. Jean Mardikian, maire adjoint chargé de
l’urbanisme à Angoulême, président du CNBDI et représentant local le
plus connu de la famille arménienne, a joué du carnet d’adresses pour
faire venir, dans la Cité des Valois, quelques artistes de renom.

Le plus connu du grand public s’appelle Robert Guédiguian. Le
cinéaste, époux d’Ariane Ascaride, auteur -entre autres- du film
Marius et Jeannette, est annoncé pour l’inauguration de la nouvelle
salle Némo. On le sait, la salle obscure de l’avenue de Cognac, doit
être refaites à neuf, dans le courant de l’année 2007, et aurait donc
un parrain de choix.

D’ici là, Angoulême aura vu passer une pléiade d’autres artistes de
la communauté. A chaque festival sa pointure: Piano en Valois reçoit
cette semaine le duo Luciné et Félix Simonian (lire ci-dessous) et la
pianiste Svetlana Navassardian (au thétre de Ruelle, demain, à
20h30).

Les Gastronomades (les 24, 25 et 26 novembre) auront aussi un petit
goût d’Arménie avec la présence de Jean-Pierre Séférian.
L’artiste-peintre, invité par l’Association du centre d’arts
plastiques d’Angoulême (Acapa), présentera, au thétre, ses oeuvres à
la caséine sur le thème des fruits et des légumes. Vernissage le 25
novembre à 12h, avec, pour déguster entre les toiles, quelques
spécialités arméniennes mitonnées pour l’occasion.

Et pour terminer le mois de novembre en beauté, dans un domaine cher
à Jean Mardikian, Angoulême va servir de cadre pour présenter une BD
pas tout à fait comme les autres: la première édition de Tintin en
arménien. L’album Les sept boules de cristal a été traduit dans l’une
des plus vieilles langues indo-européennes. Le résultat de plusieurs
mois de travail, explique Jean Sirapian, le patron de la maison
d’édition spécialisée dans les recherches culturelles des pays du
Moyen-Orient qui a obtenu les droits de traduction des albums
d’Hergé. Le CNBDI disposera d’une cinquantaine d’exemplaires et tous
les nouveaux arrivants arméniens de Charente -le département compte
une trentaine de familles- en recevront un exemplaire à l’occasion
d’une cérémonie organisée à l’hôtel de ville le 29 novembre.
Principale difficulté rencontrée par les traducteurs: l’adaptation
des onomatopées. Tonnerre de Brest! ou Bachi-bouzouk! les jurons
préférés du capitaine Haddock, ça donne quoi en arménien?

PIANO EN VALOIS; Simonian pere et fille, duo armenien genetique

Charente Libre
26 octobre 2006

PIANO EN VALOIS; Simonian père et fille, duo arménien génétique

Ce duo-là n’est pas tout à fait comme les autres. Au violoncelle,
Félix Simonian, 60 ans, disciple de Rostropovitch, considéré comme le
plus éminent représentant de l’école musicale russe et arménienne. Au
piano, sa fille, Luciné, 36 ans, issue du Conservatoire de
St-Pétersbourg. A l’occasion de leur concert dimanche, dans le cadre
de Piano en Valois, la pianiste raconte ses passions.

Jouer avec un père qui a une telle renommée, c’est valorisant ou
pesant?

Luciné Simonian. Il est vrai que mon père a un charisme
impressionnant. On a beau jouer ensemble depuis dix ans, aujourd’hui
encore, j’apprends à ses côtés. Mais je crois que je lui apporte
également des choses, un regard différent, plus jeune, sur la
musique. Ensemble, on s’équilibre. On dit de nous que nous sommes un
duo génétique. Lorsqu’on joue, pas besoin de se regarder. On sait
toujours comment l’autre va réagir, comment il va interpréter une
note.

Sans lui, parvenez-vous à exister d’un point de vue artistique?

L.S: J’ai une deuxième vie professionnelle au-delà de la musique. Je
suis artiste-peintre. Ça me permet d’avoir ma propre identité. Mais,
dans le milieu artistique, cette double vie passe encore mal, même si
les mentalités évoluent. Souvent, on ne comprend pas, comment, on
peut avoir, comme moi, deux métiers à plein-temps.

Y a-t-il une spécificité de la musique arménienne?

L.S.: La musique telle qu’on la conçoit en Arménie révèle une émotion
très intense, dramatique. En France, c’est totalement différent. Il y
a une légèreté dans le jeu, un regard un peu plus esthétique. Le duo
avec mon père, présente, ces deux facettes.

A l’heure où l’on célèbre l’année de l’Arménie, vous sentez-vous
toujours de cette famille, vous qui vivez en France depuis quatorze
ans ?

L.S.: L’année de l’Arménie est une initiative valorisante pour nous,
originaires du pays, mais personnellement, je n’ai pas envie d’être
étiquetée artiste arménienne. Je suis venue en France parce que
j’avais besoin d’une plus grande diversité culturelle. Je ne conçois
plus ma vie ailleurs qu’ici. J’appartiens aussi à la culture
française.

Félix et Luciné Simonian ce dimanche 29 octobre à 17h,

à l’église du Sacré-Coeur à Angoulême.

M. Vosganian, Commissaire Roumain

Europolitique
26 octobre 2006

M. VOSGANIAN, COMMISSAIRE ROUMAIN .

Le nom du futur commissaire roumain est officiel: il s’agit du
sénateur libéral Varujan Vosganian. L’information a été donnée le 25
octobre à Bucarest par le Premier ministre roumain, Calin
Popescu-Tariceanu, lors du réunion au sein de son gouvernement. Agé
de 48 ans, M. Vosganian est d’origine arménienne et a un profil
économique essentiellement. Du côté de la Bulgarie, l’information
n’est pas encore officielle mais une source de la radio nationale
affirme que Meglena Kuneva, la ministre bulgare pour l’Intégration
européenne, serait très favorite. Une fois le candidat bulgare
désigné, la prochaine étape sera l’audition des deux commissaires par
le Parlement européen, lors de la session du 27 au 30 novembre à
Strasbourg.

Varujan Vosganian, futur Commissaire europeen

La Tribune , France
26 octobre 2006

VARUJAN VOSGANIAN FUTUR COMMISSAIRE EUROPÉEN

Le sénateur libéral a été désigné comme futur commissaire européen de
la Roumanie, après son adhésion à l’Union au 1er janvier 2007. 48 ans
et issu de la minorité arménienne de Roumanie, qu’il a représentée au
Parlement entre 1990 et 1996, Varujan Vosganian est un économiste
respecté et l’auteur de nombreuses études ainsi que de plusieurs
volumes de poésie et de fiction.

Eloge du politiquement correct. Pourquoi pas une loi sur le genocide

Le Point
26 octobre 2006

Eloge du politiquement correct. Pourquoi pas une loi sur le génocide
arménien ? La Turquie doit attendre. Le Lawrence des frères Poivre
d’Arvor. La haine de l’Occident est une vieille idée des fascistes.;
Le bloc-notes de Bernard-Henri Lévy

par Bernard-Henri Lévy

Conférence à Milan, dans la « Aula Magna » de l’Université, là même
où, il y a trente ans, je venais expliquer à une jeunesse tentée par
l’extraparlementarisme que le terrorisme était un fascisme. Le sujet,
ce matin, c’est le « politiquement correct ». Et je surprends en
disant que d’accord la liberté de parole sans limite ; d’accord le
ridicule des campus américains où l’on censure Blanche-Neige par
respect pour les nains ; d’accord encore, cent fois d’accord, sur la
folie de ces féministes réécrivant la Bible en remplaçant « Dieu le
père » par « Dieu le père-mère » ; mais, en même temps… ; est-ce
qu’elle est si folle que cela, en même temps, l’idée que c’est dans
la langue que se sédimente l’archive du malheur ? est-ce que, dans le
sud des Etats-Unis par exemple, l’assimilation du parler raciste à un
délit n’a pas changé les choses ? est-ce qu’une dose de politiquement
correct n’est pas, autrement dit, la bienvenue sur les deux ou trois
fronts – racisme donc, antisémitisme, reconnaissance des génocides –
où se noue et joue le lien social ?

Y compris les Arméniens ? Je veux dire : y compris s’agissant de ce
génocide arménien dont un récent projet de loi, adopté en première
lecture, propose de criminaliser la négation ? Eh bien oui, après
tout. Je ne vois pas au nom de quoi l’on traiterait, sur ce point au
moins, différemment les génocides. Et le grand argument en faveur de
la loi Gayssot, l’argument développé par Claude Lanzmann par exemple
dans un éditorial récent des Temps modernes, l’argument qui, en gros,
rappelle que, dans le cas de la Shoah, la négation était dans le
crime, qu’elle en faisait partie intégrante et que c’est dans le même
geste que l’on tuait et que l’on effaçait la trace de la tuerie, cet
argument-là, je ne vois pas comment l’on refuserait de l’opposer à un
négationnisme dont le principe est, hélas, strictement identique. La
liberté de l’historien est une chose, la loi en est une autre. Jamais
la loi Gayssot n’a empêché un historien de travailler – une loi sur
le génocide de 1915 réduirait au silence les braillards turcs
néofascistes, elle ne gênerait nullement le libre travail de la
recherche.

Je n’ai rien, je l’ai souvent dit, contre le principe de l’adhésion
de la Turquie aux traités européens. Mais quant aux faits… Comment,
quand on s’en tient aux faits et que l’on voit l’état de fureur où
cette affaire de génocide continue de mettre les élites turques,
comment, quand on voit leur colère à l’annonce de l’attribution du
Nobel à un compatriote, Orhan Pamuk, dont le crime est de « croire »
au génocide en question, comment, face à la montée de l’islamisme
radical dans le pays qui fut celui de Mustafa Kemal, comment, face au
néoantisémitisme qui se répand, au mensonge d’Etat qui fait loi sur
les questions kurde et chypriote, comment, face aux violations des
droits de l’homme dans les prisons d’Ankara, envisager la chose à
court ou même moyen terme ? Les critères économiques d’adhésion sont
une chose : on peut y arriver assez vite. Les critères moraux en sont
une autre : elle suppose évolution profonde, conversion, révolution
des mes et des coeurs – tout le contraire du « vous voulez un mot
sur les Arméniens ? une déclaration de conformité ? les voici » dont
les Turcs sont capables mais qui ne seront jamais que l’oblique
génuflexion du dévot pressé d’entrer dans la maison commune et qui,
donc, ne vaudraient rien.

Turquie toujours. Sur la route de Milan à Rome – où l’on présente une
version film d’« American Vertigo » – le hasard des lectures me fait
tomber sur « Disparaître », le roman d’Olivier et Patrick Poivre
d’Arvor (Gallimard). C’est le pari, qui m’a toujours passionné, de
reconstituer les dernières pensées d’un grand esprit réduit au
silence (Lawrence, dans le petit hôpital du Dorset après son accident
de moto). C’est, entre confidences chuchotées, récits imaginés, faux
documents, articles apocryphes, tout le mystère de l’auteur des «
Sept piliers de la sagesse », que revisitent les deux frères
(particulièrement réussi, le personnage de Lowell Thomas, l’inventeur
de la légende dont on voit se mettre en place l’aigre, la folle, la
presque comique haine de son objet). Mais c’est aussi, par la force
des choses et du décor, une plongée dans cette scène du début du
dernier siècle (Levant, révolte contre les Turcs, fin des empires,
naissance des nationalismes arabe et juif) où nous sommes, à
l’évidence, plus que jamais.

Autre lecture qui n’a rien à voir – encore que… « L’occidentalisme
» de Ian Buruma et Avishai Margalit, chez Flammarion. Sous-titre : «
Une brève histoire de la guerre contre l’Occident ». Et, sous ces
titre et sous-titre, une thèse – que dis-je ? une démonstration –
dont je n’ai pas besoin de souligner, non plus, la brûlante actualité
: cette guerre contre l’Occident, cette haine de l’Europe et de
l’Amérique en passe de devenir religion planétaire, le relativisme
culturel, l’idée que l’universalisation des valeurs de démocratie et
de droits de l’homme ne sera jamais qu’un abus de pouvoir des peuples
riches contre les peuples prolétaires, l’anti-impérialisme pavlovisé
sur fond de prétendu respect des identités, bref, tout cela, toute
cette soupe idéologique qui est l’ordinaire du progressisme
contemporain, a une généalogie qui n’est autre – mais oui ! – que
celle des fascismes européens