Raymond Kevorkian launches Canada, U.S. lecture tour

Raymond Kevorkian launches Canada, U.S. lecture tour

May 5, 2011 – 14:07 AMT
PanARMENIAN.Net –

Renowned French Armenian historian and academic, Raymond Kevorkian, is
embarking on a lecture tour of Canada and the United States in May to
present and discuss the new English translation of his important book,
The Armenian Genocide: A Complete History.

Kevorkian’s tour began on May 3 in Toronto, where AGBU Toronto hosted
the visiting academic at the AGBU Manoogian Center. On May 4-6, the
author travels to Montreal, where he will present three separate
lectures: `Armenian Refugees in the Near East during the 1920s’ on May
4, under the auspices of the AGBU Manuel Keusseyan Armenological
Lecture Series; `The Geopolitical Situation in the South Caucasus’ on
May 5, which is sponsored by the AGBU Young Professionals of Montreal;
and a book reading on May 6, which will focus on Kevorkian’s new book
and its remarkable findings.

On May 9, the author will travel to California’s Silicon Valley to
speak to the local AGBU chapter. The following evening, Kevorkian will
give a presentation at the AGBU Pasadena Center hosted by the
Pasadena-Glendale Chapter. His tour will continue in Detroit, where he
will speak at the invitation of AGBU Detroit at the Hagopian Showroom
on May 12. The Detroit event is co-sponsored by the AGBU Alex and
Marie Manoogian School, the Tekeyan Cultural Association, the Knights
of Vartan, and the Detroit Armenia Fest Committee. The final stop of
the tour will be the AGBU Central Office in New York, where he will
speak on May 13, The Armenian Weekly reported.

From: A. Papazian

Arméniens : les dindons de la France ?

Arméniens : les dindons de la France ?
Publié le : 05-05-2011

Info Collectif VAN – – Réuni le mercredi 4 mai
2011, le Sénat a rejeté la proposition de loi visant à réprimer la
contestation de l’existence du génocide arménien en adoptant par 196
voix contre 74 une motion opposant l’exception d’irrecevabilité à ce
texte. Robert Badinter a souligné « que les auteurs de cette
proposition de loi, emportés par la compassion, sont tombés dans un
piège, qu’ils tendaient du même fait à la communauté arménienne
elle-même. Car, depuis la révision de 2008, un texte qui s’enracine
dans un autre autorise le Conseil constitutionnel à se saisir de la
constitutionnalité du premier, dès lors que lui serait posée une
question prioritaire de constitutionnalité. J’en appelle à tous les
hommes de c`ur : cette initiative conduirait au contraire du but
poursuivi. »

Autrement dit, selon l’ancien garde des sceaux, la loi pénalisant la
négation du génocide arménien ne doit pas être rattachée à la loi du
29 janvier 2001 par laquelle « La France reconnaît publiquement
l’existence du génocide arménien », car elle rendrait la loi de 2001
susceptible d’être retoquée au niveau constitutionnel.

Bigre. Les officines de l’Etat turc doivent amèrement regretter leur
lobbying effréné à l’encontre de la loi pénalisant le négationnisme…

Certains ont estimé que Robert Badinter faisait un chantage
inapproprié. Pourtant il est difficile d’imaginer qu’un homme de sa
stature, Président du Conseil constitutionnel de 1986 à 1995, se
fourvoie dans une interprétation erronée du droit.

Selon François Pupponi (PS), député-maire de Sarcelles, un nouveau
texte doit être de nouveau déposé à l’Assemblée nationale : ne
serait-il pas souhaitable que des spécialistes du droit
constitutionnel se penchent sur la rédaction de ce projet de loi et
veillent à ce qu’il ne soit pas un Article 2 de la loi de 2001 ?

Tout comme il serait bon que les nouvelles initiatives soient portées
par toutes les tendances politiques, seul gage de réussite. Autre
piste évoquée : l’application en France de la Loi-Cadre européenne.
Mais celle-ci ne réprimerait que la négation des génocides reconnus
devant une juridiction internationale.

Certains des sénateurs qui se sont exprimés ce 4 mai pour contrer la
loi de pénalisation ont malheureusement étalé leur ignorance de
l’histoire de France en estimant que la patrie des droits de l’homme
n’avait rien à voir avec le génocide arménien. L’année 2011 signe
pourtant un triste anniversaire. Cela fera bientôt 90 ans que les
accords d’Angora auront été signés le 20 octobre 1921, par
Franklin-Bouillon et Youssef Kémal Bey. Des accords par lesquelles la
France se retirait de Cilicie, abandonnant aux mains de l’armée
kémaliste turque, la population arménienne rescapée du génocide de
1915. Pour mémoire, la France, puissance mandataire en Cilicie, avait
incité les Arméniens à se réinstaller en Cilicie afin d’y créer un
foyer national arménien [1].

Par ailleurs, les opposants à la loi de pénalisation ont estimé que
les Français d’origine arménienne n’étaient pas confrontés au racisme
et au négationnisme en France. Mauvaise foi ou manque d’informations ?
Quoiqu’il en soit, un dossier récapitulatif des délits commis ou
relayés en France, peut leur être adressé sur simple demande… Ils
peuvent d’ores et déjà trouver dans l’Observatoire du Négationnisme du
Collectif VAN quelques pistes de réflexion.

A notre grande surprise, certaines des interventions entendues ce 4
mai au Sénat pourraient figurer sans problème dans les fascicules de
propagande turco-azéris.

Madame Nathalie Goulet, Sénatrice de l’Orne, a « honoré » à sa façon
la mémoire des 1 500 000 victimes arméniennes de l’Etat turc. Devant
Charles Aznavour, présent dans l’hémicycle ce 4 mai 2011, elle a
utilisé les paroles de la chanson « Ils sont tombés », écrite par ce
grand artiste en souvenir du génocide arménien, pour les détourner et
les appliquer aux Turcs-Azéris : « Les victimes de Khodjaly, hommes,
femmes et enfants innocents, sont elles aussi tombées, et nul n’a
élevé la voix ! ». La lecture de la biographie de Nathalie Goulet
[Milsztein] en ligne sur Wikipedia et du jugement par lequel elle a
été radiée de l’Ordre des Avocats, apporte un éclairage intéressant à
son intervention.

Par ailleurs, les assertions de Madame Goulet selon lesquelles les
Azéris n’ont rien à voir avec les entreprises génocidaires à
l’encontre des Arméniens révèlent quelques lacunes historiques qu’il
serait judicieux de combler [2]. Peut-être ignore-t-elle que les
Azerbaïdjanais (ou Azéris) étaient – au début du XXe siècle – dénommés
Tatars. Outre les massacres arméno-tatars de 1905-1907, rappelons qu’à
l’été 1919, 700 chrétiens de la ville de Chouchi (Karabagh) ont été
massacrés par les Tatars. Et que plus de 20 000 Arméniens y ont été
massacrés durant le pogrom de mars 1920.

Quant à la période contemporaine, les noms de Soumgaït, Bakou,
Kirovabad, Maragha, signent en lettres de sang, quatre pogroms
anti-arméniens majeurs qui ont été perpétrés en Azerbaïdjan, entre
1988 et 1992 [3].

Concernant Khodjaly, Madame Goulet oublie de préciser que la
responsabilité du massacre des civils azéris est imputée aux forces
azerbaïdjanaises qui ont empêché l’évacuation des habitants de la
ville. La plupart de ceux qui ont pu s’enfuir grce au couloir
humanitaire ouvert par l’armée arménienne ont été tués par les
Azerbaïdjanais. Ayaz Mutalibov, président azerbaïdjanais au moment de
cet événement, avait déclaré au journal russe Novoie Vremia (6 mars
2001) : « Il est clair que l’exécution de civils à Khodjaly fut
organisée afin de légitimer un renversement en Azerbaïdjan »

Cette version est également confirmée par différents journalistes
azerbaïdjanais. Ainsi, Eynulla Fatullayev, fondateur de Realny
Azerbaïdjan et de Gundalik Azerbaïdjan, a publié un article dans
lequel il affirmait que les forces armées azerbaïdjanaises
partageaient la responsabilité de la mort des centaines de victimes
civiles tuées lors de l’attaque de Khodjaly. Cet article lui a valu
d’être emprisonné. La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), a
déclaré illégale le 22 avril 2010, la décision de la cour
d’Azerbaïdjan, condamnant le journaliste Eynulla Fatullayev à huit ans
et demi de prison le 16 janvier 2008. [4]

Remercions Madame Goulet de nous avoir donné l’occasion de contrer (à
notre modeste niveau) la puissance de tir turco-azérie et revenons au
débat.

M. Gérard Collomb, Sénateur du Rhône, a relevé le seul point positif
de cette séance de discussions : « Il y a dix ans, les sénateurs
n’étaient pas aussi unanimes qu’aujourd’hui à reconnaître le génocide
arménien ». En effet, même les adeptes les plus cyniques de la Real
Politik, ont utilisé sans frilosité le terme de génocide arménien.

Certes, ce n’est qu’une piètre consolation, mais elle a certainement
fait grincer des dents dans la tribune dédiée à la diplomatie turque.
Celle-ci entendra-t-elle l’appel de Badinter : « Puissent enfin nos
amis turcs mesurer le fait que depuis les atroces génocides de la
seconde guerre mondiale, les dirigeants de toutes les nations
démocratiques s’honorent en reconnaissant les crimes commis sur tous
les continents : là est l’honneur des grandes démocraties, là est
l’honneur des grands dirigeants. » ?

Alors, que reste-t-il ? Au-delà du vote négatif de ce 4 mai, résultat
prévisible au vu des pressions de l’Etat turc, notons que Michel
Mercier, garde des sceaux, ministre de la justice et des libertés, a
annoncé certaines dispositions :

“D’autres qualifications pénales peuvent s’appliquer, au titre de la
discrimination et de la haine raciale. Le gouvernement de la
République ne restera pas inerte. M. Sarkozy a décidé que deux actions
seraient lancées. Une circulaire sera adressée aux procureurs généraux
susceptibles d’être saisis en faveur de Français d’origine arménienne.
J’ai proposé une collaboration régulière avec les juristes de la
communauté arménienne, comme nous le faisons avec le Crif. Nous sommes
disposés à avancer ensemble. Sur la base de l’article 1382 du code
civil, des actions peuvent être menées pour que justice soit rendue.
Je veille à ce que cette jurisprudence soit correctement appliquée”.

L’avenir dira si cette circulaire gouvernementale suffira
effectivement à contrer la prose nauséabonde et haineuse qui est
déversée en français sur de nombreux sites, souvent hébergés à
l’étranger. Ou si cette nouvelle promesse illustre seulement que les
Arméniens d’origine, citoyens de notre République, sont une fois de
plus, les dindons de la France.

Collectif VAN – 4 mai 2011 – 07:15 –

[1] Selon l’historien R. H. Kévorkian : « L’occupation française de la
Cilicie, prévue depuis les Accords Sykes-Picot, prit fin dans des
circonstances pour le moins dramatiques alors que la France signait
les fameux accords d’Angora avec le gouvernement kémaliste. Il existe
évidemment une littérature très importante sur le mandat français sur
la Cilicie, la Légion d’Orient et le virage pris par la diplomatie
française à l’égard des nationalistes turcs, émanant essentiellement
des milieux militaires français. Ces témoignages sont cependant avant
tout révélateurs du point de vue officiel de la France et ne
concernent que très peu les circonstances du départ des troupes
françaises et de la population arménienne qui avait pourtant été
rapatriée en Cilicie des déserts de Syrie et de Mésopotamie par les
Anglais et les Français au cours des années 1919-1920, ainsi que le
transfert des compétences de l’administration coloniale aux
fonctionnaires kémalistes. C’est pourquoi nous avons trouvé à propos
de publier la correspondance adressée d’Adana par un officier de
l’armée française du Levant, Vahan Portoukalian, à un de ses amis
parisiens, M. Kourken Tahmazian, couvrant la période allant de
novembre 1921 à janvier 1922, une dernière lettre datée du 27 mai
1922, envoyée d’Athènes, venant la clore. De formation juridique,
Vahan Portoukalian participa en qualité d’officier aux combats en
Champagne et en sortit avec la Croix de guerre 1914-1918, avant d’être
envoyé en Cilicie, où il reçut notamment pour mission de diriger les
services de l’Assistance française durant l’évacuation de la région et
les quelques mois qui suivirent. C’est au cours de cette période qu’il
fut amené à accueillir Aristide Briand, arrivé d’Angora où il était
venu pour mettre au point avec les Kémalistes l’application des
Accords d’Angora signés en octobre 1921.»
L’évacuation française de la Cilicie en 1921
vue par l’officier Vahan Portoukalian

[Lettre de Vahan Portoukalian à Kourken Tahmazian]

Adana, 14 novembre 1921

« Ainsi donc, la France s’en va après avoir dépensé des millions
inutilement, et avoir rougi cette terre du meilleur de son sang. Elle
s’en va, laissant derrière elle un sombre cimetière, un pays ruiné et
une population exaspérée, qui la poursuit de ses malédictions. Elle
s’en va en vaincue. Ourfa, Marach, Bozanti, Sis ne sont pas des noms
glorieux pour sa renommée. De grce, qu’il soit bien entendu que nos
braves soldats et leurs superbes officiers ne sont pas en cause dans
cette humiliation du drapeau français ; mais soldats et officiers,
pour si héroïques qu’ils soient, ne sont que des hommes ; ils peuvent
bien mourir, mais ils n’ont pas le don des miracles. La France s’en
va, disais-je, poursuivie par les malédictions des chrétiens et des
musulmans qui s’étaient fiés à ses promesses et qui se voient lchés.
« Vous êtes donc venus en Cilicie, nous disent-ils, pour nous
compromettre, nous ruiner, et finalement nous abandonner à la
vengeance de nos mortels ennemis ! Si vous n’étiez pas venus, nous
aurions peut-être pu vivre comme nous vivions avant ; mais désormais,
il n’y a plus de place pour nous en Cilicie ». Ils ont raison.

La France avait reçu mandat d’assurer la sécurité des minorités, dans
leurs biens et dans leurs personnes. Briand, le 11 juin dernier,
affirmait à la face de l’Europe que c’était un engagement d’honneur,
un engagement réel vis-à-vis de toutes les puissances alliées. Et la
France s’en va, laissant les chrétiens de Marach, de Zeïtoun, d’Ourfa,
de Hadjine, de tout le vilayet sud du Taurus, de tout l’Amanus,
déracinés, errants sur tous les chemins de l’exil. Ces débris, car la
masse est anéantie, impuissante à les défendre, impuissante à les
reconduire dans leurs foyers détruits, à les remettre en possession de
leurs biens volés, elle les abandonne, elle s’en va. Elle s’en va
laissant des garanties illusoires aux chrétiens réfugiés dans les
dernières garnisons qu’elle occupait sur la voie ferrée. Il est vrai
que Franklin-Bouillon leur garantit tous les droits obtenus par les
minorités en Pologne et dans les Balkans. Et pour appuyer ces
garanties, il leur donne la parole des Turcs. Les gens qui ont signé
cet accord sont des naïfs ou des criminels. La parole des Turcs !
Ont-ils lu l’histoire, ces sinistres diplomates, ailleurs que dans
Loti ?

Voilà donc le bilan de deux ans d’occupation [française] ; ruine du
prestige militaire ; ruine du prestige moral de la France ; ruine
matérielle des chrétiens ; accumulation de haine entre les deux
éléments désormais irréconciliables ; accumulation de rancunes contre
la France. »

L’évacuation française de la Cilicie en 1921
vue par l’officier Vahan Portoukalian

[2] Le Karabagh et les tentatives génocidaires de la Turquie
Chouchi

[3] Les 20 ans du pogrom anti-arménien de Soumgaït

Incomplete list of innocent victims of Sumgait

Le procès des crimes de Soumgaït (Février 1988)

“An ordinary Genocide: Baku, January 1990” documentary screened in Yerevan

Janvier 1990, les pogroms anti-Arméniens de Bakou

Article de Wapedia sur les pogromes et massacres d’Arméniens de Bakou
en Janvier 1990

Black January of 1990 in Baku. Anti-Armenian pogroms and massacre

Maragha

“Maragha, 10 avril 1992. Génocide ordinaire’

Lancement du site Maragha.org

Khojaly: The chronicle of unseen forgery and falsification

Xocali.net : le site qui dénonce la contrefaçon azérie

[4] L’emprisonnement d’Eynulla Fatullayev dérangerait-il ?

Massacre de Khodjaly

Lire aussi la retranscription des débats :

Génocide arménien : le Sénat rejette la loi anti-négationniste

From: A. Papazian

www.collectifvan.org
www.collectifvan.org

Gagik Tsarukian opposé à des alliances lors des élections

ARMENIE
Gagik Tsarukian opposé à des alliances lors des élections

Le président du second parti d’Arménie Gagik Tsarukian a annoncé qu’il
ne s’associera pas avec ses partenaires de la coalition lors des
prochaines élections parlementaires.

« Aujourd’hui l’humeur dominante dans le Conseil Politique du parti
Arménie Prospère (BHK) consiste en ce que nous nous lançions vers des
élections parlementaires sur notre propre nom » a dit Aram Safarian,
le secrétaire de la faction parlementaire du BHK au service arménien
de RFE/RL.

« Je pense que c’est aussi l’humeur dominante parmi nos troupes et il
y a beaucoup de raisons pour cela » a-t-il dit.

Naira Zohrabian a aussi fait cette précision dans une déclaration
écrite. « La ressource politique d’Arménie Prospère est la confiance
populaire et le BHK participera aux prochaines élections
parlementaires avec le plus important vote de confiance et avec une
liste séparée [de candidats] « a-t-elle dit.

Aram Safarian a dit que le BHK, qui a quatre portefeuilles
ministérielles et se vante d’être le second parti dans le Parlement
actuel n’a pas encore discuté sa stratégie électorale et de sa
tactique.

« Il n’y a aucune raison de se dépêcher » a-t-il dit, ajoutant que le
parti commencera à travailler sur son manifeste de campagne «
probablement après les vacances d’été ».

jeudi 5 mai 2011,
Sté[email protected]

From: A. Papazian

Quelques déclarations lors du 24 avril

GENOCIDE
Quelques déclarations lors du 24 avril

“Nous devons faire un face à face avec notre histoire » a déclaré
Dogan Ozkan, membre de l’Association des droits de l’homme.

« Aujourd’hui, en Turquie, plus que jamais, des voix raisonnables se
font entendre” a déclaré Serge Sarkissian. “Néanmoins, la politique
officielle de la Turquie continue sur la voie de la négation … Pour
nous, une chose est incontestable :. La politique du déni est une
continuation directe du génocide arménien”.

Ayse Gunaysu, qui a réalisé un documentaire sur Zabel Yessayan, la
seule intellectuelle visée par la rafle du 24 avril 1915 et qui en a
réchappé en restant caché dans un hôpital pendant trois mois, a
déclaré “C’est le début d’un processus long et difficile de
reconnaissance. Que la reconnaissance ait lieu ou non, nous ne le
saurons jamais.Les intellectuels turcs ont trop tardé à commémorer le
génocide”.

« C’est une question de conscience », a déclaré Ýhsan Kaçar, autre
membre de l’Association des droits de l’homme. « Les intellectuels ne
sont pas suffisamments nombreux pour posusser la Turquie à faire face
à elle-même. Les ONG ont besoin d’avoir une position claire sur cette
question. Faire face à ce tabou arménien se traduira par ce que la
Turquie fera face à sa propre histoire.”

L’avocat Ahmet Tamer, membre de l’Association des droits de l’homme, a
déclaré : “Pas de coups de poing ont lieu lorsque le génocide juif ou
amérindien sont mentionnés, mais, et qui sait pourquoi, nous hésitons
à parler du génocide connu sur ces terres. Je suppose que c’est
difficile pour nous d’y faire face nous-mêmes. ”

Le journaliste Kemal Ozmen a dit : « Ce n’est pas notre douleur
mutuelle, mais c’est notre propre honte. Il s’agit d’un génocide,
c’est un crime contre l’humanité, et personnellement, je m’excuse
auprès de tous les Arméniens. ”

jeudi 5 mai 2011,
Sté[email protected]

From: A. Papazian

Les Dashnaks sceptiques quant au dialogue de Sarkissian avec Ter-Pet

ARMENIE
Les Dashnaks sceptiques quant au dialogue de Sarkissian avec Ter-Petrossian

Un des leaders de la Fédération Révolutionnaire Arménienne
(Dashnaktsutyun) a exprimé son septicisme quant au dialogue entre le
Président Serge Sarkissian avec la plus grande force de ‘opposition
menée par Levon Ter-Petrosian.

Armen Rustamian a suggéré que les deux camps rivaux étaient
principalement motivés par leurs intérêts paroissiaux et que de
possibles accords entre eux ne pourraient pas profiter aux arméniens
ordinaires.

« Dans ce processus, les gens deviennent un outil, un observateur » a
dit Armen Rustamian au service arménien de RFE/RL. « Selon le pire
scénario ces forces politiques conviendront de quelque chose sauf les
gens n’en gagneront rien en fin de compte ».

« Tout de suite je ne vois pas de signes que ce dialogue mènera à une
amélioration significative de la situation existante » a-t-il dit.

Armen Rustamian a fait comprendre en même temps que son parti se
félicitera du dialogue s’il soulage les rapports politiques tendus et
aide à améliorer la situation économique dans le pays.

jeudi 5 mai 2011,
Sté[email protected]

From: A. Papazian

Les EU critiques par rapport à la situation des droits de l’homme en

ARMENIE
Les Etats-Unis restent critiques par rapport à la situation des droits
de l’homme en Arménie

Les Etats-Unis ont de nouveau critiqué le bilan des droits de l’homme
des autorités arméniennes, disant qu’elles continuent à limiter le
droit des citoyens à changer de gouvernement, font pression sur la
justice et tolérent les abus de la police.

Dans son rapport annuel sorti vendredi, le Département d’Etat
américain est resté sur son avis qu’en 2008 l’élection présidentielle
a été « significativement gtée ». Il a aussi parlé de « des
motivations politiques apparentes » derrière les arrestations de masse
de membres de l’opposition.

« Le droit des Citoyens de changer de gouvernement par des élections
paisibles a été limité en raison de la répétition de défauts
significatifs dans la conduite d’élections, incluant une élection
partielle pour une place parlementaire en janvier [2010] » dit le
rapport. « Quelques membres des forces de sécurité ont continué à
commettre des abus sur les droits de l’homme impunément sous couvert
de la direction des leaders civils ».

« La police continu à battre les citoyens pendant leur arrestation et
interrogatoir » a-t-il dit, ajoutant que la police a continué à
arrêter les gens « sans soupçon raisonnable ».

Quelques-unes de ces personnes ont été arrêtées « en raison de leur
affiliation à l’opposition ou à des activités politiques » selon le
rapport.

Le Département d’Etat a noté que quatre membres de l’opposition ont
été libérés de prison en 2010. Ils figuraient parmi plus de cent
partisans du chef de l’opposition Levon Ter-Petrosian arrêtés à la
suite des élections de 2008.

« Les arrestations et les procès de tous les individus incarcérés sont
apparu politiquement influencés à des degrés variés » dit le rapport.

Le rapport accuse aussi les autorités arméniennes « d’arbitrairement »
limiter la liberté de rassemblement et déplore ce qu’il appelle un
manque « d’objectivité » par les médias arméniens. « Les incidents de
violence, d’intimidation et l’auto-censure dans la presse ont continué
» a-t-il ajouté.

Les militants des droits de l’homme en Arménie se font félicités du
rapport. « L’Ambassade américaine en Arménie est probablement la seule
ambassade étrangère ici qui contrôle sérieusement la situation des
droits de l’homme, l’indépendance juridique, la liberté de
rassemblement et la presse, les prisonniers politiques » a dit Mikael
Danielian de l’Association Helsinki Arménie.

jeudi 5 mai 2011,
Sté[email protected]

From: A. Papazian

Génocide arménien : BHL "indigné" par la position de certains sénate

FRANCE
Génocide arménien : BHL “indigné” par la position de certains sénateurs

L’écrivain Bernard-Henri Lévy s’est “indigné” mercredi du “soutien” de
cert.ains sénateurs à ce qu’il a qualifié de “négationnisme d’Etat” de
la Turquie vis-à-vis du génocide arménien, au moment où le Sénat débat
d’un texte visant à pénaliser la négation de ce génocide.

“Je suis indigné par le discours du président de la commission des
lois (Jean-Jacques Hyest, UMP), indigné par le discours du socialiste
Charles Gautier”, a déclaré M. Lévy à l’AFP mercredi dans les couloirs
du Sénat, où il assistait aux débats.

“La vraie raison derrière tout cela est liée à la Turquie”, a estimé
l’écrivain. “L’argument de la Turquie revient sans arrêt, je ne
pensais pas qu’ils oseraient le dire de cette façon, publiquement”.

Les opposants au texte ont invoqué notamment un risque de
détérioration des relations entre la France et la Turquie si cette loi
était adoptée.

Le président de la commission des Affaires Etrangères, Josselin de
Rohan (UMP), a par exemple déclaré que “si la France veut jouer un
rôle utile pour conduire la Turquie à accepter son passé, elle ne doit
pas contribuer à envenimer les débats” avec ce pays.

Selon BHL, il y a un “espèce de cynisme” dans le “soutien des
représentants de la nation à un négationnisme d’Etat”.

M. Lévy a aussi critiqué une “confusion généralisée : mélanger tout
cela avec les lois mémorielles, oser rapprocher cela des questions de
colonisation en Afrique du Nord et de l’affaire Pétré-Grenouilleau”
(historien français de l’histoire de l’esclavage).

Nicolas Sarkozy avait promis en 2007, juste avant son élection, aux
associations arméniennes de soutenir la ratification par le Sénat de
cette proposition déjà votée en 2006 par l’Assemblée nationale.

Mais le porte-parole du gouvernement François Baroin a finalement
annoncé que l’exécutif ne soutiendrait pas cette proposition de loi.

Le génocide arménien, exécuté entre 1915 et 1916 en Turquie, a fait
plusieurs centaines de milliers de victimes et est considéré comme le
premier génocide du XXe siècle.

AFP

jeudi 5 mai 2011,
Sté[email protected]

From: A. Papazian

Loi Anti-Négationniste: Carton Rouge aux Sénateurs

LOI ANTI-NÉGATIONNISTE
Carton Rouge aux Sénateurs

Environ 1200 français d’origine arménienne se sont rassemblés devant
le Sénat pour s’entendre dire que la proposition de loi visant à
pénaliser la négation du génocide des Arméniens était rejetée pour
irrecevabilité par 196 voix contre 74.

Nous n’allons pas revenir sur les aspects techniques du pourquoi du
rejet. Il s’agit là d’un discours bien huilé qui mériterait un vrai
débat quand Jean-Jacques Hyest dit que la question “pose de réels
problèmes constitutionnels”, soulignant les conséquences diplomatiques
inopportunes que susciterait l’adoption de la proposition de loi, sur
les relations bilatérales franco-turques. Mais à cet instant,
l’observation est ailleurs. On nous a servi de la compassion pour nos
“souffrances”, de nouvelles dispositions juridiques qui mettraient les
Arméniens à l’abri des “infractions” de la contestation du génocide…
en envoyant “une circulaire à tous les procureurs généraux”.

L’inénarable Natahalie Goulet (Union Centriste – Orne), hors sujet,
enfourchant son cheval de bataille favori, l’Azerbaïdjan, remettra sur
le tapis Khojaly, sous aucun applaudissement (encore heureux). Elle eu
même l’audace de commencer son “discours” en reprenant les paroles de
“Ils sont tombés”, chanson de Charles Aznavour dédiée au martyrs
arméniens, en les détournant de leur contexte pour enchaîner sur
l’Azerbaïdjan. Il y avait là un climat nauséabond. Surtout lorsque le
président de la Commission des lois, Jean-Jacques Hyest (UMP-Seine et
marne) et le Sénateur Josselin de Rohan (UMP-Morbihan), président de
la Commission des affaires étrangères eurent des mots portant à avoir
un haut-le-coeur, sous les applaudissements nourris de l’UMP. Rohan
disant cette ” proposition de loi est liberticide, inquisitoriale et
obscurantiste” . Le coup de grce vint de Robert Badinter lorsqu’il
dit “Hélas, ici le législateur s’est laissé aller sur des terres qui
ne sont pas les siennes […] Nous ne voulons pas être les juges de
l’Histoire”, tout en ajoutant que “la plaie du génocide Arménien ne
s’est pas refermée”. Enfin, un discours qui ne veut pas dire son nom,
tant l’affaire par avance était verrouillée.

Une tension palpable s’était dégagée des tribunes accueillant les
invités du Sénateur Serge Lagauche (auteur de la proposition de loi).
Chacun des 200 arméniens, dont Charles Aznavour, présents dans
l’enceinte de la Haute Assemblée, retenaient une colère enfouie dans
les entrailles, ne demandant qu’à s’exprimer. Aznavour quittera
l’hémicycle par une porte dérobée, accusant visiblement le coup,
accompagné de l’ambassadeur d’Arménie en France, Viguen Tchitetchian.

Mais il y avait là aussi les indéfectibles et infatigables amis de la
cause, tels Gérard Collomb (PS-Rhône), Guy Fischer (Groupe
Communiste-Rhône), Jean-Noël Guerini (PS-Bouches du Rhône), ou Bruno
Gilles (UMP, Bouches-du-Rhône) qui mirent l’accent sur la justice à
rendre à la communauté arménienne de France.

Oh oui, chacun des tenants pour l’irrecevabilité reconnaissent et sont
convaincus que les Arméniens ont subi un génocide. Mais au nom de la
sacro-sainte constitution, ils ne peuvent légiférer… et donc, il
faut bien appeler un chat un chat, ils laisseront se répandre toutes
sortes de négations, d’agressions, verbales, écrites ou physiques
envers les français d’origine arménienne.

Sifflets et cartons rouges

Hors de l’enceinte du Sénat, alors que le destin de la communauté
arménienne se jouait sous les lambris de la République, l’impatience
était à son comble après trois heures d’une longue attente à battre la
pavé sous un ciel bleu immaculé. C’est alors qu’éc`uré et sorti peu
avant que le vote ne soit terminé, Bernard-Henri Levy, indigné par les
discours pompeux et limites de certains sénateurs, s’est adressé au
public présent pour lui dire sa colère devant tant d’ignominies. “Un
concert d’indécences”, dira-t-il, tout en témoignant de son soutien
sans faille “jusqu’au bout”.

Les mots “la bataille est perdue, mais pas la guerre” sont revenus à
plusieurs reprises sur les lèvres des orateurs, tandis que la foule
brandissait des cartons rouges en sifflant les sénateurs hors jeu.

Dans son discours de clôture, Ara Toranian a mis en évidence les rôles
“ambigus et négatifs” de certains, dont, pour ne pas le nommer, le
Sénateur-maire de Marseille et quelques membres du Parti socialiste
“défaillants”.

L’incrédulité de Yériché Gorizian, d’Ara Toranian, de Mourad Papazian
et de Hratch Varjabedian dont la colère s’est exprimée au noms de tous
les Arméniens.

Vote contre votes

Toujours est-il que la gifle à la communauté arménienne, à défaut de
tendre l’autre joue, n’en restera pas là. Une amertume qui ne doit pas
influer sur la capacité des arméniens à rebondir en s’engageant
d’autant plus que le soufflet est sévère.

Ce 4 mai, “Ils sont tombés” une seconde fois, et comme le dit Michel
Sardou, “La France elle m’a laissé tomber”.

Jean Eckian + Photos

Garo Hovsepian

Jacques Donabedian

Pascal Chamassian, François Pupponi et Guy Fischer dépités

jeudi 5 mai 2011,
Jean [email protected]

From: A. Papazian

Séance du 4 mai 2011 (Compte rendu analytique officiel du 4 mai 2011

FRANCE
Séance du 4 mai 2011 (Compte rendu analytique officiel du 4 mai 2011)
– Répression de la contestation de l’existence du génocide arménien
SÉANCE

du mercredi 4 mai 2011

98e séance de la session ordinaire 2010-2011

présidence de M. Jean-Léonce Dupont,vice-président

Secrétaires : Mme Christiane Demontès, M. Jean-Paul Virapoullé.

La séance est ouverte à 14 h 30.

Le procès-verbal de la précédente séance, constitué par le compte
rendu analytique, est adopté sous les réserves d’usage.

Génocide arménien

M. le président. – L’ordre du jour appelle la discussion de la
proposition de loi tendant à réprimer la contestation de l’existence
du génocide arménien.

Discussion générale

M. Serge Lagauche, auteur de la proposition de loi. – Le 13 mai 1998,
le groupe socialiste de l’Assemblée nationale déposait une proposition
de loi tendant à la reconnaissance du génocide arménien de 1915. Ainsi
commençait le parcours chaotique de la loi de 2001.

La paix ne peut s’établir sur la négation de ce qui eut lieu. Il
fallut la pugnacité de MM. Gaudin et Piras pour que le 7 novembre 2000
fut adoptée une proposition de loi, identique à la proposition de loi
de l’Assemblée nationale, sur demande de discussion immédiate.

Le 29 janvier 2001, la France reconnaissait donc officiellement le
génocide arménien de 1915.

Déjà à l’époque les parlementaires étaient accusés de se substituer
aux historiens ; déjà à l’époque la Turquie menaçait la France de
rétorsions.

Le 18 juin 1987, le Parlement européen affirmait que les événements
subis par les Arméniens entre 1915 et 1917 étaient assimilables à un
génocide au sens défini par l’ONU en 1948. Il ajoutait toutefois que
la Turquie actuelle ne saurait être tenue pour responsable de ce
crime.

La loi française du 29 janvier 2001 n’est pas une anomalie législative
: nombre d’États en ont adopté une analogue.

En 1915, près d’1,5 million d’Arméniens furent assassinés par le
gouvernement Jeunes-Turcs. Malgré les innombrables preuves, la Turquie
refuse d’ouvrir les yeux sur son passé. Elle s’est ainsi enfermée dans
un négationnisme d’État et fait pression sur ceux qui voulaient
reconnaître ce génocide. Les États-Unis en 2007, pour conserver
l’accès à leurs bases militaires, ont accepté cette forme de chantage,
qui s’exerce aussi sur la France, si l’on en croit les propos qu’a
tenus le ministre d’État de Turquie chargé de la négociation pour
l’adhésion à l’Union européenne devant nos commissions, la semaine
dernière.

Le peuple turc commence à s’éveiller de cette longue ignorance. Le
journaliste Hran Dink, qui voulait faire prendre conscience à ses
concitoyens turcs de cette réalité de son passé, a été assassiné par
un jeune extrémiste -qui n’a pas été condamné. Mais il faut signaler
que 200 000 personnes ont manifesté par solidarité avec le journaliste
et les Arméniens.

Les sites promouvant le négationnisme pullulent sur internet, soutenus
dans les milieux d’extrême-droite. Récemment encore, était distribué
au Salon du livre un ouvrage officiel dont chaque page s’emploie à
nier le génocide.

La loi de 2001 reste déclarative. Il faut pouvoir sanctionner la
négation du génocide. Notre proposition de loi est identique à celle
que l’Assemblée nationale a adoptée il y a cinq ans. Mme Aubry a
souhaité que le groupe socialiste au Sénat la reprenne à son compte.
Tolérer le négationnisme, c’est assassiner une nouvelle fois les
victimes, pour reprendre un mot d’Elie Wiesel.

Alors que la France a reconnu tant le génocide arménien que la Shoah,
la loi ne punit que la négation de la Shoah, pas celle du génocide
arménien. Cette différenciation est injustifiable ; notre proposition
de loi la supprime.

La commission des lois craint que ce texte ne compromette les
relations entre la Turquie et l’Arménie. Mais le protocole de Zurich
est au point mort et la question du Haut-Karabagh a été
instrumentalisée aux dépens du rapprochement arméno-turc.

Mme Nathalie Goulet. – Allons !

M. Serge Lagauche, auteur de la proposition de loi. – La loi de 2001 a
tranché le débat sur les relations entre la loi et l’Histoire ; cette
proposition de loi ne fait qu’en tirer les conséquences.

Inconstitutionnelle, cette proposition de loi ? L’Arménie ne peut
soumettre la question au TPI sans l’accord de la Turquie ! En quoi
serait-il inconstitutionnel de sanctionner la négation d’un génocide
qu’aucun historien ne met en doute ? Les juges sauront appliquer notre
texte ! Quant à l’atteinte à la liberté d’expression et d’opinion, le
rapport du président Hyest est léger dans son argumentation sur la
Déclaration des droits de l’homme. Le négationnisme n’est pas une
opinion. Il n’y a pas d’anti-arménisme comparable à l’antisémitisme ?
Mais la loi Gayssot a une portée bien plus large que ce qu’il veut
laisser entendre.

Le président Sarkozy a garanti qu’il ne s’opposerait pas à une telle
proposition de loi et qu’il laisserait le Sénat libre de son vote. Que
soit pénalement sanctionnée la négation de la Shoah n’a jamais
paralysé le travail des historiens.

Un État aussi grand que la Turquie ne peut s’affaiblir en regardant
son histoire en face. Avec l’adoption de cette proposition de loi,
serait supprimée la concurrence malsaine entre deux génocides.
(Applaudissements sur certains bancs à gauche)

M. Jean-Jacques Hyest, président de la commission des lois. – Cette
discussion n’est pas facile… Il est plus aisé de répondre à la
passion qu’à un raisonnement juridique. Ce débat porte tant d’émotions
qu’une discussion juridique sereine est difficile. Légère, l’analyse
de la commission ? Trop d’échotiers ignorent le droit et l’article
1382 du code civil…

La France a officiellement reconnu le génocide arménien par la loi du
29 janvier 2001. D’autres pays l’ont fait par voie de résolution, ce
que la réforme constitutionnelle de 2008 rend désormais possible en
France.

La commission des lois estime que cette proposition pose de vraies
difficultés constitutionnelles. Elle ne nie certes pas l’existence de
ce génocide. Celui-ci est une réalité historique largement reconnue.
En 1915, le gouvernement a décidé de déporter les Arméniens vers les
déserts de Syrie et d’Iraq. Les deux tiers d’entre eux y auraient
laissé la vie. Mais ce n’est qu’en 1946, à Nuremberg, qu’est définie
la notion de crime contre l’humanité et en 1948 celle de génocide. Ces
crimes prennent la qualification de « génocide » ou de « crimes contre
l’humanité » quand est avérée l’existence d’un plan concerté.
Rétroactivement, cette qualification peut être appliquée à l’action du
gouvernement turc contre les Arméniens, en 1915, qui visait davantage
à homogénéiser la population d’Anatolie qu’à combattre, comme allégué,
une cinquième colonne.

Suivant l’exemple donné par une quinzaine de parlements étrangers, le
Parlement européen, le Conseil de l’Europe, la France, a
officiellement reconnu le génocide arménien en 2001. Seule la négation
de la Shoah est condamnable pénalement, au titre de la loi Gayssot
modifiant la loi de 1881 sur la presse. Ce qui n’entre pas dans le
champ de cette loi peut être poursuivi sur la base de l’article L.
1882 du code civil. Des voies de recours existent donc bien contre
ceux qui contesteraient le génocide arménien.

M. Bernard Piras. – Faux !

M. Jean-Jacques Hyest, président de la commission des lois. – L’examen
de cette proposition de loi s’inscrit dans le cadre du débat plus
large sur les lois « mémorielles » qui soulèvent une question de
principe : nous appartient-il de nous prononcer sur le passé ? Je
crois comme le président Accoyer que nous devons y renoncer. Un
important travail historique reste à accomplir sur le génocide
arménien. Ne l’entravons pas.

Depuis la révision de 2008, nous pouvons nous prononcer par la voie de
résolution, sans édicter des normes. Faisons-le.

La question du génocide arménien est encore largement taboue en
Turquie. N’entravons pas le timide dialogue qu’ont engagé la Turquie
et la République d’Arménie. L’adoption de cette proposition de loi
pourrait nuire à la position de la France pour soutenir ce processus.

Appartient-il au juge pénal français de s’immiscer dans les relations
entre Turquie et Arménie ? Nous ne le pensons pas.

Cette proposition de loi risque de présenter une contrariété à la
Constitution au regard du principe de légalité des délits et des
peines. Alors que la loi Gayssot sur la négation de la Shoah était
fondée sur un ensemble de textes et de jugements internationaux, il
n’y a rien de tel pour le génocide arménien. Comment alors les juges
se prononceraient-ils ?

Limiter la liberté d’expression n’est admissible qu’en vue de
poursuivre un objectif actuel : or, on ne peut dire que nos
compatriotes d’origine arménienne se heurtent à quelque chose de
comparable à l’antisémitisme des années trente. L’intervention du juge
pénal dans le jugement de l’Histoire soulèverait des problèmes de
droit qui ne manqueraient pas d’être soulevés par le Conseil
constitutionnel. C’est pourquoi la commission des lois a adopté, à
l’unanimité, une exception d’irrecevabilité. (Applaudissements sur
certains bancs à droite)

M. Michel Mercier, garde des sceaux, ministre de la justice et des
libertés. – Cette proposition de loi est évidemment compréhensible.
Les faits parlent d’eux-mêmes. Le peuple arménien a connu une période
tragique qui a mené à la mort des deux tiers de sa population, tandis
que les 800 000 survivants se sont dispersés dans le monde, en France
en particulier. Nombre de nos compatriotes d’origine arménienne se
sont illustrés dans notre vie économique, sociale et culturelle. Je ne
mentionnerai que Charles Aznavour, présent dans votre tribune
d’honneur, et les héros du groupe Manouchian, morts pour la Résistance
que le poème d’Aragon L’Affiche rouge a immortalisés.

Le génocide arménien est dans la mémoire et le coeur du peuple
français. L’article 24 bis de la loi de 1881, issu de la loi Gayssot
de 1990, qui sanctionne la négation de la Shoah, n’est pas applicable
à celle du génocide arménien. Mais d’autres qualifications pénales
peuvent s’appliquer, au titre de la discrimination et de la haine
raciale.

La question est de savoir si cette proposition de loi améliorera la
protection de la communauté arménienne. Elle est loin d’être simple.
Ne nous mettons pas en position d’offrir une victoire aux
négationnistes qui déposeraient une QPC.

Le principe de légalité des délits et des peines suppose une
définition précise de ce que l’on sanctionne. Tel n’est pas le cas à
propos du génocide arménien. Le 7 mai 2010, la Cour de cassation a
refusé de transmettre une QPC au motif qu’est décrite de façon claire
et précise la contestation de crime contre l’humanité. Cette clarté et
cette précision ne sont pas suffisantes ici, dès lors qu’elles ne sont
établies par aucun jugement international.

La liberté d’expression est reconnue par la Déclaration des droits de
l’homme et par la Déclaration européenne. La Cour de Strasbourg
vérifie qu’existe un rapport raisonnable de proportionnalité entre les
entraves mises à la liberté d’expression et ce qu’il s’agit de
protéger. La loi Gayssot peut s’appuyer sur les décisions du tribunal
de Nuremberg et sur la Convention de Londres de 1948.

On ne peut adopter un texte fragilisé quel que soit le sort de celui
qui est en débat aujourd’hui. Le gouvernement de la République ne
restera pas inerte. M. Sarkozy a décidé que deux actions seraient
lancées. Une circulaire sera adressée aux procureurs généraux
susceptibles d’être saisis en faveur de Français d’origine arménienne.

M. Guy Fischer. – C’est la moindre des choses !

M. Michel Mercier, garde des sceaux. – J’ai proposé une collaboration
régulière avec les juristes de la communauté arménienne, comme nous le
faisons avec le Crif. Nous sommes disposés à avancer ensemble.

Sur la base de l’article 1382 du code civil, des actions peuvent être
menées pour que justice soit rendue. Je veille à ce que cette
jurisprudence soit correctement appliquée…

Je n’ignore pas la dimension émotionnelle d’un tel problème. C’est
parce que le Gouvernement est conscient de la souffrance de la
communauté arménienne qu’il veut prendre des mesures immédiatement
efficaces.

Sur cette proposition de loi, le Gouvernement s’en remet à la sagesse
du Sénat. (Quelques applaudissements dispersés)

Mme Nathalie Goulet. – Sujet délicat, à une semaine du 24 avril, date
anniversaire du génocide arménien ! Ce texte, comme d’autres sur le
retrait de la nationalité, heureusement retiré grce aux sénateurs
centristes, renvoie à notre propre histoire. La quasi-totalité de ma
famille a été exterminée dans les camps. Je fais partie d’un peuple
qui, lui aussi, dort sans sépulture et qui a choisi de mourir sans
abjurer sa foi ; je peux comprendre ce que ressentent les descendants
de victimes d’un génocide. Ce débat entre nous, avec un peu de bonne
volonté, peut néanmoins être l’occasion de mettre un terme à certaines
polémiques.

Je voudrais parler du Caucase. Les Azerbaïdjanais sont totalement
étrangers au génocide de 1915. Si un litige territorial existe
aujourd’hui, il est spécieux d’utiliser le génocide pour occuper un
territoire comme le Haut-Karabagh, de même que la Shoah ne justifie
pas les exactions commises à Gaza.

En 1992, des dizaines de milliers d’Azerbaïdjanais sont tombés, sans
que nulle voix ne s’élève. À mesure de l’avancée des forces
arméniennes, jusqu’au cessez-le-feu de 1994, 20 000 victimes, un
million de réfugiés et déplacés. La position de la France est claire :
elle soutient l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan et travaille à
la paix entre ce pays et l’Arménie. Au nom des victimes, des enfants
du Caucase, auxquels les adultes volent leur enfance, nous devons
oeuvrer à la poursuite de la paix.

L’ensemble de mon groupe votera l’exception d’irrecevabilité, espérant
que le président de la République tiendra sa promesse d’une visite
dans le Caucase.

M. Ambroise Dupont. – Très bien !

M. Jean-Noël Guérini. – La reconnaissance du génocide arménien et la
criminalisation de sa contestation sont notre combat, depuis plus de
vingt ans. Du président Mitterrand à Jacques Chirac, des
parlementaires de gauche comme de droite, ont voulu que soit reconnue
une tragédie que certains voulaient nier. En 2001, Jacques Chirac,
président de la République, a promulgué une loi reconnaissant le
génocide arménien qui, commencé en 1915, a conduit à l’extermination
de plus d’un million de personnes. Elie Wiesel a fait connaître
publiquement, avec d’autres historiens, sa position, pour parvenir à
la reconnaissance du génocide. En l’admettant, la République française
a rendu à ce peuple ce qui lui est dû.

L’Assemblée nationale, le 2 octobre 2006, a voté la pénalisation de la
négation du génocide arménien. « La responsabilité confère à l’homme
de la grandeur » écrivait Stefan Zweig. Le Sénat ne peut fuir ses
responsabilités : notre devoir, aujourd’hui, est de sanctionner les
négationnistes. Une telle loi ne limiterait pas la liberté
d’expression, n’étant contraire à aucune convention internationale
liant la France. En tout état de cause, le peuple français peut voter
toute loi qu’il juge juste. L’argument de l’inconstitutionnalité n’est
pas à la hauteur des responsabilités qui sont les nôtres ; que
n’a-t-on soulevé la question en 2001 ? Le négationnisme n’est pas un
mode d’expression comme les autres : son objectif premier est de
falsifier l’histoire pour forcer l’oubli.

Ce texte serait un instrument efficace pour combattre le
communautarisme. Y compris en Turquie, des hommes et des femmes
manifestent, plus courageux que nous, pour obliger le gouvernement
turc à prendre ses responsabilités. Soyons à la hauteur de nos
responsabilités ! (Applaudissements sur plusieurs bancs à gauche)

M. Guy Fischer. – Voici dix ans que le génocide arménien était enfin
reconnu dans notre assemblée. Instants émouvants, qui, réunissant
l’ensemble des familles politiques, mettaient un terme à un pesant
déni de 95 ans.

Nous voici réunis à nouveau pour examiner un texte qui doit, je l’ai
dit comme signataire de bien d’autres sur le même sujet, nous sortir
du milieu du gué où nous sommes restés.

La loi de 2001 a une portée symbolique considérable, mais reste sans
incidence juridique : il faut une réponse pénale au négationnisme.
Nous l’affirmions déjà en 2005, en déposant une proposition de loi qui
visait tous les crimes contre l’humanité du XXe siècle et ceux qui
pourraient, hélas, être à venir. Nous avions beaucoup travaillé à
Marseille avec les Arméniens, définissant trois écueils : ne pas s’en
tenir au seul angle, réducteur car relatif à la seule presse, de la
loi Gayssot ; rester dans les clous constitutionnels : ne pas prêter
le flanc à la pression de la Turquie.

C’est donc avec plaisir que j’ai vu mes collègues socialistes déposer
ce texte -même si nos propositions de 2005 avaient l’avantage d’éviter
le qualificatif de « loi mémorielle ». Le négationnisme n’est pas un
mode d’expression comme les autres : son objectif est en effet de
falsifier l’histoire pour effacer de la mémoire collective toute trace
des génocides. Il doit être sanctionné par la même peine que celle qui
s’applique à la négation de la Shoah. Ce serait un progrès immense
pour la cause arménienne, envoyant un signal clair à tous les
communautarismes. Ce serait un progrès pour l’humanité tout entière.

Il ne s’agit ni d’imposer une histoire d’État ni de stigmatiser la
Turquie, mais d’oeuvrer à la réconciliation de ces peuples en leur
rendant la mémoire.

Sans doute, ce texte est perfectible, mais l’essentiel est qu’il
existe et emporte l’assentiment du plus grand nombre, par delà les
clivages politiques.

Je voterai, avec mon groupe, en conscience, cette proposition de loi
et j’espère avoir convaincu. (Applaudissements sur les bancs CRC et
sur certains bancs socialistes)

M. Josselin de Rohan. – (Applaudissements sur les bancs UMP) Je ne
m’embarrasserai pas de précautions oratoires : ce texte est
inopportun, inacceptable et irrecevable, car inconstitutionnel. Le
président Hyest l’a clairement démontré.

Il ne peut que contribuer à détériorer la relation entre la France et
la Turquie sans contribuer à rapprocher ce pays de la République
arménienne, qui n’a rien demandé.

Alors que le lche assassinat d’un journaliste turc d’origine
arménienne suscite dans les consciences turques une réflexion
salutaire, ce texte est fort malvenu. Il serait un encouragement pour
les extrémistes, déterminés à nier la réalité à toute force.

Le devoir de la France n’est pas d’attiser les débats mais de
rapprocher les bonnes volontés. Alors que nombreux sont aujourd’hui
les citoyens turcs qui ne cachent plus leurs origines arméniennes,
adopter ce texte serait terriblement contre-productif. Veut-on voir
condamner quiconque mettrait en cause, en sa qualité d’historien,
l’étendue ou la portée des massacres sur telle partie du territoire,
comme fut poursuivi cet historien irréprochable qui niait que
l’esclavage ait été proprement un « génocide » ? Faudra-t-il que les
chercheurs s’exilent pour poursuivre leurs travaux ? René Rémond,
suivi par Pierre Nora, s’est inquiété de cette façon de mettre en
cause la liberté de pensée des historiens. L’entreprise, je le dis,
est obscurantiste. Le génocide arménien est reconnu par la loi. Nous
ne voulons pas l’effacer de la mémoire, mais on ne saurait pour autant
mettre en cause la liberté d’expression qui est la marque de notre
pays, liberté pour laquelle sont morts Manouchian et ses compagnons.
N’écoutez pas ceux qui veulent dévoyer votre cause en l’entraînant sur
la voie du communautarisme et de l’extrémisme ! Elle est trop juste
pour que vous la laissiez altérer. (Applaudissements sur la plupart
des bancs UMP)

M. Charles Gautier. – La France, patrie des droits de l’homme ? Nous
nous en flattons tous. Mais des positions récentes écornent cette
réputation. Qu’adviendrait-il si nous nous érigions, ici et
maintenant, en censeurs de l’Histoire ? Qui sommes-nous pour blmer un
peuple pour les agissements de ses arrière-grands-parents ? Foin de
cette arrogance.

Les historiens ne veulent pas de lois mémorielles auxquelles se
complait le Parlement. Il reste un important travail de recherche à
mener sur le génocide arménien : n’interférons pas, pour de vagues
raisons électoralistes.

Loin de moi l’idée de minimiser l’atrocité des crimes commis, mais
j’appelle à regarder vers l’avenir, en tenant compte des liens
diplomatiques de notre pays, au bénéfice de la paix. Des voies de
recours existent déjà dans notre droit pour punir les personnes
contestant tout génocide : ce texte me paraît donc au minimum inutile.

Pire, il est dangereux, exacerbant le nationalisme et entravant toute
tentative de dialogue entre Turcs et Arméniens.

M. Josselin de Rohan. – Très bien !

M. Charles Gautier. – Les liens entre la France et la Turquie seront à
reconstruire entièrement, à un moment où elles sont déjà très
détériorées. Quant aux bribes de dialogues entamés entre Turcs et
Arméniens, il n’en restera rien.

Enfin, ne peut-on pas craindre que les relations entre les Français
d’origines turque et arménienne se dégradent de la même manière ? Quel
est l’intérêt de la France à opposer l’une contre l’autre deux
communautés vivant sur son territoire ?

D’autres ressortissants français ont été victimes de crimes contre
l’humanité. Mais ne constituant pas une communauté aussi nombreuse,
ils ne savent faire entendre leur douleur. Évitons d’instiller
l’inégalité dans nos lois : l’universalisme est une valeur trop
précieuse pour être bafouée de la sorte.

La France, qui a inventé la laïcité, cette neutralité de l’Etat
vis-à-vis des opinions religieuses, doit faire de même pour
l’histoire.

C’est pour toutes ces raisons que je m’opposerai à ce texte.

Cette proposition de loi a toutefois un mérite : celui de poser le
débat. Espérons que demain il soit définitivement clos.
(Applaudissements sur certains bancs socialistes et sur la plupart des
bancs UMP)

M. Bruno Gilles. – J’associe Mme Joissains à mon propos.

Je comprends les arguments juridiques de la commission des lois : les
lois mémorielles posent de fait problème. Mais à titre personnel, par
mon vote, je veux dénoncer un scandale : l’État turc, candidat à
l’Union européenne, continue à pénaliser ses ressortissants qui
appellent à la reconnaissance du génocide. Comment, à ce compte,
poursuivre les négociations ?

Peut-on brader les principes au nom de sordides calculs économiques,
pour le bénéfice de nos entreprises sur le territoire turc ?

J’assume mes positions. Oui, je reconnais le génocide arménien. Je
voterai contre la motion d’irrecevabilité, en faveur du texte de M.
Lagauche.

Toutefois, je voudrais dire que l’hypocrisie de certains me laisse un
goût amer. Que nos compatriotes d’origine arménienne ne s’y trompent
pas ! Certes, la manoeuvre était bien montée : présenter dans la niche
parlementaire socialiste un texte satisfaisant la diaspora arménienne
de France et ne déployer aucun effort en faveur de son adoption, afin
de faire endosser à la majorité et au Gouvernement la responsabilité
de l’échec. La ficelle est un peu grosse !

Vous savez bien, pourtant, qu’il fallait le faire signer par ceux qui,
sur les bancs qui vous font face, étaient prêts à le soutenir, comme
l’avait fait M. Gaudin.

M. Bernard Piras. – C’est moi qui l’avais fait.

M. Bruno Gilles. – Je vous en félicite !

Ami de longue date des Français arméniens de souche, je voterai en
faveur du texte de Serge Lagauche et contre l’exception
d’irrecevabilité, mais je proteste devant vous, solennellement, car ce
sujet grave et douloureux méritait mieux qu’une petite combine
partisane. (Applaudissements sur certains bancs à droite,
protestations sur plusieurs bancs socialistes)

M. Bernard Piras. – Vous n’aviez qu’à en prendre l’initiative !

M. Gérard Collomb. – Summum jus, summa injuria : maxime qu’il est bon
d’avoir aujourd’hui à l’esprit.

J’entends bien les arguments que nous opposent le droit, la diplomatie
; j’entends M. Hyest lorsqu’il explique que l’on ne peut s’appuyer sur
aucune convention internationale ni aucune décision de justice ;
j’entends M. de Rohan qui s’inquiète d’un texte susceptible de
perturber nos relations diplomatiques.

Mais c’est ce type de raisonnement qui a conduit, dans le silence
assourdissant des nations, au génocide arménien. À l’époque, déjà, on
évoquait le droit ou les relations diplomatiques pour ne pas agir…
Une seule voix, celle de Jean Jaurès, dénonçait dès 1896 ce drame
abominable : « Il faut sauver les Arméniens l Ce qui importe, ce qui
est grave, ce n’est pas que la brute humaine se soit déchaînée là-bas,
ce n’est pas qu’elle se soit éveillée. Ce qui est grave, c’est qu’elle
ne s’est pas éveillée spontanément ; c’est qu’elle a été excitée,
encouragée, nourrie des appétits les plus féroces par un gouvernement
régulier avec lequel l’Europe a échangé plus d’une fois, gravement, sa
signature. »

Rien n’y fit, et du massacre on en vint au génocide. On en connut tôt
le caractère : les observateurs, tel le consul américain Jesse B.
Jackson, dénonçaient alors le caractère systématique du massacre.
Pourtant, ces voix éparses ne surent se faire entendre. Un immense
silence avait tout recouvert. Silence des survivants, silence d’une
douleur cachée, d’une plaie que l’on tait, comme dans la culpabilité.

Plaider le droit, donc ? Plaider la Constitution ? Nous, nous plaidons
tout simplement pour l’humanité. (Applaudissements sur plusieurs bancs
du groupe socialiste et sur les bancs CRC)

M. Dominique Braye. – Cela vous va bien !

M. Ambroise Dupont. – J’entends bien les attentes de nos compatriotes
arméniens. S’il ne me paraît pas opportun d’adopter ce texte, il est
l’occasion de débattre de la place des lois mémorielles dans notre
droit.

Ce texte, le président Hyest l’a dit, pose plus de problèmes qu’il
n’en résout. Au plan politique, quelques remarques. L’inflation des
lois mémorielles conduit à se saisir de questions qui ne relèvent pas
du Parlement, au risque d’ouvrir à chacun la tentation de faire valoir
ses revendications.

Et que dire de l’effet sur nos relations diplomatiques ? La France
copréside le groupe de Minsk chargé de trouver une solution au conflit
du Haut-Karabagh.

Mme Nathalie Goulet. – Très bien !

M. Ambroise Dupont. – Cette médiation contraint notre pays à une
totale neutralité. Adopter ce texte attiserait les tensions et
desservirait la paix. Plus profitable est d’encourager le
rapprochement entre les États turc et arménien, par la diplomatie. Je
soutiendrai donc la motion d’irrecevabilité. (Applaudissements sur la
plupart des bancs UMP)

M. Robert Badinter. – J’aurais toutes les raisons, intellectuelles,
humaines, personnelles, de soutenir ce texte. Les génocides me font
horreur, les crimes contre l’humanité flétrissent celle-ci. Cette
flétrissure, hélas, ne s’est pas, depuis un siècle, refermée.

Pourquoi, alors, suivrais-je la motion d’irrecevabilité ? C’est que
l’on ne peut pas étendre les pouvoirs du Parlement au-delà de ce que
la Constitution lui assigne. Nous sommes des législateurs et la loi
n’existe que dans le respect de la Constitution. Or, ici, le
législateur, emporté par l’émotion, s’est laissé entraîner sur les
terres de l’historien dont, dans une démocratie, la liberté doit être
absolument respectée. Édicter des lois qui disent l’histoire irait
contre notre idiosyncrasie nationale.

Le dernier article du doyen Vedel, paru dans les Mélanges Luchaire,
est consacré à la loi du 29 janvier 2001. Pour lui, la question de sa
constitutionnalité appelait une réponse simple et facile : le principe
de séparation du législatif et du judiciaire interdit au législateur
de qualifier les faits historiques, non seulement au regard de
l’article 34, mais parce que ce serait usurper la compétence en
matière internationale et la diplomatie. « Il n’est pas sérieux de
proclamer que le législateur est souverain, que le Parlement détient
ou peut confisquer toutes les compétences qui peuvent être exercées au
nom de l’État. Une telle hérésie serait aux antipodes de la démocratie
constitutionnelle qui n’admet pas d’avantage le règne du législateur
que celui du gouvernement ou celui des juges ». Pour toutes ces
raisons, il regardait la loi de 2001 comme contraire à la
Constitution.

Si je le rappelle, c’est que les auteurs de cette proposition de loi,
emportés par la compassion, sont tombés dans un piège, qu’ils
tendaient du même fait à la communauté arménienne elle-même. Car,
depuis la révision de 2008, un texte qui s’enracine dans un autre
autorise le Conseil constitutionnel à se saisir de la
constitutionnalité du premier, (mouvements divers) dès lors que lui
serait posée une question prioritaire de constitutionnalité. J’en
appelle à tous les hommes de coeur : cette initiative conduirait au
contraire du but poursuivi.

La dernière affaire que j’ai plaidée le fut contre des révisionnistes,
condamnés pour avoir manqué au devoir de l’historien. Contre
quiconque, dans l’Hexagone, se livrerait à une contestation du
génocide, il est donc des moyens d’agir.

Cette loi, qui blesse la Constitution et fait de nous le juge de
l’Histoire, va à l’encontre d’intérêts que je considère comme sacrés.
Puissent enfin nos amis turcs mesurer le fait que depuis les atroces
génocides de la seconde guerre mondiale, les dirigeants de toutes les
nations démocratiques s’honorent en reconnaissant les crimes commis
sur tous les continents : là est l’honneur des grandes démocraties, là
est l’honneur des grands dirigeants. (Applaudissements sur la plupart
des bancs)

La discussion générale est close.

Exception d’irrecevabilité

M. le président. – Motion n°1, présentée par M. Hyest, au nom de la commission.

En application de l’article 44, alinéa 2, du Règlement, le Sénat
déclare irrecevable la proposition de loi tendant à réprimer la
contestation de l’existence du génocide arménien (n° 607, 2009-2010).

M. Jean-Jacques Hyest, président de la commission des lois. – Certains
préfèrent la simplicité de la passion à la complexité du raisonnement.
Les progrès de l’État de droit sont aussi ceux de l’humanité. La
commission des lois unanime a décidé d’opposer l’irrecevabilité à un
texte qui est contraire à deux principes constitutionnels, celui de la
légalité des délits et des peines et celui du droit à la liberté
d’opinion et d’expression.

La proposition de loi diffère de la loi Gayssot en ce que celle-ci au
contraire de celle-là est adossée à des faits précis, reconnus par des
conventions internationales ou des juridictions nationales. Dans un
arrêt du 7 mai 2010 sur la loi de 2001, la Cour de cassation a estimé
que « l’incrimination critiquée se réfère à des textes régulièrement
introduits en droit interne, définissant de façon claire et précise
l’infraction […] dont la répression, dès lors, ne porte pas atteinte
aux principes constitutionnels de liberté d’expression et d’opinion ».
La situation est ici très différente, le génocide arménien ayant été
perpétré antérieurement à l’adoption de la convention du 9 décembre
1948 et dont les auteurs n’ont jamais été jugés -même si le génocide a
été reconnu par la France dès le traité de Sèvres, jamais ratifié. Sur
un plan strictement juridique, il n’existe pas de définition précise
attestée par le droit des actes constituant ce génocide et des
personnes responsables de son déclenchement.

Quel est le périmètre exact de la notion de « contestation de
l’existence du génocide arménien de 1915 » ? La « contestation »,
d’acception plus large que « négation », fait problème : elle peut
porter sur l’ampleur, les méthodes, les lieux des événements sans
nécessairement nier leur existence. Le Conseil constitutionnel exige
que l’infraction soit définie de façon précise, de sorte que
l’appréciation du juge n’encoure pas la critique de l’arbitraire.

La proposition de loi est d’autre part contraire au principe de la
liberté d’expression, qui ne peut être restreinte que pour protéger
d’autres droits et libertés également reconnus par la loi. Encore
faut-il que les restrictions soient proportionnées.

Si la loi Gayssot n’est pas contraire à ce principe, c’est qu’elle
tend à prévenir aujourd’hui la résurgence du discours antisémite.
C’est ce qu’a reconnu la CEDH dans la décision Garaudy du 24 juin
2003. Tel a été également l’objectif du législateur communautaire lors
de l’élaboration de la décision-cadre du 28 novembre 2008, dont la
finalité n’est pas de protéger la mémoire mais de lutter contre la
discrimination -le Parlement en sera saisi prochainement.

Aucun discours de nature comparable à l’antisémitisme ne paraît viser
aujourd’hui en France nos compatriotes d’origine arménienne ; la
création d’une incrimination spécifique telle que prévue par la
proposition de loi paraît excéder les restrictions communément admises
pour justifier une atteinte à la liberté d’expression.

Au vu de ces éléments et du risque de censure qu’encourt la
proposition de loi -je remercie le président Badinter d’avoir cité le
doyen Vedel- la commission des lois oppose au texte l’exception
d’irrecevabilité. (Applaudissements sur de nombreux bancs à droite)

M. Bernard Piras. – Vous voulez donc que les sénateurs ne soient pas
en mesure de se prononcer sur la proposition de loi. L’exception
d’irrecevabilité est une atteinte à la liberté d’expression des
représentants du peuple ; elle nous est opposée ici pour des motifs de
pure opportunité.

M. Dominique Braye. – Les vôtres sont d’électoralisme !

M. Bernard Piras. – La France préfère la protection de ses intérêts
économiques à la défense des valeurs fondamentales. Je suis au moins
satisfait que nul ici n’ait refusé de reconnaître pour tel le génocide
arménien.

La loi du 29 janvier 2001 est purement déclarative ; il faut
l’accompagner de sanctions, sans lesquelles le juge ne peut la faire
respecter. Non, notre arsenal juridique ne permet pas de sanctionner
le négationnisme du génocide arménien. Affirmer que la responsabilité
des négationnistes peut être engagée sur la base de l’article 1382 du
code civil est une contrevérité (M. Jean-Jacques Hyest, président de
la commission des lois, s’exclame) : cet article ne peut fonder de
sanction pénale. Le TGI de Paris a affirmé en 1995 que si le
législateur avait la possibilité de définir le négationnisme du
génocide arménien comme une infraction pénale, la juridiction
judiciaire n’était pas en l’état en mesure de condamner ces actes
négationnistes.

Loi mémorielle ? Pas celle-ci ! Il ne s’agit pas de qualifier des
faits historiques. Elle vise seulement le négationnisme, qui participe
consubstantiellement de l’état d’esprit génocidaire. Absence de faits
? Avez-vous oublié les dramatiques événements lyonnais de mars 2006 ?

La légalité des peines ? Depuis quand le législateur devrait-il se
référer à des conventions internationales ou à des jugements revêtus
de la force de la chose jugée ? S’agissant de la loi Gayssot, les
jugements de Nuremberg n’ont pas été intégrés, que je sache, dans
notre bloc de constitutionnalité ! Il existe d’ailleurs des décisions
de justice revêtues de l’autorité de la chose jugée : en 1919, des
cours martiales ont siégé ; la déclaration du 24 mai 1915, le traité
de Sèvres, la résolution du Parlement européen de 1987 et celle de
l’Assemblée du Conseil de l’Europe de 1998 ; ou encore la décision du
juge fédéral argentin qui affirme que le gouvernement turc a commis un
crime de génocide envers le peuple arménien.

La liberté d’expression ? La question a été réglée par la loi Gayssot.
C’est la situation actuelle qui crée une rupture d’égalité, entre la
négation du génocide juif et celle du génocide arménien. Y aurait-il
une hiérarchie entre les génocides ? Et l’existence de sanction n’a
nullement empêché les historiens de continuer leurs travaux sur le
génocide juif.

Le Conseil de l’Union européenne a adopté en novembre 2008 une
décision-cadre disposant que chaque État membre de l’Union devait
prendre « les mesures nécessaires pour faire en sorte que (…) soient
punissables l’apologie, la négation ou la banalisation grossière
publiques des crimes de génocide, crimes contre l’humanité et crimes
de guerre ». Cette décision-cadre nécessite un acte de transposition
-encore à venir. En tout cas, il est clair qu’aux yeux du législateur
européen, la pénalisation du négationnisme n’est pas une atteinte à la
liberté d’expression. Les Suisses, de leur côté, se sont dotés d’une
législation antinégationniste ; ils ont condamné un négationniste. Que
dira la Cour de Strasbourg ? Je prie le président Badinter d’y être
attentif !

Comment le juge constitutionnel français pourra-t-il concilier le
principe de la dignité de la personne -considéré depuis le célèbre
arrêt « Morsang-sur-Orge » comme d’ordre public- avec une éventuelle
condamnation de ce texte ?

Ayez un peu de courage, mes chers collègues ! Ne passez pas à côté de
l’Histoire ! Rejetez cette motion ! (Applaudissements au centre et sur
certains bancs socialistes)

M. Jean-Jacques Hyest, président de la commission des lois. – Aucun
pays ne pénalise la négation ni la contestation du génocide arménien.
Vous citez la décision d’une juge argentin ? Il est vrai que
l’Argentine a toujours été un modèle… La loi Gayssot est liée, comme
l’exige la décision-cadre, avec un phénomène actuel, ce qui était le
cas de la recrudescence de l’antisémitisme.

La commission des lois, pour toutes ces raisons et celles qu’a
énoncées le président Badinter, reste convaincue que l’exception
d’irrecevabilité est justifiée. (Applaudissements sur de nombreux
bancs à droite)

M. François Zocchetto. – La position de la République est claire : la
loi de 2001 reconnaît l’existence du génocide arménien. La question
est de savoir comment s’opposer à ceux qui la nient.

Le droit n’est pas tout, il ne peut pas tout. Il faut d’abord et
surtout expliquer et réexpliquer ce que fut l’Histoire. Il faut
ensuite fermement poursuivre, sur le fondement des dispositions
pénales existantes, tout acte ou affirmation niant le génocide
arménien. Ce texte n’est pas le bon véhicule. Son inconstitutionnalité
est certaine et le risque de retour en arrière n’est pas mince.

La quasi-totalité des membres du groupe de l’Union centriste voteront
l’exception d’irrecevabilité. (Applaudissements sur les bancs de
l’Union centriste)

M. Jacques Blanc. – Je tiens d’abord à exprimer notre sympathie au
président Hyest, dans les circonstances difficiles qu’il traverse.

La majorité de l’UMP votera l’exception d’irrecevabilité. La France a
accueilli un grand nombre d’Arméniens qui nous font honneur et
contribuent à notre enrichissement mutuel. Faut-il pour autant adopter
cette proposition de loi ? Nous ne le pensons pas. Comme le président
Accoyer, nous ne souhaitons pas de nouvelles lois mémorielles, sinon
pour défendre des principes posés par l’article premier de la
Constitution.

Pour qualifier des faits, nous ne pouvons nous en remettre qu’à la
recherche historique. Elle seule peut nous approcher de la vérité.
Sceller la vérité dans le marbre de la loi reviendrait à emmurer la
recherche historique. Ce n’est pas à une majorité politique de fixer
et d’imposer des vérités historiques non plus que scientifiques. Ceux
qui l’ont fait ne respectaient guère les droits de l’Homme…

Seul le dialogue peut faire avancer. Notre débat, enrichi par les
travaux de la commission des lois, nous conduit à voter l’exception
d’irrecevabilité. (Applaudissements sur la plupart des bancs UMP)

M. Guy Fischer. – Je regrette la frilosité de certains de nos
collègues. Nous sommes tous d’accord, cependant, pour rendre justice
au peuple arménien.

En quoi condamner un génocide que tous reconnaissent serait entraver
le travail des historiens ? Dès 1915, une déclaration commune
franco-anglo-russe condamnait le génocide arménien et appelait à juger
ses auteurs.

Notre débat transcende nos oppositions politiques. Sans doute
faudrait-il nous montrer plus froids mais nous sommes nombreux à nous
émouvoir de ce qu’ont vécu les aïeux de nos compatriotes. L’Histoire
ne peut jamais s’abstraire de ce riche substrat que constitue la
mémoire des groupes humains.

La loi Gayssot n’a pas empêché les historiens de poursuivre leur
travail sur la Shoah.

Le peuple arménien de France s’est souvenu du génocide subi à la
génération précédente, quand il s’est élevé contre le fascisme.

La plupart d’entre nous nous opposerons à cette motion
d’irrecevabilité, que Robert Hue votera. (Applaudissements sur
certains bancs du groupe CRC)

M. Gérard Collomb. – Le groupe socialiste, vous l’avez vu, n’est pas
unanime sur cette proposition de loi. Il y a dix ans, les sénateurs
n’étaient pas aussi unanimes qu’aujourd’hui à reconnaître le génocide
arménien…

Le négationnisme n’est pas une opinion, je le sais pour l’avoir vu et
vécu ; dans ma ville, dans notre université, on a proféré les pires
thèses, on a contesté l’existence des chambres à gaz au nom de la
liberté de l’historien.

Les choses évoluent, ici et en Turquie. Je suis un ami du peuple turc,
dont je souhaite l’entrée dans l’Union européenne. Mais je ne pense
pas que l’amitié puisse se sceller en ignorant l’Histoire. Ceux qui
mènent là-bas un combat pour la reconnaissance d’un triste passé
mènent aussi un combat pour l’avenir. C’est lorsque le peuple allemand
a reconnu les horreurs du nazisme que la réconciliation avec la France
fut possible.

J’espère bien que, demain, plus personne, nulle part, ne niera le
génocide arménien.

À la demande de la commission des lois, la motion n°1 est mise aux
voix par scrutin public

M. le président. – Voici les résultats du scrutin :

Nombre de votants 290 Nombre de suffrages exprimés 270 Majorité
absolue des suffrages exprimés 136 Pour l’adoption 196 Contre 74

Le Sénat a adopté.

La séance est suspendue à 17 h 15.

jeudi 5 mai 2011,
Sté[email protected]

From: A. Papazian

Le Sénat enterre le texte sur la négation du génocide arménien

FRANCE
Le Sénat enterre le texte sur la négation du génocide arménien

Le Sénat a enterré mercredi une proposition de loi déposée par des
sénateurs PS visant à réprimer la négation du génocide arménien de
1915, à l’issue d’un débat passionné entre partisans et opposants du
texte.

Les sénateurs ont voté par 196 voix contre 74 une motion de procédure
déclarant “irrecevable” ce texte, ce qui équivaut à son rejet.

La proposition de loi proposait de punir d’un an de prison et de
45.000 euros d’amende la contestation de l’existence du génocide
arménien.

Elle était présentée par Serge Lagauche (PS, Val de Marne) et trente
de ses collègues socialistes dans une “niche” (séance d’initiative
parlementaire) réservée au groupe PS, à la demande expresse de la
première secrétaire du parti, Martine Aubry.

Elle reprenait à l’identique une proposition de loi de députés
socialistes qui avait été adoptée à l’Assemblée nationale en 2006.

M. Lagauche a déploré “cinq années de blocage de la part du
gouvernement et de la Conférence des présidents du Sénat” (qui
organise l’ordre du jour parlementaire). Jugeant que la loi du 29
janvier 2001 par laquelle la France reconnaît le génocide arménien
n’est que “déclarative”, il a plaidé pour un “complément normatif”
afin de la rendre “efficace”.

Ce texte a divisé tous les groupes politiques. Les élus des
départements où vit une forte communauté arménienne l’ont défendu et
ont voté contre la motion d’irrecevabilité, comme le président du
groupe UMP, le sénateur-maire de Marseille Jean-Claude Gaudin, ou le
sénateur-maire PS de Lyon Gérard Collomb.

L’UMP a cependant soutenu en grande majorité (137) l’irrecevabilité
ainsi que l’Union Centriste (25). Le groupe PS, très embarrassé, s’est
divisé : 49 n’ont pas pris part au vote, 39 ont voté contre
l’irrecevabilité dont son président Jean-Pierre Bel, 21 pour et 6 se
sont abstenus. Le CRC-SPG (communistes et parti de gauche) a voté
contre l’irrecevabilité sauf Robert Hue.

L’irrecevabilité a été défendue par le président UMP de la Commission
des Lois, Jean-Jacques Hyest jugeant néfaste “l’intervention du juge
pénal dans le jugement de l’histoire” et soulevant des risques
d’inconstitutionnalité.

“Cette proposition de loi est liberticide, inquisitoriale et
obscurantiste”, a renchéri le président UMP de la Commission des
Affaires étrangères, Josselin de Rohan.

“La voie empruntée conduit à pire qu’une impasse, à la destruction de
ce qui a été acquis contre les révisionnistes”, a embrayé l’ex-garde
des sceaux PS Robert Badinter craignant qu’une question prioritaire de
constitutionnalité (QPC) sur cette PPL ne puisse remettre en cause la
loi reconnaissant le génocide.

“C’est ce même type de raisonnements qui historiquement a fait que les
Arméniens ont été victimes du premier génocide du XXème siècle dans le
silence assourdissant des nations”, a rétorqué Gérard Collomb (PS).
“Ce sujet grave et douloureux méritait mieux qu’une petite combine
politicienne et partisane”, a ajouté Bruno Gilles (UMP,
Bouches-du-Rhône) qui soutenait le texte.

Ce débat s’est déroulé en présence dans les tribunes du chanteur
Charles Aznavour, ambassadeur d’Arménie en Suisse et de l’écrivain
Bernard-Henri Lévy tandis que 600 membres de la communauté arménienne
(selon une estimation de la police) manifestaient devant le Palais du
Luxembourg.

Le garde des Sceaux, Michel Mercier, n’a pas pris position s’en
remettant “à la sagesse du Sénat”.

Nicolas Sarkozy avait promis en 2007, juste avant son élection, aux
associations arméniennes de soutenir la ratification par le Sénat de
cette proposition.

Le génocide arménien, perpétré entre 1915 et 1916 en Turquie, a fait
plusieurs centaines de milliers de victimes.

AFP

jeudi 5 mai 2011,
Sté[email protected]

From: A. Papazian