Kurdes ou Turcs, ils parlent de leurs grands-parents arméniens

Le Temps, Suisse
Vendredi 29 Avril 2011

Kurdes ou Turcs, ils parlent de leurs grands-parents arméniens

Pendant les massacres de 1915, des enfants arméniens ont été adoptés –
ou ravis – par des familles turques, des jeunes femmes ont été mariées
à des musulmans. Leur souvenir a ensuite été enfoui sous le déni
nationaliste. Mais leurs petits-enfants ont commencé à se souvenir. Un
livre bouleversant sur l’oubli et sur la mémoire

Par Sylvie Arsever

Zerdüst, 35 ans, est Kurde et musulman. Lorsqu’on creuse pour édifier
un nouvel immeuble dans son quartier, il n’est pas rare qu’on bute sur
des restes de tombes arméniennes. Sa – grand-mère paternelle et son
– arrière-grand-mère maternelle étaient elles aussi Arméniennes. Dans
son enfance, il fêtait la nouvelle année le 13 janvier, jour où les
orthodoxes célèbrent saint Jacques de Nisibe, en allant chanter chez
les voisins, qui lui donnaient des sucreries. Plusieurs de ces voisins
étaient eux-mêmes des Arméniens, combinant souvent les apparences de
l’islam – plusieurs avaient fait le pèlerinage de La Mecque – et la
foi de leurs ancêtres.

Cela se vivait mais ça ne se disait pas. Il n’existait qu’une réalité
officielle: un peuple turc et fier de l’être, socle en théorie plus
politique qu’ethnique d’une république où la montée du nationalisme a
rapidement condamné les minorités à un silence apeuré: «On nous
cimente les lèvres», dit encore – Zerdüst.

Kurde et Arménien, Arménien et Turc, voire Arménien, Turc et Kurde,
ces identités mixtes ont longtemps été proprement impensables – se
définir comme Kurde était déjà bien assez difficile dans le climat de
guerre civile des années 1980. Contraints au silence et à la
dissimulation pour survivre, les Arméniens restés ou revenus en
Anatolie sont niés de toute part: par la majorité turque, qui, jusqu’à
récemment, ignorait jusqu’à leur existence, et par la diaspora
arménienne, qui tend à les considérer comme perdus pour la cause
nationale.

Les choses ont commencé à changer dans les années 1990, notamment à
partir du journal Agos, créé par le poète Hrant Dink, assassiné en
2007 par un extrémiste. Ecrit en turc et en arménien, l’hebdomadaire
s’est vite taillé une audience dépassant la seule communauté
arménienne d’Istanbul. La discussion sur les événements de 1915 est
devenue envisageable, des historiens, même difficilement, se sont
parlé. Et de plus en plus de Turcs se sont souvenus.

Le Livre de ma grand-mère, où – Fethiye xC3etin raconte la vie de son
aïeule Heranus, seule survivante de sa fratrie, adoptée par un soldat
turc, devenue Seher la très aimée de sa famille musulmane, a été un
succès retentissant. Aujourd’hui, une production éditoriale importante
est consacrée à l’histoire arménienne, sous tous ses aspects.

Mais les lèvres n’ont pas été totalement débarrassées du ciment qui
les enserre, tant s’en faut. Le nouveau livre que Fethiye xC3etin
consacre, avec l’anthropologue Ayse Gül Altinay, à d’autres
petits-enfants de survivants témoigne de l’épaisseur des couches de
silence qui entourent encore la mémoire des massacres.

La violence originelle des tueries de 1915 y apparaît rarement au
premier plan, même si certains aïeuls, arméniens ou kurdes, en ont
parlé en termes crus et sans ambiguïté – églises brûlées avec leurs
paroissiens, enfants jetés dans des puits, familles poussées dans un
précipice que borde encore aujourd’hui «la falaise des Arméniens»…
Elle se distingue en abîme de violences plus sournoises, parfois
proprement indicibles, constituées par un silence d’autant plus épais
qu’il s’alimente, autant que de la crainte de mettre sa vie en danger,
de celle de troubler une harmonie familiale souvent bien réelle même
si elle est fondée sur une part de mensonge.

Car ces histoires ne sont pas faites que de cruauté. La générosité et
la compassion s’y mêlent au contraire constamment à la méchanceté et à
l’abus de pouvoir, sans qu’il soit d’ailleurs toujours possible, la
distance aidant, de les différencier.

D’une grand-mère qui n’a jamais rien dit de son passé, comment savoir
si sa survie a résulté du cadeau désintéressé d’un juste ou si elle a
constitué le salaire de l’esclavage sexuel? Peut-on, d’ailleurs, poser
la question exactement en ces termes dans une société où bien peu de
mariages étaient conclus librement?

Une chose, en tout cas, frappe: beaucoup de ces survivants isolés dans
des communautés étrangères apparaissent comme des personnages
lumineux, attentifs aux autres et appréciés loin à la ronde –
peut-être, hasardent quelques petits-enfants, parce qu’il leur fallait
à tout prix se faire accepter.

Les fils de l’identité, dans tout ça, se perdent parfois. Certains en
transmettent en douce un peu à leurs enfants – des noms, des récits,
une conception plus élastique des interdits de l’islam. D’autres au
contraire en remettent sur leur nouvelle appartenance, s’appliquant à
devenir des croyants exemplaires.

Mais même niées, les traces du passé sont partout: dans les ossements
qui affleurent parfois sous le soc des charrues, par cette habitude
bizarre qu’évoquent plusieurs petits-enfants de peindre des oeufs à
Pques, chez ces chasseurs de trésors convaincus de savoir où est
enterré l’«or des Arméniens» ou dans cet étrange village dépourvu de
lieux de culte, ressemblant à un «village d’athées» mais entouré
d’églises désaffectées…

S’y ajoute, parfois vigoureusement exprimée, la nostalgie d’une époque
où il était possible de vivre coude à coude sur ces terres
est-anatoliennes que le nationalisme attribue aujourd’hui, suivant les
camps, au Kurdistan, à l’Arménie ou à une Turquie où aucune minorité
n’aurait jamais vécu.

Aux fêtes religieuses, ont entendu certains, on échangeait des cadeaux
– des oeufs à Pques, des parts de mouton à l’Aïd. Les Arméniens,
assurent d’autres, avaient des compétences en matière d’horticulture
et de commerce qui seraient bien utiles à la région aujourd’hui.

Et finalement, cet appel à la tolérance est, lui aussi, identitaire.
Car, comme le dit encore Zerdüst, «nous sommes tous de sangs mêlés,
nous ne pouvons pas nous diviser» – du moins sans que chacun ne doive
amputer une partie de lui-même.

Une vérité qui éclôt très, trop lentement en Turquie. Et qui parfois
semble sérieusement régresser ailleurs.

From: A. Papazian

Genève : 25e édition du Salon international du livre et de la presse

La Voix du Nord
jeudi 28 avril 2011

Genève : 25e édition du Salon international du livre et de la presse
du 29 avril au 3 mai à Palexpo

La 25e édition du Salon international du livre et de la presse de
Genève se tiendra cette année du 29 avril au 3 mai, à Geneva Palexpo.
Beaucoup plus qu’une exposition ou une simple librairie, c’est un
événement bouillonnant, fait de rencontres, de découvertes,
d’échanges, réunissant quelque 100 000 personnes : auteurs, éditeurs,
libraires, distributeurs journalistes et autres acteurs du monde de
l’écrit, de la culture et des media, et, bien sûr, visiteurs de tous
ges. Cette année, l’Arménie et l’Office fédéral de la culture seront
les hôtes d’honneur et la grande exposition, quant à elle, aura pour
thème “L’art de la Franc-maçonnerie”. Le salon, qui se tient dans la
halle 7, est ouvert tous les jours, de 9 h 30 à 19 h, sauf le lundi
(nocturne jusqu’à 21 h 30). Tarifs : étudiants, AVS, enfants de six à
16 ans et groupe de 20 personnes (5 CHF) ; adultes (12 CHF) ; entrée
gratuite vendredi 29 avril. En l’honneur de sa 25e édition, le Salon
international du livre et de la presse ainsi que le Salon de
l’Étudiant sont également gratuits pour les personnes gées de 25 ans
sur présentation d’une pièce d’identité à la caisse. Billetterie en
ligne sur ; 00 41 22 761 11 11.

From: A. Papazian

www.salondulivre.ch

Pour l’Arménie

Le Point, France
28 Avril 2011

Pour l’Arménie

par Franz-Olivier Giesbert

Peut-on insulter impunément les morts ? Ou bien faut-il une loi qui,
reconnaissant le génocide arménien, réprime les propos abjects de ceux
qui le nient contre toute évidence ? On a assez défendu, ici, le
principe de la liberté d’expression, régulièrement mise en pièces par
notre République, pour n’être pas troublé par l’incroyable
pusillanimité de la classe politique dès lors qu’il s’agit de
l’extermination, de 1915 à 1916, d’un million et demi d’Arméniens par
l’Etat turc.

Circulez, il n’y a rien à voir. Tel est le mot d’ordre. On a encore eu
un exemple de cet état d’esprit avec la conclusion de la commission
des Lois du Sénat sur un texte “tendant à réprimer la contestation de
l’existence du génocide arménien”. Si les mots ont un sens, ce qui est
arrivé aux Arméniens en Turquie est bien un des génocides de cet
affreux XXe siècle. Pourquoi ceux qui le nient ne seraient-ils pas
sanctionnés comme les débiles et les tarés qui contestent les 6
millions de morts de la Shoah ? Certes, le rapporteur qui a conclu à
l’irrecevabilité de la proposition de loi rappelle à bon droit, comme
beaucoup d’historiens, que notre République a tort d’abuser des lois
dites mémorielles. Mais il fait franchement rire (jaune) quand il ose
invoquer la raison d’Etat et évoquer les “conséquence diplomatiques
inopportunes” que susciterait l’adoption du texte sur “les relations
bilatérales franco-turques”. Comme s’il avait fallu attendre que
l’Allemagne soit d’accord pour reconnaître le génocide perpétré par
les nazis et réprimer ses négationnistes ! Certes, la vérité peut
attendre. Elle a l’habitude. Surtout en Turquie, jusqu’à présent. Mais
elle viendra un jour, parce qu’elle arrive toujours, c’est écrit…

From: A. Papazian

Une famille arménienne : de Bayonne au parc Victor-Thuillat

Le Populaire du Centre
Jeudi 28 Avril 2011
Limoges Edition; Haute Vienne Edition

Une famille arménienne : de Bayonne au parc Victor-Thuillat

Les histoires ont toujours plusieurs versions. Voici celle d’une
famille selon la Maison des Droits de l’Homme et selon la préfecture.
A vous de juger

C’est l’histoire d’une famille arménienne : les parents et leurs
quatre enfants sont arrivés en France en février 2010 par le biais du
dispositif CADA (Centre d’aide aux demandeurs d’asile). En attendant
l’examen de leur demande d’asile, ils ont donc été accueillis dans un
centre d’hébergement, à Bayonne. La demande a finalement été refusée
par la justice qui a prononcé une obligation de quitter le territoire
français (OQTF). La famille a été placée en centre de rétention d’où
elle est partie il y a quelques semaines pour prendre un train
évidemment sans billet. Débarquée à la gare SNCF de Limoges, la
famille n’a trouvé d’autre lieu qu’un parc public, Victor-Thuillat,
pour passer la nuit alors que le plus jeune des enfants, seulement gé
d’un an, était malade et avait 40° de fièvre.

« Une situation humaine insoutenable », selon la Maison des Droits de
l’Homme qui se demande comment cela peut arriver dans un pays dont le
président s’était engagé à tout faire pour que personne ne dorme
dehors. Pour la MDH et les associations qui la soutiennent, depuis
plusieurs années, la France n’est plus véritablement une terre d’asile
et la situation, pour les plus défavorisés, est de plus en plus
difficile.

Interrogé sur cette triste histoire, le secrétaire général de la
préfecture Henri Jean n’a pas tout à fait le même regard. « Cette
famille a été hébergée gratuitement pendant presque un an et c’est
parce qu’elle a fait le choix délibéré de ne pas se plier aux
décisions de la justice française qu’elle s’est retrouvée dans cette
situation. La France est un État de droit ».

From: A. Papazian

Turquie et Arménie de retour sur les chemins de la discorde

L’Echo, Belgique
Mercredi 27 Avril 2011

Turquie et Arménie de retour sur les chemins de la discorde

par Guy Gillain

Le démantèlement, ce mardi, d’un monument érigé en l’honneur de
l’amitié entre Turquie et Arménie n’est qu’un symbole parmi d’autres
de la dégradation des relations entre ces deux pays, après l’accalmie
entrevue en 2009.

génocide non reconnu

La statue, érigée en 2008, fait plus de trente mètres de hauteur et se
trouve à Kars, à la frontière entre les deux États. En janvier
dernier, Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre turc, avait alimenté
la polémique en qualifiant l’oeuvre de “monstruosité”, ajoutant
qu’elle n’avait pas sa place à côté du mausolée d’une des figures de
l’islam turc. Ces déclarations avaient été lancées alors que les
Arméniens commémorent en ce mois d’avril le 96e anniversaire d’un
génocide qui n’est toujours pas reconnu par la Turquie, au contraire
du Parlement européen ou du Sénat belge.

Même les propos très mesurés de Barack Obama, samedi, ont provoqué une
vive réaction du pouvoir turc.

Le président américain a demandé une pleine reconnaissance des
“tueries”, se gardant bien d’évoquer un génocide, pourtant reconnu
dans sa campagne présidentielle de 2008. Ankara a bondi, jugeant que
les déclarations du président américain “déforment les faits
historiques”.

Les accords piétinent

Au-delà des massacres, on aperçoit le surplace général des accords de
réconciliation, signés en 2009 mais pas encore ratifiés. Ceux-ci
prévoyaient la réouverture de la frontière entre les deux pays, fermée
depuis 1993. Des protocoles très mal vécus par la diaspora arménienne,
qui voit d’un mauvais oeil la normalisation des relations
turco-arméniennes, alors qu’Ankara n’envisage aucune reconnaissance
d’un génocide qui a forcé les nombreux membres de cette diaspora à
quitter la région.

Autre pierre d’achoppement, le lien fait par la Turquie entre une
ratification du traité et une avancée dans le dossier du
Haut-Karabakh. L’Arménie occupe toujours cette république
autoproclamée, majoritairement composée d’Arméniens, qui s’est
prononcée pour son indépendance en 1991. Elle était alors une région
autonome d’Azerbaïdjan, allié de la Turquie.

Autant de signes qui montrent que les espoirs d’accalmie aperçus à
l’automne 2009 semblent s’éloigner à chaque nouvelle polémique.
L’approche des élections législatives turques, prévue en juin,
n’aidera probablement pas à l’apaisement. l

Marc Dejardin (st.) avec AFP

From: A. Papazian

Une oeuvre en souvenir du génocide arménien;

Le Temps, Suisse
Mercredi 27 Avril 2011

Une oeuvre en souvenir du génocide arménien;
«Les Réverbères de la mémoire», de Melik Ohanian, déplaisent aux Turcs

par Caroline Stevan

Neuf lampadaires qui s’élancent haut vers le ciel, puis retombent en
arabesques, sans rien éclairer. Les Réverbères de la mémoire, oeuvre
de l’artiste Melik Ohanian, devraient être inaugurés courant 2013 sur
le Bastion Saint-Antoine, à deux pas du Musée genevois d’art et
d’histoire. Destinés à commémorer le génocide arménien, ils provoquent
la colère d’une partie de la communauté turque en Suisse. Une foudre
exacerbée par la participation des autorités à cette perpétuation du
souvenir.

En mai 2008, la Ville de Genève, sollicitée par sa population
arménienne, vote en faveur de l’édification d’une oeuvre. Le Fonds
municipal d’art contemporain (FMAC) est chargé de la mise en place du
projet et verse les 105 000 francs nécessaires à l’organisation d’un
concours international et à l’exposition du dossier lauréat. Les 400
000 francs restants sont pris en charge par la communauté arménienne.
«Genève est une ville internationale; une communauté ne doit pas être
frustrée par rapport à une autre, estime Mehmet Sahingoz, président
d’une association turque en Suisse romande. 130 000 personnes
d’origine turques vivent en Suisse, dont un tiers ont été
naturalisées. Cette décision va à leur encontre, tant qu’aucun comité
scientifique n’aura établi ce génocide.» De fait, nombre d’experts ont
évoqué un génocide au sujet du massacre de 1,2 million d’Arméniens par
l’Empire ottoman en 1915. Une quinzaine d’Etats et parlements l’ont
reconnu malgré les pressions turques. C’est le cas de la chambre basse
suisse. Le Conseil fédéral, lui, mentionne de «tragiques déportations
et massacres».

Les autorités de Genève, «la ville des droits de l’homme», rappellent
dans un communiqué publié fin mars que la notion juridique de génocide
a été formulée pour la première fois par le juriste Raphaël Lemkin en
référence à ce moment historique. Patrice Mugny, en charge de la
culture, se dit fier de l’initiative artistique de sa commune et
indigné par le négationnisme de certains interlocuteurs turcs avec qui
il a eu affaire. «Il est tout de même incroyable qu’après bientôt cent
ans, les Turcs n’arrivent pas à admettre ce qu’ils ont commis. Cette
oeuvre ne se veut pas hostile à la Turquie, les textes gravés sur les
lampadaires évoquent la réparation.»

Caution artistique, la proposition du Français d’origine arménienne
Melik Ohanian l’a emporté à l’unanimité d’un jury mi-arménien
mi-professionnel de l’art contemporain. Pour Michèle Freiburghaus,
directrice du FMAC, l’oeuvre dépasse ainsi la question arménienne:
«Son message a une portée universelle, son dispositif incite au
dialogue. Le point de – départ de Melik Ohanian est un réverbère
new-yorkais. Tout le monde s’est donné rendez-vous un jour sous un
lampadaire.» Bientôt les Turcs avec l’Histoire?

From: A. Papazian

L’amitié turco-arménienne en morceaux

Libération, France
Mercredi 27 Avril 2011

L’amitié turco-arménienne en morceaux

par Ragip Duran

Les bulldozers ont commencé la destruction de l’immense sculpture,
hier matin, avec du matériel spécial acheminé depuis la capitale,
Ankara, jusqu’à cette périphérie de la ville de Kars, tout à côté de
la frontière avec l’Arménie. Symbole d’une possible réconciliation
turco-arménienne, le «monument de l’humanité», avec ses 25 mètres de
hauteur et ses 90 tonnes, avait suscité l’ire du Premier ministre
islamo-conservateur, Recep Tayyip Erdogan, qui lors d’une visite, le 8
janvier à Kars, l’avait défini comme «une monstruosité».

Tout est bon pour gagner les votes de l’extrême droite, à quelques
semaines des législatives du 12 juin, y compris cette destruction
lancée au surlendemain du 24 avril, date où chaque année les Arméniens
commémorent la mémoire des massacres de 1915-1917, qui ont exterminé
plus d’un million des leurs vivant dans l’Empire ottoman. Un génocide
que la Turquie se refuse toujours à qualifier comme tel, même si,
désormais, le tabou se fissure.

«J’ai fait ce monument contre la guerre et pour la paix. S’ils le
détruisent, ce sera un crime contre l’humanité. Et il n’y aura plus de
différence entre le régime turc et les talibans», déclarait quelques
jours plus tôt son maître d’oeuvre, Mehmet Aksoy, le plus prestigieux
sculpteur contemporain turc.

La sculpture montre un homme coupé en deux. Ses mains se tendent. «Ce
grand tas de pierre fait ombre au mausolée d’un saint musulman»,a
estimé le Premier ministre, alors que le sanctuaire se trouve à 2
kilomètres de là. Le nouveau maire de Kars, membre de l’AKP, le parti
au pouvoir, a déclaré que le monument était «érigé sur un site
historique», annulant les autorisations données par son prédécesseur
de la gauche laïque, Naif Alibeyoglu. «Le coût du monument s’élève à
225 000 euros, Mehmet Aksoy a trouvé des sponsors et c’est un très bon
symbole pour la promotion de la ville», explique l’ancien premier
citoyen de Kars.

Le 23 avril, 200 artistes ont organisé une manifestation devant le
monument. Turgut Kazan, l’avocat d’Aksoy, avait demandé que la statue
ne soit pas détruite dans une lettre adressée à son ex-camarade de
prison, aujourd’hui ministre de la Culture, Ertugrul Gunay. «Sinon
vous serez accusé d’ennemi de la paix, de l’art et de la culture»,
prévenait-il. Sans succès.

Les enfants ont accueilli les équipes chargées de la démolition à
coups de pierres. La police a renforcé la sécurité autour du monument.
Lundi, un vent fort a empêché les grues et les bulldozers de commencer
la destruction. Ce n’était qu’un jour de sursis. Le monument sera
découpé en 18 morceaux qui seront remisés dans un hangar de la
municipalité.

From: A. Papazian

Le président arménien prévoit de venir en Suisse début mai

SDA – Service de base français
27 avril 2011 mercredi 6:51 PM CET

Le président arménien prévoit de venir en Suisse début mai

Berne

La Suisse s’efforce de relancer le processus de réconciliation entre
l’Arménie et la Turquie. Dans ce contexte, le président arménien Serge
Sarkissian se rendra à Genève et à Berne début mai.

M. Sarkissian visitera lundi prochain le Salon du livre de Genève, qui
accueille cette année l’Arménie comme hôte d’honneur. Des discussions
à Berne sont prévues mardi, a indiqué mercredi à l’ATS Sarkis
Shahinian, président de l’Association Suisse-Arménie (ASA).

Le Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) a confirmé la
visite du président arménien, sans donner de précision sur le
programme de celle-ci. M. Sarkissian rencontrera la conseillère
fédérale Micheline Calmy-Rey, a précisé de son côté le président de
l’ASA.

Accords gelés

En 2009, la Turquie et l’Arménie avaient signé à Zurich, en présence
de Micheline Calmy-Rey et de la ministre américaine des affaires
étrangères Hillary Clinton, des accords historiques pour mettre fin à
des décennies d’hostilité, établir des relations diplomatiques et
rouvrir leur frontière.

Mais ce processus s’est enlisé dans des accusations mutuelles et
l’Arménie a gelé la ratification des accords l’an dernier.

Plusieurs pays occidentaux et de nombreux historiens ont reconnu
l’existence du génocide de près d’1,5 million d’Arméniens en Turquie
pendant la Première guerre mondiale. En Suisse, le Conseil national a
fait de même.

La Turquie, en revanche, refuse toujours de parler de génocide,
préférant les termes de déportations et de massacres. Seules 200’000
personnes auraient été tuées, selon la version d’Ankara.

ASA sceptique

M. Shahinian interprète la visite de Mme Calmy-Rey en Arménie en avril
dernier comme une tentative pour relancer le dialogue bloqué entre
Erevan et Ankara. Cette question sera aussi abordée lors de la visite
du président arménien en Suisse, selon lui.

Mais l’ASA suit ces efforts avec un grand scepticisme. Elle craint que
la Turquie n’utilise les accords pour escamoter sa responsabilité dans
le génocide des Arméniens, a indiqué l’association dans un communiqué.

En aidant la Turquie à nier le génocide dans le cadre du processus de
réconciliation, la Suisse a perdu sa crédibilité en tant que
médiatrice, accuse le communiqué.

From: A. Papazian

Le souvenir du génocide arménien se banalise en Turquie

Le Monde, France
26 avril 2011 mardi

Le souvenir du génocide arménien se banalise en Turquie

par Guillaume Perrier (Istanbul, correspondance)

Protégées par un cordon de policiers antiémeute, un demi-millier de
personnes se sont rassemblées, dimanche après-midi 24 avril, sur la
place Taksim d’Istanbul, à l’occasion du 96e anniversaire du génocide
arménien. Les manifestants turcs, kurdes et arméniens se sont assis en
silence autour d’une banderole portant le message : ” Nous partageons
tous cette peine “.

Cette cérémonie symbolique était organisée pour la deuxième année
d’affilée par l’association antiraciste Dur De et soutenue par un
groupe d’intellectuels turcs. Cette année, le mouvement s’est étendu à
d’autres villes en Turquie : à Ankara, Izmir, Bodrum dans l’ouest, et
à Diyarbakir, dans la région kurde (sud-est), qui abritait autrefois
une forte minorité arménienne.

Après un long silence en Turquie sur le génocide d’environ un million
d’Arméniens ottomans pendant la première guerre mondiale, les
commémorations du 24 avril 1915, date du début du génocide, se
banalisent. ” L’environnement est aujourd’hui favorable à ce type
d’événements “, estime Osman Kavala, homme d’affaires et mécène
présent place Taksim. A l’époque, plusieurs centaines d’intellectuels
et de politiciens arméniens furent arrêtés à Istanbul, avant d’être
envoyés vers l’Anatolie et les déserts de Syrie. Un ordre de
déportation des populations arméniennes suivit cette rafle.

En souvenir de ces premiers déportés, l’Association des droits de
l’homme (IHD) avait organisé dimanche un rassemblement devant le Musée
des arts turcs et islamiques d’Istanbul. Cet ancien palais servit de
prison centrale en 1915. Au milieu des groupes de touristes, les
participants ont déployé des pancartes : ” C’est ici que furent
détenus les intellectuels arméniens avant d’être envoyés à la mort “,
” Musée des arts turcs et islamiques = prison de 1915 “.

L’avocate Eren Keskin a exigé que la République turque reconnaisse le
génocide de 1915 dans ces termes, et en tire toutes les conséquences.
” Les villes de Turquie portent les secrets d’un passé criminel. Il y
a des scènes de crime à côté desquelles les gens passent sans avoir la
moindre connaissance de la véritable histoire des lieux “, estime Ayse
Günaysu, militante de l’IHD.

Aucun officiel n’a pris part à ces manifestations, peu couvertes par
les médias mais tolérées par les autorités. Le gouvernement a condamné
le message, le 24 avril, du président américain. Barack Obama a parlé
de ” grande catastrophe “. Des termes pourtant plus diplomatiques que
ceux utilisés à Istanbul.

From: A. Papazian

96e anniversaire du génocide arménien

CENTRE PRESSE
25 avril 2011 lundi

96e anniversaire du génocide arménien

Les Arméniens ont marqué hier le 96e anniversaire des massacres de
leurs ancêtres sous l’Empire ottoman, sur fond d’enlisement du
processus de réconciliation entre Ankara et Erevan. Des milliers de
personnes ont défilé à Erevan jusqu’au monument aux morts de la
capitale arménienne pour se recueillir à la mémoire des victimes.
Manifs au Maroc Des milliers de personnes ont de nouveau manifesté
pacifiquement hier au Maroc pour réclamer davantage de démocratie et
de justice sociale, malgré la libération par le roi Mohammed VI de
prisonniers politiques et sa promesse d’importantes réformes. Nigéria
: violences post-électorales Plus de 500 personnes ont été tuées dans
le nord du Nigeria, majoritairement musulman, dans les violences qui
ont suivi l’élection présidentielle du 16 avril. Baba est mort Le
gourou indien Sai Baba, connu dans le monde entier et considéré par
ses millions de fidèles comme un dieu vivant, est mort hier matin à
l’hôpital en Inde à 85 ans. Encore moins de fonctionnaires Le
secrétaire d’État à la Fonction publique Georges Tron a estimé hier
que l’on pouvait « encore réduire le nombre de fonctionnaires » mais
surtout chez les opérateurs de l’État (Pôle emploi, CNRS, Météo
France…) plus que dans la police ou l’Éducation nationale.

From: A. Papazian