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Arméniens du Haut-Karabakh : l’abandon n’est pas une politique

Le Journal Du Dimanche
Oct 26, 2026

TRIBUNE. La sénatrice française Gaëlle Frontoni dénonce l’inaction de la France face au sort des Arméniens du Haut-Karabakh. Elle appelle à une mobilisation politique pour obtenir la libération des prisonniers et garantir la sécurité de l’Arménie.

Gaëlle Frontoni

À Nice, le 22 octobre, les prisonniers arméniens du Haut-Karabakh ont retrouvé une place dans notre conscience publique. La cérémonie de soutien a rappelé leur existence, leurs visages, l’attente de leurs familles. Mais elle nous laisse surtout une obligation : faire en sorte que cet hommage ait un lendemain. Car ces hommes sont vivants. Ils attendent leur liberté, et le temps que nous laissons passer est une part de leur vie qui leur est retirée.

Présent à Nice, Jean-Christophe Buisson incarne cette fidélité à une cause que l’actualité relègue trop facilement. Par ses reportages, ses interventions et ses déplacements en Arménie, il contribue depuis des années à maintenir ce drame devant les consciences. Son engagement rappelle combien il faut de constance pour empêcher qu’un peuple éprouvé ne disparaisse une seconde fois, cette fois de nos regards. Aux responsables publics de donner à cette vigilance un prolongement politique.

Nous savons ce qui s’est produit en septembre 2023 : après l’offensive de l’Azerbaïdjan, plus de 100 000 Arméniens ont fui le Haut-Karabakh en quelques jours. Épuisés par des mois de privations, ils ont quitté leurs maisons et leurs villages, laissant derrière eux les lieux de leur enfance et les tombes de leurs parents. L’exil commence par un départ ; ses conséquences se transmettent longtemps. Nous ne pouvons nous résoudre à ce qu’elles deviennent l’horizon de ces familles.

Emmanuel Macron a condamné. La France a engagé une coopération de défense avec l’Arménie. Nous en prenons acte. Mais notre diplomatie n’a pas empêché cet exode, et la libération des prisonniers demeure une exigence. Le bilan doit être jugé à cette aune. La gravité d’un désastre ne se mesure pas à la solennité des communiqués qu’il suscite, mais aux vies qu’une politique parvient à protéger.

Lorsqu’un président engage la parole de la France, il engage la confiance de ceux qui l’écoutent

C’est cette insuffisance que nous mettons en cause. Lorsqu’un président engage la parole de la France, il engage la confiance de ceux qui l’écoutent. Nos amis doivent pouvoir compter sur notre constance ; ceux qui les menacent doivent connaître les conséquences de leurs actes. Une puissance qui accepte de voir ses avertissements ignorés finit par affaiblir elle-même sa voix.

Avec l’Arménie, cette responsabilité touche à ce que nous sommes. Nous assumons notre fidélité à nos frères arméniens, à ces chrétiens d’Orient dont l’histoire spirituelle et culturelle nous est chère. Leurs églises, leurs monastères, leurs cimetières témoignent d’une présence humaine que personne ne devrait pouvoir effacer. Défendre cet héritage, c’est défendre le droit d’un peuple à transmettre son histoire et à envisager son avenir.

Cette fidélité trouve aussi ses racines en France. Des générations de familles arméniennes ont fait de notre pays leur patrie. Nous voyons dans leur contribution à la vie nationale une réussite de l’assimilation française : une même volonté d’appartenir, de travailler, de servir, de transmettre à ses enfants l’amour de la France. La mémoire arménienne est ainsi devenue une part de notre mémoire commune.

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Le destin de Missak Manouchian donne à cette histoire sa force la plus bouleversante. Rescapé du génocide, résistant, fusillé au Mont-Valérien, il a donné sa vie pour notre liberté. En l’accueillant au Panthéon avec Mélinée, la France a reconnu cette dette. Encore faut-il que cette reconnaissance éclaire notre conduite. Nous ne pouvons avoir la mémoire héroïque et la diplomatie résignée. Honorer le courage arménien dans le passé nous oblige à défendre les Arméniens dans le présent.

La fidélité aux anciens combattants, le respect de ceux qui sont morts pour notre pays et le soutien aux peuples menacés relèvent d’une même exigence : recevoir une liberté en héritage nous rend responsables de sa transmission. C’est pourquoi le souvenir doit nourrir une volonté, puis des actes.

Le Parlement a déjà ouvert la voie. Le Sénat a adopté, le 17 janvier 2024, une résolution appelant notamment à des sanctions contre l’Azerbaïdjan et à la garantie du droit au retour des populations arméniennes du Haut-Karabakh. Le 3 février 2026, l’Assemblée nationale a demandé la libération des prisonniers arméniens. Nous voulons prolonger ces votes par une mobilisation suivie, capable d’exiger du Gouvernement des démarches précises et un compte rendu de leurs résultats.

Dans les prochains mois, nous travaillerons à de nouvelles initiatives parlementaires, notamment au Sénat, pour porter cette exigence. Nous défendrons la libération des prisonniers, un accès humanitaire indépendant aux détenus, le respect de leurs droits et le maintien des liens avec leurs familles. Nous demanderons des sanctions ciblées contre les responsables de violations graves, une aide durable aux réfugiés et des garanties pour un retour volontaire, sûr et digne. Cette action doit aller de pair avec le renforcement de la souveraineté et de la sécurité de l’Arménie.

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Nous voulons une paix qui permette aux familles de se reconstruire et aux Arméniens de vivre sans redouter une nouvelle épreuve de force. La France doit y consacrer son influence, entraîner ses partenaires et tenir le cap lorsque les négociations deviennent difficiles. L’alternance que nous appelons de nos vœux devra porter cette ambition avec davantage de résolution et de moyens. Mais les prisonniers n’ont pas à attendre notre calendrier électoral : le devoir d’agir commence aujourd’hui.

« Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France », écrivait le général de Gaulle. Cette idée nous oblige à tenir parole, à demeurer libres de nos choix et à répondre de nos actes devant l’Histoire. L’Arménie met aujourd’hui cette volonté à l’épreuve. Devant les familles des prisonniers et des exilés, nous refusons d’avoir un jour pour seule réponse : nous savions. Nous savons. Il est temps que la France tienne parole.

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Emil Lazarian: “I should like to see any power of the world destroy this race, this small tribe of unimportant people, whose wars have all been fought and lost, whose structures have crumbled, literature is unread, music is unheard, and prayers are no more answered. Go ahead, destroy Armenia . See if you can do it. Send them into the desert without bread or water. Burn their homes and churches. Then see if they will not laugh, sing and pray again. For when two of them meet anywhere in the world, see if they will not create a New Armenia.” - WS
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