AVIS DE TEMPÊTE SUR LES RELATIONS FRANCO-TURQUES
Akram Belkaïd, envoye special a Istanbul
La Tribune
17 mai 2006
Les milieux d’affaires turcs reprochent a leurs homologues francais
leur manque de soutien a la candidature de leur pays a l’Union
europeenne. L’initiative du Parlement francais de criminaliser toute
negation du “genocide armenien” risque de provoquer le boycott des
entreprises et des produits francais.
Je suis inquiet. Tout cela va penaliser les interets francais en
Turquie.” L’homme d’affaires qui prononce ces paroles est franco-turc
et les nuages qui s’amoncellent entre ses deux patries l’accablent:
“Il y avait deja la polemique a propos de l’adhesion de la Turquie a
l’Europe et maintenant voila que des parlementaires qui feraient mieux
de s’interesser a l’etat de la France nous ressortent le dossier
de l’Armenie.” Demain, en effet, le Parlement francais devrait
examiner une proposition de loi deposee par des deputes socialistes
– et soutenue par certains de leurs pairs a droite – prevoyant des
sanctions penales (cinq ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amendes)
contre toute personne “niant l’existence d’un genocide armenien”
entre 1915 et 1917.
Depuis que cette initiative est connue, le ton d’Ankara est devenu
menacant. “Nous n’avions rien prevu de faire jusqu’a present, mais
la patience a ses limites. Nous n’aurons pas de haine, mais nous
imposerons nos sanctions”, a ainsi affirme le Premier ministre turc,
Recep Tayyip Erdogan, alors qu’il participait a un sommet islamique
a Bali, en Indonesie. Selon la presse turque, le Premier ministre a
aussi rappele que “La France est l’un des premiers investisseurs en
Turquie” et que pour cette raison, les deputes francais devraient
etre “sensibles a la perspective de problèmes eventuels” voire de
“dommages incalculables”…
Pour de nombreux observateurs, l’histoire semble balbutier. En 2001
deja, le vote par les deputes francais d’une loi reconnaissant le
“caractère genocidaire” des massacres d’Armeniens commis durant la
Première Guerre mondiale avait provoque la colère du gouvernement
turc. Plusieurs entreprises francaises avaient ete deliberement
exclues d’appels d’offres publics mais aussi prives, et les appels
au boycottage des produits hexagonaux avaient uni l’ensemble de la
classe politique turque.
“La menace est claire et sans equivoque. Il y aura sanctions”, affirme
a La Tribune un patron francais qui a ete recu recemment par Recep
Tayyip Erdogan. Et les appels d’entrepreneurs francais pour bloquer
cette loi sur le genocide armenien se multiplient. C’est le cas par
exemple de la chambre de commerce francaise en Turquie qui a ecrit une
lettre au president Chirac lui demandant d’intervenir pour empecher
le vote de cette loi.
Des performances impressionnantes
De nombreux acteurs economiques francais en Turquie rappellent aussi
que ce pays affiche des performances economiques impressionnantes et
qu’un boycott du “made in France” aurait des consequences nettement
plus graves qu’en 2001, car a l’epoque la Turquie s’enfoncait dans
une grave crise economique.
De leur côte, les patrons turcs mais aussi des intellectuels liberaux
insistent sur les degâts collateraux provoques par cette affaire. Ils
affirment qu’elle va offrir une occasion en or a tous ceux qui,
en Turquie, ne veulent pas que leur pays regarde son passe en face.
C’etait d’ailleurs le sens d’un appel publie recemment dans la presse
francaise.
Dans un cafe a la mode, non loin de la place Taksim d’Istanbul, le
docteur Murat Belge, signataire de l’appel, universitaire, journaliste
et contributeur regulier du site londonien democracy.
org, accepte de parler de la question armenienne non sans jeter de
temps a autre des coups d’oeil vigilants derrière son dos. L’automne
dernier, ayant fait partie des intellectuels qui ont tendu la main
a leurs homologues armeniens pour “ecrire l’histoire commune d’une
main commune”, l’homme a ete vilipende par une bonne partie de la
presse nationaliste et de droite.
“Les massacres d’Armeniens sont indeniables et leurs causes meritent
d’etre explorees, notamment l’hypothèse d’une volonte d’accaparement
brutale des richesses des Armeniens, reconnaît-il. Par contre, je ne
suis pas d’accord avec l’emploi du terme de genocide. Pour moi la
Shoah a bien ete un genocide parce que ce fut un processus prepare
de longue date, organise et execute de facon meticuleuse. Cette
definition s’applique-t-elle au sort tragique des Armeniens? Je ne
le crois pas, mais je suis pret a en debattre, en toute ouverture
d’esprit.” Venant d’un intellectuel progressiste, ces propos ambigus
montrent que la route qui mène les Turcs vers l’acceptation du mot
“genocide” pour qualifier le massacre de près de 1 million d’Armeniens
est encore longue…
Mais au-dela de la polemique, une bonne partie des elites turques
est persuadee que la demarche francaise n’est rien d’autre qu’une
nouvelle offensive du courant occidental qui s’oppose a l’entree de
la Turquie dans l’Union europeenne. “En ce moment, il est evident que
la France ne s’aime pas. Et comme nous autres Turcs sommes un reflet
des Francais, il est normal que la France ne nous aime pas aussi.” À
peine conscient du caractère emphatique de ses propos, le sociologue
et politologue Faruk Birtek interrompt un instant ses declamations.
Dans la salle d’un restaurant a fleur d’eau du Bosphore, des
haut-parleurs discrets commencent a diffuser une chanson de Charles
Aznavour. “Un Armenien”, signale-t-il en clignant de l’oeil, l’index
droit pointe vers la partie asiatique d’Istanbul. Et de poursuivre:
“Franchement, la Turquie est le pays au monde qui a le plus ete
influence par Napoleon et de Gaulle. Comment la France peut-elle
nous tourner le dos de la sorte? Les Autrichiens, je peux comprendre,
mais pas les Francais!”
Incomprehension
Vu de l’Hexagone, ce discours peut paraître etrange, voire decale.
Pourtant, il traduit bien l’incomprehension totale des elites turques
vis-a-vis de l’hostilite francaise dans le – grand – dossier de
l’adhesion de leur pays a l’UE. “Les hommes d’affaires turcs se font
du souci a propos du processus d’adhesion”, confie Aldo L. Kaslowski,
president d’Organik Holding et de la branche internationale de Tusiad,
le patronat prive local (association des industriels et hommes
d’affaires turcs). “Notre pays est engage dans un long processus
pour faire partie de l’Union europeenne. Notre crainte n’est pas
que ce chemin soit long, mais qu’il se deroule dans des conditions
non equitables.”
Dans toutes les conversations sur ce thème, la date du 3 octobre – qui
correspond a l’ouverture officielle de negociations avec Bruxelles –
revient sans cesse. Et avec elle, les atermoiements francais. “Que
des politiciens francais en mal d’idees s’emparent de la question
turque pour des raisons electorales n’est pas surprenant”, relève un
industriel turc qui possède des interets en France et qui insiste
pour conserver l’anonymat. “Par contre, je n’admets pas, et je ne
suis pas le seul, le silence du patronat francais sur l’adhesion de la
Turquie.” Il y a plusieurs mois, une visite d’une delegation du Medef
a Istanbul a d’ailleurs failli tourner a l’aigre faute d’un soutien
suffisamment affiche des patrons francais – aux yeux de Tusiad –
a la candidature de la Turquie.
L’argumentaire des anti-adhesions est lui aussi regulièrement egrene
et… balaye. La question geographique? “L’Europe, avant d’etre une
plaque continentale, est d’abord un ensemble de valeurs”, assène
le francophone Dr Eser Karakas, de l’universite Bahcesehir. Le flux
migratoire qu’engendrerait une adhesion de la Turquie? Baris Oney,
directeur du developpement international de l’operateur mobile
Turkcell, très present en Asie et dans l’ex-CEI, s’impatiente un peu.
“Il y aura sûrement des Turcs qui partiront, mais nombre d’entre eux
vont revenir car c’est l’economie et l’emploi qui seront determinants.”
Aldo Kaslowski partage le meme raisonnement. “Depuis la crise de 2001,
notre economie a enregistre des performances extraordinaires.
Si nous continuons ainsi, le niveau de vie general pourrait atteindre
un revenu par tete d’habitant en milieu urbain de plus de 10.000
dollars voire 15.000 dollars. Si cela se realise, et nous sommes
bien partis pour, l’exode turc que les Europeens redoutent n’aura
pas lieu. Le Turc n’est pas un migrant heureux.”
Diaspora
Avec des mots prudents, soucieux de ne pas stigmatiser une population
que l’homme de la rue a tendance a facilement moquer, Gunduz Ozdemir,
directeur general d’Arcelik, une filiale du groupe Koc specialisee
notamment dans l’electromenager, tient a evoquer la diaspora turque,
a commencer par celle qui vit en Allemagne. “Les Turcs qui vivent en
Europe ne reflètent pas l’image contemporaine de leur pays d’origine,
deplore-t-il. Parmi eux, il y a des milliers de gens qui sont partis
d’Anatolie pour l’Europe sans meme avoir jamais mis les pieds dans
une grande ville.”
Faruk Birtek, quant a lui, est attentif a l’evolution des nouvelles
generations de Turcs nes en Europe qu’il juge aptes a s’integrer,
mais il s’inquiète du message vehicule par des televisions turques
diffusees par satellite. “Elles sont parmi les plus nationalistes et
vehiculent en permanence un message anti-europeen. Or, si nous voulons
reussir l’adhesion, il faut encourager ces nouvelles generations a
etre europeennes.” Pour Toker Alban, vice-president du conglomerat
Eczacibasi, il est temps de ne plus tergiverser. “Nous voulons
etre membres de l’Union europeenne et nous n’avons pas besoin de
carottes pour nous pousser a plus de reformes. L’adhesion doit etre
le seul objectif.” Ce discours n’arrive pas a masquer le doute qui
s’installe. Dans les grandes tours financières ou commerciales du
quartier Levent ou dans les sièges des principaux groupes turcs où,
pour entrer, il faut passer sous un portique detecteur de metal
– mais où une simple carte de visite permet de justifier de son
identite -, l’idee d’un plan B, alternative a l’adhesion, fait son
chemin. “Être en conformite avec tous les critères d’adhesion est tout
aussi important que l’adhesion elle-meme”, affirme Serpil Timuray,
la directrice generale de Danone en Turquie. “L’Europe nous offre
une longue check-list qui nous tire vers le haut et nous en profitons
pour nous ameliorer.”
Ce thème de la candidature, qui serait aussi importante voire plus
importante que l’adhesion, est dans plusieurs bouches, mais il serait
hasardeux d’en conclure que l’heure est a la resignation. Bien au
contraire, une mise en garde suit souvent ce raisonnement. “En 2014,
au vu de l’evolution de notre economie, c’est l’Europe qui aura besoin
de nous pour faire face a la mondialisation et a ses rivaux asiatiques
et americains”, affirme l’universitaire francophone Suheyl Batum.
Reformes
Le discours est le meme au sein de Turkpnfed, une federation
patronale de creation recente. “Où les Europeens veulent-ils que
la Turquie soit? Vers qui veulent-ils qu’elle se tourne?” interroge
Celal Beysel, son vice-president. Bulent Akgerman, president de la
federation des associations industriels, rencherit, un brin moqueur:
“Savez-vous pourquoi les Etats-Unis veulent que nous fassions partie
de l’Europe? C’est parce qu’ils espèrent que notre candidature sera
rejetee!” Mais – vaste sujet – la Turquie est-elle vraiment prete
a entrer dans l’UE? “Il y a encore beaucoup de pain sur la planche
en matière de reformes, meme si nous en avons accompli une grande
part”, reconnaît Dilek Yardim, la directrice generale de Deutsche
Bank en Turquie.
Restent les avancees democratiques et, la, l’intellectuel Murat
Belge est categorique. “La Turquie actuelle ne peut faire partie de
l’Union europeenne, il y a beaucoup de progrès a faire en matière
de democratie.” Et de conclure en souriant: “Groucho Marx a dit
un jour qu’il ne concevait pas de rejoindre un Club suffisamment
stupide pour l’accepter. Cela vaut pour nous. Les Europeens doivent
etre exigeants sur nos efforts en matière de democratisation pour que
nous nous sentions totalement en confiance vis-a-vis de l’interet de
cette adhesion.”
–Boundary_(ID_27e52viusCujnAVro0Ns9w) —
Pierre Nora :”Legiferer Sur Le Genocide Armenien, C’Est Steriliser L
PIERRE NORA : “LEGIFERER SUR LE GENOCIDE ARMENIEN, C’EST STERILISER L’HISTOIRE”
Frederic Fritscher, Alexis Lacroix
Le Figaro, France
17 mai 2006
Membre de l’Academie francaise, directeur des ” Lieux de memoire “,
cofondateur de l’association Liberte pour l’histoire, l’historien
Pierre Nora met en garde contre le projet de loi du PS.
LE FIGARO. – Le Parti socialiste a depose une proposition de loi,
presentee demain, visant a instituer des sanctions penales contre la
negation du genocide armenien. Qu’en pensez-vous ?
Pierre NORA. – Si ce projet passait, un seuil serait franchi. Après
toutes les mises en garde contre les dangers des lois sur l’histoire,
venues de tous les côtes, ce serait la porte ouverte a toutes les
derives. Un vrai defi.
L’intention n’est-elle pas de punir une forme perverse de
negationnisme, pratiquee par de celèbres historiens ?
Non, vous vous trompez. De la part des historiens auxquels vous
faites allusion, que ce soit Gilles Veinstein ou Bernard Lewis,
il n’y a jamais eu l’expression du moindre negationnisme. Aucun de
ces eminents chercheurs n’a jamais nie l’immensite du massacre subi
par les Armeniens. Lewis et Veinstein se sont engages, tour a tour,
dans une discussion critique dont l’enjeu n’etait aucunement d’etre
affirmatifs ou definitifs – mais de mettre en perspective ce que l’on
appelle, en termes juridiques, un ” genocide “. La tempete declenchee,
il y a quelques annees en France, autour de Bernard Lewis relève du
terrorisme intellectuel.
Quel terrorisme intellectuel ?
Bernard Lewis est un très grand historien, dont les analyses sur
l’histoire du Proche-Orient et sur l’islam font l’objet de la plus
vaste reconnaissance internationale. Eh bien, il a suffi qu’après
quinze annees de recherches fouillees sur le massacre des Armeniens,
il en vienne a ecarter la qualification de ” crime contre l’humanite
“, pour qu’en France, la ” bien-pensance ” le condamne en justice. Il
aurait pourtant fallu se souvenir que, dès qu’elle fut forgee, a la
Liberation, l’appellation de genocide fut une notion intentionnaliste
; il aurait suffi de comprendre qu’elle designe la decision, prise
par un Etat, de conduire une politique d’extermination. Lorsque
des historiens se demandent si le massacre des Armeniens relève
de l’intentionnalisme genocidaire, il ne s’agit nullement pour eux
de pinailler ou de contester l’existence de ce qui pourrait etre un
genocide au sens general ou generique du terme. Non. Le problème dont
nous avons a debattre aujourd’hui est ailleurs.
Où se situe-t-il, d’après vous ?
La question est de savoir s’il est opportun d’etendre les penalisations
prevues par la loi Gayssot au genocide armenien. A la suite de la
loi sur la colonisation et de l’assignation en justice d’Olivier
Petre-Grenouilleau, l’auteur d’un ouvrage que j’ai edite sur Les
Traites negrières, nous sommes quelques historiens a avoir fonde
l’association Liberte pour l’histoire, qui a tout de suite trouve une
large adhesion du monde enseignant. Et nous sommes alles voir tous les
presidents de groupe, bien d’accord pour dire qu’il n’etait pas de la
competence du Parlement de legiferer sur le passe car cela aboutissait
a creer une verite officielle, indiscutable, ossifiee. Si, aujourd’hui,
cette loi etait votee, cela signifierait que l’alerte que nous avons
donnee avec l’appui des presidents de groupe n’a aucun effet et que
la voix desinteressee des historiens porte moins en cette affaire que
celle des lobbyistes. Or j’y insiste : en defendant la ” liberte pour
l’histoire “, ce n’est pas notre ” boutique ” que nous defendons. Notre
demarche n’est ni mandarinale ni corporatiste. C’est une question de
bon sens, de raison, de liberte intellectuelle et d’interet national.
Les demandes de reconnaissance memorielle ne sont-elles pas des
reparations symboliques assez legitimes ?
Que les Armeniens luttent pour la reconnaissance historique de leur
tragedie et contre la denegation officielle de la Turquie, je le
comprends parfaitement. Il ne m’apparaît pas non plus illegitime
que l’esclavage ou la traite des Noirs soient considerees comme
un abominable crime contre l’humanite, du point de vue moral. La
difficulte commence a partir du moment où l’on fait de la
reconnaissance de cette histoire une contrainte legislative. Car
la notion de crime contre l’humanite – c’est meme son principe
et son essence – implique l’imprescriptibilite. Or, quand les
responsables du crime sont tous morts, vers qui, fatalement, se
retourne l’incrimination ? Eh bien, vers les historiens. Ce sont les
chercheurs qui deviennent ainsi des criminels en puissance.
Lorsque l’Etat ” se mele de l’histoire “, pour reprendre la formule
Rene Remond, est-ce qu’il poursuit des interets bien compris ?
Personne, excepte les deputes exposes a la pression des associations
armeniennes, ne souhaite que cette loi memorielle soit adoptee.
Jean-Marc Ayrault (PS) a fait savoir son desaccord. Bernard Accoyer
(UMP) de meme et, d’après mes informations, Herve Morin (UDF) aussi.
La commission des lois a exprime sa desapprobation. Cette initiative
socialiste est d’autant plus invraisemblable que le Parti socialiste
soutient officiellement l’entree de la Turquie dans l’UE. Est-il
vraiment opportun du point de vue politique de fabriquer une loi
qui, non contente d’etre mauvaise par principe, ouvre une veritable
boîte de Pandore et fraie la voie a une extension des penalisations
criminelles contre l’humanite a tous les genocides quels qu’ils soient
et aux revendications de toutes les memoires blessees ?
Demain, le Kosovo ? Après-demain, les Tchetchènes, les Rwandais ? Et
pourquoi pas les Vendeens, les Albigeois, les protestants ?
En quoi s’agit-il la d’une surenchère francaise ?
L’emballement du legislateur en matière memorielle n’existe
qu’en France sous cette forme. La fuite en avant risque d’etre
irreversible. En fondant Liberte pour l’histoire, nous avions cru
mettre un coup d’arret a cet emballement legislatif. Certes, l’article
4 de la loi sur la colonisation a ete aboli. Mais avec ce projet de
loi sur l’Armenie, tout recommence. S’il passe, le verrouillage ici
sera complet. Et cela, au moment meme où la Turquie s’est engagee a
reconnaître les conclusions scientifiques d’une commission paritaire
d’historiens turcs et armeniens. Conclusion : il serait plus facile
de discuter la question armenienne a Istanbul qu’a Paris. C’est un
comble !
L’historien travaille-t-il toujours a ” refroidir ” le passe ?
Non, son rôle a change. L’histoire contemporaine, tragique, chaotique,
acceleree, court-circuite le temps long de la reflexion.
L’historien a desormais moins vocation a etre un passeur entre le
passe et le futur qu’a jouer les arbitres dans le feu roulant des
demandes sociales. Mais encore faut-il lui en laisser les moyens. La
contagion legislative et la gangue de tabous sont aussi inadmissibles
que dangereuses. Gare a la criminalisation generale du passe ! C’est
une forme de suicide collectif.
–Boundary_(ID_zVPHAj+0yPt9FR+m1aLcdg) —
Negation Du Genocide: Logique D’Historiens Contre Douleur Des Armeni
NEGATION DU GENOCIDE: LOGIQUE D’HISTORIENS CONTRE DOULEUR DES ARMENIENS
Par Isabelle Ligner
Agence France Presse
16 mai 2006 mardi 2:45 PM GMT
Des historiens denoncent la proposition de loi socialiste visant a
sanctionner la negation du genocide armenien de 1915, examinee jeudi
par l’Assemblee, tandis que des Armeniens disent leur douleur de voir
la France “s’incliner devant le negationnisme d’Etat de la Turquie”.
“Cette proposition de loi, comme toutes les lois memorielles, est
redoutable car elle tend a imposer des verites officielles qui vont
geler l’Histoire, interdire le debat”, assure a l’AFP l’historien
Jean-Pierre Azema, l’un des auteurs de la petition “Liberte pour
l’histoire” lancee en decembre et signee par 700 historiens, chercheurs
et enseignants. “C’est tout simplement aberrant en democratie”.
Parmi les signataires de la petition qui va deboucher sur une
association “de veille et de recours”, figurent des universitaires
comme Elisabeth Badinter, Marc Ferro ou Pierre Vidal-Naquet.
“La loi ne saurait dire le vrai, il faut lutter contre la
judiciarisation actuelle”, rappelle M. Azema. Avec les lois memorielles
sur l’esclavage, la colonisation ou le genocide armenien “des mauvais
coucheurs vont pouvoir traîner des enseignants en justice sous des
pretextes divers”, deplore-t-il.
“On ne manie pas les memoires avec des desseins electoraux”, accuse
M. Azema qui relève que la France s’expose a des “surenchères
communautaires”. “Dans le cas du Rwanda, pour lequel la definition
de genocide fonctionne très bien, la France, impliquee, n’envisage
curieusement pas de legiferer”, souligne-t-il.
Cette proposition de loi, qui a peu de chance d’etre adoptee, prevoit,
sur le modèle des lois contre le negationnisme de la Shoah, un an
d’emprisonnement et une amende de 45.OOO euros pour les auteurs de
declarations niant que les massacres d’Armeniens perpetres sur ordre
du gouvernement ottoman des Jeunes Turcs pendant la première guerre
mondiale entre 1915 et 1917 soit un genocide.
Elle vise a “completer” la loi du 29 janvier 2001 par laquelle l’Etat
francais – comme l’Onu, la Grèce, la Russie et le Parlement europeen
– a reconnu les massacres d’Armeniens comme le premier genocide du
20ème siècle.
La loi de 2001, comme la proposition de loi actuelle, a suscite la
colère d’Ankara. La Turquie admet des massacres de 300.000 Armeniens
mais parle de legitime defense assurant que les Armeniens combattaient
aux côtes des Russes et refute categoriquement le genocide de 1,2 a
1,5 million d’Armeniens.
Pour Seta Papazian, presidente du Collectif Van (Vigilance armenienne
contre le negationnisme), ce “negationniste de plus en plus virulent”
de la Turquie “ne laisse pas le choix, il faut legiferer afin que
la France cesse de s’incliner devant la Turquie qui allie chantage
et menaces”. Ankara a fait jouer son poids economique et a rappele
son ambassadeur a Paris pour consultation en avertissant que les
relations bilaterales pourraient etre durablement affectees.
Mme Papazian trouve ironique que l’on mette en avant la defense de la
liberte d’expression pour s’opposer a la proposition de loi “alors
qu’en Turquie, le simple fait d’evoquer le genocide est passible de
10 ans de prison”.
En France recemment, des associations franco-turques ont celebre Talaat
Pacha, ministre de l’Interieur ottoman qui orchestra le genocide. “Pour
nous, c’est comme si l’on celebrait Hitler”, assure Mme Papazian. “Le
negationnisme nous tue en permanence dans les medias, sur internet. Il
n’y a pas a tergiverser, il nous faut une loi, il y a des limites a
la liberte d’expression”.
–Boundary_(ID_2MEufMWZ4x8Fq5CZ7dg 2FA)–
Incidents Lors D’Un =?UNKNOWN?Q?Proc=E8s?= Contre Un JournalisteArme
INCIDENTS LORS D’UN PROCèS CONTRE UN JOURNALISTE ARMENIEN DE TURQUIE
Agence France Presse
16 mai 2006 mardi 12:11 PM GMT
Un procès contre le journaliste turc d’origine armenienne, Hrant Dink,
accuse de “tentative d’influencer la justice” pour avoir commente ses
propres demeles judiciaires, a ete suspendu mardi a Istanbul après que
des nationalistes eurent provoque des incidents, a indique son avocate.
L’audience a ete fortement perturbee par un groupe de juristes
nationalistes a l’origine des poursuites, au point d’obliger la cour
a reporter le procès au 4 juillet, a affirme par telephone a l’AFP
Me Fethiye Cetin.
“Kemal Kerincsiz (president de l’Union des juristes nationalistes,
ndlr) et son equipe sont venus en nombre, ils nous ont agresse aussi
bien physiquement que verbalement”, a declare Mme Cetin, qui n’a
pas pu donner de plus amples details, expliquant qu’elle etait sous
protection policière.
“Quand je suis rentre, ils s’en sont pris a moi, ils ont crie ‘fiche
le camp de ce pays’ et m’ont crache dessus”, a explique a l’AFP M.
Dink, ajoutant qu’il avait du quitter le tribunal par la porte de
derrière et sous escorte policière.
La police a egalement dû intervenir a la demande de la cour pour
empecher des militants nationalistes d’entrer dans la salle d’audience.
A l’exterieur du tribunal, une cinquantaine de manifestants d’extreme
droite se sont battus avec une quinzaine de militants de gauche venus
soutenir M. Dink aux cris de “ce sont nos intellectuels, nos peuples
sont frères”, a constate un photographe de l’AFP.
M. Dink, redacteur en chef du quotidien bilingue turc-armenien Agos,
et trois autres membres de la redaction encourent jusqu’a trois ans
de prison pour s’etre interroges en octobre dans leurs colonnes sur
le fonctionnement de la justice turque.
L’article en question faisait suite a la condamnation de M. Dink a
six mois de prison avec sursis pour “insulte a l’identite turque”.
M. Dink etait poursuivi pour un article paru en 2004 dans son journal
consacre a la memoire collective des massacres d’Armeniens commis
entre 1915 et 1917 en Anatolie.
La question armenienne est très sensible en Turquie, qui estime
inapproprie l’emploi du terme genocide pour definir les evenements
qui se sont deroules dans les dernières annees de l’Empire ottoman.
Plusieurs pays ont qualifie les massacres de genocide.
–Boundary_(ID_oKX/Zk+Z6ETYeRO3fR1syg)- –
Ottawa: Turkish Ambassador Returns This Week
TURKISH AMBASSADOR RETURNS THIS WEEK
by Jennifer Campbell, The Ottawa Citizen
The Ottawa Citizen, Canada
May 17, 2006 Wednesday
Final Edition
Turkish Ambassador Aydemir Erman is returning to Canada by Thursday
at the latest. Although news reports claimed he’d been recalled to
Turkey, the ambassador was actually summoned home for consultations,
not recalled, which has considerably more charged implications in
diplomatic circles.
Canada, observers will remember, recalled its ambassador to Iran
in 2004 when the Iranian officials abruptly stopped the trial of
Mohammad Reza Aghdam Ahmadi, who was charged with the murder of
Montreal photojournalist Zahra Kazemi.
That said, the move wasn’t taken lightly, said Yonet Tezel, counsellor
at the Turkish embassy in Ottawa. Mr. Erman went home for “very
high-level consultations” after Prime Minister Stephen Harper declared
that the First World War killings of Armenians by Turks constituted
genocide. Turkey also called home its ambassador to France to protest
a French bill that would make it illegal to deny what it called the
“Armenian Genocide.”
“This is a serious thing,” Mr. Tezel said, adding that it’s not often
that Turkey summons an ambassador home for such consultations. In
fact, he said it had never happened with the country’s Canadian
envoy. He said the ambassador’s consultations were “constructive
and comprehensive.”
Genocide Armenien: Une Proposition De Loi PS Qui Embarrasse Les Depu
GENOCIDE ARMENIEN: UNE PROPOSITION DE LOI PS QUI EMBARRASSE LES DEPUTES
Avant-Papier
Par Suzette BLOCH
Agence France Presse
16 mai 2006 mardi
Les deputes examineront jeudi matin une proposition de loi socialiste
rendant passible de prison la negation du genocide armenien de 1915,
un texte qui divise et embarrasse les elus tout en provoquant des
tensions entre Ankara et Paris.
Le texte vise a completer par un volet penal la loi du 29 janvier 2001
par laquelle la France reconnaît le genocide armenien. Elle fait de
la negation du genocide un delit punissable d’un an d’emprisonnement
et de 45.000 euros d’amende.
La proposition de loi ne devrait pas etre adoptee, une très large
majorite des deputes UMP y etant opposee.
Une incertitude demeure cependant et tout dependra du nombre de
deputes presents en seance. Des deputes UMP sont en effet favorables
a ce texte et le groupe leur a laisse la liberte de vote.
En outre, deux propositions de loi similaires d’elus UMP, ont ete
deposees juste après le texte du Parti socialiste, l’une d’Eric Raoult
(Seine-Saint-Denis) et l’autre de Richard Mallie (Bouches-du-Rhône)
et Roland Blum (Bouches-du-Rhône).
Très mobilisee, la communaute d’origine armenienne, estimee a 500.000
personnes (80.000 dans la region de Lyon et autant dans la region de
Marseille), represente un electorat non negligeable.
“Le negationnisme n’est sanctionne actuellement que s’il concerne
l’Holocauste. Cette specificite prive les victimes du genocide armenien
du respect de leur memoire et de leur identite que le negationnisme
remet en cause regulièrement”, argumente le rapporteur PS du texte,
Christophe Masse (Bouches-du-Rhône).
Il en veut pour preuve les evenements recents de Lyon où
l’inauguration, en avril, d’un memorial du genocide armenien a
entraîne des profanations et des manifestations pro-turques, avec
des slogans negationnistes.
L’UMP, echaudee par la recente polemique sur la colonisation, est
cependant opposee au texte.
Le rôle de la loi n’est “pas d’ecrire l’histoire”, a souligne le
president de l’Assemblee nationale, Jean-Louis Debre. “Nous avons tous
participe a un debat qui a conclu a la necessite de ne plus legiferer
sur les faits historiques, sur leur interpretation, sur la memoire”,
a rencheri Bernard Accoyer (UMP).
A la suite d’un tolle chez les historiens, les defenseurs des droits
de l’Homme et dans les rangs de l’opposition, le gouvernement avait
dû faire supprimer l’article 4 de la loi du 23 fevrier 2005 sur
“le rôle positif” de la colonisation en Afrique du Nord. A droite
comme a gauche, beaucoup avaient alors convenu qu’il ne fallait pas
legiferer sur l’histoire.
Plusieurs historiens de renom opposes au vote de “lois memorielles”
se sont declare “profondement choques” de l’initiative du PS.
Parmi les socialistes, elle ne fait pas non plus l’unanimite. Le chef
de file du groupe, Jean-Marc Ayrault, a fait part de ses “extremes
reserves”.
Du côte des centristes, la position est plus claire et selon Francois
Rochebloine, qui sera leur orateur, les deputes UDF devraient voter
le texte.
La proposition crispe a nouveau les relations avec Ankara deja furieuse
de la reconnaissance du genocide armenien. La Turquie a rappele son
ambassadeur a Paris pour consultation en avertissant la France que
les relations bilaterales pourraient etre gravement affectees par
cette loi.
Les Armeniens estiment que jusqu’a 1,5 million des leurs ont peri
dans un genocide organise par l’Empire ottoman entre 1915 et 1917,
tandis qu’Ankara evoque des massacres de part et d’autre mais recuse
les accusations de genocide.
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TURCHIA: Genocidio Armeno, Ankara Mette In Guardia Parigi
TURCHIA: GENOCIDIO ARMENO, ANKARA METTE IN GUARDIA PARIGI
ANSA Notiziario Generale in Italiano
May 17, 2006
Domani Parlamento Francese Vota Su Progetto Di Legge
(ANSA) – ANKARA, 17 GIU – Il ministero degli esteri turco ha oggi
messo in guardia la Francia lasciando intendere chiaramente che
un’eventuale approvazione domani al Parlamento di Parigi di una legge
che prevede sanzioni contro chi negasse il genocidio degli armeni,
potrebbe inficiare le relazioni tra i due paesi.
“Noi ci aspettiamo che la Francia non consenta alcuna iniziativa che
possa danneggiare le nostre relazioni storiche.
Noi sappiamo che il governo ed il popolo francese condividono il nostro
punto di vista. Ci aspettiamo percio’ che il parlamento francese
respinga il progetto di legge che prevede sanzioni per coloro che
negano il cosidetto genocidio armeno”, ha dichiarato questo pomeriggio
il portavoce del ministero degli esteri, Namik Tan.
Nei giorni scorsi diversi esponenti del governo turco avevano
stigmatizzato il progetto di legge osservando tra l’altro che esso,
se approvato, introdurrebbe in Francia un reato di opinione.
From: Emil Lazarian | Ararat NewsPress
Armenian Brothers’ Rent Case Begins
ARMENIAN BROTHERS’ RENT CASE BEGINS
By Evelyn Kwamboka
Standard, Kenya
May 18 2006
The hearing of a case in which a landlord has sued the Armenian
brothers over a Sh0.8 million rent dispute opened in a Nairobi court
on Wednesday.
Mr Sammy Musyoki has moved to court seeking orders to compel Artur
Margaryan and Artur Sargasyan to pay the money for terminating their
contract. Musyoki had leased his house in Nairobi’s Runda Estate to
the brothers through their company, Brotherlink International Ltd.
Through his lawyer, Mr Richard Mutiso, Musyoki told the court that
he received a letter terminating the one-year contract on May 11,
adding that an attempt to convert a deposit paid for the house into
rent was contrary to the tenancy agreement.
“I have a reasonable apprehension that they may leave the jurisdiction
of the court and consequently render any eventual decree nugatory,”
he said.
But Justice Festus Azangalala said the court could not give exparte
orders and instead ordered that the matter be heard inter partes on
May 25.
Armenia’s Policy Targeted At Stability
ARMENIA’S POLICY TARGETED AT STABILITY
PanARMENIAN.Net
17.05.2006 15:52 GMT+04:00
/PanARMENIAN.Net/ Armenia’s policy in the region is targeted at
transforming it into a region of stability, cooperation and development
of the states on the basis of democracy and human rights observance,
Armenian Deputy Foreign Minister Gegham Gharibjanian stated at the
international scientific conference titled “Caucasus without conflicts
and terror: dialogue of civilizations on the Caucasian crossroad”
held in Yerevan today. In his words, this way it would be possible
to counteract the challenges and international terrorism. The Deputy
Minister remarked that the dialogue between civilizations was initiated
by former Iranian President Mohammad Khatami several years ago.
“The Iran-Armenia relations can serve as an ideal model of relations
for the South Caucasian states.
Unfortunately the same cannot be said about the relations between
Armenia and Turkey. The Armenian-Turkish relations can be settled
if Turkey acknowledges the Armenian Genocide, opens the borders and
assumes a neutral position on the Nagorno Karabakh conflict settlement,
Gegham Gharibjanian underscored.
Russia Going To Build First NPP In Turkey
RUSSIA GOING TO BUILD FIRST NPP IN TURKEY
PanARMENIAN.Net
17.05.2006 16:06 GMT+04:00
/PanARMENIAN.Net/ Atomstroyexport Russian company announced of the
wish to build the first nuclear power plant in Turkey. The province
of the port city of Sinop on the Black Sea was chosen to host the
plant. A representative of the Turkish government told Reuters that
11 companies submitted their projects. According to the source, no
tender will be held. The Turkish Ministry of Energy will choose the
best project and introduce it in the government. The construction
will be started next year despite numerous protests of environment
protection activists and inhabitants of the region.
Observers say that Turkey wishes to free its energy system from gas
deliveries from Russia and Iran.
Yesterday a Turkish official expressed regret that Turkey falls behind
of other states in nuclear energy utilization, reported BBC.