Trois ans après le départ massif des Arméniens du Haut-Karabakh, une rencontre organisée mardi 29 septembre à Genève a remis leur situation au centre de l’attention. Les intervenants ont alerté sur les prisonniers, les déplacés et le patrimoine arménien.
En 2023, l’Azerbaïdjan a repris le contrôle du Haut-Karabakh, un territoire au cœur d’un conflit de plusieurs décennies avec l’Arménie. La quasi-totalité de sa population arménienne est alors partie. Que sont devenus ses habitants et pourront-ils un jour revenir ? Ces questions ont été abordées au Palais des Nations, lors d’une rencontre organisée par Christian Solidarity International (CSI), avec le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) comme coorganisateur. Modéré par Joel Veldkamp, de CSI, l’événement réunissait notamment Armine Aleksanyan, ancienne responsable du Haut-Karabakh, et Siranush Sahakyan, avocate de détenus arméniens.
Des prisonniers détenus à Bakou
Le sort des Arméniens emprisonnés en Azerbaïdjan a occupé une place importante dans les échanges. Selon une liste distribuée par CSI, vingt personnes sont détenues à Bakou, la capitale du pays. Parmi elles figurent huit anciens responsables du Haut-Karabakh, dont plusieurs ex-présidents, mais aussi des personnes présentées comme prisonniers de guerre ou civils.
Thibault van den Bossche, chargé de plaidoyer à l’ECLJ, s’inquiète du manque d’informations sur leurs conditions de détention. Dans un entretien réalisé après l’événement, il évoque des accusations de torture et souligne les difficultés rencontrées par les mécanismes internationaux pour accéder aux prisonniers. Les intervenants demandent leur libération et un contrôle indépendant de leur situation.
Un retour qui demeure incertain
Environ 120.000 Arméniens ont quitté le Haut-Karabakh en 2023, selon les chiffres avancés lors de la rencontre. Beaucoup vivent aujourd’hui en Arménie. Mais s’y installer ne répond pas à une question essentielle pour eux : pourront-ils retourner vivre dans leur région d’origine, et dans quelles conditions de sécurité ? Le sujet est délicat pour le gouvernement arménien, qui cherche à conclure la paix avec l’Azerbaïdjan.
Cette perspective est souhaitée par tous, affirme Thibault van den Bossche, mais elle suscite aussi des inquiétudes parmi les déplacés. Le représentant de l’ECLJ estime qu’un accord durable doit prendre en compte leurs droits, et non seulement fixer les relations entre les deux États.
La crainte d’un effacement culturel
Après le départ des habitants, les intervenants s’inquiètent également du sort des églises, des cimetières et des monuments arméniens restés au Haut-Karabakh. L’ECLJ dénonce des destructions et accuse l’Azerbaïdjan de présenter certains sites comme appartenant à une autre histoire que celle des Arméniens.
Pour l’organisation, il ne s’agit pas seulement de préserver des bâtiments : c’est aussi la mémoire d’une population qui est en jeu. Thibault van den Bossche refuse toutefois de présenter ce conflit comme une opposition entre musulmans et chrétiens. «Il ne faut pas tomber dans le cliché musulmans contre chrétiens», insiste-t-il. À ses yeux, les enjeux sont d’abord territoriaux et politiques.
Des ONG appellent l’Europe à agir
Pour CSI et l’ECLJ, les pays occidentaux ne font pas assez pression sur Bakou. Thibault van den Bossche estime notamment que les intérêts énergétiques et économiques freinent leur réaction. Il appelle les États européens à demander l’accès d’observateurs indépendants aux prisonniers et aux sites menacés, ainsi qu’à faire du respect des droits humains une condition de leurs relations avec l’Azerbaïdjan.
Trois ans après l’exode, le message porté à Genève dépasse ainsi la seule question d’un accord de paix: pour les organisateurs, celle-ci ne pourra être durable sans réponse sur le sort des détenus, le droit des déplacés et la préservation de leur patrimoine.
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Disclaimer: This article was contributed and translated into English by George Mamian. While we strive for quality, the views and accuracy of the content remain the responsibility of the contributor. Please verify all facts independently before reposting or citing.
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